Grèce : Quelles perspectives pour les anticapitalistes (III)

Sotiris Martalis, Yannis Elafros 31 mars 2013

Nous reproduisons ci-dessous une intervention de Sotiris Martalis, militant de DEA, une organisation marxiste révolutionnaire au sein de Syriza, réalisée le 3 mars dernier lors de la rencontre internationale de la gauche radicale à Athènes. A la suite, un article paru dans « PRIN », le journal du Nouveau Courant de Gauche (NAR), l’une des principales composantes de la coalition anticapitaliste ANTARSYA. Le premier texte a été traduit et publié par le site « Alencontre.org » et le second par « Social Info Grèce ». (Avanti4.be)

Comment DEA veut dans Syriza répondre aux difficultés auxquelles nous faisons face en Grèce et en Europe

Sotiris Martalis

Je vous adresse les salutations fraternelles de DEA, Organisation de la gauche ouvrière internationaliste, faisant partie de SYRIZA.

Je voudrais commencer par clarifier un point : je n’entends pas, par ma contribution, fournir une « solution modèle » à la question desdits partis larges. Je vais tenter, avec le peu de temps dont je dispose, de décrire les difficultés auxquelles nous faisons face et les manières dont nous y répondons en choisissant de le faire dans SYRIZA.

Voici donc les six points que je désire mettre en relief

SYRIZA a une histoire ancienne de plus d’une décennie. Sa fondation, en 2001, est le résultat de la conjugaison de deux éléments. Le premier reposait sur l’unité d’action entre les révolutionnaires et les réformistes dans le mouvement contre les effets de la mondialisation capitaliste. Le second avait trait à la recherche d’alliances électorales de la part du parti réformiste de gauche Synaspismos, en raison de sa faiblesse. En effet, ce parti risquait de ne pas atteindre le seuil de 3% nécessaire pour entrer dans le parlement en Grèce.

Ces deux éléments nous ont donné la possibilité de mettre en œuvre une tactique de front unique. J’emploie le terme de « tactique de front unique » parce qu’en réalité, du fait de la différence de dimension entre les réformistes et la gauche radicale, nous ne pouvons parler d’un Front unique au sens traditionnel du terme, au sens de celui en vogue dans les années 20 ou 30 du siècle passé.

Au cours de la dernière décennie, SYRIZA est passé au travers de nombreuses phases différentes. Unité d’action dans les mouvements, soutien à des mouvements comme celui qui est parvenu avec succès, en 2007, à bloquer les efforts en vue de changer la Constitution qui devait permettre la privatisation des universités ou encore la révolte des jeunes – qui s’inscrivait dans un climat de corruption, de détournement de l’argent public et de début d’une crise sociale – en décembre 2008, avec un jeune étudiant de 15 ans tué : Alexandros Grigoropoulos.

La coalition a aussi connu des divisions comme lors des élections au parlement européen en 2004 ou lors des élections nationales en 2010. Ces divisions se sont produites lorsque la direction réformiste a tenté de créer une alliance avec la social-démocratie (PASOK) sans que les courants de gauche, divers, puissent disposer d’une position hégémonique dans cette alliance.

SYRIZA ne peut donc constituer un modèle si on considère cette coalition de forces indépendantes (avec leurs journaux, leur fonctionnement) en dehors du contexte du mouvement social et politique de résistance. ainsi que de la place politique acquise par la gauche en Grèce. Celle-ci – et je parle de la gauche, non pas du centre gauche – représente environ 33% des votes (SYRIZA, KKE, soit le PC, et ANTARSYA). Il y a, en outre, environ 45 organisations anticapitalistes radicales.

