Santiago Alba RicoSantiago Alba Rico

  • Falstaff et Robin Hood

    Santiago Alba Rico 3 mars 2014

    J’ai souvent écrit que le capitalisme a réalisé toutes les utopies de la gauche mais en les transformant en cauchemars : la domination de la nature en changement climatique ; la pluralité des talents en flexibilité du travail et mobilité forcée ; le droit à la paresse en chômage ; le volontariat guévariste en esclavage complaisant.
    Le chômage et la crise, dans le contexte d’une économie de consommateurs-otages, ont en effet généré une armée de volontaires au service des entreprises : des milliers et des millions de jeunes prêts à travailler gratuitement pour la plus grande gloire du capitalisme. L’esprit de sacrifice, de don de soi et l’abnégation n’ont pas cessé d’exister ; ils se sont déplacés au (...)

  • Démocratie et géopolitique

    Santiago Alba Rico 15 décembre 2013

    La géopolitique existe, sans aucun doute, comme existent les pièges à oiseaux et les barrières électrifiées, et nous sommes obligés de circonscrire notre analyse et nos décisions dans le cadre de ses sévères lois. On appelle cela le réalisme, et une certaine dose de réalisme est toujours nécessaire à condition qu’on se souvienne toujours que la réalité est ici un résultat historique – un piège à oiseaux et non une donnée météorologique – et que ses sévères lois ont à voir avec la conservation et la souveraineté des Etats et non avec la libération et la souveraineté des peuples.
    Je veux dire par là qu’il ne peut pas y avoir de politique étrangère de gauche dans un monde dans lequel la souveraineté nationale, (...)

  • Tunisie : djihadisme, putschisme et dialogue national

    Santiago Alba Rico 6 novembre 2013

    Le « Printemps arabe » a mis en lumière une découverte et une espérance : la découverte que l’islamisme djihadiste était à peine populaire dans le monde arabe et l’espérance qu’il allait être définitivement vaincu en même temps que les dictatures contestées par les révoltes. Pendant quelques mois, les clichés islamophobes des médias européens ont cédé la place à des clichés inverses : un bouillonnement jusqu’ici occulte de jeunes bloggeurs et de volonté démocratique. Mais ce nouveau cliché avait également une assise dans la réalité.
    En avril 2011, le progressiste Khaled Saghiya, alors rédacteur en chef du journal libanais « Al-Akhbar », certifiait le décès de Al-Qaeda dans un texte brillant et merveilleux intitulé (...)

  • Qui veut une intervention en Syrie ?

    Santiago Alba Rico 3 octobre 2013

    Il y a quelque chose d’un peu trompeur, ou si on veut d’un peu mensonger, dans la condamnation de la dite position « ni-ni » (contre l’intervention et contre la dictature, NdT) faite par exemple par des gens comme Jean Bricmont et sur base de tant d’arguments qui semblent si robustes. Elle est un peu trompeuse ou un peu mensongère parce qu’elle oblige à accepter une division binaire du monde et une logique schématiquement négative.
    Elle est en outre simplificatrice et élitiste : toutes les multiples forces qui opèrent sur le terrain, avec leurs petites marges d’autonomie, sont ainsi réduites à l’un de ces deux camps : ou bien un impérialisme qui aurait orchestré un fabuleux montage et à l’ordre duquel (...)

  • Moyen-Orient : Un impérialisme en perte de vitesse ?

    Santiago Alba Rico 11 septembre 2013

    Comme le rappelait la journaliste Olga Rodríguez dans un article récent, la politique des Etats-Unis au Moyen-Orient repose depuis quarante ans sur trois piliers : l’Arabie Saoudite, Israël et l’armée égyptienne.
    A partir des accords du Quincey en 1945 (*), la théocratie saoudienne est devenue une clé de voûte de la domination énergétiques étasunienne et un mur de contention contre les forces de gauche et les nationalismes panarabistes. Après la guerre de 1967, pour des raisons à la fois de politique interne et de géostratégie, Israël a occupé de manière obsessionnelle, et parfois de manière incongrue, toutes les préoccupations de Washington dans la région. Avec Sadat et les accords de Camp David en 1978, (...)

