Dossier 1944 : La Libération en questions

Jean-Marie Freyssat, Philippe Andrea 6 juin 2014

Dossier 1944 : La Libération en questions

En France, le débarquement du 6 juin 1944 des « Alliés » sur les plages normandes et le développement de la Résistance antifasciste précipitèrent la décomposition et l’écroulement du régime collaborationniste du Maréchal Pétain. L’affaiblissement de l’appareil d’Etat bourgeois, le discrédit frappant une classe capitaliste qui avait majoritairement collaboré avec le nazisme ; de larges fractions de la classe ouvrière armées et organisées au seins des organisations de la résistance (où le Parti communiste français jouissait d’un grand prestige), telles étaient les principales données indiquant qu’en France (et ailleurs), les possibilités pour une rupture anticapitaliste étaient réunies. Nous verrons dans ce dossier pourquoi et comment cette opportunité réelle fut perdue. (Avanti4.be)

La politique du PCF de la Libération à la Guerre froide

Philippe Andrea

Le PCF dans la guerre

1939 et 1940 représentent des années noires pour le mouvement ouvrier français. En approuvant le pacte germano-soviétique, signé en 1939, le PCF abandonne toute sa politique précédente qui reposait sur la lutte antifasciste et la dénonciation de l’Allemagne nazie comme le principal ennemi, base d’alliance avec la bourgeoisie nationale. Le PCF va alors connaître une régression sans précédent. A la désorientation de ses cadres et de ses militants va s’ajouter la répression bourgeoise : le PCF est dissout. Une chasse aux sorcières va s’engager contre les dirigeants ouvriers, qui prépare directement le régime de Vichy. La CGT perd la moitié de ses membres. 27 députés communistes sur un total de 72 quittent le Parti. Il ne reste que quelques milliers de militants organisés au PCF.

Cette situation s’aggrave encore en 1940 avec l’occupation de la France et la démission du gouvernement qui confie tous les pouvoirs au Maréchal Pétain. La IIIe République est abolie, l’ensemble des partis sont interdits. Dans une telle situation le PS éclate, un bout choisissant la collaboration, le reste étant démantelé. Une partie des dirigeants syndicaux socialistes avec Belin, rallient Pétain et deviennent des adeptes des Chantiers de travail et de la « Révolution nationale ».

Le PCF maintient sa politique et engage, par exemple, une négociation avec les autorités allemandes en vue de la légalisation de « l’Humanité ». Cette tentative échouera, mais il faut savoir qu’elle réussira dans des conditions semblables en Belgique.

Cette décomposition du mouvement ouvrier va permettre au régime de Vichy de faire illusion. La bourgeoisie croit venue l’heure de la revanche sur tout ce qu’a représenté le Front populaire et plonge dans la collaboration avec le nazisme, entraînant derrière elle des couches importantes de la petite-bourgeoisie, alors que le mouvement ouvrier est paralysé. L’illusion sera de courte durée et apparaîtra dans l’incapacité du régime à structurer des partis fascistes un tant soit peu de masse. 1941 va marquer un tournant : c’est d’abord le réveil de la classe ouvrière avec la grève des 100.000 mineurs du Pas de Calais qui se heurtent à la fois à la Gestapo et à la police française. D’autres grèves vont avoir lieu, ainsi qu’un vaste mouvement de refus du départ en Allemagne pour le travail obligatoire. Moins de 800.000 travailleurs partirons sur les 2 millions demandés. Les autres sont de véritables insoumis, base de masse pour les maquis.

Mais c’est aussi en 1941 que le PCF va changer d’orientation à 180°. En juin 1941, les troupes allemandes envahissent l’URSS. Le PCF crée les premiers maquis et préconise une alliance avec la bourgeoisie nationale en constituant le « Front national ».

Cette alliance se concrétisera le 27 mai 1943 avec la mise en place du « Conseil National de la Résistance » qui regroupe les gaullistes et les communistes largement hégémoniques dans la résistance intérieure, même si des fractions de plus en plus importantes de la bourgeoisie et de l’Administration rallient de Gaulle, ou commencent à jouer un double jeu. Avec la victoire soviétique à Stalingrad, tournant dans le rapport de force mondial, la défaite de l’Allemagne apparaît comme de plus en plus crédible.

Dès 1941, Staline appelle les communistes de tous les pays à renoncer à tout objectif indépendant et à subordonner leur politique à l’alliance avec la bourgeoisie, même si celle-ci ne représente rien sur le terrain de la lutte. C’est à cette époque qu’ont lieu les premiers accrochages avec la direction du Parti communiste yougoslave qui refuse cette subordination et décide, par exemple, la création de « brigades prolétariennes de choc » présentées à Staline comme cadeau pour son anniversaire...

A l’inverse, le PCF construit le mythe De Gaulle, s’enfermant dans une impasse qui lui permettra ensuite de justifier sa politique de 1945, comme étant sans alternative.

L’effondrement de l’Etat vichyste

Avec le débarquement des troupes anglo-américaines, l’Etat vichyste va s’effondrer, montrant qu’il n’existait que par la grâce de l’armée allemande. Les entreprises sont paralysées par les communications. Les principales villes se soulèvent contre l’occupant. De Gaulle explique dans ses « Mémoires » qu’il a alors sollicité deux divisions au général Eisenhower « pour un éventuel maintien de l’ordre ».

Le gouvernement américain envisage au même moment la mise en place d’un administration militaire, comme en Italie, afin d’assurer la continuité de l’ordre et de l’Etat bourgeois, avant de s’en remettre finalement à De Gaulle. Dès son arrivé à Paris, celui-ci transforme le Comité d’Alger en Gouvernement provisoire qui nomme une Assemblée consultative sans pouvoirs. Deux ministres communistes siègent dans le gouvernement, Tillon comme Ministre de l’Air et Billoux à la Santé publique.

Ce pouvoir repose sur son centre : le gouvernement provisoire et De Gaulle. Il ne dispose d’aucun relais en province. Sa seule force matérielle est une armée de 400.000 hommes mais dont l’essentiel est constitué de troupes coloniales exsangues. Le problème est évidemment de reconstruire l’Etat bourgeois à partir de peu de choses. L’appareil bourgeois, l’Administration, ce qui reste quand les régimes et les républiques passent, est compromis avec Vichy. La classe possédante est déconsidérée et s’efface au maximum : pendant l’été ’44, la Confédération du Patronat est dissoute pour avoir été un instrument pétainiste.

Cette situation explique pourquoi le gouvernement fera le maximum pour limiter l’épuration. Dès juillet 1944 De Gaulle déclare qu’il ne s’agit pas « faire table rase de la grande majorité des serviteurs de l’Etat ». Le 16 mars 1945, une ordonnance interdit à toute organisation de la Résistance de prendre des initiatives d’épuration économique. Dans l’« Histoire du PCF », rédigée par un groupe de militants oppositionnels issus de la Résistance et écrivant sous le nom « Unir-Débats », l’anecdote suivante est racontée :

« Lorsque le général De Gaulle arrive en avion pour saluer Lyon libre, il est accueilli par Yves Farge qui, sur l’aérodrome de Bron, lui présente les responsables du maquis. A l’annonce qui lui est faite d’un dîner réunissant les résistant de la première heure, De Gaulle, impatient, répondra par une question : « Et les autorités ? ». Et Farge lui répond, tranquillement : « En prison, mon général ! ».