Si nous voulons tenter d’expliquer les succès de SYRIZA, nous devons garder à l’esprit que la classe laborieuse de Grèce a mené de nombreuses luttes au cours des dernières années pour mettre à bas les politiques de la classe dominante : plus de 29 grèves générales (ou journées de grève) – dont trois d’entre elles de plus de 48 heures –, l’occupation de bâtiments administratifs, le mouvement des Indignés grecs qui a occupé les parcs (entre autres la place Syntagma à Athènes), le mouvement « Nous ne payerons pas ! » contre les impôts injustes ou contre l’augmentation du prix des transports publics, et les taxes pour utiliser les autoroutes et les routes privatisées, etc.

En dépit d’un recul des luttes, au cours de la fin 2012 et du tout début 2013, il ne faudrait pas oublier des luttes significatives impliquant les travailleurs du métro et des marins, des paysans dans les rues lors d’une grève générale le 20 février ainsi que la décision déjà prise d’une grève dans l’éducation au cours de la deuxième semaine de mars. Nous ne devons pas omettre que ce mouvement a fait tomber deux gouvernements : celui du PASOK de Georges Papandréou Jr ainsi que celui du technocrate et financier Lucas Papademos.

Malgré cela, il est vrai le mouvement social de résistance n’est pas parvenu à renverser la politique de la classe dominante. C’est pour cela qu’il cherche à le faire, lorsque la situation s’est présentée en mai et juin 2012, par le moyen du bulletin de vote. Le peuple travailleur utilise SYRIZA à cet effet, comme un « outil » et non pas le Parti communiste (KKE) qui enregistrait des résultats deux fois plus élevés que SYRIZA auparavant.

Trois raisons sont à l’origine de cela : SYRIZA était active dans le mouvement (au contraire du Parti communiste qui appliquait une politique profondément sectaire) ; SYRIZA fournissait une alternative politique – par sa revendication d’un gouvernement de gauche – et, enfin, elle appelait à l’unité de la gauche, en particulier une unité entre SYRIZA, le Parti communiste et ANTARSYA, au-delà des divergences et en partant des besoins exprimés de la majorité populaire. Nous ne devons également pas oublier que lors de l’entre-élection [de mai-juin 2012], SYRIZA a résisté avec fermeté à toutes les pressions pour qu’elle rejoigne un gouvernement « de salut national » avec les partis bourgeois.

Il semble actuellement qu’en plus des luttes, SYRIZA soit l’instrument politique que le peuple travailleur utilisera. Une erreur élémentaire faite par les camarades du Parti communiste et d’ANTARSYA (Front de la gauche anticapitaliste) réside dans le fait qu’ils voient le gouvernement de gauche comme une force qui ménagera simplement le capitalisme. Ceux qui l’affirment transforment, en réalité, le point initial de la discussion pour un gouvernement de gauche, en utilisant l’exemple de la gestion et la défaite électorale particulière pour la gauche d’AKEL (Parti progressiste du peuple travailleur) à Chypre, en février 2013, élections qui marquèrent une défaite de Dimitris Christofias (AKEL) face à la droite représentée par Nicoe Anastasiades.

Au contraire d’AKEL et d’autres partis de centre-gauche, SYRIZA a abouti à cet objectif transitoire de gouvernement de gauche – dans la situation spécifique de la Grèce – sur la base d’un accord programmatique portant sur l’annulation des Mémorandums (les trois plans d’austérité concoctés par la Troïka et un secteur des classes dominantes grecques) et sur le renversement des politiques de la classe dominante.

La discussion doit, par conséquent, porter sur les conditions qui doivent nous permettre d’atteindre l’objectif d’un gouvernement de gauche comme résultat d’une vague de luttes tout en gardant à l’esprit le fait qu’un tel gouvernement n’est pas un objectif final, mais un pas transitoire qui renforcera la confiance en eux-mêmes des salarié•e•s, de leurs alliés et le pouvoir des travailleurs et des travailleuses en lutte.

