Grèce : quelles perspectives pour les anticapitalistes ? (II)

Alex Callinicos, Richard Seymour 2 janvier 2013

Les élections législatives de juin 2012 en Grèce, avec la montée spectaculaire du parti de la gauche radicale Syriza, avaient suscité un très vaste débat dans tous les courants de la gauche européenne. Un débat portant notamment sur l’intervention et l’orientation des révolutionnaires dans ce pays, où leurs forces se trouvent divisées entre celles qui participent à la construction de Syriza et celles qui composent la coalition Antarsya. Afin de contribuer à alimenter la discussion sur les questions soulevées par la situation en Grèce (pour ou contre une sortie anticapitaliste de l’euro ? Quelle forme de gouvernement des travailleurs ? Quelle attitude face à Syriza ?...) nous publions une série de contributions à partir de différents points de vue existant dans la gauche radicale et anticapitaliste, en Grèce et ailleurs. Dans les textes qui suivent, Alex Callinicos, dirigeant du SWP britannique, apporte des éléments de caractérisation de la gauche radicale européenne comme « réformiste de gauche » et critique l’orientation de Syriza par rapport à l’Union européenne. Sans remettre fondamentalement en question cette analyse et ces critiques, Richard Seymour lui répond qu’en l’absence d’organes de dualité de pouvoir généralisé, la question du front unique nécessite plus de souplesse tactique de la part des révolutionnaires (Avanti4.be)

Le second souffle de la gauche radicale et la question du réformisme (extraits)

Alex Callinicos

Nous assistons en Europe à un processus de polarisation sociale et politique dans laquelle la crise et l’austérité stimulent la résistance collective et la radicalisation politique ainsi que la croissance d’une droite fasciste et populiste. La réémergence de la gauche radicale est, de fait, un facteur nouveau de la situation présente et nécessite donc qu’on lui porte une attention spéciale. On parle de « Réémergence » parce qu’entre la fin des années 1990 et la moitié des années 2000 avaient surgit une série de formations de la gauche radicale disposées à défier le social-libéralisme de la social-démocratie dominante. Mais quand les mouvements d’opposition à la globalisation néolibérale et à la guerre contre le terrorisme ont commencé à s’affaiblir autour de 2005, bon nombre de ces formations ont subi des revers importants, qui étaient d’ailleurs souvent auto infligés.

Ces formations semblent aujourd’hui bénéficier d’un second souffle. Mais le processus n’est pas uniforme. Die Linke, qui occupait probablement ces dernières années la position la plus avancée dans la gauche radicale européenne, a connu un dur revers en perdant tous ses élus lors des élections dans le Land de Rhénanie Nord-Wesphalie à la fin du mois de mai. Rifondazione Comunista n’est plus qu’une force marginale en Italie à la suite de sa participation au désastreux gouvernement de centre-gauche de 2004-2006. Deux des plus anciennes de ces formations, le Bloc de Gauche au Portugal, et l’Alliance Rouge-Verte au Danemark, occupent toujours une place importante, bien que le Bloc ai perdu la moitié de sa représentation parlementaire aux élections législatives de 2011. En Grande-Bretagne, la surprenante victoire de George Galloway aux élections de Bradford West à la fin du mois de mars a remis en course avec fracas la coalition Respect.

Ceux qui se trouvent aujourd’hui dans le peloton de tête – le Front de Gauche et Syriza – s’ajustent à la nouvelle tendance générale. Il s’agit de deux coalitions dont les forces constitutives trouvent leur racine dans l’histoire complexe de la gauche de leurs pays respectifs. Le Front de Gauche rassemble le Parti Communiste Français (PCF) et le Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, une scission de gauche du PS, ainsi qu’une série de petits groupes d’extrême gauche et d’activistes des mouvements sociaux. La force dominante dans Syriza est Synaspismos, un parti qui regroupe la majeure partie des différents éléments issus de la tradition eurocommuniste en Grèce, à laquelle s’ajoute une grande variété d’organisations de l’extrême gauche maoïste et trotskyste.

Quelle caractérisation ?

Est-il possible de caractériser la politique menée par ces formations ? J’ai déjà tenté de le faire :

« En simplifiant un peu les choses, il s’agit essentiellement d’une version ou d’une autre du réformisme de gauche… Il n’est pas surprenant que les partis réformistes de gauche s’affrontent à l’austérité. Ils remplissent le vide laissé par le déplacement vers la droite de la social-démocratie. Des partis comme le Labour ou le Parti socialiste français sont appelés aujourd’hui « sociaux-libéraux » pour leur défense du néolibéralisme. Des figures comme Mélenchon en France ou Alexis Tsipras, leader de Syriza ou, au Royaume Uni, George Galloway, sont capables de toucher les électeurs traditionnels de la social-démocratie en répondant à leur rage dans le langage réformiste auquel ils étaient habitués. Ed Miliband et François Hollande tentent de profiler le discours de leurs partis afin de rétablir le contact avec cette rage, mais leur absence de volonté de rompre avec le social-libéralisme laisse un grand vide à leur gauche » (http://www.socialistworker.co.uk/art.php?id=28461 )

Cette caractérisation a été l’objet de certaines critiques qui affirment qu’elle ne permet pas de comprendre la nouveauté incarnée par ces formations et le rôle joué par la gauche révolutionnaire en leur sein. Au moment de comprendre la nature du réformisme, ces objections peuvent cacher une difficulté plus importante. Il est habituel à l’extrême gauche d’identifier le réformisme uniquement avec les principaux partis sociaux-démocrates et d’affirmer que leur capitulation face au néolibéralisme suppose leur transformation complète en formations politiques bourgeoises sans aucune connexion avec le mouvement ouvrier. Il s’agit là d’une double erreur.