Très significative de ce angoisse des gaullistes à assurer la continuité de l’Etat bourgeois est l’affaire de la « trêve » pendant l’insurrection parisienne d’août 1944. Sur l’initiative des gaullistes Chaban-Delmas et Léo Hammon, une trêve est proposée au général Von Choltitz, par l’intermédiaire du Consul de Suède. Ce sont les émissaires de De Gaulle, contre l’avis des instances de la Résistance parisienne qui prennent cette initiative, afin de tout faire pour que Paris ne soit pas libéré par une insurrection, mais par les troupes anglo-américaines. Parallèlement aux angoisses de la bourgeoisie, le PCF a les siennes. Il n’est pas indifférent qu’au moment même où les gaullistes proposent « la trêve », le PCF sorte une affiche signée des « élus communistes de la région parisienne ».

Comme le soulignent les rédacteurs d’Unir-Débats, il s’agissait « d’un premier pas sur la voie du chapeautage et de l’écartement des militants résistants. (...) Il s’agissait d’un appel lancé par les élus d’avant-guerre, en qualité d’élus, par dessus les instances de la Résistance combattante et en vue de se substituer à elles ». Cette affiche est suivie d’une brochure : « Des hommes en qui vous pouvez avoir confiance », dans laquelle « on trouvait savamment amalgamés, les héros les plus authentiques de la Résistance et les dirigeants dont le rôle dans la lutte contre le nazisme était pour le moins contestable, mais qui constituaient, consciemment ou non, un groupe dévoué aux directives particulières du Secrétaire général ». Tous ceux qui pouvaient douter de la politique de subordination à De Gaulle vont être progressivement écartés.

C’est Duclos qui mènera cette opération de main de maître, renforçant le caractère ultra-bureaucratique du PCF en y développant le culte de l’infaillibilité de Maurice Thorez sur le modèle du culte de Staline.

Quand un Comité central exceptionnel, élargi à 400 membres, se réunit les 21 et 23 janvier 1945 pour décider des mesures qui vont permettre d’assurer définitivement le pouvoir à la bourgeoisie, aucun des grands chefs de la Résistance (Guingouin, Vernant) ne sera présent. On y retrouve par contre 72% des membres du CC de 1939. L’appareil avait pris toutes ses précautions pour empêcher le développement d’une opposition à la yougoslave, qui aurait eu la crédibilité nécessaire pour contester la direction.

Reconstruire l’Etat bourgeois

Le départ des troupes nazies laisse la France délabrée. Les communications sont coupées. Il faudra attendre la fin de novembre 1944 pour que les trains franchissent à nouveau la Loire, et la fin de l’année pour que les communications avec la Bretagne soient rétablies. Les nécessités de la vie quotidienne, comme la distribution de l’eau, le ravitaillement, le fonctionnement des services publics, vont être assurés spontanément par les structures issues de la Résistance. Une course de vitesse s’engage entre celles-ci et le pouvoir. Course perdue d’avance étant donnée la politique du PCF qui constitue la force hégémonique.

Un des premières mesures prises par De Gaulle est de déléguer des Préfets ou des Commissaires de la République, dans chaque département, pour y asseoir son pouvoir. Des conflits surgissent immédiatement entre ces représentants du gouvernement et les Comités de Libération, nés pendant l’été 1943, et qui se sont généralisés et reproduits à l’échelle locale en 1944. Dans de nombreux départements du sud de la France, les Comités demandent à pouvoir nommer eux-mêmes le Préfet, ou tout au moins à pouvoir donner un avis. Parfois même, le Président du Comité de libération prend tous les pouvoirs attribués normalement au Commissaire de la République.

Mais dès juillet 1944, le PCF fait accepter les Préfets et Commissaires nommés par De Gaulle. Il fait accepter à Paris la nomination de Flouret, malgré un avis contraire du Comité parisien de libération (1). Dès ce moment, les pouvoirs du Comité parisien vont tomber en désuétude. Il est ignoré par De Gaulle, qui ne lui donne même pas le rôle consultatif qu’il préconisait pourtant. En province, notamment dans le Nord, la chose sera souvent moins facile. On va tenter de les remplacer par les municipalités élues avant la guerre, mais cela sera dans la plupart des cas un échec, celles-ci s’étant trop compromises pendant la guerre. Les Comités vont continuer à organiser le ravitaillement et les réquisitions, mais aussi fixer les prix et parfois même les salaires.

Dans le Sud ils ont été largement au delà des directives du PCF. Ainsi Jean Chaintron, à l’époque membre du PCF, déclare que « le PCF avait perdu le contrôle des Comités de libération », même si 30% de leurs membres étaient aussi au PCF. Madjarian, dans son livre « Conflit, pouvoirs et société à la Libération » rapporte que lors de la tenue de leur congrès en décembre 1944, trois positions s’affrontèrent :

  • une position minoritaire visant à donner tout le pouvoir aux comités de libération, défendue par le comité des Hautes-Pyrénées ;
  • une position selon laquelle les comités ne devaient pas être consultatifs ni remplacer le gouvernement, mais le « contrôler ». C’était sans doute la position reflétant le mieux la sensibilité moyenne des membres des Comités ;
  • la position adoptée, après que le PCF ait mis tout son poids dans la balance, visant à transformer les comités en mouvement politique dans l’objectif de listes uniques de la Résistance aux élections à venir.

L’inquiétude du gouvernement apparaît dans le texte du télégramme envoyé aux Commissaires et Préfets, le 1er août 1944 : « D’après de multiples informations concordantes dans les régions du Sud de la France, les Comités départementaux marqueraient une tendance croissante à se considérer comme un pouvoir administratif ou gouvernemental ; ils prendraient ce qu’ils appellent des « décisions », fréquemment ils feraient opérer des perquisitions et des réquisitions ; ils infligeraient et percevraient des amendes sur les entreprises : ils ordonneraient des majorations de salaires ; ils ordonneraient même des arrestations et créeraient des cours martiales ».

Ces Comités tirent leur autorité de leur rôle dans la Résistance et l’insurrection, mais cela ne peut suffire à les faire vivre et à les faire s’imposer. Ces Comités sont partout restés des structures formées bureaucratiquement par les divers courants de la Résistance intérieure. Ils ne sont pas élus. Ils ne représenteront donc pas la population et ses aspirations au jour le jour. Jean-Pierre Rioux peut constater : « Dans l’hiver 1944-1945, les fonctionnaires d’autorité sentent partout que ces assemblées de militants ne traduisent plus l’opinion moyenne et qu’elles vivotent, structures un peu vaines de discussion pour anciens combattants » (2). Ils vont être très vite coupés des masses.

Mais en 1944, rien n’était encore joué. Et d’abord, tant que les Comités disposaient d’un bras armé, les Milices patriotiques, créées par le Front national en 1943 et qui démultiplient leurs forces pendant l’été 1944. Ces milices se sont souvent créées dans les usines pour empêcher le sabotage.

