Grèce (4) : Syriza aux portes du pouvoir - Déjà un impact dans la gauche européenne et belge

Jean Peltier 22 janvier 2015

Grèce (4) : Syriza aux portes du pouvoir - Déjà un impact dans la gauche européenne et belge

L’extraordinaire progression électorale de Syriza et sa possible arrivée au pouvoir font rêver la partie de la gauche qui, à la différence de la social-démocratie et d’une grande partie des Verts, refuse de se coucher devant le néolibéralisme. La solidarité avec Syriza devient un accélérateur de recompositions à gauche des PS.

En Espagne, la nouvelle formation politique Podemos - qui se veut un prolongement sur le terrain politique du mouvement des Indignés et des mobilisations anti-austérité qui l’ont suivi - est désormais donnée en première place dans les sondages électoraux, alors que des scrutins régionaux auront lieu en mai et surtout qu’une élection nationale est prévue avant la fin de l’année. La direction et les militants de Podemos espèrent qu’une victoire de Syriza renforcerait la crédibilité de leur propre projet.

En France, on assiste à une accélération de la convergence entre l’aile gauche des Verts et le Front de Gauche, face à un PS de plus en plus pro-patronal et de plus en plus discrédité, rapprochement qui s’est concrétisé publiquement lors d’un meeting de solidarité à Paris. (1)

En Belgique, une déclaration de solidarité « Nous souhaitons la victoire de Syriza aux élections du 25 janvier » a été lancée par « un collectif d’acteurs issus de milieux universitaires, politiques, de mouvements syndicalistes et citoyens de tous horizons » et publiée dans « Le Soir ». (2) Cet appel dénonce le sort fait à la Grèce par la Troïka et soutient le programme de gouvernement présenté par Alexis Tsipras mais ne dit mot de l’importance cruciale des mobilisations de travailleurs pour faire face à la bourgeoisie grecque et aux institutions de l’UE.

La liste des signataires regroupe un large échantillon très représentatif de ce qu’on pourrait appeler, d’une part, la «  gauche réformiste orpheline d’un PS qui n’est même plus réformiste » (parmi lesquels des poids lourds de la FGTB et des Femmes Prévoyantes Socialistes) et, d’autre part, la mouvance de la « gauche un peu plus radicale sans être de rupture anticapitaliste et de mobilisation militante » (comme VEGA, le Mouvement de Gauche, le mouvement politique des Objecteurs de Croissance »,…).

Sont, par contre, complètement absents les habituels signataires porte-paroles ou compagnons de route des organisations de la gauche radicale (LRT, PSL, JOC,…) qui ne se reconnaissent sans doute pas dans cette orientation suiviste vis-à-vis du projet de Tsipras et qui ont été à l’initiative d’une manifestation à Bruxelles dimanche dernier. (3)

Mais le plus surprenant est surtout l’absence du PTB. En fait, cette absence n’aurait surpris personne il y a encore un an quand le PTB critiquait durement l’orientation « sociale-démocrate » » de Syriza et entretenait des liens étroits avec le Parti Communiste Grec (KKE). (4) Mais, depuis peu, le tournant opéré « tous terrains » par le PTB s’est étendu aussi à la Grèce. Peter Mertens, son président, a publié début janvier un long article où il apporte un soutien sans réserves à Syriza et ne mentionne pas une fois le KKE (le sectarisme de celui-ci est maintenant critiqué durement par le PTB… mais en interne et sans expression publique de ce point de vue). (5)

Cette semaine, le PTB a par ailleurs entériné publiquement la disparition politique de la formule « PTB-Go ! » sous laquelle il a participé aux élections de mai 2014 (avec le PC et la LCR) et la recherche d’alliances plus larges avec les secteurs de la « gauche réformiste déçue par le PS ». (6)

L’absence du PTB parmi les signataires de cette déclaration est donc étonnante. Est-ce du à une réticence de sa part devant l’absence de toute référence aux indispensables mobilisations populaires en Grèce ou à une volonté des signataires de tenir à l’écart un PTB dont ils craindraient la volonté hégémonique ? L’avenir le dira mais il est déjà clair que la dynamique de la lutte en Grèce aura un impact important dans la gauche belge.

Notes

1. Le texte d’appel au meeting, http://www.fondation-copernic.org/spip.php?article1161
et un commentaire sur le rapprochement http://www.regards.fr/web/article/les-verts-rejoignent-le-front-de

2. Le Soir, 20 janvier 2015, http://www.lesoir.be/762469/article/debats/2015-01-20/grece-nous-souhaitons-victoire-syriza-aux-elections-du-25-janvier
3. « Avec le peuple grec, pour en finir avec l’austérité ! », http://www.gauche.be/?p=3876
4. « Grèce : Syriza ou la voie social-démocrate », paru dans la revue Etudes Marxistes (n°105, ) ; http://www.marx.be/fr/content/grèce-syriza-ou-la-voie-social-démocrate

5. « Les Grecs sont les Tijl Uilenspiegel d’aujourd’hui », http://ptb.be/articles/les-grecs-sont-les-tijl-uilenspiegel-d-aujourd-hui

6. « Le PTB et le nécessaire rassemblement pour la reconquête sociale », http://ptb.be/articles/le-ptb-et-le-necessaire-rassemblement-pour-la-reconquete-sociale