  • Syrie : L’intervention rêvée

    Santiago Alba Rico 1er septembre 2013

    Par rapport à la plus que probable « intervention » militaire du gouvernement des Etats-Unis en Syrie, deux positions sont tout aussi absurdes :
    Celle de ceux qui prétendent que Bashar Al-Assad n’a pas utilisé d’armes chimiques. Un assassin qui bombarde et lance des missiles contre sa propre population, qui torture systématiquement son peuple et égorge des femmes et des enfants est sans aucun doute capable de lancer du gaz sarin ou toute autre substance létale sur ses citoyens.
    Celle de ceux qui prétendent que les Etats-Unis ne mentent pas sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie. Une puissance capable d’envahir l’Irak après avoir inventé des preuves et falsifié des documents, qui maintient (...)

  • Egypte : la gauche doit reconsidérer son analyse du coup d’État militaire

    John Riddell, Santiago Alba Rico 21 août 2013

    Les massacres perpétrés par l’armée en Egypte font « partie d’un plan visant à liquider la révolution égyptienne et restaurer l’Etat militaro-policier du régime de Moubarak », disent les Révolutionnaires Socialistes (RS) d’Egypte dans leur déclaration du 15 août (1). Leur analyse actuelle contraste fortement avec leur précédente évaluation positive du coup d’Etat militaire du 3 juillet qui a renversé le gouvernement égyptien élu.
    Les Révolutionnaires Socialistes, qui jouissent d’une grande réputation en tant que courant révolutionnaire inséré dans la lutte en Egypte, sont en train de reconsidérer la signification de cet événement. Et la gauche, à l’étranger, devrait tout autant le faire. (…)
    Les massacres de (...)

  • Débat : L’Egypte, l’islamisme et la gauche : Coup d’Etat ou Révolution permanente ?

    Brais Romanino, David Karvala, Santiago Alba Rico 8 août 2013

    Avec la montée d’un nouveau mouvement de masse, le coup d’Etat de l’armée contre le gouvernement des Frères Musulmans et la nouvelle situation ouverte depuis lors, les événements en Égypte sont d’une grande complexité, ce qui suscite, à gauche, confusions et débats sur la nature et la caractérisation de la phase actuelle du processus. S’agit-il d’une « seconde révolution », ou au contraire d’une « victoire de la contre-révolution » ? Ou bien d’un ensemble contradictoire où révolution et contre-révolution se chevauchent sans que l’une puisse encore prendre le dessus sur l’autre ? C’est ce qu’aborde le débat que nous reproduisons ci-dessous. Santiago Alba Rico, philosophe et écrivain marxiste vivant en Tunisie, met (...)

  • Débat : sur les responsabilités politiques de l’assassinat de Mohammed Brahmi

    LGO, Santiago Alba Rico 2 août 2013

    L’assassinat d’un autre dirigeant du Front Populaire en Tunisie a déclenché une nouvelle vague de mobilisations populaires contre le gouvernement de coalition dirigé par Ennahdha. Fin connaisseur de la réalité sociale et politique nord-africaine et du monde arabe en général, Santiago Alba Rico (auteur, entre autres, des « chroniques de la révolution tunisienne ») s’est pourtant démarqué de l’unanimité de la gauche tunisienne à dénoncer Ennahdha comme le principal coupable et responsable de cet assassinat en soulignant les dangers d’alliances contre nature avec la droite laïque et d’un scénario « à l’égyptienne » pour la Tunisie. Nous publions ci-dessous son point de vue ainsi qu’une déclaration de (...)

  • Ce n’était qu’un début... Egypte, Révolution acte II : un espoir pour les peuples

    Jacques Chastaing, Olga Rodríguez, Santiago Alba Rico 3 juillet 2013

    Ce dimanche 30 juin, il y aurait eu entre 14 et 33 millions de manifestants pour exiger la chute de Morsi. Bien plus que lors des 18 jours cumulés de la révolution de janvier 2011. Probablement la plus grande manifestation de l’histoire de l’humanité ! Ses principaux organisateurs ont donné un ultimatum à Morsi le mardi 2 juillet à 17h pour « dégager », faute de quoi ils appelleraient à une grève générale illimitée et un mouvement de désobéissance civile jusqu’à ce qu’il tombe. La veille, l’armée lançait à son tour un ultimatum de 48h à Morsi pour satisfaire les demandes du peuple, sinon elle prendrait le pouvoir. Aussi nombreux que la veille, le peuple a à nouveau envahi les rues pour dire sa joie et fêter « (...)