Une élue de gauche radicale à Seattle

Barry Sheppard 1er décembre 2013

La militante révolutionnaire Kshama Sawant a été élue aux élections municipales de novembre dernier à Seattle. Il faut remonter à la première moitié du XXe siècle pour retrouver un tel événement aux États-Unis.

Sawant est née en Inde et a immigré aux États-Unis où elle a acquis la nationalité étatsunienne. Elle s’est faite remarquer pour la première fois lors des manifestations Occupy de 2011. Bien que le mouvement Occupy se soit aujourd’hui essoufflé, beaucoup de ceux qui s’en sont inspiré sont maintenant organisés sur d’autres fronts. Cela inclut l’opposition aux saisies immobilières, le soutien des grèves et manifestations des travailleurs des fast-food et l’opposition aux trains transportant du charbon en passant dans la région de Seattle.

Sawant a été au premier plan de ces initiatives et ce sont ces activistes qui ont formé la colonne vertébrale de sa campagne.

Quelques jours après la confirmation de sa victoire, la nouvelle conseillère municipale se retrouvait avec les travailleurs de Boeing en lutte contre cette compagnie. Les employés, organisés dans l’Association internationale des machinistes et des travailleurs et des travailleuses de l’aérospatiale, avaient voté à une large majorité contre un contrat de concession.

Le Los Angeles Times a écrit « La pluie était froide, trempant son poncho bleu, mais les paroles de la nouvelle conseillère communale ont réchauffé. Entourée de travailleurs syndicaux réunis pour soutenir les machinistes de Boeings, Kshama Sawant a dénoncé le système bi-partite, la rapacité de l’entreprise, les contrats militaires et les dirigeants du géant de l’aérospatiale… “Nous n’avons pas besoin de cadres !” a crié la première élue de la gauche radicale de Seattle de mémoire d’homme alors que la foule l’acclamait. “Nous avons besoin que Boeing soit sous le contrôle public démocratique des travailleurs — par la communauté ! ” »

Proposition concrètes

La campagne de Sawant s’est centrée sur trois revendications : augmenter le salaire minimum à 15$ de l’heure, instituer un contrôle des loyers qui montent en flèche et taxer les millionnaires pour financer un système de transport public urbain et d’autres projets pour la ville.

Ces revendications vont dans la direction opposée à l’austérité que dessinent les Démocrates et les Républicains. Elles ont trouvé un écho dans la population, de même que la dénonciations des deux principaux partis. Tous le pays a pu constater qu’ils se refusent à rencontrer les besoins des « 99 % » alors que les « 1% » ont été cajolés durant la "Grande récession" et ses suites.

Sawant n’a pas caché ni diminué ses positions de gauche radicale. Le fait qu’elle ait été élue sur cette base dans une élection dans une grande ville est important. Cela montre qu’il y a une nouvelle ouverture à la gauche radicale, en particulier chez les jeunes. Un article du New York Times cite Sawant : « Je pense que nous avons montré que l’étiquette socialiste n’est pas mauvaise pour une campagne populaire. »

Même l’homme qu’elle a battu, le Démocrate Richard Conlin qui était élu depuis 16 ans, a dit après l’élection : « Je ne pense pas que le socialisme effraye la plupart des gens à Seattle. »

Des sondages récents indiquent que 60% des 18 à 29 ans préfèrent le socialisme au capitalisme. Mais cela ne doit pas être exagéré : ni la victoire de Sawant ni ces sondages n’indiquent que le socialisme est bien compris où que beaucoup se considèrent maintenant socialistes. Les organisations socialistes ont perdu des membres et l’étiquette est un anathème pour beaucoup, en particulier dans des régions moins progressistes du pays.

Mais cela montre que les socialistes peuvent faire des percées lorsqu’ils ont des propositions concrètes et quand il y a une audience pour les idées de gauche.

En finir avec la mainmise des Démocrates

Seattle est une ville où la présence des Démocrates est forte. Cela veut dire que Sawant n’a pas eu à faire face à la théorie du « moindre mal » avec des gens qui se sentent obligé de voter démocrate pour empêcher la victoire des Républicains. La course se jouait ici entre un Démocrate et une socialiste.

La campagne de Sawant a commencé modestement. Elle a pu utiliser le fait que Seattle est une ville avec un seul parti fort pour démontrer que les Démocrates servent les intérêts des capitalistes. « La machine du Parti démocrate (…) gère ces villes dans l’intérêt des riches et des puissants » a-t-elle dit en ajoutant que Conlin est un « politicien se soumettant aux intérêts des entreprises ». Cela est devenu de plus en plus évident au fur et à mesure de la campagne. Un éditorialiste a écrit : « Conlin a reçu des dons de toutes les entreprises immobilières, des bureaux d’avocats, des magnats de la construction, des patrons des chemins de fer, etc. ».

Sawant a, elle, refusé les dons des entreprises. Mais quand la campagne a gagné de l’ampleur, sa base d’activistes a récolté la somme considérable de 125 000$ (ce qui reste moins que Conlin). Conlin avait aussi le soutien du Seattle Times (le quotidien principal à Seattle), des comités de district du Parti démocrate, de plusieurs syndicats, des organisations environnementales dominantes et des autres élus.

Sawant est professeure d’économie au Seattle Community College. La Fédération américaine des professeurs (American Federation of Teachers) locale l’a soutenue, tout comme une section locale du Syndicat international des employés de services (Service Employees International Union – SEIU). Elle a aussi été soutenue par Stranger, un journal communautaire qui s’adresse au public jeune, LGBTI et aux radicaux.

Quand la campagne a commencé à avoir du succès, il y a eu des désistements intéressants. Certains représentants démocrates sont sorti du rang pour soutenir Sawant. Puis le Conseil du travail du comté a voté à 28 contre 21 le soutien à la socialiste. Ce n’était pas suffisant pour un soutien formel mais suffisant pour faire les grands titres des journaux. Ensuite, Conlin et deux autres Démocrates rivalisant pour la Mairie l’ont suivie en soutenant la revendication d’un salaire minimum de 15$.

Un autre facteur en faveur de Sawant est que Conlin était à la tête du Comité d’aménagement du territoire du Conseil communal et avait un passif pro-promoteurs. Un activiste a écrit une lettre disant : « Quand des citoyens ordinaires sont venus assister en grand nombre aux réunions du Comité, Conlin a ignoré nos demandes » (pour empêcher les promoteurs de faire peu de cas des problèmes locaux des gens).

« Les membres du conseil nous ont dit que nos opinions étaient sans objet et nous nous sommes donc tourné vers Sawant et avons découvert qu’elle comprenait nos problèmes. Elle la passion de donner le pouvoir aux gens et pas aux entreprises. »

Sawant s’est présentée à l’élection comme candidate de Socialist Alternative, organisation affiliée au Comité pour une internationale ouvrière basé en Grande-Bretagne (NDT : le PSL-LSP en Belgique). Le CIO se considère comme trotskiste.

Sa campagne a été soutenue par Solidarity et l’International Socialist Organization (deux autres organisations de tradition trotskyste). On peut espérer que des efforts similaires pourront amener des socialistes révolutionnaires de différentes traditions aux États-Unis à discuter et à travailler ensemble.

Source : redflag.org.au. Traduction française pour avanti4.be par Martin Laurent.