A Toulouse, où le mouvement était le plus avancé, le Comité de Libération, dirigé par Vernant, dissout toutes les forces de police et confie toutes leurs tâches aux milices. Il était décisif pour le gouvernement de supprimer ce bras armé. Une fois cela fait, les Comités de Libération pourraient soit être marginalisés, comme à Paris, soit intégrés dans l’appareil d’Etat bourgeois en reconstruction. Aussi, le 28 août 1944, le gouvernement décide-t-il la dissolution de toutes les milices. Cette décision va susciter une immense émotion. Le PCF se prononce violemment contre et organise des meetings de masse avec prises d’armes, remises de drapeaux, etc. Il recommande de faire comme si le décret de dissolution n’existait pas.

Beaucoup de choses ont été écrites sur les raisons du refus du PCF, et de son supposé tournant au CC des 21, 22 et 23 janvier 1945, avec le retour de Maurice Thorez d’URSS, et où le mot d’ordre adopté fut désormais « de faire régner la discipline la plus strict (...) d’en finir avec les formations séparées et parfois antagonistes, d’unifier vraiment de bas en haut, et de haut en bas, l’armée de la nation en assurant l’unité de commandement (...). Les Gardes civiques et, d’une façon générale, tous les groupes armés irréguliers ne doivent pas être maintenus plus longtemps » (Discours de Maurice Thorez).

Ce qui est certain, c’est que le PCF ne pouvait s’affronter directement aux pouvoirs issus de la Résistance et aux illusions de nombre de ses cadres intermédiaires. Les rédacteurs d’Unir-Débats rapportent que le PCF avait diffusé dans la Résistance de nombreux documents laissant entrevoir que les FTP (Francs-Tireurs et Partisans, ndlr) étaient l’embryon d’une future armée rouge. Ces illusions sont largement répandues et se reflètent dans la correspondance échangée en 1944 entre le colonel Fabien et le colonel André de l’état-major des FFI, dans laquelle ce dernier ce prononce contre le rétablissement de la hiérarchie dans la nouvelle armée ; « notre armée étant l’armée du peuple, l’expression du peuple, et non quelque chose coupée des masses ».

Il est significatif que le PCF, qui participe, ne l’oublions pas, au gouvernement, ne demande à aucun moment le retrait du décret, ne met en cause la solidarité gouvernementale, et se contente de demander aux milices de se maintenir en l’état comme si de rien n’était... C’est à dire qu’il refuse de centraliser le rapport de forces existant, tout en chevauchant celui-ci. Il est certain aussi que la stratégie de Staline ne prend son aspect précis qu’en janvier 1945 avec la signature des accords de Yalta, accords qu’il respectera à la lettre, et fera respecter de la même manière par les PC qu’il contrôle comme le prouve son action en Yougoslavie (où il échoue) et en Grèce (où il réussit). Avant cet accord, Staline a seulement besoin d’un rapport de forces le plus favorable possible dans les différents pays d’Europe. Aux PC d’inscrire leurs politiques nationales dans ce cadre.

Mais c’est avec le retour de Maurice Thorez d’URSS, le 27 novembre 1944, et le Comité central de janvier, que le PCF cesse de mettre des gants et adopte sans plus d’hésitation comme slogan « un seul Etat, une seule police, une seule armée ». Et De Gaulle lui rendra hommage dans ses « Mémoires » : « Dès le lendemain de son retour en France, Maurice Thorez aide à mettre fin aux dernières séquelles des ’milices patriotiques’ ». Il s’oppose aux tentatives d’empiétement des Comités de Libération et aux actes de violences auxquels cherchent à se livrer des équipes surexcitées.

La bataille de la production

Un autre fait montre qu’il n’y a pas de véritable tournant du PC avec le retour de Thorez, mais que sa politique de reconstruction de l’Etat bourgeois est déjà en route avec l’instauration du gouvernement provisoire auquel il participe. En septembre 1944, soit trois mois avant le retour de Thorez, Benoît Frachon, secrétaire de la CGT (réunifiée sous l’occupation) prononce un discours devant une assemblée de cadres syndicaux dans lequel il explique : « Nous appelons à nouveau tous les ouvriers à travailler partout avec ardeur, avec abnégation. Nous leur demandons en particulier dans les usines de guerre d’accroître sans cesse leur rendement et de dépasser les plans de production prévus. Nous demandons à tous nos camarades de prendre l’initiative pour constituer partout des Comités patriotiques de production (...). La CGT ne réclame pas pour la classe ouvrière un régime privilégié. Nous savons parfaitement que les circonstances n’autorisent pas à prétendre à une vie facile ».

La bataille de la production lancée par la bourgeoisie est ainsi officiellement reprise à son compte par les bureaucrates, et cela dès l’été ’44. Elle sera à partir de janvier ’45 le thème d’agitation essentiel du PCF. Thorez, dans une brochure éditée au mois de janvier, « S’unir, combattre, travailler », fait dépendre « le lait pour les petits, le pain pour nos vieux, le verre de vin pour tous », de la réussite d’une telle bataille.

Dans ses « Mémoires », De Gaulle écrit encore : « Quant à Thorez, tout en s’efforçant d’avancer les affaires du communisme, il va rendre, en plusieurs occasions, service à l’intérêt public. Il ne cesse de donner pour consigne de travailler autant que possible et de travailler coûte que coûte ! ». Il n’est donc pas surprenant que le PCF passe de 2 à 7 ministres lors du remaniement ministériels et qu’il cumule tous les ministères qui s’occupent des « affaires économiques ».

Contrairement à une croyance largement répandue, la « bataille de la production » qui vise à détourner la classe ouvrière de ses intérêts indépendants au profit de ceux de la bourgeoisie, n’est pas une invention du PCF. Il est intéressant de noter que lors de la crise révolutionnaire qui a secoué l’Allemagne à partir de 1919, ce fut également le grand thème de la social-démocratie allemande. Évidemment, dans les deux cas, cette bataille va s’accompagner de l’idée que la socialisation de l’économie est en marche, sur la base de nationalisations et de mesures de planification. Dans le même temps, la CGT signe un accord très réaliste avec l’Association des Chefs d’entreprise, garantissant la « propriété privée ».

Quant aux nationalisations, elles sont considérées comme des mesures indispensables de reconstruction par la bourgeoisie française elle-même. Ainsi, pour les Houillères du Nord dont tout l’équipement est à renouveler, ainsi pour EDF, ce qui va permettre de fournir l’électricité à bas prix au secteur privé et se constituer, par le biais des indemnisations, un capital financier qui sera à l’origine de la création de la CGE...

Quant au plan, en fait un système de contrats liant l’Etat à des capitalistes, il permettra au PCF de justifier l’indexation des augmentations de salaires sur la productivité, à un moment où l’inflation est galopante. Quand le plan dérangera les capitalistes, ils ne le suivront pas. Le nouveau PDG de Renault nationalisée fera la même chose en ne remplissant aucun des objectifs que lui fixe ce plan pour la reconstruction.

