L’européanisme de gauche ne peut pas répondre à la montée de l’extrême-droite

Panagiotis Sotiris 27 mars 2014

La France est confrontée au choc des résultats du premier tour des élections municipales. Il y a beaucoup de raisons qui expliquent la progression impressionnante du Front National : la tragique orientation politique de droite et néolibérale du gouvernement Hollande ; l’incapacité du Front de Gauche à se doter d’une tactique cohérente, principalement en raison de l’insistance du Parti communiste français à collaborer avec les socialistes dans de nombreuses villes ; l’augmentation des taux d’abstention, principalement chez les électeurs socialistes déçus ; l’investissement politique à long terme du Front national sur les sentiments d’« insécurité », sur les réactions xénophobes à l’immigration et sa prétention à incarner un parti « anti-establishment ».

Cependant, en dépit de leur importance évidente, ces aspects nous disent la moitié de l’histoire. Un autre aspect est que dans un pays comme la France, qui est confronté à la réalité de la crise de la zone euro et va adopter des mesures d’austérité afin de maintenir son rang dans le cadre du « noyau dur » de l’UE et dans un pays où les sondages indiquent un rejet de 40% de l’euro, il n’y a aucune véritable remise en question de l’euro et de l’Union européenne à partir de la gauche !

À l’exception de la position du Parti de Gauche en faveur d’une « désobéissance aux traités et aux directives de l’UE », du travail important d’intellectuels comme Frédéric Lordon ou Cédric Durand, et de certaines voix dans les tendances de gauche au sein du NPA, la plupart des courants de la gauche, du Parti communiste à l’extrême gauche, ne présentent pas une position claire en faveur de la sortie de l’euro et pour une rupture avec le processus de l’Union européenne, optant plutôt pour des variétés de la position « luttons pour une Europe démocratique et sociale ».

Dans une conjoncture marquée par la mutation autoritaire de l’Union européenne, par l’imposition de conditions de souveraineté limitée et par la distance croissante entre les élites économiques et politiques et les citoyens, l’insistance de la gauche dans le fantasme d’une « démocratisation » de l’UE permet également à l’extrême-droite de présenter son « patriotisme » réactionnaire et raciste comme une défense de la souveraineté populaire.

Cette crise stratégique de la gauche ne se limite pas à la France. Partout en Europe, le refus de la plupart des tendances de la gauche européenne à formuler une ligne politique contre l’Union européenne laisse ouvert un espace crucial en faveur de l’extrême-droite dans lequel cette dernière projette sa version réactionnaire de « euroscepticisme ».

Malgré le ressentiment croissant de secteurs importants des sociétés européennes contre le caractère agressivement néolibéral et antidémocratique de l’Union européenne, malgré l’hostilité accrue contre l’euro comme monnaie unique et en dépit de la croissante perte de crédibilité de l’UE en tant que telle, la plupart des partis de la gauche européenne ne font aucun effort particulier pour transformer ces sentiments en un discours anti-UE progressiste et anticapitaliste. Par conséquent, on créé un vide politique que l’extrême-droite est en train d’essayer de combler. Un euroscepticisme de gauche est donc urgent !

Aujourd’hui, la lutte pour la sortie de la zone euro et, potentiellement, de l’Union européenne ne représente ni un « isolationnisme » ni un repli « national-chauvin ». C’est la condition nécessaire pour lutter contre la violence systémique du capitalisme mondialisé et du néolibéralisme induit dans le projet actuel d’« intégration européenne ». Cette lutte ouvre la voie à un projet socialiste renouvelé, à un nouveau paradigme économique et social sur la base de la participation collective, de la planification démocratique, de l’autogestion et du contrôle social des biens publics.

Par conséquent, elle offre la possibilité de retrouver la démocratie et la souveraineté populaires dans le sens de la décision collective et de la lutte du peuple, défini comme l’alliance de tous ceux qui, d’une manière ou l’autre, dépendent de la vente de leur force de travail pour survivre. Cela peut aider à forger un sens différent de la communauté et de l’unité populaires en contraste frappant avec l’investissement à la fois cynique et hypocrite dans le nationalisme xénophobe opéré tant par l’extrême-droite que par les partis pro-systémiques.

Source :
http://lastingfuture.blogspot.gr/
Traduction française pour Avanti4.be : G. Cluseret.