En premier lieu, le réformisme ne peut être réduit à un ensemble spécifique de partis politiques. Il surgit d’une tendance structurelle des luttes des travailleurs à limiter celles-ci à l’exigence d’améliorations au sein du système existant. Cette tendance donne naissance à la bureaucratie syndicale, c’est-à-dire une couche spécifique de fonctionnaires à temps plein dont la fonction est de négocier, plus ou moins à contrecœur, les conditions d’accommodement des travailleurs avec le capitalisme.

L’influence de cette bureaucratie au sein du mouvement ouvrier renforce à son tour la tendance à autolimiter la lutte des classes sur le terrain de l’économie. Les partis sociaux-démocrates, quand à eux, sont nés en tant qu’expression politique de la bureaucratie syndicale. Mais la tendance sous-jacente peut exister même en l’absence de tels partis : le fait que le Parti démocrate soit un parti aussi ouvertement capitaliste que le Parti républicain ne signifie pas que le réformisme n’existe pas aux Etats-Unis : il subsiste de manière privilégiée dans la bureaucratie syndicale nord américaine, comme les expériences d’Occupy Wall Street et les défaites au Wisconsin l’ont mis en lumière.

En second lieu, les partis sociaux-libéraux n’ont pas encore rompus leurs liens avec le mouvement ouvrier. Ces liens se sont peut-être affaiblis, comme dans le cas du Parti socialiste français, ou dans celui du New Labour et d’autres du même genre, à la mesure que leur intégration dans un cadre politique bourgeois, sans cesse plus dominé par les grands médias et la finance, est plus prononcée. Mais ces liens existent encore et ils permettent à ces partis d’opérer des virages vers la gauche afin de reconstituer leur base sociale. De là la capacité du PS français, malgré son état apparemment moribond et corrompu, à vaincre Sarkozy et à obtenir une majorité présidentielle et législative pour la première fois depuis 1988. Le même phénomène s’est passé avec la victoire du Parti social-démocrate allemand (SPD), en alliance avec les Verts, aux élections de Rhénanie Nord-Wesphalie, alors qu’il y a deux ans il se trouvait sous la pression de Die Linke.

Pas de répétition mécanique

Mais, comme je l’ai déjà souligné, ces résurgences tardives de la social-démocratie ne réduisent pas pour autant l’espace pour la gauche radicale. Le développement du social-libéralisme est la raison essentielle de la capacité des nouveaux partis de la gauche radicale à attirer les électeurs de la classe ouvrière mécontentés par l’abandon de leurs traditions par les vieux partis. Dans de nombreux cas, les dirigeants de la gauche radicale sont parfaitement explicites quant à leur objectif. Galloway a infligé une défaite extraordinaire au Labour Party d’Ed Miliband en se présentant dans sa campagne comme un « Travailliste authentique ». Oskar Lafontaine, la figure la plus dynamique de Die Linke, a été parfaitement clair quand il a expliqué que son projet était de reconstruire une social-démocratie allemande plus à gauche, dans l’objectif éventuel de forcer le SPD à former une coalition selon les termes de Die Linke. Mélenchon a explicitement modelée sa stratégie sur celle de Die Linke. Ce qui signifie qu’il est beaucoup moins disposé à participer à une coalition dirigée par le PS que ne l’est le PCF, dont les élus municipaux dépendent dans une bonne mesure du soutien des socialistes. Mais cela est du au fait que Mélenchon mène un jeu à plus long terme que celui dont sont capables les bureaucrates du communisme français, et non parce qu’il aurait renoncé au réformisme.

Mais les nouveaux partis de la gauche radicale ne répètent pas mécaniquement le modèle avec lequel la social-démocratie classique s’était développée. Ils ne peuvent se permettre le luxe d’une accumulation graduelle et organique des forces, contrairement au Labour Party ou au SPD à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Leurs rapports avec la bureaucratie syndicale sont eux aussi très différent. Et les révolutionnaires organisés sont souvent capables de trouver un espace pour agir en leur sein, y compris parfois afin d’aider à fonder de nouvelles organisations de la gauche radicale. C’est le reflet d’une situation incertaine dans laquelle les politiciens réformistes trouvent parfois un intérêt à s’allier avec l’extrême gauche. C’est le cas de Lafontaine, ancien président du SPD et ex ministre des Finances allemand qui, à plus d’une reprise, à ouvertement soutenu la plus grande tendance d’extrême gauche dans Die Linke, « Marx21 ».