Les conditions d’existence de la classe ouvrière vont s’aggraver dans tous les domaines. Entre 1945 et 1947, le pouvoir d’achat baisse de 40%, la semaine de travail s’allonge de 8 heures. Des grèves spontanées, dirigées dans quelques cas par la gauche syndicale (qui dirigent les syndicats des instituteurs et celui du Livre) éclatent. Ce sont les postiers en juillet ’46. Les grèves sont dénoncées violemment par le PCF qui accuse les « agents des trusts » de téléguider «  des émeutes de la faim ». Et le PCF multiplie les concours de production entre ateliers ou entre mines. Des tableaux d’honneur sont installés par ses soins dans les entreprises sur le modèle soviétique du stakhanovisme.

Aux élections de 1945, le PCF confirme sa position de premier parti avec 26,1% des suffrages. PCF et PS totalisent à eux deux 51,7% des voix. Mais la politique qu’il mène, la baisse du niveau de vie qui en découle, commence à se traduire politiquement. La CGT connaît un reflux considérable, perdant 25% de ses 7 millions de membres. Le désarroi et la démoralisation gagnent des milliers de cadres du PCF qui commencent à se retirer sur la pointe des pieds.

Pour couvrir cette politique, le PCF insiste aujourd’hui sur l’ensemble des acquis qui auraient été le résultat de son activité. C’est en effet dans cette période que des structures de cogestion ont été mises en place afin de faire dépérir, ou d’intégrer, les formes de double pouvoir issues de la résistance. Dès novembre 1944, un décret instaure les Comités d’entreprises, au moment même où des comités de gestion fleurissent dans plusieurs usines dont les propriétaires se sont compromis avec le nazisme. De même, on fait entrer des représentants des travailleurs dans les Conseils d’administration des entreprises nationalisées, afin de les associer au plus près à la politique de production.

Ce tableau de la politique du PCF au gouvernement serait incomplet si on n’examinait pas ses positions concernant l’Empire français. Les principaux textes de Lozeray, alors responsable à la question coloniale pour le Comité central, ont été publiés par Jakob Monéta dans « Le PCF et la question coloniale » (Maspéro). Quand les émeutes du Constantinois éclatent en Algérie, traduisant le développement de l’aspiration à l’indépendance, elles seront réprimées avec une violence inouïe, Jean-Pierre Roux peut écrire : « Sous couvert de loi martiale, Sénégalais, légionnaires et milices européennes, soutenues par la marine et l’aviation, ravagèrent la région et laissèrent de 6.000 à 8.000 morts, dont le souvenir ne sera pas perdu dans les deux communautés ». On lit au même moment dans l’Humanité du 12 mai 1945 : « Il faut tout de suite châtier impitoyablement et rapidement les organisateurs de la révolte et les hommes de main qui ont dirigé l’émeute ». Le PCF fut servi comme il le désirait...

De même, le PCF assiste de ses postes ministériels à la répression sanglante des nationalistes malgaches soulevés en 1947. Et quand au mois de mars le gouvernement qui mène la guerre en Indochine depuis déjà un an, demande le vote de crédits de guerre, le groupe communiste s’abstient, mais les ministres communistes (qui à l’époque votent à l’Assemblée), les votent au nom de la solidarité gouvernementale, qu’il n’est pas question de remettre en cause pour une telle affaire. Il y a pourtant déjà eu 5.000 morts lors du bombardement du port de Haïphong. La théorie du PCF est que l’indépendance des colonies françaises signifierait la main-mise d’un impérialisme concurrent, ces pays n’étant pas mûrs pour une vie indépendante. Le PCF se veut donc « le parti de l’Union française », comme aime à le dire Jacques Duclos.

Le tournant vers la Guerre froide

L’idylle du PCF et de la bourgeoisie va prendre fin en 1947. Les ministres communistes sont chassés du gouvernement le 5 mai. Ils sont chassés du gouvernement belge le 10 mai et du gouvernement italien le 13 mai. Cette coïncidence oblige à rechercher les causes de cette rupture.

Dès la fin de la guerre les Américains se préparent à une nouvelle politique d’agression contre l’URSS, comme l’a montré très clairement l’historien américain David Horowitz dans son livre « De Yalta au Vietnam ». Le président Truman va rendre cette politique officielle dans un discours de mars 1947 qui lance la croisade contre le communisme. C’est la stratégie du « containment » dont un des éléments-clés va être le plan Marshall d’aide à la reconstruction capitaliste de l’Europe.

Tout montre que ce sont les Américains qui ont pris l’initiative de la remise en cause du status-quo que Staline respectait scrupuleusement comme il l’a montré de la manière la plus nette en Grèce. Et ce n’est qu’en 1948-1949 que l’URSS détruira l’économie capitaliste dans la zone européenne qu’elle occupe militairement. Staline a cherché par tous les moyens à éviter le conflit avec l’impérialisme. L’inverse supposait en effet de s’appuyer sur la classe ouvrière et d’opposer le développement de la révolution mondiale à l’impérialisme. Ce qui représente pour la bureaucratie soviétique une menace toute aussi grande que l’impérialisme.

Certains ont insisté sur la grève de Renault qui aurait été la cause du départ du PCF du gouvernement. Initiée par des militants trotskystes de l’organisation « Lutte de Classes », cette grève remet en cause la politique salariale du gouvernement. Dans un premier temps, le PCF va s’affronter à cette grève comme il l’a fait précédemment avec les mouvements des ouvriers du Livre, ou des postiers, la CGT appelle à la reprise et attaque les piquets de grève. Plus de 10.000 grévistes s’affrontent ainsi à l’appareil stalinien. La grève continuant à se développer, le PCF tourne alors et se décide à la soutenir. Il fait engager des négociations par la CGT au nom des grévistes. Les accords signés par la CGT sont repoussés par les grévistes comme bradant leurs revendications, et la grève continuera.

Le mécontentement était alors très grand dans la classe ouvrière et une extension spontanée de cette grève n’était pas exclue, après que le PCF ait échoué à la briser par la force. Le PCF risquait, dans un affrontement généralisé se déroulant en dehors et contre lui, de perdre l’audience gagnée dans la Résistance et déjà effritée. Le fait que cette grève était dirigée par des révolutionnaires n’est sans doute pas non plus pour rien dans le tournant tactique du PCF : maintenir son orientation c’était laisser la possibilité aux trotskystes de capter et d’organiser l’immense mouvement de mécontentement existant dans la classe ouvrière.

Exclu du gouvernement, le PCF va maintenir son orientation de « parti de gouvernement » responsable pendant plusieurs mois. Au congrès du Parti, qui se tient à Strasbourg à partir du 25 juin, Maurice Thorez réclame le retour du PCF dans la coalition MRP-SFIO au gouvernement. Il faut attendre la rentrée d’automne pour que cette orientation soit abandonnée et que le PCF fasse un nouveau tournant à 180°.

Pendant l’été, les Soviétiques prennent acte de la politique de guerre froide ouverte engagée par les Américains. Ils organisent une conférence des dirigeants des PC européens en Pologne, à Szklarska-Poreba, du 22 au 27 septembre 1947. Dans son rapport, Jdanov donne la nouvelle ligne : à la division du monde entre un camp démocratique et un camp fasciste a succédé la division entre un camp socialiste et l’impérialisme. Dans un cas comme dans l’autre, la lutte des classes entre le prolétariat et la bourgeoisie est réduite à l’état d’instrument accessoire, pour faire pression sur l’ennemi. Jdanov rappelle que « c’est à l’URSS et à sa politique extérieure qu’appartient le rôle dirigeant dans la solution de cette tâche historique de l’après-guerre », la lutte contre l’impérialisme. Voilà qui va donner un cadre à la politique stalinienne pour de nombreuses années.