Il est manifeste que la direction réformiste de Synaspismos a une approche qui envisage la constitution d’un gouvernement de gauche comme devant être le résultat à atteindre avant tout au travers de tactiques purement électorales. C’est la raison pour laquelle elle s’adapte aux pressions dites réalistes et tente de gagner des votes en approchant des secteurs politiques social-démocrates, plus exactement issus d’une politique social-libérale.

Dans le but de conduire une opposition claire, transparente et loyale à cette tactique nous avons fondé, lors de la dernière conférence de SYRIZA, la Plateforme de gauche (qui réunit le « courant de gauche » de Synaspismos et les forces du Rproject), créant une opposition de gauche soutenue par 27% des voix au sein de SYRIZA.

Rproject représente un quart de la Plateforme de gauche. Il s’agit d’un réseau « rouge » de militant•e•s et d’organisations qui mènent des luttes non seulement dans le champ politique national, mais aussi au sein des structures locales de SYRIZA et sur les lieux de travail, ainsi que dans les syndicats où une réorganisation s’annonce sous les coups de la crise économique et de celle des partis gouvernementaux. Rproject tente de construire un rassemblement de forces suffisant pour constituer un obstacle aux oscillations adaptationnistes de la direction réformisante de SYRIZA.

Nous nous sommes engagés et avons été entendus sur le programme de base de SYRIZA qui s’engage : à une annulation unilatérale des mémorandums ainsi qu’à la résiliation des accords de prêt ; au renversement de toutes les lois d’austérité ; à l’augmentation des salaires et des pensions de retraite dans des limites qui tiennent compte de l’ampleur de la crise ; en défense des écoles publiques et des hôpitaux publics ; à la nationalisation des banques et à la renationalisation – sous contrôle populaire – des grandes entreprises publiques qui auraient été déjà privatisées (comme par exemple une partie stratégique du port du Pirée aux mains de l’entreprise chinoise COSCO) ; à une forte taxation des capitaux ; à une bataille pour la rétrocession des capitaux qui ont quitté le pays ; à un contrôle des flux de capitaux. Il s’agit en fait d’un programme transitoire ouvrant des possibilités pour que la classe laborieuse et ses alliés gagnent une majorité décidée, pratiquement, à avancer en direction du renversement du capitalisme et cela dans une perspective socialiste qui doit se dessiner avec plus de précision au cours des luttes et des débats qui doivent les accompagner, à l’échelle nationale et, au moins, européenne.

La différence principale avec les camarades d’ANTARSYA (coalition qui réunit une dizaine de groupes qui a obtenu 0,33% des votes en juin 2012) est fondée sur le fait que SYRIZA ne soutient pas une sortie de la zone euro ainsi que de l’Union européenne.

Leur argument principal est que l’euro constitue l’instrument politique de la classe dominante. Nous pensons que SYRIZA soutient une position plus correcte : « Pas un seul sacrifice pour l’euro ». Laissons de côté le fait qu’un secteur minoritaire de la classe dominante soutient la sortie de la zone euro en raison de ses espérances qu’au travers d’une dévaluation de la monnaie il parviendra à réduire plus encore la valeur de la force de travail.

De plus, quelqu’un est-il à même de me donner un exemple d’une monnaie qui ne soit pas un instrument politique aux mains de la classe dominante ? Je ne veux même pas insister sur les effets d’une sortie de l’euro en faveur de secteurs capitalistes qui disposent de fonds importants en dehors de la Grèce et des effets divers sur la classe ouvrière, les petits paysans, etc.

La gauche doit commencer le difficile combat contre l’austérité et non pas s’enfermer dans des dilemmes (euro-drachme) venant de la classe dominante. Si, en outre, vous deviez sortir de cet euro, ce n’est que par un puissant mouvement de défense des salaires et des pensions de retraite et cela dans une politique qui implique un processus s’étendant au-delà de la Grèce et synchronisé, dans des formes et rythmes différents, avec d’autres pays dits de la périphérie et en tissant des liens avec les secteurs les plus combatifs de la classe ouvrière allemande et française entre autres.

