Construire une organisation révolutionnaire (I) : L’héritage oublié du bolchevisme

Simon Hardy 24 avril 2013

Construire une organisation révolutionnaire (I) : L'héritage oublié du bolchevisme

Dans le contexte des débats sur la gauche contemporaine, Simon Hardy examine l’héritage oublié du marxisme russe d’avant 1917. Contre la conception traditionnelle d’un parti monolithique et « avant-gardiste », il affirme que les bolcheviques doivent être situés dans une tradition de construction de partis larges qui permettaient une pluralité de tendances en leur sein, et qu’ils se considéraient comme une tendance cherchant à fusionner une politique communiste révolutionnaire et démocratique avec les militants qui dirigeaient les luttes ouvrières. Contrairement à la caricature stalinienne du parti construit et fonctionnant "de haut en bas", cette version réarticulée du « léninisme » est riche d’enseignements pour la construction de nouvelles organisations révolutionnaires démocratiques aujourd’hui. (Avanti4.be)

L’histoire de la gauche révolutionnaire au 20e siècle n’a pas été une histoire heureuse. Si notre objectif est de réaliser une transformation socialiste de la société mondiale sur des bases démocratiques et émancipatrices ayant la classe travailleuse comme sujet, alors nous avons vécu un "double échec". D’une part, les régimes dits socialistes ont sombré dans l’autoritarisme et le nationalisme (ou même sont nés avec ces caractéristiques) et, d’autre part, le capitalisme a atteint à la fin du siècle dernier un degré d’hégémonie politique que même ses partisans les plus fervents n’auraient jamais osé imaginer.

Certes, la force (comme la faiblesse) des mouvements révolutionnaires tend à être liée à la confiance et la combativité de la classe travailleuse et, plus généralement, des forces populaires radicales. Mais la gauche ne peut pas continuer à faire porter la responsabilité de ses échecs sur les facteurs « objectifs ». Nous devons aussi examiner nos propres pratiques et méthodes.

Dans de nombreux pays aujourd’hui, la gauche révolutionnaire souffre d’un degré sans précédent de marginalisation, malgré le développement de luttes de masse contre l’austérité et de mouvements anticapitalistes comme Occupy [1]. La responsabilité de ce déclin est généralement rejetée sur la classe travailleuse ("trop arriérée") ou sur les autres groupes de gauche ("ils continuent de recruter des gens qui devraient être avec nous !").

Si la classe travailleuse n’a pas encore adopté une perspective politique révolutionnaire et si une politique vraiment de gauche ne trouve pas vraiment d’écho parmi les travailleurs, alors se pose naturellement la question de savoir si c’est "leur faute ou la nôtre". Dans ce contexte, nous pouvons soit réévaluer nos propres formes d’organisation et de politique pour les rendre plus pertinentes, ou développer davantage de justifications théoriques pour expliquer notre propre marginalisation en tant que gauche radicale.

Je pense que la première option est en fin de compte beaucoup plus fructueuse que la deuxième. La faiblesse de la gauche radicale aujourd’hui peut bien être la conséquence de circonstances malheureuses ou de facteurs hors de notre contrôle, mais il y a des erreurs qui sont codées en dur dans l’ADN des groupes léninistes-trotskistes et qui limitent leur capacité à tirer parti d’opportunités qui existent manifestement. Ces erreurs proviennent d’une lecture erronée des doctrines traditionnelles (ou d’une interprétation trop stricte de celles-ci) qui se traduit par des formes rigides d’organisation politique présentées comme découlant - sans problème ni question - de la théorie. Plus généralement, des « leçons » sont tirées du passé d’une manière qui suggère que, si nous répétons simplement les mêmes actions, alors nous obtiendrons les mêmes résultats, oubliant en cours de route la maxime de Trotsky selon laquelle « l’histoire ne se répète pas ».

Le « léninisme » moderne en particulier, est vicié par l’idée que la désunion et la division au niveau politique n’ont pas d’importance, du moins si on les compare aux grands dangers qu’il y aurait à construire un parti qui n’aurait pas la politique considérée comme absolument correcte dans la lutte. A l’opposé, je crois fermement que le problème de la fragmentation et de la division est un facteur important qui contribue à la faiblesse de la gauche. Et cela, pas seulement à cause de l’énorme énergie dépensée à produire des publications, des sites web et des campagnes similaires, ni à cause des problèmes psychologiques que posent des militants de gauche qui détestent les membres des autres groupes de gauche presque autant qu’ils haïssent l’ennemi de classe, ni à cause des problèmes pratiques que pose aujourd’hui en Grande-Bretagne la division du mouvement contre l’austérité en plusieurs campagnes rivales. Le vrai problème, c’est plutôt que nous en sommes venus à accepter cet état de choses comme normal.

Nous considérerons comme normal que, dans presque tous les pays du monde, il y ait une myriade de groupes d’extrême-gauche, certains plus grands que d’autres (mais néanmoins tous aussi petits à l’échelle des vrais problèmes de la société). Ce statu quo a été créé par des décennies de déclin et de scissions, puis cimenté par la théorisation et la justification de ces scissions. La gauche révolutionnaire doit cesser de passer son temps à légitimer ses propres pratiques et mettre un peu plus d’énergie à trouver des façons nouvelles de travailler ensemble afin de maximiser nos énergies positives et d’annuler ou de réduire nos tendances (auto)destructrices.

Bien qu’il y ait un débat important à avoir sur la relation entre léninisme et stalinisme, sur la façon de rendre compte de la dégénérescence de la Révolution russe, sur le moment où, dans les années après la révolution, la forme bureaucratique d’organisation du parti "du haut vers le bas" s’est généralisée et a été accepté comme "le" modèle "léniniste", ce débat sera pour une autre fois.

Cet article s’adresse à ceux qui s’identifient à la tradition bolchevique ou léniniste-trotskyste, parce que la construction d’une gauche révolutionnaire aujourd’hui doit impliquer un dialogue avec des gens qui viennent de cette tradition. Et, plus important encore, parce que les bolcheviques modernes doivent cesser de réifier leur propre histoire et d’accepter sans réserve ni critique la façon dont leur tradition a fini par être synonyme d’un échec retentissant qui n’est plus défendu que par des sectes, comme si cela était nécessaire ou inévitable.

Ce qui suit est une tentative d’engager une réflexion critique qui pourrait encourager des changements dans la façon dont les organisations socialistes opèrent sur le terrain. Nous devons travailler à rendre la gauche plus pertinente, à la faire grandir et à surmonter des décennies de déclin et de confusion politique.

Cette contribution à cet objectif est liée au travail fait dans le livre Beyond Capitalism (Au-delà du capitalisme) [2] et est basée sur les critiques que certains d’entre nous ont développées pendant les années où nous avons milité dans le groupe Workers Power [3] et qui nous ont finalement conduits à quitter cette organisation dans l’espoir de construire une gauche radicale plus ouverte et plus plurielle.

Le bolchevisme en pratique - une histoire qui n’a rien d’unilatérale

Alors que le bolchevisme [4] comme tendance politique n’était guère opposé à l’utilisation de la force pour la conquête du pouvoir des travailleurs et que sa direction pouvait certainement être impitoyable dans la mise en œuvre de ses perspectives, la tradition révolutionnaire en Russie ne se réduit pourtant pas à une simple histoire en noir et blanc opposant, au sein du mouvement ouvrier, de méchants bolcheviques monolithiques à des organisations plus démocratiques. Elle ne se réduit pas non plus, à l’opposé, à une leçon édifiante racontant comment le parti léniniste a atteint ses objectifs parce que ses militants étaient des organisateurs inflexibles qui savaient dire aux gens de la fermer et de passer à autre chose [5].

