Turquie : C’est une révolte, pas (encore) une révolution ! [1]

Richard Seymour, Sungur Savran 5 juin 2013

Le 1er Mai 2013, la police a fait pleuvoir des tonnes de gaz lacrymogène sur des dizaines de milliers de travailleurs et de jeunes dans les différents quartiers d’Istanbul, afin de les empêcher de s’approcher de la place Taksim. Le gouvernement avait décidé que cette place, lieu traditionnel des célébrations du 1er Mai mais aussi de quantité d’actions politiques quotidienne, petites et grandes, devait être fermée aux manifestations pendant toute cette année, et cela parce que des travaux d’aménagement devaient être réalisés sur une grande échelle, impliquant le creusement d’énormes puits dangereux pour les foules de promeneurs. Au cours d’une prestation particulièrement ridicule, le gouverneur d’Istanbul a tenu une conférence de presse, juché au sommet d’un monticule au bord d’une de ces fosses, dans une tentative désespérée de faire comprendre à tout le pays la menace que représentaient ces fosses pour les passants.

Exactement un mois plus tard, le samedi 1er juin, les masses protestant contre les plans d’urbanisme justifiant ces travaux d’aménagement et contre le gouvernement lui-même ont pris possession de la place et en ont fait la zone la plus libre d’Istanbul, ou plutôt de la Turquie toute entière ! Les policiers se sont retirés après-midi de la place Taksim, abandonnant celle-ci à une foule compacte de manifestants qui se comptait en centaines de milliers de personnes ! Cela fait maintenant trois jours que cela dure et pas une seule âme n’est tombée dans une de ces fosses maléfiques ! Le symbolisme est frappant : c’est la plus grande défaite pour le gouvernement de l’AKP et du Premier ministre Tayyip Erdogan depuis que le parti est arrivé au pouvoir il y a une décennie.

C’est un fait d’une importance capitale. Malgré les contradictions profondes au sein de la bourgeoisie turque au cours de la dernière décennie - qui opposent l’aile dominante laïque et occidentaliste à une aile islamiste dont l’ascension est récente et qui ont impliqué des tentatives de coup d’Etat et l’emprisonnement de hauts gradés - ce n’est pas une force au sein de la classe dirigeante, mais les masses populaires qui ont donné à Erdogan sa première leçon sérieuse !

Pour les centaines de milliers de personnes qui sont descendues dans les rues et sur les places d’au moins 48 des 91 villes chef-lieux de province du pays et pour les millions d’autres qui se tiennent derrière elles en soutenant moralement la lutte de chez eux, rien n’est désormais plus considéré comme acquis. Cette masse de gens resplendit de confiance en soi et du sentiment que ce sont eux qui représentent ce qui est juste et droit. Ils défient toutes les conventions et les limites du système juridique actuel régissant les activités politiques.

Spontanéité...

Oui, c’est une rébellion, la révolte de tout un peuple contre un gouvernement oppressif qui a supervisé tout les processus d’une exploitation capitaliste brutale sur une décennie entière. Mais ce n’est pas encore une révolution. Car si les gens veulent renverser le gouvernement (le principal slogan fédérateur est "Erdogan démission !" Ou "Gouvernement démission !"), ils ne sont pas organisés, et ils ne peuvent pas encore le faire d’une manière qui permette de mettre en place un gouvernement alternatif représentant leurs aspirations et leurs intérêts. Ce n’est pas une lutte pour le pouvoir, mais un mouvement gigantesque qui a gagné tout le pays (ou presque tout, voir ci-dessous), qui crie ses griefs et qui veut expulser de la scène ce qu’il considère comme la cause de tous ses maux, à savoir le gouvernement Erdogan.

Comme dans presque tous les cas d’explosion révolutionnaire ou pré-révolutionnaire autour du bassin méditerranéen au cours des cinq dernières années (en Grèce en décembre 2008, en Tunisie et en Egypte en 2010-11, en Espagne en 2011), la révolte en Turquie est aussi totalement spontanée et non contrôlée par quelqu’organisation politique ou sociale que ce soit. C’est à la fois une force et une faiblesse. C’est une force dans les premiers moments, car cela entraîne les secteurs et les couches les plus incroyables de la société sans crainte de manipulation par une organisation politique qui ne soient pas à leur goût. C’est certainement une faiblesse dans le long terme, car si la révolte devait se transformer en une révolution, celle-ci ne pouvait triompher que sous la direction d’un ou plusieurs partis politiques ayant une forte popularité dans le mouvement de masse.

