Giap : Le stratège de la guerre de libération nationale du Vietnam

Vo Nguyen Giap, Pierre Rousset, Walter Goobar 21 octobre 2013

Le général Vo Nguyen Giap est décédé le 4 octobre dernier à l’âge respectable de 102 ans. Dirigeant du Parti communiste vietnamien, chef de guérilla, théoricien de la « guerre du peuple » et héros de la lutte de libération nationale du peuple vietnamien, il a victorieusement participé à trois conflits qui ont successivement chassé les troupes d’occupation japonaises, puis françaises et enfin étatsuniennes. Nous reproduisons ci-dessous des articles de Pierre Rousset et de Walter Goobar qui évoquent quelques aspects de sa biographie, ainsi qu’un large extrait d’un texte inédit en français du général Vo Nguyen Giap (Avanti4.be).

Vo Nguyen Giap : un combat de libération au Vietnam

Pierre Rousset

Le général Vo Nguyen Giap est mort à Hanoi le 4 octobre 2013, à l’âge de 102 ans. Militant anticolonialiste, puis communiste, depuis les années 1930, il est devenu le responsable politico-militaire vietnamien le plus renommé, connu notamment pour son rôle dans la bataille de Diên Biên Phu qui sonna le glas de l’Empire français.

Après Hô Chi Minh — « l’Oncle Ho » dont il était proche —, Vo Nguyen Giap est le seul dirigeant du Parti communiste vietnamien de renommée internationale. Si bien d’autres cadres du PCV mériteraient d’être mieux connus, ce prestige n’est pas volé : au sein d’une direction collégiale, Giap incarne de par ses fonctions successives le versant politico-militaire d’un combat de libération nationale mené 30 ans durant face aux occupations japonaise, française et étatsunienne.

Dès la Seconde Guerre mondiale, il est chargé de constituer les Brigades de propagande armées qui donneront naissance – après la Révolution d’Août 1945, la proclamation de l’indépendance du pays, puis la nouvelle invasion française en 1946 – à l’Armée populaire dont il devient le commandant en chef. En 1954, il joue un rôle majeur dans la victoire vietnamienne de Diên Biên Phu qui sonne le glas de l’Empire colonial français. Après une mise à l’écart dans les années 1960, il occupe à nouveau des responsabilités centrales dans les offensives de 1973-1975 qui conduisent à la chute du régime de Saigon et à une fuite désordonnée des dernières forces US.

Une pensée militaire et politique

Initialement, la pensée militaire vietnamienne et l’organisation de l’armée de libération doivent beaucoup au précédent maoïste et à l’aide de conseillers chinois. Les principes de la « guerre du peuple » sont les mêmes, mais ils ont dû être adaptés à un contexte différent : impossible au Vietnam de jouer comme en Chine sur l’immensité géographique et démographique ou sur la rivalité entre impérialismes (sauf en 1945). Le PCV a notamment déployé comme jamais auparavant le champ d’action politique et diplomatique international : aider au développement des très divers mouvements de solidarité, réduire le coût de la fracture sino-soviétique, imposer progressivement son autorité propre dans les négociations de paix…

Le lien entre mobilisation militaire en masse, Front de libération nationale et révolution sociale est l’un des principes de base de ladite « guerre du peuple ». En ce domaine, tous les textes de référence vietnamiens soulignent les dangers symétriques du « gauchisme » (réduire le front de résistance nationale par des mesures sociales trop radicales) et « opportunistes » (démobiliser le peuple paysan en ne répondant pas à ses attentes en matière de réforme agraire). L’originalité des écrits de Vo Nguyen Giap est de ne pas s’en tenir à des généralités, mais d’indiquer, fusse brièvement, quand le PCV a commis de telles erreurs.

Un grand prestige

Marginalisé au bureau politique par le déclin d’Hô Chi Minh qui meurt en 1969, Giap a gardé une rare liberté de parole et a mené bataille contre le « noyau dur » de la direction du parti et le « modèle chinois », ses erreurs « de gauche » (telle la réforme agraire au Nord Vietnam) ou « de droite » (telle l’ouverture tous azimuts au marché mondial). Il engage encore en 2009 l’un de ses derniers combats, contre un projet gigantesque et destructeur d’exploitation par la Chine de mines de bauxite à ciel ouvert sur les hauts plateaux du Sud – avec un certain succès.