Mon dernier point concerne la lutte contre les fascistes, les néonazis d’Aube dorée. Il s’agit d’un front de lutte important. Le point essentiel est que les fascistes ont échoué – du moins jusqu’à maintenant – à gagner les rues, l’espace public, en dehors d’actions ponctuelles. Mais cela dépend d’un fait : il faut que l’initiative de masse reste dans les mains de la gauche, laquelle est parvenue, pour l’heure, à répondre par l’unité d’action dans ce domaine (à l’exception, une fois encore, du Parti communiste grec, qui agit de manière sectaire et séparée, bien que des débats commencent en son sein).

La lutte est commune à l’échelle internationale et européenne, et là où la chaîne est rompue se créera les conditions pour relancer une gauche européenne radicale plus crédible. S’il se trouve que le maillon faible est la Grèce, j’espère que nous y répondrons en étant aptes à vaincre la première étape qui nécessitera une solidarité massive pour la consolider.

Traduction A l’Encontre. http://alencontre.org/

ANTARSYA : des pas en avant maintenant, avec ardeur pour le saut dans le futur

Yannis Elafros

Au milieu de la crise capitaliste profonde, et avec la Grèce devenue Zone Economique Spéciale de surexploitation, même si ANTARSYA n’existait pas, il faudrait la créer.

L’absence de politique de renversement du système à gauche est ahurissante, alors que le peuple gémit sous la botte de la Sainte Alliance du capital (local et étranger), UE, FMI, avec pour exécutant la troïka gouvernementale de l’intérieur et la troïka de l’extérieur. Syriza recherche un bon Caramanlis des années 70, après avoir découvert un bon PASOK. A l’aide de matériaux toxiques provenant de la naissance du bipartisme, elle se pare du costume de la gestion gouvernementale et de l’ (auto)illusion qu’elle peut sauver le peuple dans l’Euro et l’UE, sans affrontement avec le capitalisme. De l’autre côté le KKE est piégé par son absence de stratégie et de tactique révolutionnaire et est incapable de contribuer à l’urgentissime mouvement unitaire de renversement du système.

ANTARSYA reste debout, est dans toutes les luttes, émet le signal qu’il peut y avoir une autre gauche, combattive et frontale, avec un programme d’urgence de lutte anticapitaliste, et un profil global anticapitaliste, révolutionnaire et communiste moderne. Elle n’est bien entendu devenue ni la « 13ème composante de Syriza », ni un « petit KKE », comme le « prévoyaient » nos impitoyables amis, ni n’a été victime de la mortalité infantile politique. Pourtant, nous ne pourrons pas regarder le monde de façon critique et révolutionnaire, si nous ne nous regardons pas nous-mêmes de la même façon. Si nous ne remarquons pas que dans la dernière période, du fait des contradictions stratégiques et des insuffisances sociales d’ANTARSYA elle-même, et sous la double pression de l’attaque frontale du système et d’une certaine pause du mouvement d’un côté et de la montée du réformisme et du cours clairement gestionnaire de Syriza de l’autre, l’action de la gauche anticapitaliste s’essouffle, elle peine à se frayer un chemin. Une perplexité collective se développe, ainsi que des tactiques diverses chez les organisations politiques qui participent au front, d’une façon qui ne s’additionne pas mais s’annule.

Tout cela peut et doit être surmonté. Il ne s’agit pas seulement du fait que le potentiel anticapitaliste et radical de la gauche et du mouvement reste vivant et combatif et que souvent il se renforce (comme l’ont aussi démontré les élections dans une série de syndicats), ni du fait que les exigences et les divergences à gauche dans de plus larges pans de Syriza et du KKE progressent. Il s’agit bien plus du fait que « contrairement à la rhétorique de la stabilisation, l’évolution de la situation politique et sociale en Grèce conduit objectivement à l’épreuve de force, qui soit conduira à une restructuration générale et réactionnaire du capitalisme grec, soit alimentera une dynamique de renversement anticapitaliste, avec une dynamique d’entrée dans une situation révolutionnaire. C’est pour cela que vient sur le devant de la scène l’impérieuse nécessité de la formalisation et de la diffusion d’un autre projet, au contenu révolutionnaire pour la société, et en même temps, le besoin de constitution d’une large avant-garde à tous les niveaux du sujet (parti, front, mouvement) », comme le pointait récemment le BP du NAR.