Un fait surprenant dans l’histoire du Parti Ouvrier Social-Démocrate de Russie (POSDR) (et de sa fraction bolchevique) ou dans le Parti bolchevique (après 1912) [6] est que, malgré l’existence de plusieurs débats publics particulièrement sérieux entre des membres et de violations des positions décidées en commun, très peu de gens ont été effectivement exclus.

En fait, dans les statuts adoptés en 1903, le Comité central n’avait aucun pouvoir spécifique lui permettant de décider des expulsions - les principes d’organisation du parti prévoyaient simplement qu’une majorité des deux-tiers était nécessaire pour coopter ou exclure quelqu’un de toute instance du parti.

Comparez cela avec ce qui se passe dans la plupart des groupes léninistes-trotskystes où le Comité central est habituellement le principal instigateur des purges (ce que Lénine appelait une « mesure extrême » en Russie post-révolutionnaire est devenu pratique courante pour les groupes léninistes-trotskystes dans les pays démocratiques libéraux).

En fait, il semble que Bogdanov (voir les notices bibliographiques à la fin du texte, NdT) et ses alliés furent la seule fraction à être vraiment "purgée" avant la révolution russe de 1917 (ils ont été expulsés en 1909).

Alors que le parti avait un programme bien défini et était uni autour de celui-ci, les membres avaient aussi une large marge de manœuvre, selon les circonstances et la nature des débats, pour développer leurs idées et leurs critiques dans des forums publics ou à travers des œuvres écrites, telles que des brochures ou des livres (aujourd’hui ce serait sur des forums web et des listes de messagerie sécurisées ainsi que dans la presse à grand public). Même lorsque les désaccords devenaient assez grave et que des gens "brisaient" la discipline, il était très rare que des mesures de représailles organisationnelles ou statutaires soient prises contre des individus ou des tendances.

Prenons trois exemples importants, tous situés en l’année 1917.

1) Les responsables de l’organisation militaire bolchevique - Nikolaï Kouzmine, Vladimir Nevsky et Nikolai Ilyich Podvoïsky - étaient les responsables du journal "La Vérité des Soldats" et étaient aussi membres du Comité central du Parti bolchevique. Ils ont appelé à une manifestation armée en soutien aux soviets contre la volonté du reste des dirigeants bolcheviques. Leurs actions ont abouti aux « Journées de juillet », une répression sévère du mouvement ouvrier par le gouvernement provisoire, l’arrestation de dirigeants socialistes de premier plan (par exemple, Trotsky) et la quasi-interdiction du Parti bolchevique. Il est bien connu que Lénine a glissé à l’oreille de l’un d’eux avant un meeting "Vous devriez être fouettés pour cela !". Pourtant, aucun d’entre eux n’a été expulsé pour le fiasco des Journées de Juillet, et personne n’a été fouetté.

2) John Reed a expliqué dans son célèbre livre comment, lors d’une réunion conjointe des bolcheviques, des socialistes-révolutionnaires de gauche et des mencheviques internationalistes [7], un vote a eu lieu sur l’opportunité de supprimer les journaux bourgeois. Larine et les S-R de gauche y étaient opposés tandis que Lénine et les bolcheviques y étaient favorables. Ainsi que Reed l’a expliqué, "La résolution de Larine et des socialistes-révolutionnaires de gauche a été battue par 31 voix contre 22, la proposition de Lénine est passée par 34 voix contre 24. Parmi la minorité se trouvaient les bolcheviques Riazanov et Lozovsky qui avaient déclaré qu’il était impossible pour eux de voter contre toute restriction de la liberté de la presse". [8] Riazanov a ensuite signé une déclaration publique des S-R de gauche contre cette décision, rendant ainsi publique son opposition à la position des bolcheviques. Reed a également noté que "Kamenev, Rykov, Miloutine, Zinoviev et Noguine ont démissionné du Comité Central du parti bolchevique et ont rendu publiques leurs raisons." Aucun des bolcheviques impliqués dans cette démarche n’a été expulsé ou sanctionné par son parti pour avoir rompu publiquement avec la ligne.

3) Un exemple mieux connu concerne l’insurrection elle-même. Zinoviev et Kamenev ont publié une lettre dans le journal de Maxime Gorki, expliquant qu’ils étaient en désaccord avec la décision de lancer une insurrection et qu’ils avaient démissionné du Comité central bolchevique. Lénine était furieux, les qualifiant de « briseurs de grève ». Par la suite, Lénine a appelé à l’exclusion de Zinoviev et Kamenev du parti mais de nombreux membres du Comité Central sont venus à leur défense, tout en leur reprochant leurs actions. Staline a fait valoir qu’ils ne pouvaient pas être exclus du parti pour ce qu’ils avaient fait, Sverdlov a souligné que le Comité Central n’avait pas le pouvoir d’exclure des membres mais qu’il pourrait accepter leur démission. Zinoviev et Kamenev n’ont pas été exclus et ils sont redevenus des dirigeants de premier plan, jusqu’à ce que Staline les fasse fusiller en 1936.

Que nous montrent ces trois exemples, provenant tous de l’année la plus importante de la lutte révolutionnaire en Russie ?

Ils montrent que, tandis que les bolcheviques visaient à l’unité dans la pratique sur des lignes politiques acceptées en commun, il y a eu de nombreuses cas où cet objectif n’a pas été atteint et où des gens ont « brisé la discipline" sans que personne soit expulsé pour cela.

Même Lénine lui-même, en 1917, était devenu tellement anxieux quant à l’urgence d’une révolution qu’en septembre, il a défié le Comité Central du parti et écrit des lettres directement aux fractions bolcheviques de marins en leur disant de marcher sur Petrograd et de s’emparer du pouvoir.

Les marins ont lu les lettres et puis, incertains de ce qu’il fallait faire, ont décidé de les brûler. Lénine a alors écrit des lettres désespérées aux membres de base des sections du parti de Moscou et de Petrograd pour les exhorter à "prendre le pouvoir immédiatement !" [9] alors même que la majorité du Comité Central retardait toute prise de pouvoir jusqu’à la fin du deuxième Congrès des Soviets. Bien sûr, Lénine agissait dans l’esprit d’une décision prise par la direction du parti mais il n’a certainement pas agi sous l’autorité de quelqu’un d’autre que lui-même. Je n’utilise pas cet exemple pour dire que les dirigeants des partis doivent avoir des privilèges en matière de rupture de leurs propres règles ; je veux simplement dire que n’importe qui peut "briser les règles" à certains moments et qu’il y a de meilleures façons de traiter cela que de l’expulser de l’organisation.

Avant la révolution, il y avait ainsi un degré élevé de tolérance dans les rangs bolcheviques qui pourrait paraître surprenant pour beaucoup de gens aujourd’hui.

