Vlaams Belang et N-VA veulent briser le cordon sanitaire à Denderleeuw

Filip De Bodt 6 janvier 2013

La région de la Dendre s’est réveillée en état de choc après les élections. Alost est maintenant dirigée par une coalition à laquelle participe Van Overmeire, un ancien membre du Vlaams Belang passé à la N-VA. A Ninove, la formation Forza Ninove du membre du Vlaams Belang D’Haeseleer a obtenu 26,5% des voix, le score le plus élevé pour ce parti en Flandre. Et à Denderleeuw, deux blocs se trouvent face à face pour former une majorité, ce qui donne à Kristof Slagmulder, membre du Vlaams Belang, la possibilité de pouvoir décider en janvier qui sera le nouveau bourgmestre.

A Denderleeuw, en se positionnant comme deux blocs face à face, les partis traditionnels laissent la décision à un membre du Vlaams Belang de l’aile extrêmement radical de Voorpost. Pour la première fois en Flandre depuis 20 ans, le cordon sanitaire serait ainsi brisé.

Impasse à Denderleeuw

Le SP.a et l’Open-VLD ont réuni à Denderleeuw 11 sièges pour une possible majorité. Le CD&V et la N-VA en ont obtenu autant. Les deux blocs se détestent mutuellement. Le Vlaams Belang a vu son score diminuer de 17% à 12% et obtient 3 élus (-1) : Kristof Slagmulder, Danny Bourgeois et Christel Debruecker.

Si le 2 janvier, un accord pour une majorité n’est pas conclu, ce sont ces trois élus du Vlaams Belang qui auront le dernier mot à dire dans le conseil communal sur qui seront le bourgmestre et les échevins. Ils ont déjà communiqué au gouverneur que le Vlaams Belang apporterait un soutien critique à la coalition CD&V- NVA.

Le bourgmestre sortant Jo Fonck (SP.a) a invité l’autre bloc pour une concertation. Quand les élus du Vlaams Belang se sont également introduits dans la réunion, la concertation était mort-née.

Jan De Nul, tête de liste du CD&V, vient du syndicat chrétien mais il est assez frustré par rapport à la période précédente gérée par le SP.a.

Un sacré pédigrée

L’homme fort au Vlaams Belang est Kristof Slagmulder, un adepte de la ligne dure. Slagmulder est collaborateur parlementaire du Vlaams Belang, membre de Pro Flandria et de Voorpost et promoteur actif de la revue Rechtsactueel.

Sa page facebook commence avec une citation de Wies Moens : "Mieux vaux être un loup dans la forêt qu’un chien engraissé avec une chaîne autour du coup." Ce Wies Moens n’est pas n’importe qui : au début du siècle précédent, il a été le fondateur de Verdinaso, une organisation fasciste, et le directeur de la radio nazi "Zender Brussel". Après la guerre, il a été condamné à mort pour collaboration. Pro Flandria est un club obscur d’entrepreneurs nationalistes flamands et de chercheurs universitaires. Ils organisent régulièrement des conférences.

Slagmulder ne cache pas qu’il est membre de Voorpost. Voorpost est un club dur de l’extrême-droite qui prône la réunification de la Flandre et les Pays Bas. Voorpost se trouve souvent en première ligne lors de confrontations violentes et a récupéré beaucoup de membres du VMO (Vlaamse Militanten Orde, qui fut condamné comme milice privée).

Sur le site web de Voorpost, du matériel du VMO est mis en vente et la revue décrit amplement des anciens ou nouveaux penseurs d’extrême-droite. Voorpost mène des campagnes actives de solidarité avec les restants du régime d’apartheid en Afrique du Sud. Un détail piquant : en 2011, Voorpost a inclus dans ses statuts comme un de ses objectifs "la lutte contre le racisme". C’est certainement pour se défendre juridiquement contre des plaintes. Rechtsactueel est une petite sœur de Voorpost et sur ce site web des membres ou ex-membres du Vlaams Belang écrivent des contributions sur l’actualité.

Voorpost et Rechtsactueel sont des endroits préférés où les membres ou ex-membres du Vlaams Belang gardent le contact avec ceux qui sont devenu persona non grata, comme Rob Verreycken (condamnation après plusieurs incidents violents) ou Francis Van Den Eynde (négation de l’Holocauste). Evidemment, l’aile d’extrême-droite du Vlaams Belang y est bien présente : Filip Claeys, Björn Roose, Kristof Slagmulder et d’autres.

Ces groupes organisent des commémorations d’anciens collaborateurs comme Staf De Clercq, Wies Moens et cette année aussi Cyriel Verschaeve. Verschaeve était un prêtre flamand totalement inséré dans la collaboration : il était président du Conseil culturel sous l’occupation nazie, membre de l’organisation nazi De Vlag etc. A la fin de la guerre, une brigade SS l’a protégé et emmené en Allemagne. Il est parti pour l’Autriche où il est mort en 1949. En 1973, le VMO (Vlaamse Militanten Orde) l’a exhumé et ramené en Belgique. Cette même année, Voorpost a organisé une commémoration autour de cet événement : la figure de Verschaeve y était idéalisée, ainsi que les membres du commando qui avaient exhumé les restes du prêtre : les membres du VMO Roger Spinnewyn et Xavier Buisseret (qui a été exclu par la suite du Vlaams Belang en tant que parlementaire après une condamnation pour pédophilie et harcèlement sexuel).

Décision le 9 janvier ?

La résistance ne s’est pas fait pas attendre. Des gens de Noig-VA (des citoyens d’Alost inquiets) ont créé la page Facebook "Denderleeuw démocratique" et demandent aux partis politiques de Denderleeuw de bien réfléchir et de trouver une solution avant le 16 janvier (le jour final du choix). Parmi les signataires de cet appel : Caroline Copers et d’autres syndicalistes de la FGTB, des artistes comme Didi De Paris, Freek Neyrinck, Peter Holvoet-Hansen, le député européen de Groen Bart Staes et même des nationalistes flamands comme Jef Turf.

Tout de suite, des gens de la N-VA ont aussi créé une page Facebook pour briser le cordon sanitaire. Toute l’extrême-droite flamande radicale les soutient (le bar de Leeuw van Vlaanderen, le VNJ, la NSV, ...)

Le 2 janvier 2013, le conseil communal de Denderleeuw s’est réuni. Le Vlaams Belang a proposé d’élire les échevins le 9 janvier, donc une semaine avant la date limite. Le Vlaams Belang a été soutenu dans sa démarche par le CD&V et la NV-A. A la dernière minute, les 4 partis CD&V, NVA, Open-VLD et SP.a ont commencé des négociations pour essayer d’empêcher que le Vlaams Belang puisse décider qui seront les échevins. Dans toute cette discussion, le fait de briser le cordon sanitaire n’est plus un tabou. Ceux qui feront élire les échevins avec le soutien du Vlaams Belang devront savoir que pendant six années le Vlaams Belang aura son mot à dire sur la politique dans la commune. Reste à voir si les citoyen(ne)s de Denderleeuw vont accepter ça.

Il est temps donc pour la gauche, comme pour la droite, de se rendre compte que la situation locale est d’une importance nationale.

https://www.facebook.com/DenderleeuwDemocratisch
https://www.facebook.com/DenderleeuwMagCordonDoorbreken

Filip De Bodt est conseiller municipal pour le parti LEEF à Herzele, actif dans l’ASBL ’t Uilekot, Climaxi et Noig-VA.

Source :
http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2012/12/31/vb-en-n-va-willen-cordon-sanitaire-breken-in-denderleeuw
Traduction française pour Avanti4.be : Chris Den Hond