1948 : Il y a 65 ans, la « Nakba », fondement de la question palestinienne

Georges Taut, Ilan Pappé , Julien Salingue, Michel Warschawski 12 mai 2013

Il y a 65 ans, le 14 mai 1948, l’indépendance de l’Etat d’Israël était proclamée à la suite de l’expulsion violente de plusieurs centaines de milliers de Palestiniens de leurs terres. Cet événement, dont la brutalité est toujours niée en Israël, est connu dans le monde arabe sous le nom de « Nakba », la « catastrophe »… (Avanti4.be)

Le vrai visage du projet sioniste : colonial et raciste

Julien Salingue

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’Etat d’Israël, quasi immédiatement reconnu par les puissances impérialistes. La « Communauté internationale » confère ainsi, de manière décisive, une légitimité à un projet colonial et raciste, le projet sioniste d’établissement d’un Etat juif en terre de Palestine, auparavant sous mandat britannique.

Un projet colonial car il repose sur l’implantation d’une population très majoritairement européenne sur une terre arabe. En 1948, les Arabes palestiniens représentent plus des 2/3 de la population de la Palestine telle qu’elle était sous le mandat britannique qui se termine cette année-là.

Un projet raciste car il opère une stricte distinction entre Juifs et non-Juifs, la judéité étant le critère déterminant de la citoyenneté et de la pleine jouissance des droits politiques, économiques et sociaux dans l’Etat d’Israël.

Nettoyage ethnique

Il existe une contradiction essentielle dans le projet sioniste : la Palestine est une terre majoritairement peuplée d’Arabes non-juifs et l’Etat d’Israël devra, pour bénéficier du soutien international, préserver les apparences d’une démocratie. La seule solution, pour les dirigeants sionistes, qui souhaitent intégrer à l’Etat juif le plus de territoire possible, est donc de chasser les Palestiniens de leur terre. Ils pourront ainsi affirmer qu’Israël est un « Etat juif et démocratique », malgré l’apparente contradiction dans les termes.

Entre 1947 et 1949, plus de 800..000 Palestiniens, soit 80% de ceux qui résidaient à l’intérieur du territoire sur lequel Israël proclame son indépendance, sont expulsés et deviennent des réfugiés. Ce ne sont pas des victimes « collatérales » de la guerre de 1948, mais les victimes d’un plan d’expulsion minutieusement établi, le Plan Daleth, dont l’objectif était simple : le plus de terre et le moins d’Arabes possible sous juridiction israélienne.

L’Etat juif était né, non pas d’un miracle, comme l’a encore récemment déclaré le Premier Ministre britannique Gordon Brown, mais du nettoyage ethnique, au terme duquel moins d’1/3 de la population s’attribue 78% de la superficie de la Palestine du Mandat. Pour les Palestiniens, c’est la Nakba, la Catastrophe, moment fondateur de leur lutte d’émancipation nationale. Le peuple palestinien est aujourd’hui encore très largement un peuple de réfugiés : selon les dernières statistiques, 7 millions sur une population totale de 10 millions, soit 70% d’entre eux.

Israël, au service des puissances impériales

Israël se construit une double légitimité, idéologique et politique, qui va progressivement conduire l’ensemble des grandes puissances à soutenir de façon quasi-inconditionnelle la politique expansionniste et guerrière de l’Etat juif.

• Une légitimité idéologique : les dirigeants sionistes, non contents de voler la terre, vont également voler la mémoire. La mémoire du génocide juif et des 6 millions de morts, en installant progressivement l’idée que la constitution de l’Etat d’Israël et l’ensemble de ses décisions politiques ne sont que la conséquence logique et la seule réponse possible aux horreurs perpétrées par les Nazis. Il s’agit de jouer sur la culpabilité européenne tout en ne froissant pas les gouvernements et les populations, la faute commise étant payée par les Palestiniens, pourtant totalement étrangers aux événements tragiques de la Deuxième Guerre Mondiale. L’escroquerie intellectuelle est la suivante : l’existence passée des camps de concentration justifie l’existence éternelle des camps de réfugiés.

• Une légitimité politique : dès ses origines le projet sioniste s’est affirmé comme un auxiliaire des puissances impériales. Le père fondateur du sionisme, Theodor Herzl, écrivait dès la fin du 19e siècle que « l’Etat juif sera[it] un rempart de la civilisation contre la barbarie »… Il n’est guère étonnant dès lors que, dans le contexte post-Deuxième Guerre Mondiale, qui est notamment celui du développement des luttes d’émancipation nationale contre les puissances coloniales, ces dernières ont vu d’un œil bienveillant l’implantation d’un Etat ami dans une région aux enjeux économiques et géostratégiques majeurs.