Boukharine, un partisan de Lénine qui avait été influencé par Bogdanov, à développé diverses positions "hérétiques" au début de la guerre, y compris celle de vouloir élargir l’affiliation à une future Internationale à la gauche de Zimmerwald et à Trotsky (ce à quoi s’opposait Lénine) [10], et a constitué une quasi-tendance avec quelques autres qui soutenaient Rosa Luxembourg sur la question nationale. Après avoir d’abord essayé de publier un journal exposant leurs vues (ce qu’ils ont ensuite abandonné après une conférence bolchevique en Suisse), ils ont lancé une nouvelle revue appelée Kommounist avec la participation de Lénine au comité de rédaction. Mais la revue est rapidement devenue une plate-forme pour leurs points de vue, que Lénine rejetait. Celui-ci a donc démissionné du comité de rédaction et a clairement indiqué qu’il les combattrait politiquement - que ce soit dans la presse officielle bolchevique ou en publiant une brochure avec des articles de Boukharine et de lui-même. En fin de compte, la revue a cessé de paraître et Boukharine s’est rapproché de Lénine pendant les années 1916-17. L’affaire a été réglée grâce à une combinaison de débat et de pratique, tout en étant dépassée par l’évolution de la situation (la vague révolutionnaire montante en Russie même) [11]. Mais, à aucun moment, Lénine n’a pas proposé d’exclure Boukharine ou ses partisans (même s’il ne manque pas de commentaires acerbes au sujet de cet épisode dans les Œuvres Complètes de Lénine).

Il serait bien sûr erroné de donner l’impression que le POSDR ou le Parti bolchevique étaient des auberges espagnoles où tout pouvait arriver et où les gens avaient une totale liberté de dire ce qu’ils voulaient quand ils le voulaient. La lutte pour le programme et la stratégie dans le POSDR et sa fraction bolchevique (ainsi que dans le Parti bolchevique après la rupture de 1912) était était prise très au sérieux, comme nous pouvons le voir à travers le grand nombre de débats, de résolutions, de documents, de brochures et de livres qui ont été produits. Lénine lui-même savait prendre des décisions difficiles quant aux moments où il fallait travailler avec des gens et à ceux où il fallait rompre avec eux - il était extrêmement résolu dans sa détermination à construire un parti révolutionnaire en Russie, quel que soit le prix personnel à payer pour cela. Le style de polémique que Lénine employait envers ses opposants politiques serait très mal vu aujourd’hui car il était incroyablement dur avec ceux qu’il considérait comme des renégats du marxisme. Il serait donc faux d’imaginer que la fraction bolchevique était un environnement politique où il était confortable de vivre. Dans les conditions de la Russie tsariste, les révolutionnaires étaient assurément des gens assez endurcis ; ils étaient confrontés à des difficultés graves et aux persécutions et ils avaient donc besoin d’une grande ténacité politique et personnelle.

Mais il faut se méfier de ceux qui érigent en modèle un parti bolchevique russe présenté comme une force hyper-centralisée et qui donnent l’image d’un parti léniniste défini par une discipline de fer et une clarté inébranlable dans toutes ses positions, le tout dominé par le grand stratège, Lénine en personne [12] . La réalité est que, alors que le POSDR - et par la suite le parti bolchevique - était sans aucun doute composé de personnes fortement engagées et actives, c’était un parti qui réussissait à gérer les différences en son sein et à trouver le juste équilibre entre la démocratie et l’unité d’action. Lénine s’est efforcé de constituer une fraction homogène au sein du POSDR pour contrer les tergiversations des mencheviques et des cadres flottants comme Trotsky. Bien sûr, Lénine exigeait de ses adhérents la loyauté envers les bolcheviques - après tout, il construisait une force de combat pour renverser un régime autocratique - mais il était impossible d’exiger une complète unanimité de tous les membres sur des questions politiques à travers toute la Russie, même au sein de sa fraction.

En fait, ce qui a rendu le parti révolutionnaire en Russie aussi efficace, c’est que, avant 1917 (et pour plusieurs années encore par la suite), il vivait dans un état de tension dynamique entre les diverses personnalités, tendances et opinions politiques émergeant au fur et à mesure que la lutte de classe se développait et coexistant dans un cadre organisationnel qui s’est avéré efficace pour intervenir dans le mouvement ouvrier et finalement rassembler et canaliser les forces pour renverser le capitalisme. Par le nombre de partisans et l’influence qu’elles gagnaient, ces personnalités et ces tendances ont pu démontrer, à travers la pratique et les nombreux débats qui ont émergé, si les diverses politiques en présence étaient correctes ou erronées. Tandis que les différences théoriques étaient ainsi largement débattues (quoique dans le contexte d’un rejet commun du réformisme), le parti dans son ensemble se concentrait résolument sur l’intervention pratique autour de son programme pour un renversement révolutionnaire du tsarisme.

Toute lecture sérieuse de l’histoire de l’expérience russe montre bien que ce n’était pas une auberge espagnole : les bolcheviques avaient un programme défini et c’est ce qui les tenait ensemble. Cependant, leur programme était relativement court et se concentrait sur des exigences clés qui étaient principalement de nature stratégique. Des lors, les tactiques et les slogans décidés par les unités locales de l’organisation pouvaient être parfois très variés.

Le programme du POSDR

Alors, quel était le programme qui a réussi à attirer des dizaines de milliers de travailleurs ? Le programme qui a été adopté en 1903 - et qui n’a pas été une seule fois remis à jour dans son ensemble avant 1919 - commençait par un long préambule sur l’importance d’une organisation indépendante de la classe ouvrière ayant pour objectif la lutte pour la dictature du prolétariat. Le programme reconnaissait ensuite que la Russie était encore économiquement "arriérée" et emprisonnée dans de nombreuses institutions semi-féodales inhibant son développement, de sorte que la tâche politique la plus immédiate du POSDR était « le renversement de l’autocratie tsariste et son remplacement par une république démocratique ». Suivaient quatorze revendications qu’on peut appeler, de manière générale, démocratiques (liberté de mouvement, liberté d’expression, une assemblée du peuple souverain), seize revendications largement économiques (une journée de travail raccourcie, des lois du travail plus fortes, davantage d’inspections sanitaires et de sécurité), puis cinq revendications pour améliorer la vie de la paysannerie. Le programme se terminait par le paragraphe suivant : "En s’efforçant d’atteindre ses objectifs immédiats, le POSDR soutient tout mouvement d’opposition et révolutionnaire dirigé contre l’ordre social et politique qui prévaut en Russie, tout en rejetant résolument dans le même temps toutes les propositions de réforme qui seraient liées à une forme ou l’autre d’extension ou de renforcement de la tutelle de la police et de la bureaucratie sur les classes laborieuses ». [13] Il se concluait par un appel à une assemblée constituante.

Dans le contexte d’aujourd’hui - après l’expérience de l’Internationale Communiste et de la Quatrième Internationale - on pourrait dire que le programme du POSDR se présentait effectivement de manière très générale : il s’agissait d’une série d’orientations politiques plutôt que de tactiques précises tandis que la stratégie plus large était aussi définie de manière très générale. Par exemple, il ne faisait aucune mention de l’utilisation de la grève comme méthode principale pour faire tomber un gouvernement, mais il appelait simplement à la liberté d’action de grève. Ce sur quoi le programme était orienté, c’était sur l’importance centrale d’un parti de gauche orienté vers la classe ouvrière et ses préoccupations immédiates ainsi que sur l’importance de la lutte pour la démocratie bourgeoise en Russie. Il était tracé à larges coups de brosse, sans beaucoup de détails plus fins, mais il représentait quelque chose de nouveau parce qu’il s’opposait au populisme russe, au libéralisme ou à l’anarchisme. C’est ce qui lui donnait son caractère distinct en tant que programme d’un parti de la classe ouvrière.