La question qui se pose naturellement dans cette situation est de savoir comment la gauche révolutionnaire se situe dans sa relation aux partis de gauche radicale. Cela a représenté un débat important dans le cas de la Grèce. Siryza est l’une des plus importantes formations de la gauche radicale en Europe. Mais elle n’est pas la seule force dans ce pays : le Parti Communiste de Grèce (KKE) est, historiquement, le plus fort dans le mouvement ouvrier, tandis qu’Antarsya (le Front de la Gauche Anticapitaliste) est une coalition de groupes révolutionnaires dont les plus significatifs sont le Nouveau Courant de Gauche (NAR) et le Parti Socialiste des Travailleurs (SEK), l’organisation sœur, en Grèce, du SWP britannique. La décision d’Antarsya de participer aux élections du 17 juin, après une score assez bas (1,2%) le 06 mai - qui s’est vu encore réduit, de manière prévisible, à 0,33% cinq semaines plus tard - avait provoqué une déferlante de condamnations, en particulier dans cette partie de la blogosphère habitée par des théoriciens stratèges qui se sont prononcés sur la Grèce avec une confiance dans leur analyse inversement proportionnelle à leur connaissance de ce pays. (…)

Pour évaluer correctement ce que nous pouvons attendre de Syriza, il faudra porter une attention particulière aux spécificités de l’histoire récente de la Grèce. On n’a vu nulle part d’autre en Europe occidentale, des combats sociaux et politiques soutenus pendant aussi longtemps et à un tel niveau d’intensité que ce à quoi nous avons assisté en Grèce – en commençant par la résistance à l’occupation allemande, en continuant avec la guerre civile de 1946-1949 et les mouvements de masse contre la monarchie vers la fin des années 50-60, contre la dictature militaire de 1967-1974, ainsi qu’au sein de la République qui s’est formée depuis 1974.

Caractéristiques de la situation en Grèce

Le capitalisme grec a connu une stabilité relative au cours des années 1980, soutenue par l’entrée dans la Communauté européenne, mais ponctuée par des explosions ouvrières fréquentes et par un niveau élevé de militantisme étudiant. Cela explique que la force politique dominante au cours des 30 dernières années ait été le Pasok, dirigé jusqu’à sa mort, en 1996, par Andréas Papandréou, une figure historique dotée d’un grand prestige pour sa lutte contre la dictature et dont la rhétorique radicale masquait des politiques beaucoup plus conservatrices.

Cependant, son gouvernement autorisa des réformes substantielles qui servirent à satisfaire le très combatif mouvement ouvrier grec. (…) Le Pasok a toujours été capable de dominer la bureaucratie syndicale, mais ses positions étaient toujours contestées par des forces importantes situées plus à gauche. C’est le KKE qui a profondément marqué le paysage de la gauche radicale, et ce grâce à une base sociale très fortement implantée parmi les travailleurs de l’industrie et les étudiants, mais aussi à cause de l’influence qu’il avait au-delà de ces cercles. C’est une organisation profondément stalinienne dont l’illégalité, jusqu’à la chute du dictateur, la liait intimement à Moscou. Comme pour les autres partis communistes, c’est l’identification à l’Union Soviétique comme antithèse apparente du capitalisme de l’Ouest et à son rôle de résistance contre l’Allemagne nazie qui a attiré dans ce parti les meilleurs militants de la classe ouvrière. Partout ailleurs, la période d’après guerre correspondait au contraire à un affaiblissement des liens des PC avec Moscou, ce qui a permis à ces partis d’évoluer progressivement vers des positions plus sociale-démocrates.

En ce qui concerne le KKE, ce processus s’est vu retardé par la répression advenue après la guerre, et a été partiellement bloqué par la montée du PASOK. Mais cela n’a pas en rien entamé la tendance très opportuniste du KKE – qui l’a même poussé à former un gouvernement « œcuménique » avec le parti de droite Nouvelle Démocratie en 1989-1990. Mais la forme que l’organisation a pris ensuite est celle, typique, d’une rhétorique ultra-maximaliste qui masque une pratique profondément indulgente et ne vise qu’à conserver la base électorale et industrielle du KKE. La dénonciation du « sectarisme » des autres organisations de gauche a servi à légitimer cette pratique.
Une base sociale beaucoup plus profonde a permis a Synaspismos (la scission pro-européenne du KKE) de manœuvrer plus librement, et ses partenaires dans Syriza lui ont permis de projeter une image très radicale lorsque c’était nécessaire, bien que ces organisations n’aient que peu d’influence sur les décisions d’orientation politique.

Il y a récemment eu des scissions à l’intérieur de Synaspismos, que ce soit à gauche ou à droite – les départs respectifs de l’ancien président de Synaspismos, Alekos Alavanos et de ce qui est maintenant la Gauche Démocratique (Dimar), dirigée par Fotis Kouvelis – et cela a contribué à augmenter le degré de stabilité interne, mais il est probable que la grande souplesse de Syriza a rendu possible l’augmentation de ses voix de 4,6% en octobre 2009 à 16,78% en mai 2012, jusqu’à l’impressionnant 26,28 % obtenu le 17 juin 2012. En d’autres termes, son ambiguïté politique permet aux gens de voir en Syriza ce en quoi ils veulent croire. Cette interprétation des choses se voit renforcée par le fait que pendant une certaine période avant les élections générales de mai, c’est Dimar qui avait la faveur des sondages.