Mais, même à moyen terme (et, dans ce genre de situation concrète, lorsque nous parlons du moyen terme, nous parlons de semaines, voire de jours), c’est aussi une faiblesse car cela rend paradoxalement le mouvement vulnérable aux machinations des différentes ailes de l’establishment politique bourgeois qui souhaitent le récupérer par des méthodes plus subtiles (qu’Erdogan refuse, persistant et signant pour la répression) et, de cette façon, mettre un terme précoce à la rébellion avant qu’elle commence à échapper à tout contrôle et à menacer les bases de la domination capitaliste dans le pays.

Ce type de solution a déjà commencé à prendre forme sous la forme d’une alliance entre Abdullah Gül, le président de la République (issu lui aussi de l’AKP), une personnalité politique qui est en rivalité avec Erdogan pour les prochaines élections présidentielles, et Kemal Kilicdaroglu, le leader du CHP, le parti turc membre de la si mal nommée Internationale Socialiste. Depuis qu’Erdogan a quitté le pays pour effectuer une tournée des pays d’Afrique du Nord, Bulent Arinc, vice-Premier ministre et temporairement Premier Ministre par intérim, a lui aussi adopté une ligne critique de la position d’Erdogan. Ces divers dirigeants vont probablement essayer d’amadouer le mouvement de masse en lui faisant quelques concessions mineures au cours des prochains jours, profitant ainsi de l’absence bien commode d’Erdogan pour utiliser des méthodes douces qui lui sont étrangères.

Ce genre de solution aurait très certainement le soutien du TUSIAD, l’organisation de l’aile pro-occidentale du capital financier, voire d’autres organisations des classes dirigeantes turques. Ce mode de résolution du problème permettant de sauver la face est d’autant plus urgente que, même à ce stade, l’économie capitaliste est menacée par la situation dans laquelle se trouve la Turquie. Lundi, cinquième jour de la révolte mais premier jour où la Bourse d’Istanbul était ouverte, les marchés ont piqué du nez, clôturant sur une perte de plus de 10% une journée catastrophique.

...et hétérogénéité

D’autre part, le mouvement lui-même est extrêmement hétérogène tant en termes de composition de classe que d’orientation politique et idéologique. Dans sa composition de classe, on peut facilement affirmer qu’il s’agit d’un mouvement multiclassiste, dans lequel les sections modernes de la petite-bourgeoisie totalement immergées dans un style de vie occidental, l’intelligentsia, les couches supérieures du prolétariat et la jeunesse se trouvent au premier plan. La classe travailleuse proprement dite n’est pas insensible au mouvement, mais elle n’a encore ni jeté ses forces organisées derrière le mouvement ni mis en avant ses revendications spécifiques de classe.

Idéologiquement et politiquement parlant, trois grandes tendances peuvent être discernées, avec des variations infinies dans chaque catégorie. Il y a la sensibilité écologiste, malheureusement polluée par le libéralisme de gauche (au sens européen du terme « libéral ») de grandes parties de la gauche en Turquie, ce qui en fait des proies faciles pour les machinations de ce qu’ils considèrent comme l’aile « démocratique » et « civilisée »de la bourgeoisie. Il y a, d’autre part, une tendance nationaliste turque, qui est très forte, et on pourrait même dire dominante : celle-ci va du CHP (le parti nationaliste et laïc fondé par Mustapha Kemal Ataturk dans les années ’20 et qui a été la force politique dominante pendant le demi-siècle suivant - NdT) à une myriade d’associations kémalistes jusqu’au Parti du Travail, un parti ex-maoïste, kémaliste et quasi-fasciste. Et, bien sûr, il y a enfin la collection hétéroclite de forces socialistes et révolutionnaires turques, ayant une grande expérience et une grande qualification en combats de rue, mais qui manque de perspicacité politique ou d’horizon programmatique.