En termes généraux, nous pouvons dire que le POSDR avait un programme, mais que les bolcheviques avaient une stratégie particulière. Après tout, les mencheviques soutenaient également le programme du parti, ils avaient juste une autre stratégie (qui a évolué, commençant par mettre la pression sur les libéraux pour obtenir des réformes sociales et finissant par soutenir Kerensky et le Gouvernement provisoire).

Même si le programme était assez large, un certain nombre de divergences ont éclaté parmi les Bolcheviques entre 1903 et 1917 sur des questions programmatiques et stratégiques. Mais celles-ci ont été généralement résolues au bout d’un moment par le débat et la discussion. Lorsque les divergences étaient inconciliables, une scission se produisait, mais celles-ci n’ont généralement pas eu lieu sur des questions tactiques.

Les divisions au sein du POSDR

Après le premier congrès du POSDR en 1898, le mouvement socialiste était de facto divisé en un grand nombre de groupes locaux de propagande socialiste qui ne disposaient pas d’un centre national. Mais il était également divisé entre ceux qui voulaient se concentrer sur les questions syndicales et ceux qui voyaient une révolution contre le tsarisme comme un élément fondamental d’une politique indépendante de la classe ouvrière (c’est le sujet de la polémique de Lénine dans "Que faire ?").

C’est pourquoi, entre 1900 et 1903, la rédaction de l’Iskra [14] a constamment martelé la nécessité d’un mouvement démocratique révolutionnaire, d’un parti indépendant de la classe ouvrière et un journal à l’échelle de toute la Russie pour propager une ligne commune. On avance souvent qu’en cette période précoce de l’organisation de l’Iskra, celle-ci ressemblait au petit groupe de cadres hautement homogène et monolithique qui est aujourd’hui présenté comme la condition sine qua non de l’organisation révolutionnaire. Mais si on regarde le concept original de la rédaction de l’Iskra, on peut voir qu’il encourageait le débat parmi une pluralité de tendances :

"Bien que nous effectuions notre travail littéraire du point de vue d’une tendance définie, nous n’avons pas la moindre intention de présenter toutes nos vues sur des questions partielles comme étant celles de tous les social-démocrates russes ; nous ne nions pas qu’il existe des différences, et nous ne tentons pas de les dissimuler ou de les effacer. Au contraire, nous voulons que nos publications deviennent des organes pour la discussion de toutes les questions par tous les social-démocrates russes de toutes les nuances d’opinion. Nous ne rejetons pas les polémiques entre camarades, mais, au contraire, nous sommes prêts à leur donner une place considérable dans nos colonnes. Des polémiques ouvertes, menées à la vue pleine et entière de tous les sociaux-démocrates et de tous les ouvriers conscients russes, sont nécessaires et souhaitables afin de clarifier la profondeur des différences existantes, de permettre l’examen des questions en litige sous tous les angles, de lutter contre les extrêmes dans lesquels les représentants de différents points de vue, de diverses localités ou de diverses « spécialités » du mouvement révolutionnaire tombent inévitablement. En effet, nous considérons que l’un des désavantages du mouvement actuel, c’est l’absence de polémique ouverte entre des points de vue clairement différents et les efforts faits pour cacher des différences sur des questions fondamentales." [15]

On peut soutenir en effet - à l’exact opposé de la conception typique qui présente l’organisation "pré-parti" comme devant être monolithique - que cette conception suggère qu’une forte dose de pluralité politique est nécessaire, ce qui permet que différentes positions coexistent au sein d’un seul cadre organisationnel et qu’un débat se développe entre celles-ci afin de clarifier les divergences et de parvenir à des conclusions de manière à ce que tout ce processus renforce l’unité de l’organisation politique.

La scission qui a été la plus largement débattue dans la social-démocratie russe est évidemment celle entre les bolcheviques et les mencheviques. Bien qu’elle se soit initialement développée sur la question politique de savoir comment organiser le parti russe - s’il devait ou non être un parti de militants, discipliné, avec une ligne commune et un comité de rédaction d’un journal national reflétant la ligne majoritaire au congrès du parti - cette scission portait en fin de compte sur une question bien plus profonde, à savoir quelle classe - la classe ouvrière ou la bourgeoisie - serait en mesure d’attirer les paysans sous sa bannière et de diriger la révolution démocratique contre le tsarisme.

En plus de cette scission, il y eut la séparation avec les liquidateurs. Il s’agissait d’une partie de la fraction menchevique qui préconisait le démantèlement de l’appareil illégal du parti - ce qui ne pouvait les conduire qu’à avancer un programme de facto réformiste face au tsarisme - mais qui fit scission des mencheviques en 1912. Et il y eut aussi la séparation avec les partisans de Bogdanov en 1909 : alors que tout était parti d’un conflit sur des questions philosophiques, la question décisive fut finalement de savoir si le parti devait participer à la Douma [parlement].

Les bolcheviques firent des efforts persistants pour tenter de forger une unité fondée sur la base de principes (la révolution démocratique, l’indépendance politique de la classe ouvrière, le rôle déterminant de la classe ouvrière, l’opposition au révisionnisme, etc) qui reflétaient les positions du programme de 1903. Ce dernier est un document intéressant. Il est révolutionnaire mais il contient très peu de ce que nous appellerions des revendications transitoires. Il a néanmoins fourni un cadre suffisant au sein duquel d’autres différences ont été débattues.

Une leçon à tirer est la capacité de Lénine d’identifier quels étaient les points clés qui étaient essentiels pour que l’unité soit fondée sur des principes à un moment donné. Pour l’Iskra entre 1900 et 1903, c’était la révolution démocratique, une politique indépendante pour la classe ouvrière ainsi qu’un parti et un journal pour toute la Russie. En 1917, Lénine rejeta l’unité avec les mencheviques, parce que les bolcheviques devaient se battre de manière indépendante pour "Tout le pouvoir aux soviets", pour des milices, contre tout soutien au gouvernement provisoire, etc. Mais cela ne l’a pas empêché de tenter de collaborer avec les mencheviques internationalistes et les secteurs des socialistes-révolutionnaires qui étaient plus les plus proches de ses positions.

Cela souligne un bon degré de flexibilité dans la façon dont nous concevons le rôle que joue le programme pour rassembler des forces plus larges sur des questions qui deviennent essentielles pour l’agitation révolutionnaire dans une conjoncture donnée.

À quoi servait "Que Faire ?" ?

Le célèbre livre de Lénine, "Que faire ?" offre aux révolutionnaires de nombreuses leçons utiles dans une perspective générale et il est souvent présenté comme la pierre de fondation des pratiques léninistes ultérieures. Mais ce n’est pas un manuel ou un guide pour la construction du parti valable pour toute l’éternité - en particulier sur les questions tactiques liées à des conditions de la Russie de 1902 qui sont de toute évidence difficilement transférables dans nos conditions actuelles.

Les polémiques et les débats que Lénine a menés dans "Que Faire ?" sont pour l’essentiel un produit de la situation en Russie, ce que Lénine lui-même a affirmé ultérieurement. [16] C’était tout d’abord une polémique contre les "économistes" et ensuite un guide pratique pour unir, dans la Russie de cette époque, les travailleurs et les cercles intellectuels et disparates dans un parti unifié. Lénine et ses collaborateurs autour de l’Iskra essayaient de construire une section de la Deuxième Internationale, sur le modèle du parti social-démocrate allemand mais en l’adaptant aux conditions russes.