Exclu du comité central en 1996, Vo Nguyen Giap n’était pas en odeur de sainteté au sein de la direction du PCV, mais il a gardé un très grand prestige non seulement sur le plan mondial, mais aussi au Vietnam. En témoigne l’affluence considérable aux cérémonies officielles en son honneur, le 13 octobre, dans de nombreuses villes, notamment à Hanoi, dans sa province natale de Quang Binh, à Ho Chi Minh Ville (Saigon). Une affluence spontanée, du Nord au Sud, avec la présence très notable d’une jeunesse qui n’a pas connu les années de guerre.

Publié dans : Hebdo L’Anticapitaliste n° 213 (17/10/2013)
http://www.npa2009.org/node/39177

Giap : le « Napoléon rouge » qui a vaincu trois empires

Walter Goobar

Connu comme le « Napoléon rouge », le général Giap s’est érigé en chef d’une armée de guérilleros qui portaient des sandales fabriquées à partir de vieux pneus. Cette armée a transporté son artillerie en pièces détachées afin de pouvoir encercler et écraser l’armée française à Dien Bien Phu en 1954. Cette improbable victoire, qui est encore étudiée aujourd’hui dans les écoles militaires, n’a pas seulement menée à l’indépendance du Vietnam, elle a également précipité l’écroulement du colonialisme dans toute l’Indochine et au-delà.

Considéré par les experts comme l’un des plus importants stratèges militaires de l’histoire et comme un génie de la logistique, Vo Nguyen Giap a passé plus de 30 années de sa vie à lutter contre les envahisseurs de son pays. En 1945, il a vaincu les soldats japonais. Neuf ans plus tard, en 1954, il a vaincu l’armée française et près de vingt ans plus tard, en 1975, il a fait une entrée triomphale à Saigon, aujourd’hui rebaptisée Ho Chi Minh Ville, après avoir expulsé les troupes étatsuniennes.

Né le 25 août 1911 dans une famille paysanne de Quang Binh, au centre du pays (qui faisait alors partie de l’Indochine française), Giap est devenu une légende vivante après sa victoire définitive contre les troupes françaises. Le plus grand succès de sa stratégie fut en effet la bataille de Dien Bien Phu en 1954, dans laquelle il est parvenu à encercler 14.000 soldats français dans une vallée du nord du pays. L’armée française ne s’attendait pas à ce que les guérilleros vietnamiens fussent capables de creuser des tranchées et de positionner des canons sur les montagnes qui entouraient la vallée.

Dans l’une des plus surprenantes opérations de logistique de l’histoire, les soldats du Vietminh communiste transportèrent l’artillerie en pièces détachées à travers la jungle sur des bicyclettes ou simplement tirées à la main et les ont hissées dans ces zones montagneuses qui enserraient le camp français. Les 55 jours de siège, d’assauts et la reddition finale de Dien Bien Phu assénèrent un coup mortel aux aspirations coloniales françaises, et pas seulement en Indochine, et cet événement précipita la fin de la IVe République. La France se retira d’Indochine après avoir négocié la division « provisoire » du pays en deux Etats ; le Nord souverain et le Sud, gouverné par un régime fantoche des puissances coloniales.

Lorsque Giap a obtenu ce succès militaire, cela faisait à peine dix ans qu’il avait créé l’armée révolutionnaire du Vietminh. Cette victoire signifiait la fin de la Guerre d’Indochine et la célébrité pour un stratège autodidacte qui, avant ces événements, donnait des cours d’histoire à Hanoï.

Giap avait un intérêt particulier pour les tactiques militaires de Napoléon et, selon l’un de ses élèves, il avait mémorisé les stratégies des batailles livrées par l’Empereur français. Ses tactiques, qui furent exposées dans son livre « Guerre du peuple, armée du peuple » en 1962, il les réutilisa avec des effets dévastateurs contre les Etatsuniens 20 ans plus tard. « Nous avons dû utiliser le petit contre le grand, des armes obsolètes contre des armes modernes », dira plus tard Giap. « Au final, c’est le facteur humain qui détermine la victoire ».