Dans une période d’intenses processus politiques et de préparation aux prochaines tempêtes, comme celle que nous vivons aujourd’hui, ANTARSYA peut et doit agir de façon résolue. Pour ce faire il faut que s’ouvre immédiatement le processus démocratique de la 2ème Conférence Panhellénique d’ANTARSYA (qui a été retardée), de façon à ce que tous les membres et sympathisants d’ANTARSYA, en particulier ceux qui ne sont pas membres des organisations du front, se prononcent sur sa politique. Quelques questions cruciales se font jour :

Premièrement, le caractère anticapitaliste du front et la nécessité d’un programme de lutte et de renversement du système. En 2009, un peu après le déclenchement de la crise de nature historique du capitalisme, ANTARSYA par sa fondation résumait une stratégie anticapitaliste. En 2010, avec le programme de lutte anticapitaliste (annulation de la dette, sortie de l’euro et de l’UE, nationalisation des banques et des entreprises d’importance stratégique, augmentation des salaires/attaque des profits, contrôle ouvrier ect.) elle a politisé le mouvement de masse et a agi comme un catalyseur dans la discussion de toute la gauche. Où en serions-nous si ANTARSYA avait refusé d’adopter ce programme, sous prétexte qu’il n’existait pas d’autres forces dans la gauche avec lesquelles s’allier sur ces bases ? Heureusement nous avons agi autrement. Nous avons recherché le programme nécessaire au renversement de la stratégie de la bourgeoisie, pour que le peuple puisse respirer, pour lier sa lutte au dépassement du capitalisme.

Nous avons dit que ce programme ne doit pas être seulement celui d’ANTARSYA, mais de toute la gauche. Si cela a eu lieu en 2009 et 2010, maintenant que la crise du capitalisme s’approfondit et se recycle, que l’UE mène le monde du travail à Dachau, que la Grèce se transforme en Zone Economique Spéciale de surexploitation et de pillage des individus et de la nature, même si ANTARSYA n’existait pas il faudrait la créer. Il est clair que le front politique global ne peut qu’être anticapitaliste. Quelques réponses anti-néolibérales, anti-mémorandums, anti-monopolistes, démocratiques ou étroitement anti-euro ne peuvent suffire. Quand Obama ampute radicalement les dépenses publiques, quand Hollande fait passer une loi de flexibilisation radicale des relations de travail (soi-disant pour lutter contre le chômage, comme on dit aussi ici) on ne peut chercher d’issue dans une autre gestion du système.

Le programme et le front anticapitaliste exprime et unit la lutte contre l’UE et les organisations impérialistes, la revendication de démocratie, la souveraineté populaire et la libération des chaînes des mémorandums et de la surveillance. Les « cinq points » d’ANTARSYA ne suffisent plus. Ils doivent être développés et être liés tant aux revendications politiques pour les droits économiques, sociaux et démocratiques des travailleurs pour la survie et la vie décente, qu’à la question du « jour suivant », la possiblité socialiste – communiste de notre époque.