Mais le tremblement de terre politique de ces deux élections est déterminé par des facteurs plus fondamentaux. Premièrement, la Grèce est en train de subir une dépression économique de même ampleur que celle des années 1930, qui avait causé tant de souffrances. Deuxièmement, comme nous avons pu le remarquer, il y a un rejet massif des anciens partis : le Pasok, qui a participé aux gouvernements ou aux coalitions depuis 2009, a particulièrement subit cela (la Nouvelle Démocratie, bien qu’également touchée, a tout de même bénéficié des efforts de son dirigeant, Antonis Samaras, pour rassembler une droite fragmentée contre la menace de Syriza). Enfin, la lutte de classe très intense qu’à expérimenté la Grèce depuis les révoltes des jeunes en décembre 2008 – 17 grèves générales au cours de ces deux dernières années, ont généré une radicalisation de la lutte (…)

Tout cela a propulsé Syriza sur le devant de la scène politique. (…) Que se passera-t-il si Syriza réussi à former le gouvernement de gauche qu’elle a fait miroiter pendant sa campagne électorale ? On peut commencer à trouver une réponse en jetant un œil sur son programme. Comme l’annonçait son principal porte-parole économique, Yiannis Dragasakis (un ancien dirigeant du KKE et un ancien ministre du gouvernement « œcuménique » de 1989-1990), Syriza se prononce pour une série de réformes – comme par exemple le rejet du Mémorandum, contre le gel des dépenses publiques, pour la mise en relation du remboursement de la dette avec la croissance économique, la recapitalisation des banques sous « contrôle social et de l’administration publique », la réforme du système de taxation la répression des économies parallèles qui avaient permis aux riches grecques d’extrader d’importants capitaux.

La philosophie générale de ce programme est de défier la logique de l’austérité. Mais elle contient des contradictions fondamentales. Dragasakis écrit : « Ce n’est pas notre choix de sortir de l’euro, mais nous ne pouvons pas non plus continuer avec une politique qui n’offre aucune garantie de survie à notre société et notre pays. Syriza propose au peuple grec, et aux peuples d’Europe, la seule option pragmatique, qui est celle d’un nouvel accord contraignant et honnête entre les institutions et les peuples d’Europe ; un accord qui nous permette d’atteindre trois buts. Le premier est de soulager le peuple de ses souffrances, car il est la première victime de la crise. Le second est de se stabiliser et de permettre à l’économie de récupérer. Le troisième est la mise en œuvre d’un programme de réformes et de transformations radicales, à travers lequel il y aura une réelle réintégration de notre pays dans le futur européen et dans la division internationale du travail. »

Les changements voulus par Syriza devront donc être négociés avec l’Union Européenne. C’est surtout vrai dans le cas de la question cruciale de la dette, à propos de laquelle Dragasakis propose : d’ « effacer une partie importante de la dette accumulée, avec une disposition pour réviser la dette restante selon la vitesse du développement économique et des suspensions de payement des intérêts jusqu’à ce qu’on atteigne une reprise économique. Ces ajustements seront poursuivis dans le cadre des solutions communes européennes pour les dettes publiques de tous les pays européens, et si elles ne s’avèrent pas réalisables, dans le cadre d’accords bilatéraux. » Tsipras lui-même a utilisé la même tonalité en rassurant les lecteurs du Financial Times quelques jours avant les élections du 17 juin : « je maintiendrai la Grèce dans la zone euro ». Le problème qui se pose ici est évident : non seulement la zone euro a une structure basée sur des mécanismes néolibéraux, mais les forces dominantes à l’intérieur de celle-ci sont déterminées à institutionnaliser l’austérité comme une base de fonctionnement permanent.

En conséquence, la gauche promet de sauver la société et de rompre avec l’austérité, mais sans envisager de remettre en question les véritables mécanismes qui provoquent la dévastation sociale en cours. Voilà une politique qui peut sembler « réaliste » ; mais en quoi es-ce réaliste de penser que les fonds et les injections de liquidités européens à la Grèce qui étaient jusqu’à maintenant offerts en contrepartie d’une austérité extrême et d’ « ajustements structurels » seront maintenus si la politique d’austérité est abandonnée par un gouvernement grec dirigé par Syriza ?

Dans un texte rédigé avant les élections de juin, Costas Lapavitsas précisait : »Syriza aura un choix à faire (après le 17 juin). Il peut abandonner ses tendances pré-électorales et participer à un gouvernement qui accepte la politique de la Troïka. Ce serait une catastrophe pour Syriza, mais aussi pour le pays. Le défaut de payement ne pourra pas être évité, et le groupe politique qui en tirera bénéfice sera la droite fasciste. Ou bien alors Syriza refuse tout compromis gouvernemental et prend toutes les mesures politiques nécessaires pour appliquer son programme. Si c’est cela qui se passe, il y aura sans doute une montée des tensions avec les principaux pays de l’Union Européenne et la Grèce sera bientôt hors de l’Union Monétaire. La Grèce boira sa lie, mais l’Union Européenne aussi devra faire face à la folie d’une Union monétaire menaçant la stabilité d’un continent tout entier. »

Stathis Kouvelakis, qui avait argumenté avec force, tout comme Lapavistas, que la défaite de l’austérité impliquerait la sortie de la Grèce de la zone Euro, voit Syriza s’engager dans une bataille de longue haleine qui la mènera certainement à aller plus loin que les objectifs qu’elle avait annoncés initialement. Ce qui devrait conforter une logique très présente dans l’histoire des processus de changements sociaux et politiques, où la dynamique en cours, poussée par la pression des mobilisations populaires, amène les acteurs (ou du moins certains d’entre eux) à dépasser leurs intentions initiales. C’est ce qui effraie le plus les forces dominantes en Grèce et en Europe, et ce qui explique la campagne d’hystérie organisée contre Syriza et la perspective de son accession au pouvoir.