Les aspirations de ces trois tendances différent très fortement les unes des autres. Pour la tendance écologiste et libérale de gauche, le grand rêve est l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Donc, tout accord qui rendrait heureux le TUSIAD les satisferait peut-être tout autant. La tendance nationaliste est divisée entre, d’une part, une position atlantiste [pro-US et pro-OTAN] et pro-européenne et, d’autre part, une orientation eurasienne [tournée vers le Moyen-Orient et l’Asie]. Cependant, ces deux sous-courants sont unis contre l’islamisation rampante que l’AKP a menée avec succès plus d’une décennie. Ils sont tous deux « républicains », c’est à dire qu’ils défendent les principes de Kemal Ataturk et qu’ils recherchent les bonnes grâces de l’aile pro-occidentale de la bourgeoisie, c’est-à-dire, une fois de plus, l’aile représentée par le TUSIAD. (La contradiction que le lecteur peut détecter dans le fait que deux tendances très différentes, représentées par les libéraux de gauche et les nationalistes, se retrouvent dans un soutien commun au TUSIAD est une contradiction qui existe dans la vraie vie !)

La gauche socialiste et communiste se retrouve malheureusement, dans sa majorité, à la remorque de l’une ou l’autre des tendances ci-dessus. Il y a, bien sûr, une troisième tendance importante, celle qui soutient la cause kurde, dont je parlerai plus dans un instant. Ce n’est que si les principaux acteurs manquants pour le moment entrent dans la mêlée que la gauche pourra seulement commencer à proposer une solution alternative à la crise.

Les acteurs manquants

Le sort de la grande révolte populaire en Turquie sera décidée par les questions suivantes : le mouvement kurde rejoindra-t-il la rébellion ou se rangera-t-il implicitement du côté du gouvernement de l’AKP ? Et les bataillons centraux de la classe travailleuse s’affirmeront-ils avec leurs exigences et leurs formes de lutte sur une base de classe ?

Sur la première question, en dépit de notre soutien total aux droits du peuple kurde, y compris celui à l’auto-détermination, nous nous sentons le devoir de souligner, sans malheureusement pouvoir entrer dans les détails, que le mouvement kurde a pris le mauvais chemin en acceptant les conditions d’Erdogan pour le soi-disant processus de « paix ». Cela l’obligera à soutenir l’expansion et le rôle hégémonique aventuriste que le gouvernement AKP cherche à assurer pour la Turquie dans toute la région du Moyen-Orient, en Afrique du Nord et au-delà. Même à ce stade précoce, où le processus de « paix » a à peine fait ses premiers pas, cette orientation a également jusqu’ici empêché le mouvement kurde de soutenir la rébellion populaire parce que celui-ci craint que cela jette de l’eau froide sur ses relations avec le gouvernement de l’AKP et gâche l’ensemble du processus de « paix ». Tout ceci, nous sommes obligés de souligner, est une position en net recul pour ce qui était autrefois un mouvement national révolutionnaire avec des penchants marxistes. Pour leur défense, il faut néanmoins se rappeler que, depuis trois décennies, tandis que les masses kurdes étaient persécutées et assassinées, la plupart des gens qui sont aujourd’hui dans les rues regardaient ailleurs, voire apportaient un soutien direct aux actions criminelles de l’Etat turc .

En ce qui concerne la classe travailleuse, il faut affronter carrément la vérité et admettre que, dans l’isoloir, le noyau de la celle-ci a voté pour Erdogan et que les principaux bataillons de la classe (des métallurgistes aux travailleurs du transport) sont embrigadés par des syndicats extrêmement bureaucratiques qui s’inclinent devant les assauts de la classe capitaliste et qui ont récemment cherché à assurer les conditions de leur propre existence par la servitude à Erdogan. Un des exemples les plus récents de cette capitulation éhontée vient d’être donné dans le feu de la rébellion populaire elle-même. La direction droitière du plus grand syndicat des travailleurs du métal avait refusé les modalités fixées par l’organisation patronale et avait annoncé une grève qui devait commencer dans le courant du mois de juin. Elle a ensuite signé cette même convention collective, la nuit même où la colère populaire s’emparait des rues d’Istanbul. Une coïncidence ? Pas du tout. Le dirigeant de ce syndicat a posé sa candidature pour le poste de chef de la plus grande confédération syndicale et a déclaré sa loyauté envers Erdogan afin de pouvoir obtenir le job !