C’est ainsi qu’en 1956, lorsque le dirigeant égyptien Nasser nationalise le Canal de Suez, Israël est partie prenante de l’opération franco-britannique visant à reprendre le contrôle du Canal. Israël s’adapte progressivement aux changements qui s’opèrent dans les rapports de force entre puissances impériales et fait preuve de son allégeance à l’impérialisme qui devient dominant, l’impérialisme Etats-unien : en juin 1967, l’armée israélienne écrase, lors de la Guerre des 6 jours, les armées arabes et notamment celles de deux adversaires déclarés des Etats-Unis, l’Egypte et la Syrie. Israël porte un coup fatal au nationalisme arabe, qui ne se relèvera jamais de cette défaite, montre son rôle de précieux auxiliaire régional, s’assurant ainsi du soutien quasi-indéfectible des Etats-Unis, tout en conquérant, entre autres, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, achevant de la sorte la conquête de l’ensemble de la Palestine

Trois points essentiels sont à retenir :

• Le caractère colonial et raciste de l’Etat d’Israël n’est pas accidentel mais structurel : établir un Etat juif sur une terre majoritairement peuplée d’Arabes non-juifs signifie guerres, expulsions, colonisation et répression de tout mouvement d’émancipation nationale.

• Le fondement de la lutte de libération nationale palestinienne est l’expulsion de 1947-49 : les Palestiniens sont très majoritairement des réfugiés aspirant à revenir sur leurs terres et aucune « solution » à la question palestinienne ne pourra faire l’impasse sur la revendication du droit au retour. Au contraire, cette revendication est la substance même de la cause palestinienne.

• Le rôle d’Israël dans le système impérialiste est un rôle fonctionnel : l’Etat juif a, sans discontinuer depuis 60 ans, joué le rôle de sous-traitant des puissances impériales, principalement des Etats-Unis, au Moyen-Orient. Aujourd’hui sa tâche est de neutraliser les deux facteurs qui déstabilisent le plus la région : le peuple palestinien et la résistance libanaise, notamment le Hezbollah. Et demain, l’Iran ?

Extrait de « Le conflit israélo-palestinien : une mise en perspective historique », par Julien Salingue :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=article_impr&id_article=12488

L’expulsion des Arabes palestiniens de leur patrie

Michel Warshawsky, Georges Taut

L’argument selon lequel la Palestine serait la patrie historique des Juifs n’est que fantaisie qui n’a rien à voir avec les faits réels de l’histoire. Les Juifs qui vivent aujourd’hui en Palestine sont un corps étranger, importé de l’extérieur de l’Orient Arabe.

C’est en pleine harmonie - tantôt involontaire, tantôt planifiée - que le mouvement sioniste (la Hagana en particulier), la réaction arabe palestinienne (surtout les cercles autour du Mufti de Jérusalem, Haj Amin el Husseini) et les autorités mandataires britanniques ont poussé les Arabes de Palestine hors de leur patrie. Le résultat combiné de l’action de ces trois facteurs sera le transfert de l’immense majorité de la propriété, des terres et des maisons des Palestiniens aux mains des Juifs, et l’existence de 700 à 900.000 réfugiés palestiniens dans des camps se trouvant dans les pays arabes voisins et dans la bande de Gaza.

Les affrontements sanglants entre Juifs et Arabes ne commencent pas avec la partition. Paradoxalement, c’est autour de la guerre de 1948 que la participation active des masses palestiniennes aux événements politiques est la plus limitée. Exploitant la grande confusion et la panique que la réaction arabe et les autorités britanniques avaient sciemment exacerbées, les Israéliens vont provoquer l’exode de centaines de milliers d’Arabes par la violence, le meurtre et la destruction systématique de leurs villages. Les Kiboutsim « socialistes » se sont trouvés aux avant-postes d’opérations visant à pousser les Arabes à l’exode, pour s’approprier leurs champs et leurs vergers. Quand un délégué du Hach orner Hatsair à la Knesseth Provisoire s’est plaint des opérations d’expulsion, il s’est entendu répondre qu’il devrait commencer par interdire de tels actes à ses camarades de Galilée Supérieure, qui avaient largement pris part à ces opérations. C’est le Palma’h, unité d’élite de la Hagana dirigée principalement par la gauche sioniste et des Kiboutsnikim, qui organisera pour l’essentiel l’expulsion des Palestiniens en Galilée et dans le Néguev, et même les massacres contre la population paysanne.