L’idée semble être que la logique même de la lutte orientera un gouvernement Syriza dans la bonne direction. Mais l’histoire nous montre que cette logique se traduit au travers d’un jeu des forces politiques et absolument rien n’empêche ce jeu de dévier de ce qui serait le bon chemin pour ceux qui ont une perspective révolutionnaire.
Comme le soulignait très justement Kouvelakis, dans la mesure où la présence de Syriza dans le gouvernement aurait pour but d’imposer des mesures contre l’austérité, cela exigerait une pression très forte venant d’en bas pour les maintenir dans cette ligne et pour les défendre contre les réactions de fureur qu’elles provoqueront de la part du capital grec et européen. Mais ce type de combats (en particulier avec des objectifs aussi élevés) ne naissent pas de manière spontanée ; ils dépendent d’un engagement conscient entre des acteurs politiques organisés.

Quelle conclusion tirer de cette analyse ?

Premièrement, la renaissance de la gauche radicale est un développement bienvenu et qui offre, au sein de l’arène politique bourgeoise, une alternative à l’austérité. Deuxièmement, les partis de la gauche radicale ne connaissent pas un développement en décalage avec celui qu’a connu le mouvement ouvrier au cours des deux derniers siècles. Ils n’ont pas condensé l’histoire des structures de la social-démocratie, mais ils n’ont pas non plus transcendé la contradiction entre réforme et révolution. Ils représentent une sorte particulière de réformisme de gauche, formé par le développement du social-libéralisme, par la faiblesse du mouvement ouvrier et parfois par l’influence que la gauche révolutionnaire peut avoir à l’intérieur de ses structures.

Troisièmement, à cause de leur appartenance à des variantes du réformisme de gauche, ces formations ont une trajectoire politique qui ne peut pas simplement se résumer à une construction de forces sociales et politiques. Comme le fait remarquer Sotiris, plus ils deviennent importants, plus ils ressentent la pression sur chacun de leurs gestes du point de vue « réaliste », en tant que gestionnaires du capitalisme. Ainsi, lorsque Tsipras déclare dans le Financial Times que « Syriza est le seul mouvement politique qui puisse aujourd’hui apporter la stabilité économique, politique et sociale dans le pays », nous ne pouvons pas écarter le sens de cette déclaration du revers de la main : elle est fruit de la logique lorsqu’on accepte d’assumer le gouvernement d’un pays capitaliste. Bien entendu, la polarisation des classes peut atteindre un point tel qu’il forcerait le gouvernement lui-même à se confronter avec le capital, comme ce fut le cas avec l’Unité Populaire de Salvador Allende au Chili dans les années 1970. Mais cet exemple, et en particulier la façon dont l’Unité Populaire a tenté de limiter - avant le coup d’état de septembre 1973 - l’auto-organisation des travailleurs et l’attitude de l’armée soulignent à quel point il serait insensé de considérer que Syriza ferait mieux sur ce terrain.

Quatrièmement, il est donc nécessaire pour les socialistes révolutionnaires, qui comprennent la nécessité d’une confrontation décisive entre le mouvement des travailleurs et le capital, de s’organiser de manière indépendante. Ce qui n’est pas à confondre avec l’attitude abstraite et sectaire qui consiste à dénoncer l’inévitable traîtrise des réformistes. C’est tout simplement reconnaître la dure réalité de la lutte de classe que d’insister sur la nécessité des révolutionnaires de s’organiser entre eux pour aider à lutter contre l’immense pouvoir que le capital peut exercer sur les partis réformistes au gouvernement. Il est cependant crucial de le faire d’une manière qui ne les isole pas du mouvement qui a commencé à se développer autour des partis de gauche radicale. Au contraire, les révolutionnaires doivent étroitement s’identifier avec ces mouvements et contribuer à leur réussite.

Cela signifie que les pratiques organisationnelles sont amenées à varier vertigineusement, selon les conditions locales, dépendant de manière cruciale de l’état de la lutte de classe, de la nature des formations de gauche, et de la force et de l’implantation sociale de la gauche radicale. Parfois cela peut signifier que les révolutionnaires doivent être une partie organique de ces formations : les militants de Marx21 en Allemagne ont aidé à la formation de Die Linke et ont pris part à sa direction. Parfois ce type d’approche n’aboutit pas vraiment, comme dans le cas du SWP et de Respect en Grande Bretagne. Le défi dans ce genre de cas est de ne pas abandonner et de trouver des nouvelles façons de travailler ensemble de manière productive. D’autres fois, comme je l’ai suggéré, il est plus cohérent pour les révolutionnaires de s’organiser de manière indépendante. En France, leur influence a été réduite de manière importante à cause de la paralysie et de la désintégration partielle du NPA. Une situation qui est surtout le résultat des erreurs commises par ce parti lorsqu’il était plus fort, lors de son lancement en 2009, pour ne pas avoir mené une politique active vis à vis du Front de Gauche et pour forcer Mélenchon et le PCF à répondre à leur initiative unitaire, au lieu de quoi ils se sont retrouvés eux-mêmes manœuvrés et marginalisés.