Cependant, la classe travailleuse montre des tendances à rejoindre le grand mouvement de révolte. Il y a eu des marches répétées, nuit après nuit, dans différents quartiers ouvriers de la périphérie de villes comme Istanbul, Ankara et Antalya. Si seulement ce potentiel pourrait être rassemblé pour former un mouvement organisé, c’est la situation toute entière qui pourrait changer et passer du stade d’une rébellion aux horizons incertains à une révolution avec des objectifs clairs.

Telles sont les ressources cachées de la rébellion en Turquie. Si la classe travailleuse entrait en lutte avec ses exigences et ses formes de lutte spécifiques, tout l’équilibre des forces changerait. La fédération syndicale combative qui représente les employés des services publics (KESK) a déjà appelé à une grève sectorielle pour le 5 Juin. Si cet appel était repris par le reste du mouvement syndical et transformé en une grève générale, la rébellion en Turquie ferait un pas de géant.

L’autre force en réserve est, bien sûr, le mouvement national kurde. Les villes du Kurdistan turc sont encore calmes. Si elles décidaient de se joindre à leurs frères et sœurs du reste de la Turquie, une explosion aux proportions inimaginables ébranlerait la Turquie, le Moyen-Orient et bien au-delà.

Sungur Savran réside à Istanbul et est l’un des rédacteurs du journal Gercek (Vérité) et de la revue théorique Devrimci Marksizm (Marxisme révolutionnaire), tous deux publiés en turc. Cet article a été écrit le 4 Juin 2013.

Note :
(1) " C’est une révolte, pas (encore) une révolution !" est une référence à la fameuse conversation entre le roi Louis XVI et un de ses conseillers au moment du déclenchement de la Révolution française.

Article publié sur le site socialistproject.ca
Traduction française pour avanti4.be : Jean Peltier

Les racines de la rébellion

Richard Seymour

Un mouvement dans la lignée d’Occupy a pris son envol à Istanbul. Le problème qui a donné le coup d’envoi au conflit est modeste. Des manifestants ont commencé à se rassembler dans le parc de la Promenade le 27 mai pour s’opposer à sa destruction dans le cadre d’un plan de réaménagement. Mais cette action limitée est devenue rapidement bien plus qu’une protestation environnementale. Elle est devenue le paratonnerre de tous les griefs accumulés contre le gouvernement.

Chaque nuit, la police a attendu jusqu’à l’aube pour attaquer les manifestants qui y campaient, exactement comme le faisait la police aux États-Unis contre les manifestants d’Occupy. Des policiers ont mis le feu aux tentes dans lesquelles des manifestants dormaient et les ont douchés avec des sprays au poivre et du gaz lacrymogène.

Les occupants se sont adaptées et ont commencé à porter des masques à gaz faits maison. Plus important encore, ils ont appelé à la solidarité. En réponse à ces attaques, des milliers de manifestants sont venus, y compris des politiciens de l’opposition. Mais l’attaque de vendredi matin n’a permis ni défense ni fuite. Le parc, et toute la zone autour de lui, est toujours fermé et sous des nuages de gaz. [Cet article a été écrit samedi 1er juin - NdT]

L’AKP, un parti populiste conservateur

En avril, un dirigeant du Parti de la Justice et du Développement (AKP) au pouvoir a averti que les libéraux qui avaient soutenu ce parti au cours de la dernière décennie ne le feraient plus à l’avenir. C’était une indication claire que la répression allait augmenter alors que le parti islamiste néolibéral continue à mettre en oeuvre à marche forcée son programme de modernisation.

L’AKP représente un type particulier de populisme conservateur. Le coeur de sa base sociale, qui s’est énormément enrichie au cours de la dernière décennie, est la bourgeoisie musulmane conservatrice qui est apparue à la suite des politiques économiques menée par le Premier ministre Turgut Özal [1] dans les années 1980. Mais tout en niant être un parti religieux, l’AKP a utilisé une politique basée sur la piété et la charité pour se gagner une base populaire et renforcer la droite dans les villes.