Deuxièmement, sur la question de la réponse politique globale et le problème du pouvoir, il faut travailler bien davantage. La gauche anticapitaliste n’a pas su répondre à l’élévation des enjeux politiques. Il est évident qu’aujourd’hui une force de protestation n’est pas suffisante (comme dans les années 90). Ceci ne signifie pas pour autant qu’ANTARSYA doive suivre les sentiers battus de la gestion parlementaire, soit sous la forme des diverses propositions gouvernementales, soit sous la forme d’une force mouvementiste « extraparlementaire » qui fonctionnera finalement comme une béquille d’un courant de gestion gouvernementale. En principe, toute discussion au sujet de la réponse politique doit commencer par la question du renversement du système, c’est-à-dire à partir de « qui dans la file va attraper la queue du chat », c’est-à-dire qui et comment renverser la politique réactionnaire, le gouvernement qui la met en œuvre et le système qui le soutient.

Logique du fruit mûr et recherche d’alliance avec la classe bourgeoise et l’impérialisme pour obtenir leur bénédiction, ou mouvement politique ouvrier et front du renversement du système ? A partir de là, une réponse révolutionnaire innovante à la question du pouvoir doit rechercher les voies modernes centrées sur la nécessité que la classe ouvrière se constitue en classe pour elle-même, y compris dans les alliances sociales et politiques, dans la création des organes de lutte et d’imposition de la volonté populaire, tendant à les mettre en avant comme réseau de contre-pouvoir, et bien sûr dans la rupture révolutionnaire pour renverser le pouvoir bourgeois. Pas simplement comme un travail en un acte, ni comme un processus graduel, mais avec des tournants, pour le pouvoir et le gouvernement des travailleurs d’un nouveau type.

Troisièmement, ANTARSYA doit mettre en avant de façon beaucoup plus importante la nécessité de la reconstruction de classe du mouvement ouvrier. Les luttes puissantes de ces trois dernières années ne peuvent pas nous dissimuler l’impuissance finalement déterminante du vieux mouvement à se confronter victorieusement à l’adversaire surarmé. ANTARSYA, avec les courants d’avant-garde des luttes ouvrières qui émergent, doit incarner concrètement la tendance de rupture avec le syndicalisme subordonné et embourgeoisé et contribuer à la création d’autres centres de lutte, tout en recherchant l’action commune avec les autres forces de masses de la gauche.

Quatrièmement, ANTARSYA doit lever haut le drapeau pour une autre gauche, radicale et anticapitaliste, se reconnaissant elle-même comme une étape pleine d’espoir, mais pas la fin du chemin pour le nécessaire pôle anticapitaliste. Aujourd’hui des forces se déplacent, à la base mais aussi dans les « sommets », qui recherchent un positionnement de gauche combatif, qui divergent dans la pratique avec SYRIZA et le KKE, elles s’approchent de leur propre façon des critiques politiques pointues, elles bougent à l’encontre des lignes de démarcation de base (comme la logique de l’Euro-seule-voie). ANTARSYA, dans le processus démocratique de sa Conférence, doit rechercher les voies pour une politique de rassemblement unitaire et de collaboration avec ces forces.

Cela ne correspond à aucune dévaluation ou snobisme, aucune fermeture dans une approche instrumentale d’ANTARSYA elle-même de la part d’un quelconque parti « Elu ». Mais dans le même temps, la tactique unitaire d’ANTARSYA ne peut se situer que du point de vue de la promotion du front anticapitaliste, et évidemment pas de la dégradation d’ANTARSYA, de son remplacement ou de sa dissolution dans un quelconque autre front, « radical » ou « anti-euro », soi-disant plus large, en réalité fragile.

Cinquièmement, la 2ème Conférence Panhellénique et la période qui y mène doit donner le coup d’envoi et trouver les voies appropriées pour une ANTARSYA ouvrière, de masse, démocratique, créatrice, panhellénique. Pas seulement ses membres, mais aussi ses assemblées, avec l’intégration et la contribution de milliers de nouveaux militants. C’est l’heure d’avancer résolument en avant. Car la lutte et l’unité c’est comme la bicyclette : quand elle ne roule pas elle tombe.

Journal PRIN, 10/03/2013

Source :
http://www.socialinfogr.blogspot.gr/2013/03/antarsya-des-pas-en-avant-maintenant.html