Et pour la Grèce ? Les organisations qui forment Antarsya ont réunis des militants qui jouent un rôle important dans les mouvements ouvriers et étudiants. Leur rassemblement a accru de manière significative leur capacité d’influence dans la situation d’affrontement de classes qui s’est développée ces dernières années. L’opinion de ces organisations est que se rallier à Syriza restreindrait fortement leur capacité d’action indépendante. La participation aux élections est une opportunité pour présenter un programme alternatif cohérent, un programme centré sur le défaut de payement, la nationalisation des banques et le retrait de la zone euro (…). Mais la différenciation politique ne se présente qu’en pratiquant la politique du front unique, les militants d’Antarsya, se battant côte à côte avec ceux de Syriza et du KKE (qui, bien que diminué électoralement, reste une force puissante sur le terrain). C’est une approche cohérente et réaliste. Elle peut bien sûr se révéler fausse. Les révolutionnaires, étant des êtres humains, ils commettent beaucoup d’erreurs. Mais le dogmatisme avec lequel celles-ci sont dénoncées dans certains milieux est franchement ridicule.

Quoi qu’il en soit, l’intensité des débats autour de la question de la Grèce soulignent le fait que nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la crise. (…) Cette phase comporte de grands dangers, mais soulève aussi d’importants espoirs, comme nous pouvons le voir clairement en Grèce. Des situations sont en train de se développer au sein desquelles la gauche anticapitaliste pourra réellement influencer les événements. Les choix à faire auront leur importance et c’est pour cette raison qu’il faut être clair sur leurs implications.

http://www.isj.org.uk/?id=819
Traduction française pour Avanti4.be : Sylvia Nerina

Un commentaire sur la Grèce et Syriza

Richard Seymour

L’article d’Alex Callinicos dans le dernier numéro d’International Socialism offre une analyse complexe. Au niveau le plus général, il défend le fait que la capitulation de la social-démocratie face au néolibéralisme en combinaison avec la crise capitaliste ouvre un espace à sa gauche. Il suggère que la raison pour laquelle Syriza et le Front de Gauche ont eu un tel succès est qu’ils sont dominés par des « réformistes de gauche ». Ils parlent le langage de la vieille tradition réformiste qui a de profondes racines dans la classe ouvrière et sont donc bien mieux placés pour capitaliser le mécontentement des travailleurs que les révolutionnaires.

Cette analyse contredit l’idée qu’il n’y aurait rien entre l’extrême gauche et la social-démocratie. Ce diagnostic était peut-être approprié dans la période de montée révolutionnaire en 1968 [1]. Mais notre période, marquée par une longue décomposition des partis sociaux-démocrates qui furent jadis dominants, est bien différente.

Une caractéristique typique des partis et des coalitions de gauche radicale émergents est la participation en leur sein de scissions de gauche des vieux partis réformistes ainsi que le réalignement de certains partis communistes qui s’associent avec eux. Il existe également un écart structurel entre ce que ces forces représentent réellement et ce qu’elles peuvent projeter dans les élections, ce qui fait que tout succès est extrêmement fragile. Néanmoins, il existe aujourd’hui des forces assez importantes entre les révolutionnaires et la social-démocratie. Et dans les circonstances actuelles, ce n’est pas une mauvaise chose.

Syriza et le « réformisme de gauche »

La caractérisation de « réformisme de gauche » est une description raisonnable du rapport de force général — à condition que les spécificités nationales ne soient pas perdues dans ces généralités. Malheureusement, je pense que certaines discussions à propos de la Grèce et de Syriza en particulier négligent des détails importants.

Premièrement, la spécificité de Syriza comme organisation « réformiste de gauche » n’est pas traitée de manière très persuasive par Alex Callinicos. Tout en reconnaissant l’existence d’un pôle révolutionnaire à l’intérieur de Syriza, il suggère que sa seule fonction est de « permettre à Syriza de projeter une image très révolutionnaire quand ça convient » alors que ces « ces organisations ont très peu d’influence sur la détermination de la ligne politique ». Cela fait difficilement justice à la question. Cela impliquerait que la coalition ne soit qu’une enveloppe pour Synaspismos, les ex-communistes dominants dans Syriza.

La décision de Synaspismos de lancer Syriza n’a été qu’une partie d’un tournant général à gauche sous l’influence des mouvements anticapitalistes et anti-guerre. Par exemple, alors qu’en 1992 Synaspismos a appuyé le Traité de Maastricht, lors de la formation de Syriza, ils ont répudié cette position. Plus tard, ils ont fait campagne contre le Traité constitutionnel européen et ont rejoint le Forum social grec en 2006. Ils ont été le seul parti représenté au parlement à soutenir les rébellions étudiantes en 2009 et ont joué un rôle important au côté d’Antarsya dans le « mouvement des places ». L’ouverture traditionnelle de Synaspismos aux mouvements sociaux a joué un rôle important.

La gauche révolutionnaire, une minorité dans Syriza n’est d’aucune manière négligeable. Le groupe maoïste, l’Organisation communiste de Grèce (KOE), est la seconde plus grosse organisation au sein de Syriza. Et à côté, il y a des organisations trotskistes et communistes plus petites comme la Gauche internationale des travailleurs (DEA). D’autre part, Synaspismos a également ses propres différentiations internes et le résultat en est que la gauche révolutionnaire à l’intérieur n’est pas complètement sans influence. Elle a une représentation dans les instances et la direction nationales et peut travailler avec la gauche à l’intérieur de Synaspismos pour atteindre ses buts [2].