Après sa campagne contre les Français, Giap a ainsi continué à diriger ses soldats contre les troupes étatsuniennes et cela jusqu’à la chute de Saigon le 30 avril 1975. Giap pensait que les Etatsuniens ne pourraient pas supporter un conflit prolongé au Vietnam. « Forcés de se battre dans une lutte prolongée, c’était la défaite assurée pour eux » disait-il. « Leur moral était au plus bas ». Pendant les 15 années qu’a duré cette guerre, plus de 3 millions de Vietnamiens ont perdu la vie, ainsi que plus de 58.000 Etatsuniens. « Nous n’étions pas suffisamment forts pour expulser un demi million de soldats, mais cela n’était pas notre objectif » dira Giap en 1990. « Notre intention était de briser la volonté du gouvernement étasunien de continuer la guerre ».

« Aucune autre guerre de libération nationale n’a été aussi acharnée ou n’a provoqué autant de pertes que notre guerre » a souligné Giap dans des propos tenus à l’Associated Press en 2005, l’une de ses dernières interviews connue avec la presse étrangère, à la veille du 30e anniversaire de la chute de Saigon, l’ex capitale du Sud-Vietnam. « Mais nous avons continué la lutte parce que, pour le Vietnam, il n’y avait rien de plus précieux que l’indépendance et la liberté », ajouta-t-il en répétant une phrase célèbre de Ho Chi Minh.

La mort de Ho Chi Minh, en 1969, et son conflit avec son successeur, Le Duan, l’ont lentement mais sûrement empêchés de continuer à jouer un rôle politique de premier plan. En 1979, il cessa d’être Ministre de la Défense et, trois ans plus tard, il quitta le Polit bureau du Parti Communiste. En 1991, il fut exclu du Comité central du Parti.

Mais Giap ne perdit en rien son esprit combatif. Devenu l’un des personnages les plus admirés par la jeunesse vietnamienne après Ho Chi Minh, il a tiré profit de ce prestige pour s’ériger en conscience critique du pays pendant les dernières années de sa vie. En 2006, il écrivit que le Parti Communiste s’était transformé en « refuge pour les corrompus ». Et en 2009, il publia une lettre ouverte critiquant les projets gouvernementaux d’exploitation de bauxite à cause de leurs effets sociaux et environnementaux nocifs. A 102 ans, sa voix vient de s’éteindre pour toujours.

Source :
http://www.iade.org.ar/modules/noticias/article.php?storyid=4922
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

L’Homme et l’arme

Vo Nguyen Giap

Selon le marxisme-léninisme, le moteur du développement de la société humaine divisée en classes sociales est la lutte des classes et ce sont les masses populaires qui font toujours l’histoire. En conséquence, en analysant le rapport entre l’Homme et l’arme, notre parti affirme que c’est l’Homme qui constitue le facteur décisif et il critique énergiquement la théorie bourgeoise selon laquelle c’est l’arme qui serait décisive.

Dans sa tentative d’éviter le péril de son anéantissement, l’impérialisme développe par tous ses moyens la propagande sur la « toute puissance des armes », et il utilise en réalité l’arme pour dominer l’Homme, en menaçant et en réprimant le mouvement révolutionnaire des peuples travailleurs.

Afin de réviser les points de vue fondamentaux du marxisme-léninisme sur la lutte des classes, les révisionnistes contemporains s’appuient sur l’arme nucléaire. Ils considèrent que, face au grand pouvoir de l’arme nucléaire, les peuples travailleurs opprimés et exploités n’ont pas d’autre choix que de substituer la lutte des classes par la conciliation de classes. Ils évoquent la dite « contradiction entre l’humanité et l’arme nucléaire » afin de remplacer la contradiction de classes et ne distinguent pas l’ami de l’ennemi, les guerres justes des guerres injustes, les instigateurs de guerre des défenseurs de la paix.

Les marxistes considèrent que l’arme nucléaire a une grande puissance, mais qu’elle n’est qu’un instrument de la lutte de classes et qu’elle ne la remplace pas. L’arme nucléaire influence énormément la stratégie et la tactique militaires, mais elle ne modifie pas la stratégie révolutionnaire du prolétariat et ne doit pas lui faire confondre qui sont ses ennemis et qui sont ses amis. Les armes nucléaires influencent le déroulement des hostilités et la victoire, mais ce n’est pas l’élément déterminant de la victoire et elles ne modifient pas non plus la perspective du développement de la société.