Le racisme congénital du nouvel Etat va engendrer des concepts et des lois monstrueux : la population palestinienne ne sera pas seulement expulsée dans sa grande majorité ; ses droits les plus naturels et les plus élémentaires vont être supprimés par la « loi du retour » et la « loi sur la nationalité ». Selon ces lois un Palestinien peut être « présent-absent » (sic), c’est-à-dire résider en Israël, avoir la citoyenneté israélienne, mais être privé de tous ses biens, expulsé de ses terres et de son village parce qu’il se trouvait ailleurs un certain jour de 1948. Toujours selon ces lois, un Arabe, pour qui la Palestine a toujours été sa patrie et celle de ses pères, ne peut espérer rentrer dans son pays que dans des situations exceptionnelles, alors que toute personne venant d’Amérique, d’Inde ou du Japon qui n’a jamais mis les pieds en Palestine - ni lui, ni ses ancêtres, - mais peut prouver que sa mère est juive, ou au moins l’a été, peut, s’il le veut, s’installer immédiatement en Israël et recevoir la nationalité israélienne. Avec de telles lois, l’ONU a eu pour une fois raison lorsqu’il a condamné l’Etat sioniste comme raciste.

Ben Gourion, fondateur de l’Etat juif et son premier chef de gouvernement a exprimé très clairement ce que les sionistes entendaient par Etat juif : « Israël n’est pas uniquement un état dont la majorité de la population est juive ; c’est l’état de tous les Juifs, où qu’ils se trouvent, qui ont le droit de s’y installer, du fait même d’être Juifs. Ce droit est enraciné dans l’histoire qui n’a jamais séparé le peuple de sa patrie ».

Une telle mystification de l’histoire est fréquente dans les mouvements réactionnaires. Toutes les formations sionistes, y compris celles de gauche, s’y réfèrent et s’en servent pour justifier les crimes d’hier et les conquêtes de demain.

Il est erroné de croire qu’avec l’acte de formation de l’Etat d’Israël, s’achève le rôle historique du sionisme. Les conditions ont bien évidemment changé, mais la nature de l’Etat juif, ses caractéristiques et ses objectifs restent fondamentalement les mêmes. Sa politique peut être plus modérée ou plus agressive - tout dépend de la situation objective, mais le monstre implanté par le sionisme dans l’Orient arabe ne peut pas changer de nature sous peine de disparaître. L’Etat d’Israël ne peut pas mettre fin à l’agression permanente contre le peuple palestinien, pas plus qu’il ne peut briser son alliance avec les régimes impérialistes et réactionnaires. Celles-ci sont l’essence même de l’Etat sioniste, sa condition d’existence. D’où l’état de guerre permanente qui oppose l’Etat juif au peuple palestinien d’une part et au monde arabe de l’autre.

Afin de mettre fin à cette situation conflictuelle, deux conditions doivent être remplies :

a) Israël doit cesser d’être dans l’Orient Arabe un corps étranger, qui reste lié aux « Juifs du monde » et refuse de s’intégrer à la région à laquelle il appartient, ce qui signifie aussi qu’il doit mettre fin à la dépendance politique, militaire et économique par rapport à l’impérialisme ;

b) il doit permettre aux Palestiniens de jouir de l’ensemble de leurs droits, et avant tout le droit de constituer dans leur patrie - avec les Juifs qui s’y trouvent - le système politique qu’ils choisiront. Ces deux conditions signifient la fin du sionisme et de l’Etat juif.

Extraits de « Origines et dynamique du sionisme », par Michel Warshawsky et Georges Taut, paru dans la revue « Quatrième Internationale » n°7 et 8, 1982.

Quand le déni israélien de l’existence des Palestiniens devient politique génocidaire

Ilan Pappé

Dans une interview fleuve donnée à la presse israélienne, à la veille du « Jour de l’Indépendance », Shimon Peres, l’actuel président israélien, a déclaré ce qui suit :

« Je me souviens comment tout a commencé. L’ensemble de l’État d’Israël est un millimètre de l’ensemble du Moyen-Orient. C’était une terre aride et décevante... Les marais dans le nord, le désert dans le sud, deux lacs dont un mort, et un fleuve proche de l’épuisement. Aucune ressource naturelle en dehors de la malaria. Il n’y avait rien ici. Et nous avons maintenant la meilleure agriculture dans le monde ? C’est un miracle : un pays construit par un peuple » (Maariv, le 14 avril 2013).