Œcuménisme

Quelques soient les limites de Syriza, ils ont été ouverts aux forces à leur gauche et ont eu la volonté de travailler avec elles démocratiquement. Dans cette optique, une omission surprenante dans l’analyse détaillée de la montée de Syriza d’Alex Callinicos est le rôle du slogan appelant à un gouvernement d’unité de gauche pour bloquer les mesures d’austérités. Alex fait remarquer que pendant tout un temps avant la montée de Syriza, la Gauche démocratique (Dimar), plus modérée, la devançait dans les sondages. Mais sa seul conclusion à ce sujet est que « l’ambiguïté politique » de Syriza permet aux gens de croire « ce qu’ils veulent croire ». Cela passe à côté du point bien plus décisif qui est que la balance s’est penchée en faveur de Syriza lorsque la crise s’est radicalisée et que l’avantage de Syriza s’est cristallisé après l’appel d’Alexis Tsipras pour un gouvernement de gauche pour résister aux mesures d’austérité.

Le slogan pour un gouvernement d’unité de gauche a été cohérent avec l’œcuménisme général de Syriza envers la gauche, combiné avec son opposition à une alliance avec les forces pro-austérité [3]. C’est un contraste avec ses deux rivaux électoraux principaux, la Gauche démocratique et le Parti communiste grec (KKE). Le résultat en a été que ces rivaux ont tous deux perdu significativement du terrain face à Syriza dans les deux élections de mai et de juin 2012.

Dans le cadre de cette approche, Syriza a rencontré Antarsya après les élections du 6 mai pour discuter de la perspective d’un front électoral uni. Syriza a garanti à Antarsya une visibilité dans la campagne et son indépendance politique. Antarsya a refusé, comme tel était son droit. Ils ont décidé de se présenter séparément en argumentant qu’ils pourraient présenter un programme plus cohérent pour résister à l’austérité.

Cependant, Antarsya n’était pas en position pour pouvoir capitaliser électoralement son engagement important dans les luttes sociales et était destiné à ne récolter qu’une toute petite proportion des votes. Au mieux, ils pouvaient utiliser les élections pour mener leur propagande mais en n’ayant aucun impact le jour de l’élection et ne pouvaient jouer aucun rôle dans l’appel à un gouvernement de gauche [4].

Le fait qu’un appel pour une unité de la gauche se soit concentré sur la question du pouvoir gouvernemental peut être difficile pour des révolutionnaires. Mais en l’absence du pouvoir de conseils des travailleurs ou d’un quelconque équivalent, cette revendication a eu un écho chez les travailleurs grecs. Le même appel devrait probablement avoir du succès dans d’autres situations quand l’austérité se combine avec la déliquescence de la social-démocratie. Trouver une manière d’y répondre de manière constructive est extrêmement important. C’est là que réside le problème avec une analyse qui se concentre sur la typologie du « réformisme de gauche ». Ce n’est pas fondamentalement incorrect, c’est juste que dans la mesure où ça permet d’expliquer le succès de certains types de formations sans se référer concrètement à ce qu’ils disent et font, on en arrive à omettre des détails vitaux.

« Contradiction fondamentale »

Un élément central dans la critique du programme de Syriza est sa position incohérente concernant l’Union européenne. Syriza promet de combattre les mesures d’austérité dans le cadre de l’eurozone qui est intrinsèquement liée au néolibéralisme. Je suis d’accord que cette « contradiction fondamentale » comme Alex Callinicos la décrit est une réelle limitation de l’approche de Syriza. Cependant la question n’est pas si simple.

Premièrement, il y a un dilemme réel pour les forces de gauche dans les pays « périphériques » de l’eurozone. Comme l’Irish Socialist Workers Party (Parti socialiste des travailleurs irlandais) le dit : « Le soutien à l’UE est souvent relativement haut dans les pays périphériques comme la Grèce et l’Irlande. C’est parce que l’euro et être membre de l’UE symbolise une sortie d’un statut sous-développé. Beaucoup de travailleurs ont peur qu’une sortie ne représente un retour à la pauvreté et à un niveau de vie plus bas. »

Cela ne veut pas dire que la gauche révolutionnaire doit capituler devant de telles peurs. Elle doit plutôt « défendre les intérêts de la classe ouvrière — quoiqu’en pense l’UE ». [5] Tactiquement, il est donc censé pour la gauche d’axer ses slogans non pas sur la question de l’appartenance à la zone euro mais plutôt sur la question immédiate de la résistance aux mesures d’austérité qui sont aux limites de ce que les dirigeants de l’eurozone peuvent tolérer. Dans ce cas, la logique de se lancer dans une campagne électorale sans espoir qui se différencie principalement par la question de la sortie volontaire de l’eurozone est très étrange.

Le seul programme détaillé pour une « Grexit » (sortie de la Grèce de l’eurozone) que nous avons identifié comme parti ou tendance est celui qui est expliqué par Costas Lapavitsas et d’autres [6]. Formellement, c’est un programme de gauche populiste pour sauver le capitalisme grec en le resituant dans un chemin de développement national en dehors de l’eurozone. Cependant, Alex Callinicos l’a identifié comme étant potentiellement un « programme de transition » étant donné que ses revendications impliquent une confrontation avec le capitalisme. Mais comme Grace Lally l’a suggéré, cela dépend du contexte et de qui soulève ces revendications [7]. La Grèce n’est pas dans une situation révolutionnaire et les révolutionnaires ne sont pas en position de prendre la direction de la classe ouvrière. Pas plus que la « Grexit » n’est une base probable pour un front uni d’action ou pour un programme gouvernemental. La question est alors de savoir quels peuvent être les gains concrets à faire de ce programme un point de division de la gauche.