Dans la guerre, le facteur décisif est et sera toujours l’Homme ; les masses populaires sont et seront toujours celles qui forgent l’histoire. Le prolétariat, le peuple travailleur, les opprimés et les exploités, renversent, par la lutte des classes, le joug de la classe dominante exploiteuse et obtiennent leurs victoires en s’appuyant principalement sur leur niveau de conscience et leurs capacités organisationnelles.

S’ils avaient écoutés les thèses de ceux qui considèrent l’arme comme le facteur décisif et le possesseur d’armes nombreuses et de bonne qualité comme le vainqueur à coup sûr contre celui qui en a peu et de mauvaise qualité, le prolétariat et les peuples laborieux opprimés se seraient croisés les bras et dirigés dans une voie sans issue. Ils n’auraient jamais pu construire, en partant les mains vides, leur œuvre actuellement réalisée. (…)

Le caractère invincible de la guerre juste

La guerre est la continuation de la lutte politique au moyen des armes. Toute guerre a un caractère de classe. La lutte armée des peuples opprimés et exploités est la lutte contre la classe des oppresseurs et des exploiteurs pour la conquête de l’indépendance nationale, la démocratie et le droit de l’Homme à la vie.

Ainsi, dans la formation des forces armées, afin d’obtenir la victoire dans la guerre, comment concevoir et résoudre le problème du rapport entre l’Homme et l’arme ? En partant de l’affirmation que les principaux promoteurs de notre révolution sont les masses ouvrières et paysannes sous la direction du Parti de la classe ouvrière, notre parti a préconisé, depuis sa fondation et dans son programme politique, la « création d’une armée ouvrière et paysanne ».

Les Hommes des forces armées de notre parti et du peuple ne sont autres que l’ouvrier, le paysan et le peuple laborieux. Ce sont ceux qui ont comme objectif de lutte l’indépendance nationale, la terre à ceux qui la travaillent et la progression vers le socialisme. Avec une cause aussi juste de par ses objectifs, avec l’invincible idéal du marxisme-léninisme, les combattants et les cadres révolutionnaires des forces armées du peuple vietnamien constituent un noyau fermement unis qu’aucune violence ne pourra ébranler. Aussi cruel que soit l’ennemi, ils ne le craignent pas ; quelle que soit le nombre de ses armes modernes, il ne pourra pas les vaincre.

L’histoire de la lutte et de la croissance de notre armée pendant vingt ans et sa tradition de « résolution à combattre et à vaincre » démontrent de manière éloquente que notre armée est parvenue à construire une puissance force de combat parce qu’il s’agit d’une armée d’ouvriers et de paysans, formée par les éléments d’avant-garde du prolétariat et de la paysannerie. Elle a été créée par le peuple et organisée et dirigée par le Parti de la classe ouvrière.

Ainsi, lorsque nous évaluons le rôle de l’Homme dans la lutte armée et dans les forces armées, nous devons clairement souligner son caractère de classe, autrement dit savoir quelle classe mène à bien la guerre et la nature de classe de ces forces armées. C’est là que réside la différence fondamentale entre la science militaire prolétarienne et la science militaire bourgeoise (…).

En dégageant le point de vue marxiste sur le rôle de l’Homme nous pouvons immédiatement comprendre la perspective de notre armée et de quel côté se trouve la victoire. Elle reflète le caractère invincible de la guerre juste dirigée par le prolétariat – et de son armée – représentant le mode de production le plus progressiste de l’histoire. Elle reflète aussi la défaite inévitable de la guerre injuste menée à bien par une classe moribonde et la désagrégation inévitable de toutes les armées de la classe exploiteuse. Notre Parti a fermement compris que le problème clé, vital, est la nature prolétarienne de la formation de l’armée.

La loi de la coordination entre l’Homme et l’arme

C’est ainsi que notre armée a passé son épreuve du feu dans la lutte et s’est rapidement développée comme « l’Apôtre Llong » [1]. Nous devons toujours maintenir fermement ce point de vue vital quant à notre analyse de la situation de l’Homme au sein des forces armées. Quelle que soit l’armée, en analysant ses caractéristiques nous voyons que celles-ci résultent de la coordination entre deux facteurs fondamentaux, dont les rapports sont inséparables : l’Homme et l’arme. Mais le caractère du rapport entre ces deux facteurs est déterminé par la nature de classe de l’armée et de la guerre qu’elle mène à bien.