Une partie importante de "Que Faire ?" concerne le centralisme, ce qui, pour Lénine, voulait dire : établir un centre, une direction politique pour les sections locales et groupes dispersés du POSDR. Cela nécessitait un journal avec un comité de rédaction investi d’une autorité et d’un respect certains parmi les membres, c’est-à-dire pas seulement un groupe autoproclamé de dirigeants, mais des gens démocratiquement élus et chargés de donner une orientation politique aux militants du parti.

Au deuxième congrès du POSDR, Lénine mit en garde contre la tendance à voir "Que Faire ?" comme un manuel universel : "Il est évident qu’ici un épisode dans la lutte contre « l’économisme » a été confondu avec une discussion sur les principes d’une question théorique majeure (la formation d’une idéologie) .... Nous savons tous que les « économistes » sont allés à un extrême. Pour redresser les choses, quelqu’un devait tirer dans l’autre sens, et c’est ce que j’ai fait." En outre, en 1904, la fraction bolchevique écrivit une histoire détaillée de l’Iskra et de ses motivations sans mentionner le pamphlet de Lénine ou le rôle qu’il a joué dans la formation de sa tendance. [17]

Rosa Luxemburg écrivit une critique du parti russe qui exprimait son désaccord avec ce qu’elle considérait comme une tendance à la centralisation autoritaire de la part de Lénine et de ses bolcheviques. Elle comparait ce parti au parti allemand qui comptait des centaines de milliers de membres, de nombreux quotidiens et hebdomadaires publiés par des sections locales et régionales ainsi qu’un journal national et une revue théorique - avec un flux relativement sain d’idées et de débats en interne. Mais les critiques de Luxembourg étaient entièrement déplacées. Réagissant directement à ces critiques, Lénine expliqua : "La camarade Rosa Luxembourg dit ... que toute la controverse porte sur le degré de centralisation. En fait, ce n’est pas le cas. ... Notre controverse a principalement porté sur la question de savoir si le Comité Central et l’organe central doivent ou non représenter la tendance majoritaire au Congrès du Parti."  [18]

Ainsi, une partie importante de ce pour quoi Lénine se battait au Congrès de 1903 était que le journal et le comité de direction élu au congrès devraient refléter les décisions de la majorité lors de ce congrès. Pour les socialistes russes, les possibilités de prise de décision démocratique étaient peu nombreuses et espacées ; beaucoup d’entre eux étaient en exil aux quatre coins de l’Europe et les descentes de police étaient très fréquentes. Le parti avait peu de temps et d’occasions pour des élections internes ou de grands rassemblements. Quand les délégués finirent par se réunir - ce qui avait entraîné de grands frais, largement assumés par le parti allemand qui paya leur voyage et leur hébergement - Lénine voulait être sûr que les décisions du Congrès seraient bien appliquées. C’est pourquoi il fut tellement indigné quand les perdants lors du débat sur les statuts du parti (dirigés par Martov) emportèrent la majorité au comité de rédaction du journal. Il avait peur que la minorité utilise sa position pour ne pas mettre en œuvre les décisions du congrès. Ce fut la cause du différend entre fractions.

Bien qu’il appelait à une organisation assez centralisée et à un maillage serré de révolutionnaires professionnels prenant au sérieux les questions de sécurité et d’organisation, Lénine argumenta, après le printemps démocratique de 1905, pour que le parti s’élargisse et profite des nouvelles libertés politiques gagnées par la révolution. Il appela les camarades du parti à « inventer de nouvelles formes d’organisation » (je souligne) pour intégrer un afflux de travailleurs, de nouvelles formes qui seraient "certainement beaucoup plus larges ... moins rigides, plus « libres », plus « lâches »". [19]

Après le congrès de réunification en 1906, il appela avec insistance à la liberté pour les membres du parti de débattre en public. "La critique dans les limites des principes du programme du parti doit être tout à fait libre (nous rappelons au lecteur ce que Plekhanov a déclaré à ce sujet lors du deuxième congrès du POSDR), non seulement dans les réunions du Parti, mais aussi lors de réunions publiques. Une telle critique, ou une telle « agitation » (la critique est inséparable de l’agitation) ne peuvent pas être interdites. [Mais] L’action politique du parti doit être unie. Aucun « appel » qui viole l’unité des actions concrètes ne peut être toléré, que ce soit lors de réunions publiques, de réunions du Parti ou dans la presse du Parti ». [20]

Il est intéressant de noter que ce sont les mencheviques qui tentèrent de clore le débat public et votèrent pour que les critiques soit permises uniquement dans la presse du parti, mais jamais en public. Bien que cela reflétait l’équilibre des forces au sein du parti (les mencheviques avaient la majorité à l’époque), prendre cette prise de position de Lénine comme une simple déclaration de convenance serait ne pas lui rendre justice et tomber dans la caricature qui le présente comme un simple politicien n’ayant que des principes très limités. [21]

Le modèle plus discipliné et centralisé était jugé nécessaire pour des questions de sécurité dans la mesure où le niveau de la répression policière était presque écrasant (en dépit de ces précautions, la plupart des militants du POSDR ont passé une grande partie de leur temps en prison). Mais dès que l’occasion se présenta, Lénine exhorta le parti à briser les vieilles normes et à adopter le plus possible de formes d’organisation légales, ouvertes et lâches. Intégrer de nouveaux membres était très important pour la santé future du parti.

Cette politique obtint des résultats spectaculaires. Au début de 1905, le POSDR avait 8.400 membres (avec les ailes bolcheviques et mencheviques) en Russie ; en 1907, ils étaient 84.000 (dont 46.000 dans les bolcheviques). Lénine félicita le comité de Saint-Pétersbourg de l’organisation, qui était l’un des plus importants, disant que « tous les membres du Parti décident des questions concernant les campagnes politiques du prolétariat, et tous les membres du Parti déterminent la ligne des tactiques des organisations du Parti. » [22] Ce n’était pas là une section fonctionnant "du haut vers le bas", c’était une organisation de base avec un comité dirigeant, mais dans laquelle les membres participaient activement à la prise de décision et à l’élaboration de la politique.

A peu près à la même époque, Lénine appela à un échange de vues public, franc et complet sur la vie interne du parti : « Nous sociaux-démocrates avons recours au secret vis-à-vis du tsar et de ses chiens de garde, tout en prenant soin que les gens sachent tout sur notre Parti, sur les nuances d’opinion en son sein, sur le développement de son programme et de sa politique, jusqu’à ce qu’ils sachent même ce que tel ou tel délégué au congrès du parti a déclaré lors du congrès en question ". [23] Lénine décrivait alors le fonctionnement du parti uni et non pas d’une faction en son sein mais, dans les conditions d’une démocratie plus libérale, c’est clairement la manière la plus honnête et la plus démocratique de faire fonctionner toute organisation révolutionnaire - un point c’est tout. Les questions de sécurité doivent naturellement être prises en compte dans ces discussions, mais elles ne sont pas une excuse pour imposer le secret total sur toute la ligne.