Cela ne signifie pas que la position de Syriza ne doit pas être critiquée. À l’intérieur même de Syriza, il y a un soutien croissant pour une orientation plus critique face à l’UE — chez les révolutionnaires et dans la gauche de Synaspismos. Les forces les plus pro-UE ont en réalité fait scission avec Fotis Kouvelis pour former la Gauche démocratique. Avant les élections, Syriza s’était mis d’accord sur la formulation « Pas un seul sacrifice pour l’euro ». En pratique, les principaux leaders de Syriza ont tendu à adopter un message plus conciliant durant les élections. Mais même dans ce cas, ils se sont tenus à leurs engagements tels que la répudiation du Mémorandum qui implique une confrontation avec les dirigeants de l’UE. Je pense que la gauche révolutionnaire aurait du accepter les promesses de Syriza et se battre pour faire de cette confrontation une réalité en soutenant l’appel de Syriza à un gouvernement de gauche.

Conclusion

Le problème clé posé par la conjoncture est — comme le pose Stathis Kouvelakis — de trouver comment on peut articuler une série « d’objectif intermédiaires réalisables » entre le programme minimum des réformistes et le maximalisme des révolutionnaires. Le débat d’International Socialism sur les « programmes de transition » représente une tentative possible de trouver une solution. Cependant, à gauche, personne n’est encore parvenu à mettre en avant une solution cohérente. En pratique, nous suivons tous des programmes « réformistes de gauche » avec l’espoir que la lutte de classe qui s’en suivrait amène les moyens (auto-organisation populaire, rébellion des travailleurs) pour les transformer en outils pour une transition. Tant qu’il n’y aura pas de développement d’institutions de pouvoir populaire qui soit capable de menacer le capitalisme, la question sera récurrente et se concentrera principalement sur des questions de pouvoir gouvernemental.

Dans ce contexte, je pense que la tentative de Syriza de répondre à cette question en proposant un gouvernement unitaire de gauche est un pas précieux dans un processus pédagogique. Je pense que c’est un pas que les révolutionnaire auraient du soutenir pleinement.

Notes :

1. Un tel vide politique était une partie de l’explication de Chris Harman pour la croissance de la gauche révolutionnaire après 1968. Voir Harman, 1979.
2. Pour des informations sur Syriza, voir Marlière, 2012 ; Davanellos, 2008 et 2012 et MacFhearraigh, 2012.
3. Voir le commentaire d’Alexis Tsipras dans Gilson, 2011.
4. Pire que ça, la logique de certains soutiens d’Antarsya été ridiculement sectaire. Comme Syriza représente « un réformise plutôt de droite » et « la dernière chance du système national comme international… pour sauver la situation avec quelque chose qui ressemble à des méthodes “normales” ». Voir Kloke, 2012.
5. SWP Irlande, 2012.
6. Voir Lapavitsas et d’autres, 2012.
7. Callinicos, 2012 ; Lally, 2011.

Références

Callinicos, Alex, 2010, “Austerity Politics”, International Socialism 128 (autumn), www.isj.org.uk/?id=678
Callinicos, Alex, 2012, “The Second Coming of the Radical Left”, International Socialism 135 (summer), www.isj.org.uk/?id=819
Davanellos, Antonis, 2008, “Greek workers move left”, International Socialist Review, 59 (May-June), www.isreview.org/issues/59/rep-greece.shtml
Davanellos, Antonis, 2012, “Where did Syriza come from ?”, Socialist Worker (US) (May 17), http://socialistworker.org/2012/05/17/where-did-syriza-come-from
Gilson, George, 2011, “Warding Off a ‘Social Catastrophe’”, Athens News (October 2), http://www.athensnews.gr/issue/13463/48402
Harman, Chris, 1979, “Crisis of the Revolutionary Left”, International Socialism 4 (spring), www.marxists.org/archive/harman/1979/xx/eurevleft.html
Kloke, Andreas, 2012, “Answer to the statement of the FI on Greece” (June 1), http://4thinternational.blogspot.co.uk/2012/06/andreas-kloke-answer-to-statement-of-fi.html
Kouvelakis, Stathis, 2011, “Facing the Crisis : the Strategic Perplexity of the Left”, International Socialism 130 (spring), www.isj.org.uk/?id=727
Lally, Grace, 2011, “Discussing the Alternatives”, International Socialism 129 (winter), www.isj.org.uk/?id=708
Lapavitsas, Costas, and others, 2012, Crisis in the Eurozone (Verso).
MacFhearraigh, Donal, 2012, “SYRIZA and the Rise of Radical Left-Reformism in Europe”, Irish Marxist Review, volume 1, number 2, http://irishmarxistreview.net/index.php/imr/article/view/21
Marlière, Philippe, 2012, “Syriza est l’expression d’une nouvelle radicalité à gauche”, interview with Stathis Kouvélakis, Le blog de Philippe Marlière (June 6), www.blogs.mediapart.fr/blog/philippe-marliere
SWP Ireland, 2012, “Greece and the advance of the left” (May 21), www.swp.ie/content/greece-and-advance-left

Source : http://links.org.au/node/3062
Traduction française pour Avanti4.be : Martin Laurent