Ce récit fabriqué de toutes pièces, exprimé par le citoyen numéro un et porte-parole d’Israël, met en évidence combien le récit historique peut conditionner la réalité actuelle. Ce mensonge présidentiel éhonté résume la réalité, à la veille de la commémoration du 65e anniversaire de la Nakba, du nettoyage ethnique de la Palestine historique. Ce qui est troublant, après 65 ans, n’est pas le fait que la tête emblématique du soi-disant État juif - et de d’ailleurs presque tout le monde dans le gouvernement nouvellement élu et dans le parlement - s’accorde avec ce genre de vues. La réalité inquiétante et difficile à supporter est l’impunité générale dont bénéficient tous ces menteurs.

Le refus de l’existence des Palestiniens indigènes et son affirmation en 2013, dans la mythologie de Peres d’un peuple sans terre, expose la dissonance cognitive (*) dans lequel il vit : il nie l’existence d’environ douze millions de personnes vivant dans et à proximité du pays auquel ils appartiennent. L’histoire montre que les conséquences humaines sont terribles et catastrophiques quand des gens puissants, à la tête d’un État moderne, nient l’existence d’un peuple qui est pourtant tout à fait présent.

Ce refus était inscrit dès le début du sionisme et il a conduit à la purification ethnique en 1948. Et c’est ce qui aujourd’hui peut conduire à des catastrophes similaires dans l’avenir - sauf si ce n’est arrêté immédiatement.

La dissonance cognitive

Les auteurs du nettoyage ethnique en 1948 étaient les colons sionistes qui sont venus en Palestine, comme Shimon Peres d’origine polonaise, avant la Seconde Guerre mondiale. Ils ont nié l’existence des peuples autochtones qu’ils rencontraient, qui vivaient là depuis des centaines d’années, sinon plus. Les sionistes n’avaient alors pas les moyens de trouver une solution à la dissonance cognitive qu’ils vivaient : leur conviction que la terre était vide, malgré la présence de tant d’habitants autochtones sur place.

Ils ont presque résolu cette dissonance quand ils ont expulsé autant de Palestiniens que possible en 1948 - et n’ont été laissés qu’une petite minorité de Palestiniens à l’intérieur de l’État juif.

Mais la cupidité sioniste pour le territoire et la conviction idéologique qu’une beaucoup plus grande part de la Palestine était nécessaire pour disposer d’un État juif viable, ont conduit à constamment imaginer et mener des opérations pour agrandir l’État.

Avec la création du « Grand Israël » après la conquête de la Cisjordanie et de Gaza en 1967, la dissonance est revenue. Mais cette fois-ci, pas de solution facile en usant de nettoyage ethnique... Le nombre de Palestiniens était plus important. Ceux-ci avaient confiance en eux-mêmes et leur mouvement de libération était représenté avec force sur le terrain. Même les pro-israéliens les plus habituels et les plus cyniques sur la scène internationale, devaient reconnaître leur existence.

La dissonance a été résolue d’une manière différente. La terre sans peuple devenait n’importe quelle partie du grand Israël que l’État voulait à présent judaïser dans les frontières d’avant 1967 ou dans les territoires occupés en 1967. « La terre avec un peuple » était alors limitée à la bande de Gaza et à quelques enclaves en Cisjordanie ainsi qu’à l’intérieur d’Israël. Quant à « la terre sans peuple », elle est destinée à s’étendre progressivement dans l’avenir, provoquant le confinement d’un grand nombre d’habitants [autochtones] comme conséquence directe de cet empiètement.

Un nettoyage ethnique progressif

Il n’est cependant pas évident de s’apercevoir de ce nettoyage ethnique progressif sauf si on le place dans le contexte d’un processus historique. Aujourd’hui, même lorsque les individus et les groupes les plus conscients en Israël comme en Occident tentent de se pencher sur les politiques israéliennes, leur noble démarche est vouée à l’échec car placée dans un contexte contemporain, et non pas historique.

Comparer la Palestine à d’autres régions ou endroits a toujours posé problème. Mais avec l’actualité meurtrière que vivent la Syrie, l’Irak et bien d’autres contrées, la question devient un défi de taille. Le dernier blocus, la dernière arrestation politique, le dernier assaut, le dernier meurtre d’un jeune garçon représentent tous des crimes atroces mais qui sont bien pâles à côté des champs de la mort, qu’ils soient proches ou éloignés, et des zones où sont commises d’énormes atrocités.