Avançons de quelques années. Comme l’écrit Paul Le Blanc, « En 1917, toutes les questions importantes ont été soumises à un débat interne au parti et à un vote ; la conception selon laquelle les comités exécutifs devaient être monolithiques et ne représenter que le point de vue de la majorité n’existait pas - cette pratique a été instituée plus tard ». [24] En effet, il est clair que le POSDR à l’époque de Lénine n’était pas l’organisation monolithique fonctionnant de haut en bas avec des chefs divinisés, contrairement à ce que Staline allait présenter plus tard.

Bien que ce soit un peu forcer l’Histoire, il est utile de se demander si les conditions dans lesquelles se pose la construction d’une organisation révolutionnaire aujourd’hui sont plus proches de la Russie autocratique de 1902 ou de celles de la Russie plus démocratique de 1906. Et si la situation aujourd’hui est encore plus démocratique, alors les appels que Lénine lançaient en faveur d’une organisation plus ouverte ne devraient-ils pas être mis en œuvre ? Cela n’aiderait-il pas à créer une organisation unie plus stable où existe la liberté de débat ?

Même le Parti bolchevique de 1912, qui était basé sur une faction plus étroitement définie et homogène que ne l’était le POSDR, s’est constitué avec un degré considérable d’ouverture politique et sur la base d’un appel à unir le mouvement social-démocrate dans un seul parti. Comme Paul Le Blanc l’a fait valoir « Le parti bolchevique accordait une très large mesure de liberté à ses membres pour discuter entre eux et pour s’adresser tant au parti dans son ensemble qu’à ceux qui n’étaient pas dans le parti - et cela même si les membres avaient des opinions dissidentes. Les militants individuels tout autant que les organisations locales étaient également encouragés à faire preuve d’une dose considérable d’initiative dans la réalisation de leurs activités. Dans le même temps, il était attendu [des membres] qu’un degré élevé de loyauté envers le parti, son programme et ses statuts organisationnels guident ces activités. En outre, il était prévu que les organes dirigeants démocratiquement élus cherchent à assurer le bon fonctionnement de l’organisation d’une manière compatible avec son programme démocratiquement établi et avec ses principes organisationnels ». [25]

Le parti totalement monolithique, non seulement à l’intérieur mais aussi à l’extérieur, ne s’est vraiment développé qu’après la période du "communisme de guerre" en 1921, et il a été codifié en détail par Zinoviev dans son « tournant vers la bolchevisation » de l’Internationale Communiste à partir du cinquième congrès en 1924.

Ce tournant était censé être une tentative pour développer des partis de combat totalement homogènes de l’avant-garde ouvrière face à une reprise capitaliste et à un soutien grandissant aux partis réformistes, mais, dans la pratique, il a restreint la critique et la contestation au sein de l’Internationale.

Quand on regarde la pratique de groupes comme le Socialist Workers Party aujourd’hui - avec le système de liste verrouillée pour les élections des directions, l’étranglement de tout débat public et un Comité Central prononçant gaiement des exclusions - n’est-on pas plutôt devant plus une caricature du stalinisme de la fin des années 1920 que devant l’héritage de la tradition révolutionnaire russe d’avant 1917 ?

Il serait cependant trop facile de voir le tournant vers la "bolchevisation" comme la seule origine d’une dégénérescence s’éloignant des conceptions saines du parti révolutionnaire au sein du mouvement communiste.

1921 marque sans aucun doute un tournant majeur sur cette question et, à cette époque, le mouvement communiste était en grande partie sous la direction de Lénine et de Trotsky (une période qu’à titre posthume, on désigne souvent comme celle de l’"Internationale Communiste révolutionnaire"). En mars de cette année-là, le Parti communiste russe fit la tragique erreur d’interdire les factions internes au parti et, en juillet, l’Internationale Communiste produisit une "Résolution sur la Structure Organisationnelle des Partis Communistes" qui ne contenait aucune référence au droit de former des factions minoritaires et à l’autonomie relative des sections nationales ou des structures locales, et ne disait même pas grand´chose de la démocratie (la partie de la résolution sur le centralisme démocratique est presqu’entièrement consacrée au centralisme dans le travail du parti).

Cela représente une différence importante par rapport aux traditions du bolchevisme russe d’avant 1917. Il n’est pas étonnant que Lénine ait dit plus tard que cette résolution était « trop russe", ce en quoi il voulait sans doute dire qu’elle était trop basée sur l’expérience contemporaine du parti russe [26]. Comme pour toute expérience politique, il est nécessaire de mettre les choses en contexte. L’Internationale Communiste s’était constituée à partir de scissions dans les partis sociaux-démocrates et elle cherchait à former des partis resserrés de cadres, mais la question demeure de savoir si elle n’a pas fini par tordre le bâton trop fort et ainsi préfiguré le processus ultérieur de stalinisation complète.

En mettant essentiellement l’accent sur l’aspect centralisateur dans la construction du parti, sans faire aucune mention des droits démocratiques internes (par exemple ceux de constituer des tendances ou des factions), cette résolution reflétait les décisions prises lors du congrès du Parti Communiste russe en mars 1921 (l’interdiction des fractions) et elle a servi efficacement de manuel opérationnel pour l’ensemble du mouvement communiste, faisant ainsi de cette erreur tragique un principe international.

Conclusion

Il serait erroné d’essayer de dessiner, à partir de ces expériences spécifiques au sein du mouvement révolutionnaire en Russie, un modèle universel et intemporel pour un changement socialisme révolutionnaire de la société. Une conception matérialiste réellement historique du marxisme devrait commencer par reconnaître à quel point les programmes politiques et les perspectives tracées à travers des décennies de débat idéologique et de luttes des travailleurs reflètent toujours les spécificités des situations dans lesquelles ils ont été élaborés. Cependant, ceci souligne également la nécessité de tirer, à partir des expériences antérieures, des leçons qui soient suffisamment générales pour être pertinentes dans une large gamme de contextes historiques.

Toute tentative d’établir une réplique parfaite du « parti léniniste » tel qu’il est communément conçu se perdra donc inévitablement dans un romantisme idéaliste, en porte-à-faux complet avec sa réalité historique vivante. Celle-ci a vu le bolchevisme émerger à partir d’une tentative de construire un parti large [dans la lignée des partis sociaux-démocrates européens], permettant à diverses tendances de coexister au sein d’un projet politique commun destiné à cristalliser une conscience socialiste dans la classe ouvrière russe.

Dans le prochain article, j’essaierai d’examiner plus concrètement comment les révolutionnaires devraient s’organiser aujourd’hui, en l’absence de grands partis marxistes révolutionnaires et dans un contexte où la gauche léniniste-trotskyste a été réduite à une existence de « sectes en guerre ».

Dans l’immédiat, je pense qu’il est néanmoins utile de dire que tirer des leçons plus générales de l’expérience des bolcheviques d’avant 1917 pourrait donner une plus grande portée à l’unité avec des courants politiques plus larges en dehors de cette tradition.

Un large éventail d’expériences et de points de vue provenant de diverses traditions radicales devront être utilisées pour développer un anticapitalisme pour le 21ème siècle. Pour cela, l’apport de la tradition léniniste doit être traduit dans une langue accessible qui permette de le rendre compréhensible aujourd’hui tout en mettant en valeur les leçons de cette expérience. Entre autres choses, il peut être stimulant de mettre l’accent sur les points suivants.