Dans le même temps, on oblige Jacques Duclos à une sévère autocritique de la politique menée par le PCF à la Libération. On utilise même le représentant yougoslave, Milovan Djilas, pour dénoncer l’opportunisme du PCF ou du PC italien, alors que tout ce que les Yougoslaves ont fait de différent du PCF, ils l’ont fait contre l’avis de Staline ! La conférence décide enfin la création du « Kominform », réplique caricaturale de la IIIe Internationale morte depuis longtemps et enterrée en grande pompe par Staline en 1943, comme gage de sa bonne volonté envers ses alliés du « camp démocratique » de l’époque.

Dès le 2 octobre, Maurice Thorez présente la nouvelle ligne dans un meeting parisien. C’est la politique d’affrontement contre le gouvernement et les socialistes de la SFIO auxquels on proposait hier l’unité pour former le gouvernement, et même la fusion organique, et qui sont désormais dénoncés comme le parti de l’impérialisme américain.

Extrait de « La politique du PCF de la Libération à la Guerre froide », revue Quatrième Internationale n°12, décembre 1983. Retranscription pour Avanti4.be.

Notes :
(1) Voir « Le Comité de la Libération », par Henri Denis, PUF.
(2) Jean-Pierre Roux, « La Quatrième République », éd. Du Seuil.

Qu’est-ce qui était possible ?

Jean-Marie Freyssat

On a commémoré la Libération ! Sur les plages de Normandie, l’oligarchie occidentale, relayée par la meute médiatique, a célébré avec faste le « D Day »... La mémoire de cet événement gigantesque que fut la défaite du nazisme en ressort un peu plus déformée et mutilée. Loin de ce tintamarre non innocent, J-M. Freyssat rouvre pour nous quelques dossiers qu’il convient de ne pas oublier. Malgré les trompeuses apparences, ils restent brûlants.

« La classe ouvrière a le droit de demander des comptes (...). Nous avons loupé le coche » (André Marty)

« Oublier la parti inachevée et trahie de la Libération, ce serait renier nos combats » (1) (Maurice Kriegel-Valrimont)

La période dite de la Libération, qui s’étend, pour la France, du débarquement du 6 juin 1944 à janvier 1945, est l’objet, dans la gauche, d’un débat récurrent (...). L’affirmation d’André Marty, mise en exergue de cet article, ou, plus concrètement, la question « fallait-il rendre les armes ? » ont hanté la mémoire des acteurs de ces événements ou leurs héritiers. (...)

L’argumentaire des responsables

C’est justement au nom de la responsabilité (contre les critiques « irresponsables ») que les responsables du Parti Communiste, du Parti socialiste et intermédiaires vont justifier leur auto-limitation. Hommage que le vice rend à la vertu : on veut bien reconnaître que les apparences pouvaient laisser croire qu’on aurait pu aller plus loin. On a même été à contre-courant, mais pour des raisons supérieures. Un examen plus réaliste des possibilités (car ils se défendent eux aussi d’être fatalistes, sinon à quoi bon l’action politique ?) montrerait en effet :

1. Au niveau hexagonal, que l’ébranlement révolutionnaire n’était pas si profond que certains le proclamaient (curieusement, cela rejoint un argument ultra-gauche sur lequel nous reviendrons).

2. Au niveau international, que le contexte géopolitique (comme on dit dans la nouvelle langue de bois) ne permettait pas de faire mieux que ce qu’on a fait (la guerre n’est pas terminée, il faut d’abord la gagner, risque d’isolement d’une France révolutionnaire – ce qui est presque un argument « trotskyste ! » -, et enfin, présence des troupes américaines).

La critique d’André Marty (2)

La polémique a aussi fonction interne, les critiques ne sont pas en extériorité totale, ce que la structuration bureaucratique occulte. Dans « l’Affaire Marty » (3), écrite après son exclusion (du PCF, ndlr) et sous l’impact de la grève générale d’août 1953, le mutin de la mer Noire, le combattant des Brigades Internationales, dirigeant incontesté du PCF pendant des décennies, amorce un retour critique sur cette période, confirmant qu’il n’était pas vain d’avoir mené bataille pour une politique alternative. Son importance est liée à la personnalité de celui dont l’apparent soumission avait fait, pour Trotsky, un symbole de la force négative du stalinisme (« Ils ont même réussi à avoir Marty »). C’est, en outre, un des rares responsables, depuis les années trente, à avoir rompu sur la gauche.

Que dit Marty ? « La classe ouvrière constate qu’elle a été dupée dans les années de la Libération, car elle pensait que la libération nationale s’accompagnerait de la libération sociale ou, au moins, de pas sérieux vers elle (...). La saisie des biens des traîtres était la première mesure à prendre (...). Ces traîtres constituaient la grande majorité des potentats de la banque et de la grande industrie. Voilà qui aurait soulevé l’enthousiasme des masses populaire : voilà ce qui aurait véritablement ouvert la voie à la création d’une ’France nouvelle’, populaire. Et qui eût d’un coup rétabli les finances de la France libérée en prenant l’argent ’où il est’. Voilà qui aurait permis non seulement d’appeler les ouvriers à remettre en marche la production de toutes leurs forces, mais aussi à améliorer considérablement leur situation en agissant contre les richesses formidables de leurs exploiteurs (...). Une seule nationalisation a été faite suivant le programme de la Résistance ; celle des usines d’aviation. Charles Tillon a exproprié sans indemnité les gros actionnaires (...). »

« Le contrôle de l’Etat sur les quatre banques nationalisées est exercé par le Comité de contrôle des banques, organisme professionnel. Cela veut dire que les banquiers se contrôlent eux-mêmes ! Dans les conseils d’administration, les représentants des usagers sont les délégués du grand patronat ! (...) le levier qui aurait pu entraîner le peuple pour appliquer ces mesures existait. C’étaient les comités de libération, transformés et renforcés par voie d’élection. C’était précisément le programme adopté par les délégués des comités de libération de quarante départements du Midi et du Sud-Est réunis en Avignon les 7 et 8 octobre 1944 qui ’appellent les comités locaux à convoquer dans les villes et les villages des assemblées patriotiques où sera exposé le programme du Conseil national de la résistance (CNR) où ce programme sera précisé selon les conditions locales et où seraient soumises à la ratification populaire la composition et l’action de ces comités locaux ».

« Subitement, sans qu’on explique pourquoi, dans les premiers jours de novembre cette directive fut enterrée ; on n’en parla plus jusqu’au mot d’ordre exactement contraire lancé par Thorez peu après son arrivé (2 décembre 1944 : ’Un seul Etat, une seule police, une seule armée’. Cela voulait dire suppression des comités de libération, transformation des comités d’usine (ou comité de gestion) en comités d’entreprise (de collaboration de classe) (...). Rappelez-vous l’été 1944 (...). Partout soufflait un esprit nouveau, celui des grandes périodes révolutionnaires (...). C’était donc le moment d’assurer de nouveaux avantages pour la classe ouvrière, pour le peuple. Mais, pour cela, il fallait s’appuyer sur la classe ouvrière et surtout développer son action propre. On sait comment ce fut le contraire, au grand étonnement des hommes des trusts ! Il est juste de répéter que, sous l’Occupation, nos héros tombaient au chant de la Marseillaise : pourquoi cacher qu’au moment de la mort, ils chantaient aussi l’Internationale, comme à Chateaubriant ? ».