Un récit criminel

Toutefois, la comparaison devient différente lorsqu’elle est mise dans le cadre historique, et c’est justement sous cet angle qu’il faut l’exposer et l’analyser afin de réaliser l’étendue criminelle du récit de Peres qui s’avère aussi abominable que l’occupation, ou peut-être pire. Ainsi, d’après le président d’Israël et lauréat du Prix Nobel de la Paix, il n’y a jamais eu de Palestiniens avant qu’il n’engage, en 1993, le processus d’Oslo. Après cette date, il n’y a eu que ceux qui vivaient dans une petite partie de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza.

Dans son discours, Peres a déjà éliminé la plupart des Palestiniens. En effet, si vous n’existiez pas avant son arrivée en Palestine, donc vous n’existez certainement pas en 2013, pendant qu’il est président. Et c’est en vérité cette élimination même qui donne au nettoyage ethnique son aspect génocidaire. Lorsque vous êtes carrément effacés des livres d’histoire et du discours des principales personnalités politiques, sachez alors que le prochain danger qui vous guette serait votre élimination physique.

Ce ne sont pas de simples mots, c’est la réalité qui a déjà eu lieu. Les premiers sionistes, y compris l’actuel président, avaient parlé du transfert des Palestiniens longtemps avant 1948, date à laquelle ils avaient réellement été expulsés de leurs terres. Ces concepts d’une Palestine vide des Arabes nourrissent chaque agenda, chaque journal et chaque conversation intérieure sioniste depuis le début du 20ème siècle. En fait, si on désigne le néant dans un endroit bondé, la question peut paraître comme de l’ignorance délibérée. Mais si l’on parle du néant comme vision ou bien comme une réalité indéniable, là ça devient une question de pouvoir et d’opportunité avant que la vision ne devienne réalité.

Le déni se poursuit

L’interview de Peres à la veille de la commémoration du 65ème anniversaire de la Nakba (catastrophe) donne froid dans le dos, non pas à cause de son contenu qui trouve des excuses aux actes de violence commis contre les Palestiniens, mais plutôt à cause de l’absence totale des Palestiniens de son autosatisfaction et l’admiration des réalisations sionistes en Palestine. Il est, de ce fait, ahurissant et déroutant d’apprendre que les premiers sionistes qui arrivèrent en Palestine en 1882, avaient à l’époque nié l’existence des Palestiniens ; et il est d’autant plus choquant de constater qu’ils continuent, même en 2013, de nier leur existence, à part les communautés isolées dans des ghettos sporadiques.

Dans le passé, il y avait d’abord le déni qui conduisait au crime ; un crime qui n’était pas totalement réussi mais dont les auteurs et les responsables n’ont jamais été introduits devant la justice. Et c’est probablement pour cette raison que le déni et la négation continuent à ce jour. Mais cette fois-ci, ce n’est plus l’existence de centaines de milliers de Palestiniens qui est en jeu, mais celle d’environ six millions qui vivent à l’intérieur de la Palestine historique, et cinq autres millions et demi vivant en dehors de la Palestine.

On serait porté à croire que seul un aliéné peut ignorer des millions et des millions de personnes, dont une majorité vit sous son régime militaire ou d’apartheid, pendant qu’il interdit activement et impitoyablement aux autres de retourner dans leur patrie. Ainsi, lorsque cet aliéné reçoit les meilleures armes de la part des Etats-Unis, les Prix Nobel de la Paix de la part d’Oslo et un traitement préférentiel de la part le l’Union Européenne, l’on se demande s’il est bien sage de prendre pour argent comptant les adjectifs « fous » et « lunatiques » que les Occidentaux emploient pour qualifier les leaders Iranien et Nord-Coréen !

De nos jours, la folie est semble-t-il associée à la possession des armes nucléaires par ceux qui n’appartiennent pas à la sphère des Occidentaux. D’accord. Et même à ce sujet, l’aliéné local au Moyen-Orient réussira le test. Qui sait, peut-être qu’en 2014, on pourrait résoudre non pas la dissonance cognitive israélienne mais plutôt Occidentale : comment concilier une position universelle des droits de l’homme et droits civils avec la position du favori que l’Occident réserve à Israël en général, et à Shimon Peres en particulier ?

Note :
* Dissonance cognitive : forme de maladie mentale conduisant le sujet atteint à l’auto-suggestion, à des comportements pathologiques pour tenter de nier une réalité trop dérangeante.

Source : http://www.info-palestine.eu/spip.php?article13471
Traduction : CZ et Niha