On a besoin de partis politiques qui s’enracinent dans les entreprises et les quartiers et qui reconstruisent la confiance en la perspective d’une alternative au capitalisme. Ils doivent promouvoir l’idée que la société humaine n’est pas condamnée à vivre dans la misère et la pénurie mais qu’une alternative communiste est possible - qui soit radicalement démocratique et reconnaisse l’autonomie et la diversité. Ils devront être des partis de lutte, cherchant à développer une résistance active et ne retombant pas dans le parlementarisme facile de la social-démocratie et dans l’illusion sans espoir que nous puissions revenir à un âge d’or d’une production capitaliste encadrée et raisonnable.

Contre les conceptions d’organisation bureaucratiques et de haut en bas d’un parti "léniniste" qui plombent toujours le mouvement, ces partis devront être construits de bas en haut, en mettant l’accent sur l’autonomie des individus et des sections locales, la liberté d’expression et un large pluralisme politique.

Et il faut que nous remettions la question du pouvoir à l’agenda. Comme l’a dit récemment Leo Panitch, "Nous devons nous débarrasser de l’illusion qu’on peut changer le monde sans prendre le pouvoir. Il est absolument impossible de progresser vers un monde meilleur à moins que les relations des forces sociales en conflit dans toute société trouvent une expression dans la transformation - en termes d’organisation, autant que de politique - des Etats dans ces sociétés" [27].

Publié le 28 décembre 2012 sur le site de l’Anticapitalist Initiative (www.anticapitalists.org)
Texte original : http://anticapitalists.org/2012/12/28/building-a-revolutionary-organisation-i/
Traduction pour www.avanti4.be : Jean Peltier

Notices bibliographiques

Bogdanov, Alexandre (1873-1928). Intellectuel et dirigeant social-démocrate russe. Bolchevique de gauche, il s’oppose à Lénine après la défaite de la révolution de 1905. Après la révolution d’Octobre, il anime le mouvement artistique et littéraire visant à créer une « culture prolétarienne » (Proletkult). Il est l’auteur de l’important ouvrage théorique « Tectologie » (1925)

Boukharine, Nicolas (1888-1938). Dirigeant et théoricien bolchevique. II devient célèbre grâce à ses nombreux ouvrages marxistes (L’économie politique du rentier, 1907, L’économie mondiale et l’impérialisme, 1915, Le matérialisme historique, 1921, etc.). Membre du Comité central bolchevique en 1917, l’année suivante il s’oppose au traité de Brest-Litovsk, Défenseur de la NEP et dirigeant de l’internationale communiste pendant les années vingt, il capitule face à Staline en 1929. Liquidé lors des procès de Moscou en 1937-1938.

Gorki, Maxime (1868-1936) écrivain russe et soviétique. Il est considéré comme un des fondateurs du réalisme socialiste en littérature et un homme engagé politiquement et intellectuellement aux côtés des révolutionnaires bolcheviques. Apportera sa caution au stalinisme.

Kamenev, Lev (1883-1936). Adhère au POSDR en 1901. Après le deuxième congrès, il devient un dirigeant du courant bolchevique et un étroit collaborateur de Lénine. Porte-parole des bolcheviques à la Douma et éditeur de la Pravda, En octobre 1917, il s’oppose avec Zinoviev à l’insurrection. Dirigeant du PCUS après la révolution, allié de Staline après la mort de Lénine, il participe à l’Opposition unifiée entre 1925 et 1927. Liquidé lors des procès de Moscou de 1937-1938.

Kerenski, Alexandre (1881-1971) : Avocat et leader “trudoviki” ‘(travailliste) dans la 4e Douma. Vice-président du Soviet de Petrograd. Ministre de la Justice en février-mai 1917 sous le gouvernement Lvov. Ministre de la Guerre et de la Marine en mai-septembre 1917. Premier minister du Gouvernement Provisoire du 20 juillet à la révolution du 7 novembre 1917.

Luxemburg, Rosa (1870-1919). Révolutionnaire et théoricienne marxiste polonaise. En 1893, elle fonde la SDKPiL. En 1898, s’installe en Allemagne, où elle dirige l’aile gauche du SPD, Auteur de “Réforme sociale ou révolution ?” (1899) contre le révisionnisme de Bernstein. Elle tire le bilan de la première révolution russe dans “Grève de masse, parti et syndicats” (1906). En 1912, elle publie son grand ouvrage théorique “L’accumulation du capital”. Internationaliste pendant la Première guerre mondiale, elle est emprisonnée par les autorités prussiennes. En 1918, elle rédige une étude sur la révolution russe, dans laquelle défend le régime soviétique tout en critiquant certaines mesures anti démocratiques adoptées par les bolcheviques au pouvoir. Assassinée par les forces contre-révolutionnaires lors de la révolte spartakiste de janvier 1919.

Martov, Julius
(1873-1923). Un des principaux fondateurs et dirigeants de la social-démocratie russe et proche collaborateur de Lénine avec lequel il divergera rapidement. Principal animateur du courant menchevique après 1903. Internationaliste pendant la Première guerre mondiale, en 1917 il s’oppose à la révolution d’Octobre et, pendant la guerre civile, adopte une attitude de soutien critique au régime soviétique. Il quitte la Russie en 1920.

Milioutine, Vladimir (1884-1938), membre du parti bolchevique depuis 1903 et de son Comité central. Représentant de la IIIe Internationale communiste en Bulgarie. Arrêté et « mort en prison » pendant les grandes purges staliniennes.

Noguine, Victor (1878-1924) était un important militant bolchevique à Moscou. Il devint maire de Moscou le 19 septembre 1917. En juin 1917, Noguine critiqua la volonté de Lénine de prendre le pouvoir et maintint cette réticence jusqu’à la Révolution d’Octobre. Il fut ensuite nommé commissaire du peuple au Commerce et à l’Industrie, mais il démissionna rapidement de son poste ainsi que du comité central (avec Kamenev, Zinoviev, Rykov et Milioutine) pour protester contre le refus de Lénine de former un gouvernement de coalition des partis socialistes.

Plekhanov, Georges (1856-1918). Intellectuel et philosophe, le plus connu des cadres de la première génération de la social-démocratie russe. Actif dans les milieux populistes, il participe à la fondation du marxisme russe en 1883 et, six ans plus tard, de la IIe internationale. Dirigeant menchevique après 1904. Pendant la Première guerre mondiale, il adopte une position chauvine et en 1917 s’oppose à la révolution d’Octobre, qu’il considère “historiquement premature”. Parmi ses ouvrages, il faut rappeler un célèbre “Essai sur la conception moniste de l’histoire”, sur lequel se forment plusieurs générations de socialistes russes.

Reed, John (1887-1920). Journaliste et militant communiste nord-américain, connu surtout pour son ouvrage sur la révolution bolchévique, « Dix jours qui ébranlèrent le monde ». Il était le mari de l’écrivaine et féministe Louise Bryant.

Riazanov, David (1870-1938). Historien marxiste et militant socialiste russe, il adhère au Parti bolchevique en 1917 avec la tendance de Trotsky. Se définissant comme “bolchevique non léniniste”, après la révolution d’Octobre, il dirige l’Institut Marx-Engels où il entamera la publication des Œuvres Complètes des fondateurs du marxisme. Arrêté et exécuté lors des procès de Moscou.

Rykov, Alexeï (1881-1938). Dirigeant bolchevique. En 1928, il organise avec Boukharine l’Opposition de droite au sein du PCUS. Il est liquidé par Staline lors des Procès de Moscou.