La nature de la Seconde Guerre mondiale

Il ne s’agit pas de banaliser le fascisme. Il ne s’agit pas de mettre un signe égal entre lui et les régimes « démocratiques » (encore que le temps de guerre ne fut pas précisément un modèle, de ce point de vue là, chez les « Alliés », nos militants emprisonnés en Grande-Bretagne ou aux USA en témoignent, sans parler de la situation des « colonies » des dites démocraties). Mais il s’agit aussi de ne pas prendre pour argent comptant les grandes déclarations vertueuses sur leur mission « antifasciste ». Si les armées alliées ont mis fin à la terreur nazie, ont rétabli les souverainetés nationales et ouvert les camps (avec l’aide conséquente du front est et des résistances intérieures), au lieu et place des premiers concernés, les travailleurs, c’est aux défaites précédentes du mouvement ouvrier qu’on le doit, un mouvement qui n’a pu jouer, dans ce conflit, un rôle indépendant, qu’aux marges, d’autant que cette orientation n’a jamais été celle de ses directions à partir du milieu des années trente.

Les impérialistes coalisés contre l’Axe (et en particulier les Etats-Unis) n’ont « découvert » que tardivement la nocivité de ces régimes totalitaires. Après tout, ces derniers avaient su discipliner leur classe ouvrière qui avait fait courir de gros risques à l’ordre mondial, et leur tentative de faire rendre gorge à l’URSS n’était antipathique que dans la mesure où cela s’accompagnait d’une volonté de redécouper le monde au détriment des vainqueurs de 1914-1818. Cinquante ans après, nous vivons encore sur le mythe d’une guerre fondamentalement différente de la précédente. (...)

Certes, le recours au raisonnement par analogie nous a suffisamment joué de tours pour ne pas oublier que « les traits formels de ressemblance peuvent faire oublier les traits matériels de différence » (4). Mais justement, ici, nous avons affaire plutôt à l’inverse, les différences sont formelles ou subordonnées à l’essentiel qui reste que la question ouverte par 1914-1918 n’avait pas été réglée : celle de cadres nationaux devenus trop étroits pour contenir les exigences de développement des forces productives engendrées par le capitalisme, cadres qui désarticulent l’unité organique du marché mondial autant que le fonctionnement anarchique de celui-ci. Que la crise économique s’installe et chaque impérialisme va être poussé par la propre logique interne de son développement à engager la lutte pour supplanter le voisin.

La Seconde Guerre mondiale est d’abord une guerre pour un nouveau partage du monde, son issue (Yalta) en témoigne. L’occasion en est donnée par le changement du rapport de forces entre les impérialismes qui ne correspond plus à la répartition des marchés, des domaines d’investissement et des sources de matières premières, effectuée lors du Traité de Versailles ; par l’échec des sursauts révolutionnaires de France et d’Espagne, par l’espoir de surseoir à la crise grâce au marché de substitution qu’offrent les dépenses d’armement.

La Grande-Bretagne eut des tendresses coupables pour Hitler, et les Etats-Unis ne réagirent que lorsque l’expansionnisme japonais les menaça, économiquement, dans le Pacifique. Jusqu’à une date avancée de la guerre, par exemple, ils livreront du pétrole à l’Allemagne via l’Espagne franquiste. Business is business. Ajoutons certaines usines allemandes, et non des moindres, miraculeusement épargnées lors des bombardements massifs (entre gens de si bonne compagnie...), sans parler des voies ferrées conduisant aux sinistres camps de concentration sur lesquelles ont circulé les convois de la mort jusqu’aux derniers jours. Ce n’était évidemment pas une priorité militaire.

Tandis que les terribles bombardements terroristes occasionnaient des centaines de milliers de morts civiles dans les grandes villes ouvrières allemandes comme Dresde et Hambourg où les bombes au phosphore laissaient, le lendemain encore, incandescentes les chaussées, que des tapis de bombes aveugles étaient larguées à haute altitude, en France notamment, pour limiter les risques des pilotes alors que les cibles auraient pu être détruites, avec bien moins de casse et de coût humain au sol, par un accord avec la Résistance. Sans parler d’Hiroshima et de Nagasaki, dont un sondage récent nous apprend qu’une majorité de jeunes pense être l’œuvre des méchants Russes ! La guerre virtuellement gagnée contre l’impérialisme japonais, n’impliquait pas un tel massacre qui était en fait un signal envoyé à l’URSS face à l’avancée de ses troupes à l’Ouest.

Les proclamations antifascistes remplacent, dans les discours, les véritables motifs bien moins avouables et moins aptes à motiver les jeunes conscrits pour lesquels les traditionnels appels patriotiques, quand il s’agit d’aller se battre à des milliers de kilomètres de chez soi, seraient de peu d’effet. Un antifascisme, tempéré dans la pratique, puisque la ségrégation raciale règne dans l’armée américaine (sans parler du racisme anti-japonais dont les immigrés asiatiques eurent fort à souffrir aux Etats-Unis). (...)

L’argument de la présence des troupes américaines

Il est d’abord remarquable que ceux qui nient à la Seconde Guerre mondiale son aspect principal et exaltent le débarquement, comme solution finale au fascisme, utilisent en même temps l’argument de la présence des troupes américaines comme une des justifications de la nécessité d’auto-limiter les velléités de transformation sociale. C’est donc bien reconnaître que les buts de guerre des Anglo-Saxons, la nature de leurs armées et du pouvoir au service desquelles elles fonctionnaient étaient rien moins que progressistes.

Enfin, si cette guerre n’était pas d’abord un conflit inter-impérialiste, dans la logique même du PCF (qui n’est pas la nôtre), pourquoi imposer à la Résistance à direction communiste un cadre formel strictement patriotique, au point de cacher pendant des années le combat des « étrangers » dans celle-ci, main d’œuvre immigrée ou antifascistes allemands, ou le travail effectué en direction des travailleurs allemands sous l’uniforme que ne devait pas faciliter des manchettes de l’Huma comme la célèbre « A chacun son boche ! » ?

Ce qui amena, d’ailleurs, ultra-gauches et sectaires divers à ne pas reconnaître, sous cette forme, le contenu social réel des maquis et des structures d’auto-administration nées à la Libération, et antagoniques, de fait, et aux structures vichystes, non totalement démantelées, et à l’embryon d’appareil d’Etat gaulliste qui tentait de les coiffer (et y réussit, non d’abord à cause de la confusion et du manque d’expérience des jeunes résistants, mais d’une politique délibérée de la part de leur direction). « Celui qui, en politique, juge selon les étiquettes et les dénominations et non selon les faits sociaux, est perdu » (6).