Ce parti dirige le gouvernement depuis plus d’une décennie, assurant peu à peu son autorité. Le processus de privatisation a conduit à un approfondissement des inégalités, accompagné par une forte répression. Mais il a aussi attiré des flots d’investissements internationaux, conduisant à des taux de croissance de près de 5% par an . Cela a permis au régime de rembourser anticipativement le dernier des prêts qui lui avaient accordés par le Fonds monétaire international (FMI), de sorte qu’il a même été en mesure d’offrir 5 milliards de dollars au FMI pour aider à surmonter la crise de la zone euro en 2012.

Pendant tout ce temps, l’AKP a progressivement renforcé son emprise au sein de l’appareil d’Etat et des médias, et n’a désormais plus besoin de ses soutiens libéraux. L’Etat-major de l’armée a été contraint d’accepter les islamistes, après avoir subi une perte significative de puissance par rapport aux autres branches de l’Etat comme la police et la justice. Alors que l’érosion de la puissance de l’armée devrait être un progrès pour la démocratie, des journalistes ont également fini en prison sur des accusations de préparation de coup d’Etat.

Bien sûr, il y a eu des tentatives de coup d’Etat. Et le gouvernement est bien au courant, dans le cadre de son enquête sur « l’Etat profond » [2]. Mais il a été en mesure d’utiliser cette peur pour soumettre toute l’opposition à des enquêtes et une surveillance anti-démocratiques, et l’écraser impitoyablement. Pendant cette période, son soutien électoral est passé de 34% à 50%.

Puissance régionale montante

Il a également démontré son assurance dans la façon dont il a tenté de répondre à la question kurde, ainsi que dans sa stratégie régionale. Le gouvernement a entamé de nouvelles négociations significatives avec le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) en 2009, en partie parce qu’il veut établir une relation lucrative avec le gouvernement régional kurde en Irak [2].

Sous le régime de l’AKP, la Turquie a augmenté son autonomie relative par rapport à ses soutiens traditionnels à la Maison Blanche et à Tel-Aviv, a établi des relations étroites avec l’Iran, le Hezbollah et même - jusqu’à tout récemment - avec le président syrien Bachar al-Assad. Cela a été interprété, de manière hystérique, comme étant du « néo-ottomanisme », alors que c’est tout simplement l’affirmation de la nouvelle puissance de la Turquie.

Ainsi renforcé, le gouvernement est à l’offensive. Il n’a jamais eu besoin de la gauche ou du mouvement ouvrier, qu’il a toujours réprimés. Il n’a plus besoin des libéraux, comme le montrent ses attaques contre les droits des femmes et son imposition de zones sans alcool.

C’est dans ce contexte qu’une lutte pour un petit parc dans un centre-ville congestionné est devenue une alerte pour le régime, et la base d’un pour un possible Printemps turc.

Article paru sur www.socialistworker.org
Traduction française pour avanti4.be : Jean Peltier
Intertitres de la rédaction d’Avanti.

Notes du traducteur :

1. Turgut Özal, dirigeant de la droite libérale "laïque" a été le Premier Ministre civil de la Turquie dans les années qui ont suivi le coup d’Etat militaire de 1980. Il a entamé une politique néolibérale d’ouverture aux capitaux étrangers et de privatisation et le processus d’islamisation de l’enseignement.
2. L’"Etat profond" est le nom donné en Turquie aux réseaux de pouvoir occultes constitués sur base des liens étroits tissés lors des dernières décennies entre l’armée toute-puissante, une partie des milieux d’affaires, la mafia locale et l’extrême-droite nationaliste et militariste. L’"Etat profond" a vu d’un très mauvais oeil la montée d’un "Etat AKP" concurrent et a été à la base de plusieurs préparatifs plus ou moins avancés de coups d’Etat qui ont tous été tués dans l’oeuf, permettant ainsi à l’AKP d’asseoir son pouvoir dans l’appareil d’Etat.
3. A la faveur des deux guerres étatsuniennes contre Saddam Hussein (en 1991 et en 2003), la région kurde en Irak s’est progressivement constituée en zone autonome dans le nord du pays et ses autorités nationalistes contrôlent la production et l’exportation du pétrole abondant dans cette région.