Staline, Josef (1879-1953)- Dirigeant bolchevique dans le Caucase, il se fait remarquer en 1913 grâce à son article sur “Le marxisme et la question nationale”. Il ne joue pas un rôle important dans l’histoire du mouvement ouvrier russe avant la révolution d’Octobre. S’impose comme le principal dirigeant du Parti communiste après la mort de Lénine en 1924 et personnalise le processus de dégénérescence bureaucratique de la révolution. Responsable des purges des années 1930.

Sverdlov, Iakov (1885-1919). Dirigeant du parti bolchevique, membre du Comité central, participant au Comité militaire révolutionnaire du Soviet de Petrograd qui dirige la prise du pouvoir en octobre 1917. En novembre 1917, il remplace Lev Kamenev au poste de Président du Comité exécutif central (chef de l’État). Malgré sa jeunesse, il peut passer pour le successeur potentiel de Lénine. En 1919, pendant la guerre civile, il parcourt le pays pour engager la population contre les armées blanches. Il est victime d’une épidémie et meurt à Orel.

Trotsky, Léon (1879-1940) : Personnalité indépendante au sein de la social-démocratie russe par rapport à ses ailes bolchevique et menchevique. Rejoint le parti bolchevique de Lénine en 1917. Devient l’un des principaux dirigeants de la révolution russe et fondateur de l’Armée Rouge. S’oppose à Staline après la mort de Lénine. Anime l’Opposition de gauche. Déporté, puis exilé. Fonde la Quatrième Internationale en 1938. Assassiné par les services staliniens.

Zinoviev, Grigori (1883-1936) : Dirigeant du parti bolchevique, membre de son Comité central. Président du Soviet de Petrograd de 1919 à 1926. Président du Comité Exécutif de la IIIe Internationale. Il a fait partie de la « troïka » dirigeant avec Staline et Kamenev après la mort de Staline et ensuite de l’Opposition Unifiée antistalinienne. Expulsé du parti en 1927, il a ensuite a capitulé face à Staline. A nouveau expulsé en 1934, puis condamné et exécuté lors du premier procès de Moscou en 1937.

Sources des notices : Cahiers d’étude et de recherche de l’IIRF d’Amsterdam, Wikipedia, CIEP, « Histoire de l’Internationale communiste » par Pierre Broué.

Notes :
Les notes dont le numéro est suivi d’un astérisque ont été introduites par le traducteur pour une meilleure compréhension par un public non anglophone ou moins familier avec la Révolution russe.


[1 Occupy est un mouvement qui s’est développé essentiellement aux USA, en Grande-Bretagne et dans le monde anglo-saxon en 2011-2012 dans la même dynamique que celle des Indignés.

[2Le livre "Beyond Capitalism" a été écrit par Simon Hardy ( auteur de ce texte) et Luke Cooper, tous deux animateurs de l’Anticapitalist Initiative (ACI) britannique. il a été publié en 2012 chez Zero Books.

[3Workers Power est une petite organisation trotskiste britannique qui a essaimé dans quelques autres pays et qui a formé, avec ses sections-soeurs, la Ligue pour une Internationale Communiste Révolutionnaire, devenue, il y a quelques années, la Ligue pour la Cinquième Internationale.

[4Rappelons que les mots "bolchevik" et "menchevik" qui sont passés dans la grande Histoire signifient simplement "majoritaire" et "minoritaire" et reflétaient simplement les rapports de forces à l’occasion d’un des votes qui eurent lieu lors du 2e Congrès du POSDR en 1903. Que les "majoritaires" aient tenu à garder cette étiquette même lorsqu’ils étaient devenus minoritaires peut se comprendre ; que les "minoritaires" aient gardé ce nom même pendant les longues périodes où ils furent majoritaires dans le parti reste plus incompréhensible. Quoiqu’il en soit, cela montre peut-être quelle était la fraction qui croyait le plus à son succès historique...

[5Cette formule polémique est une allusion au débat qui secoue en ce début 2013 le Socialist Workers Party. Cette " sympathique" exhortation a été faite par un cadre du SWP à des opposants et a connu une large publicité sur les réseaux sociaux dans les semaines suivantes.

[6Un débat animé a eu lieu en 2012 entre Pham Binh, Lars Lih T et Paul Le Blanc sur la signification de la conférence de 1912 et notamment sur la question de savoir si c’était bien un congrès "de scission" tel que cela est communément présenté. Vous pouvez voir la plupart des articles concernés en ligne à links.org.au.

[7Le Parti Socialiste-Révolutionnaire (S-R) était le représentant traditionnel de la petite et moyenne paysannerie en Russie. Au cours de l’année 1917, ce grand parti s’est scindé en une aile droite, qui s’est ralliée au gouvernement provisoire et à la bourgeoisie libérale, et une aile gauche, voulant la fin de la guerre et une réforme agraire radicale, qui s’est de plus en plus rapprochée des bolcheviques. Les mencheviques ont connu le même processus de division interne, son aile gauche, les "internationalistes" se rapprochant elle aussi des bolcheviques.

[8John Reed, "Dix jours qui ébranlèrent le monde".

[9marxists.org

[10La conférence de Zimmerwald réunit en septembre 1915 des représentants des minorités qui, dans les divers partis socialistes européens, s’opposaient à la guerre. Des pacifistes intégraux aux antimilitaristes anticapitalistes, des partisans d’une reconstruction de l’ancienne l’Internationale socialiste d’avant-guerre aux partisans de la création d’une nouvelle Internationale révolutionnaire, les positions étaient très variées. Parmi les participants à la conférence, les Mencheviques de gauche et Trotsky se situaient dans l’aile gauche tandis que les Bolcheviques campaient à l’extrême-gauche.

[11Paul Le Blanc, Lenin and the Revolutionary Party, pp.232-233.

[12L’histoire du parti bolchevique écrite par Zinoviev en 1924 est célèbre parce qu’elle présente celle-ci de cette manière - la première présentation des Bolcheviques comme la caricature stalinienne qu’ils étaient en train de devenir.

[13marxists.org

[14L’Iskra (L’Étincelle) était l’organe central du POSDR. Il fut publié de 1900 à 1903 sous la direction de Lénine, Martov et Plekhanov. L’Iskra fut le noyau autour duquel s’est constituée l’équipe dirigeante du POSDR.

[15Lénine, Projet de Déclaration du Comité de rédaction de l’Iskra et de Zarya, écrit au printemps 1900. Repris dans le Volume 4 des Oeuvres Complètes de Lénine.

[16Lih L, Lénine Rediscovered, pp.26-27

[17Ibid, pp.177-178

[18marxists.org

[19Cité dans marxsite.com

[20marxists.org

[21C’est ce que fait Doug Lorimer [dirigeant de la Socialist Alliance australienne] en défendant une position sur l’expression publique des différences qui est presque identique à l’approche traditionnelle de Workers Power sur la question.

[22Lénine, “Let the workers decide”, Collected Works, vol. 10, pp. 500-504

[23marxists.org

[24Le Blanc, p.267

[25marxists.org

[26Lénine, “Cinq ans de révolution russe et les perspectives de la révolution mondiale -Rapport présenté au IVe congrès de l’Internationale Communiste, le 13 novembre 1922”, Oeuvres Complètes, vol. 33, pp.429-44