Que ce soit au Japon ou en Allemagne, les armées d’occupation jouent un rôle important dans le retour à l’ordre de pays que la défaite menaçait de déstabilisation totale. Mais cette entreprise bénéficia du laminage préalable des porteurs possibles d’une alternative prolétarienne. Encore que dans la zone orientale la situation fut plus compliquée, l’armée dite « rouge » jouant un rôle plus contradictoire. Cela n’empêcha pas, au Japon, de grandes luttes dans l’immédiat après-guerre et l’instauration d’un quasi contrôle ouvrier dans nombre d’entreprises, mais la destruction du mouvement ouvrier y avait été moins totale qu’en Allemagne nazie.

En Grèce, occupée par les Britanniques, se manifesta aussi clairement ce rôle de gendarme social (et politique) des troupes d’occupation. Mais si les premières semaines de présence des Britanniques se traduisirent par seize mille victimes du côté des insurgés grecs, le carnage n’a pas d’abord des causes militaires, mais des causes politiques. Alors que la résistance à direction communiste contrôlait 90% du territoire, elle accepta, sur injonction soviétique, de se retirer d’Athènes, de remettre le commandement au général anglais Scobie et son intégration dans le gouvernement royal (Accord de Casserte). Après Yalta, où Staline abandonne la Grèce, le PC accepte le désarmement des partisans et dissout l’Armée de libération nationale (ELAS) – accord de Varkiza (7).

S’il était juste de postuler qu’une montée révolutionnaire accompagnerait la fin de la guerre, et les événements l’ont confirmé, les pronostics sur les voies concrètes de celle-ci étaient un peu trop décalqués sur la seule expérience précédente dont nous disposions, celle de 1914-1918, sous-estimant l’ampleur des déstructuration que nazisme et stalinisme avaient fait subir au mouvement ouvrier dans les deux pays, Allemagne et URSS, considérés comme clés.

La présence du facteur contre-révolutionnaire constitué par les troupes d’occupation est à mettre en relation avec l’ampleur de la désagrégation politique antérieure, de l’effervescence révolutionnaire de fait (qu’elle soit consciente ou non) et la politique suivie par les directions ouvrières reconnues (c’est à dire ayant une autorité sur le mouvement par ses organisations et ses cadres organisateurs). A tracer, enfin, un trop grand signe égal entre les armées d’occupation des vaincus et celles des vainqueurs, on pouvait se couper d’une politique concrète de fraternisation qu’instinctivement les masses populaires ont suivie à la Libération, créant des liens qui pouvaient rendre plus aléatoire l’utilisation comme sabre-peuple desdites troupes. Sans parler de l’idéologie antifasciste dont on avait imprégné les contingents et les civils de l’arrière dans les pays intervenants (« pourquoi nous combattons ? »). Mais il est vrai aussi que les bombardements aveugles de certaines concentrations ouvrières n’avaient pas été très appréciées. (...)

Ajoutons un sentiment de masse dans le contingent, à partir du moment où Hitler avait été vaincu : « Que faisons-nous encore là ? Rentrons dans nos foyers. La tâche a été accomplie ». Les premiers « US go home ! » badigeonnés sur les murs ne le furent pas par les militants du PC dans les années cinquante, lors que de la campagne contre « Ridgway la peste », le général accusé de vouloir mener la guerre bactériologique en Corée, mais par les soldats américains pressés de rentrer chez eux dans l’immédiat après guerre ! Aux Philippines, au Japon, en Chine, en Italie, en France, en Allemagne, des milliers et des milliers de GI’s ont manifesté dans les rues, s’opposant à la Military Police, organisant des comités de soldats (à la tête desquels se retrouvaient souvent des syndicalistes), mettant en avant une charte dénonçant le système prussien de l’armée, réclamant sa démocratisation et prenant position contre l’occupation des pays « libérés » et « alliés ».

Le 1er mai 1945, de Trieste, le général anglais Alexander télégraphiait à Churchill : « Il conviendrait, à mon avis, de considérer les sentiments de nos propres soldats (....). Ils ont une admiration profonde pour l’armée des partisans de Tito, et une grande sympathie à son égard après la lutte qu’elle a menée pour la liberté. Il faudra donc peser très soigneusement le pour et le contre avant de leur demander de se détourner de l’ennemi commun pour combattre un allié ». (8)

La critique des Yougoslaves

Dès l’été 1943, le rapport Chardin (préparé par le jeune communiste Pierre Hervé) pour la direction des Mouvements unis de résistance marquait assez bien quelles pouvaient être les préoccupations des cadres intermédiaires de la Résistance de gauche : « C’est au peuple de France lui-même, guidé par les mouvements de résistance, qu’il appartient d’imposer sa volonté aux Alliés d’abord, au Comité de libération nationale d’Alger ensuite (...). Il devra saisir l’unique et fugitive occasion qui lui sera offerte au moment même où s’apaiseront les derniers combats (...). Dans ce bref laps de temps, le pouvoir devra avoir changé de mains. L’avenir de la France se jouera dans les quelques heures qui seront nécessaires aux Alliés pour prendre contact avec les autorités locales, pendant les quelques heures qui marqueront le triomphe, soit de la révolution, soit de la réaction ».

Il y a un grain de vérité dans ce rapport. Et on sait comment aussi bien les Américains, avec leur projet d’installer une administration militaire (l’AMGOT, comme dans le sud de l’Italie), que de Gaulle sont soucieux de laisser le moins longtemps possible la vacance politique s’établir entre la chute des collabos et des occupants et l’arrivée des Alliés. Comme le disait le général Eisenhower en pensant à la Résistance intérieure : « Qui pouvait assurer qu’un jour ces forces hors série n’emploieraient pas à des fins subversives la puissance qu’elles avaient acquises ? »

En fait, personne ne développe « la gesticulation révolutionnaire et le bavardage gauchiste quant à la ’réalisation immédiate du socialisme’ » qu’ Etienne Fajon pourfend dans l’Humanité du 25 juin 1945. Mais il y a évidement une marge entre décider de renforcer tous les éléments de pouvoir autonome qui se sont mis en place, travailler à la démocratiser, à les coordonner, engager des batailles sur des objectifs partiels susceptibles d’être gagnés et renforcer ainsi la confiance du mouvement en lui-même, et se faire l’auxiliaire du retour à l’ordre, en acceptant de reconnaître des autorités qui ne tiennent leur légitimité que de cette reconnaissance, en acceptant l’amalgame des forces armées qui subordonne les maquis aux officiers de carrière, en prônant la bataille de la production tout en éliminant les germes de contrôle, en participant à un gouvernement tripartite de collaboration avec la bourgeoisie alors que, même d’un strict point de vue parlementaire, les organisations liées au mouvement ouvrier détiennent la majorité absolue, et une autorité de fait considérable.

Le Parti communiste yougoslave a montré, une fois pour toutes, qu’une autre voie était possible. Dès le départ, il avait lié libération nationale et libération sociale, ne s’était pas subordonné à la résistance bourgeoisie-monarchiste et, par la suite, ne s’inclina pas devant les décisions de Yalta. On connaît d’ailleurs, par les notes prises par Reale (9), les critiques qu’il a portées à l’action des PC français et italien, à la conférence de formation du Kominform (Szklorska Poreba) en septembre 1947 (10). Leur critique en acte (comme la pratique de Guingouin (11) dans son maquis limousin) a davantage de portée que ces remarques restées confidentielles.