Dans l’armée de la classe exploiteuse, qui se consacre à mener des guerres injustes, c’est la contradiction antagoniste existante entre les exploiteurs, maîtres des armes, et les masses militaires appartenant aux classes exploitées et obligées de servir comme chair à canon et à lutter comme des mercenaires, qui prédomine. Dans ce cas, la loi de la coordination entre l’Homme et l’arme est inversée ; c’est l’arme qui domine l’Homme et il existe ici aussi, entre l’Homme et l’arme, une contradiction antagoniste qui reflète l’antagonisme de classe entre l’exploiteur et l’exploité, entre les exploiteurs maîtres des armes et ceux qui les empoignent en tant que mercenaires. Ainsi, quand le soldat ignorant ses intérêts de classe empoigne l’arme pour combattre et qu’il obtient des victoires, chaque victoire obtenue est sa propre défaite puisqu’il est un travailleur opprimé et exploité.

Les intérêts des travailleurs ne seront seulement garantis que lorsqu’ils refuseront l’usage des armes pour combattre comme des mercenaires, qu’ils lutteront contre la guerre et retourneront le canon de leur fusil pour tirer sur leurs exploiteurs, les maîtres des armes. Tel est le développement logique des armées de la classe exploiteuse, et particulièrement celles de l’impérialisme, de ses fantoches et de ses laquais. Car, en accord avec les lois de l’histoire, ce sont les masses exploitées qui vaincront les classes exploiteuses puisque c’est l’Homme qui fabrique le matériel et qui le domine et il ne se laisse jamais dominer par le matériel.

Malgré toutes les tentatives des exploiteurs, qui vont de l’action psychologique, la corruption, la démagogie et jusqu’à la coercition brutale – en enchaînant les pieds des soldats aux mitrailleuses pour forcer la cohésion entre l’arme et l’Homme – et en dépit de certains succès momentanés, leurs armées ne peuvent éviter la défaite. Ainsi l’a démontrée dans tout le pays l’expérience du Corps Expéditionnaire français et des troupes fantoches de Bao Daï dans la dernière guerre, tout comme celle de l’armée yankee du Sud dans la guerre actuelle.

A l’inverse, dans l’armée du prolétariat, du fait qu’il n’existe pas de contradiction de classes antagonistes et vu que les intérêts de classe sont homogènes – et forment la base de sa cohésion politique et morale -, la loi de la coordination entre l’Homme et l’arme est celle de la domination de l’Homme sur l’arme. Au sein de ce rapport entre l’Homme et l’arme il n’y a pas de contradiction antagoniste entre l’Homme et l’arme mais bien un rapport dialectique d’influence mutuelle dans lequel l’Homme joue le rôle dirigeant.

C’est pour cette raison que c’est uniquement dans ce cas que se réalise l’unité entre l’Homme et l’arme de manière complète et intégrale ; l’Homme peut développer son moral et toutes ses capacités afin de développer au maximum le pouvoir des armes, se maintenir ferme face à toutes les circonstances politiques complexes et vaincre dans les phases les plus difficiles du combat. Tout cela fait de l’armée prolétarienne une armée invincible, résolue à combattre et à vaincre.

Dans l’armée prolétarienne, la cohésion entre l’Homme et l’arme a des bases de classe, elle se meut et se développe au travers des activités conscientes de l’Homme. Ce dernier accompli son rôle décisif dans le combat dans un tout étroitement uni avec l’arme parce que, du fait de la particularité des formes de l’action armée, l’arme est l’instrument fondamental de l’Homme afin de transformer le potentiel de ses forces morales en forces matérielles capables de détruire l’ennemi. C’est pour cela que pour évaluer le rôle de l’Homme au sein des forces armées, après avoir clairement souligné leur nature de classe, il faut le considérer dans sa relation organique avec l’arme, et le développement dialectique de cette relation selon le développement de la révolution et de la lutte des classes à chaque instant.

Texte publié dans la revue « Política y Teoría » (Argentine) n° 61, février 2007.
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera


[1Selon une légende vietnamienne, face à une agression étrangère, l’ « Apôtre Llong », âgé de 3 ans, se mit à grandir de manière vertigineuse et devint le chef des troupes de la dynastie Hung qui libérèrent glorieusement leur patrie.