Ces dernières présentent cependant le même intérêt que celles de Marty citées plus haut (même si elles coïncident provisoirement avec la volonté de Staline de voir les PC se durcir face à l’offensive américaine des débuts de la Guerre froide). Kardelj reproche d’abord au PC de ne pas avoir assez tôt rompu les coalitions nouées au cours de la guerre. Djilas, lui, va plus loin, en assimilant de Gaulle au dirigeant de la résistance monarchiste yougoslave Mihailovitch, et en reprochant au PC de lui avoir permis « de devenir le sauveur de la patrie », « il a organisé des groupes qui ont entravé l’action des FTP. Pourquoi ne pas dire la vérité aux Français, pourquoi faire de de Gaulle un héros national ? S’isoler des masses ? De quelles masses ? Certainement pas de la classe ouvrière, laquelle ne saurait être avec de Gaulle. Les communistes français sous-estiment le danger de Gaulle. Si un jour Blum et Ramadier n’étaient plus utilisables, voilà de Gaulle tout prêt ».

Kardelj critique le parlementarisme, l’électoralisme, l’opportunisme de ces partis, l’incompréhension de l’affaiblissement du système impérialiste à la fin de la guerre, les illusions dans l’ouverture « d’une période pacifique, parlementaire, d’apaisement de la lutte de classe », la croyance en une « forme légale, pacifique de prise du pouvoir ». Au lieu de chercher à s’emparer de positions clés, « ils n’ont réussi qu’à désarmer les masses » (au sens idéologique aussi bien que matériel). « Le parti a rendu les armes et a perdu toutes ses positions ». « Nous étions en rapport avec les camarades italiens. Pendant la guerre, le PCI disposait d’un prolétariat dont la combativité n’avait pas d’égale dans les autres pays d’Europe. Nous avons invité les camarades italiens à étudier notre expérience ; nous avons libéré la moitié du territoire, nous avions une armée. Mais les camarades italiens ne voulurent pas imiter notre expérience, prendre le chemin de l’insurrection ».

Et les marxistes-révolutionnaires ?

Suffisait-il d’avoir des perspectives justes, des propositions immédiates opératoires pour gagner de l’influence et aider à la restructuration du mouvement ouvrier en détachant des vieilles organisations ses meilleurs cadres ? (12) Face à l’échec, deux réponses, et deux seulement, sont possibles. Ou c’est oui, et il faut alors interroger l’orientation, et admettre une surestimation des possibilités révolutionnaires de la période, ou encore interroger les capacités individuelles des militants. Et on débouche très vite sur les pentes symétriques de l’opportunisme qui surestime l’immuabilité des organisations traditionnelles et du rapport de forces entre elles et nous, ou du sectarisme, pour lequel la recette organisationnelle est la panacée.

Ou c’est non, et il nous semble que c’est la bonne réponse. Comprendre qu’avec près d’un millier de militants et sympathisants, gagnés pour la plupart dans la dernière période, sans tradition ni expérience (moyenne d’âge : vingt ans), qu’un fil ténu reliait aux générations précédentes (deux tiers des effectifs d’avant-guerre dispersés ou démoralisés en 1940, une trentaine de tués, dont vingt et un en camp de concentration ou quarante-six militants furent déportés, une cinquantaine, enfin, emprisonnés dont certains durant quatre ans) il n’était pas possible, dans les quelques mois où tout s’est joué, de modifier fondamentalement les rapports de forces internes au mouvement ouvrier.

Sans doute des erreurs politiques évitées auraient permis de faire mieux, mais non de résoudre ce problème. Un seuil numérique minimal est nécessaire pour qui veut contester les autorités établies. Il y a alors des chances pour qu’une crise du type de celles-ci permette une conjonction des forces qui fasse franchir un nouveau seuil au programme dont nous sommes porteurs.

Nos militants n’ont pas à rougir de leurs états de service dans cette période où le triomphe apparent du stalinisme, bien qu’amorçant déjà sa crise, occupait tout l’espace. Mais, à un pour mille, retrouvant parfois le chemin de la prison, empêchés jusqu’en février 1946 de faire paraître légalement leur journal, ils ne disposaient que de canaux confidentiels pour faire entendre leur voix et ne pouvaient échapper à une marginalisation que tous, à droite comme à gauche, s’ingéniaient à maintenir. Peut-être qu’une réorientation tactique, qui eut très vite des résultats encourageants au sein des JS, puis plus tard dans le PC, engagée plus tôt (pendant la guerre ?), aurait permis de limiter les pertes qui ont suivi l’échec des promesses de la Libération ? La dialectique entre le pessimisme de la raison et l’optimisme de la volonté ne pas de soi.

Texte publié sous le titre « 50e anniversaire, où il est question d’un coche » dans la revue « Critique Communiste », n°138, été 1994. Retranscription pour Avanti4.be.

Notes :

(1) Responsable des Mouvements unis de Résistance, membre du commandement militaire suprême des Forces Françaises de l’Intérieur-FFI (COMAC).
(2) Nous ne revenons pas en détail sur la situation française à la Libération. Voir l’article de Philippe Andrea, « La politique du PCF de la Libération à la Guerre froide », ou le livre de G. Madjarian, « Conflits, Pouvoirs et Société à la Libération », 10-18.
(3) André Marty, « L’Affaire Marty », Editions des Deux-Rives, 1955.
(4) Léon Trotsky, « l’Art de la guerre et le marxisme », Editions de l’Herne, 1975.
(5) Dans le numéro spécial de l’Huma-Dimanche (mai 1994), on trouve ainsi un article : « Des Allemands dans la Résistance ». (...)
(6) Trotsky.
(7) La France n’est pas isolée ! Sa situation est évidement à replacer dans le contexte international. Dans de nombreux pays, plus encore qu’en 1917-1918, se trouvent réunis déstabilisation des autorités, aspirations massives à des changements radicaux, surgissement d’organes populaires (voir les deux articles d’Ernest Mandel écrits en 1946 : « Problèmes de la révolution européennes », réédités dans « La Longue Marche de la Révolution », éditions Galilée, 1976). Tito avait proposé à Staline une coordination européenne des mouvements de résistance. En dissolvant l’Internationale communiste, ce dernier ne s’orientait manifestement pas dans ce sens !
(8) Winston Churchill, « Mémoires ».
(9) Dirigeant communiste italien.
(10) Publication « Ligne rouge » (décembre 1969). Le Kominform était, officiellement, un bureau d’information des principaux partis communistes d’Europe.
(11) Voir Michel Taubmann, « l’Affaire Guingouin », Editions Lucien Souny, mars 1994.
(12) Mentionnons le remarquable programme d’action du Parti communiste internationaliste : « Du travail et du pain pour tous, pour en finir avec la misère, la guerre et le chômage », un des meilleurs documents que la section française de la IVe Internationale ait écrit. Il ne fut publié qu’en décembre 1944, alors qu’il aurait été bon d’en disposer dès l’été, certaines de ses propositions étant déjà décalées par rapport à la normalisation en cours.