Sur quelques caractéristiques des nouveaux mouvements sociaux en Amérique latine

Raúl Zibechi 10 février 2014

Journaliste uruguayen, Raúl Zibechi est l’un des meilleurs spécialistes des mouvements sociaux en Amérique latine. Dans les trois articles que nous publions ci-dessous, il analyse les différentes caractéristiques de ces mouvements dans le cadre de la nouvelle vague de lutte actuellement en cours dans ce continent. (Avanti4.be)

Au cours des 20 années qui ont suivi le soulèvement zapatiste du premier janvier 1994, les mouvements sociaux latino-américain ont été les protagonistes de l’un des cycles de luttes le plus large et intense. Depuis le « Caracazo » de 1989 (révolte populaire urbaine dans la capitale vénézuélienne, Caracas, contre une hausse des prix, NdT) se sont succédé des soulèvements, des insurrections et des mobilisations qui ont touché toute la région. Cette vague de luttes a délégitimé le modèle néolibéral et installé ceux d’en bas, organisés en mouvements, en tant qu’acteurs centraux des changements.

Le zapatisme a fait partie de cette vague dans les années 90 et est devenu très vite l’une de ses références incontournables, même pour ceux qui ne partagent pas ses propositions et ses formes d’action. Il est quasiment impossible d’énumérer tout ce qui a été réalisé par les mouvements sociaux au cours de ces deux dernières décennies. On peut seulement évoquer une poignée de faits significatifs : le cycle de lutte des « piqueteros » en Argentine (1997-2007), les soulèvements indigènes et populaires en Equateur, les mobilisations péruviennes qui ont poussé à la démission du président Fujimori et le « Mars paraguayen » qui, en 1999, a forcé à l’exil le militaire putschiste Lino Oviedo.

Dans la décennie suivante nous avons eu la formidable réponse du peuple vénézuélien au coup d’Etat réactionnaire de 2002, les trois « guerres » sociales boliviennes entre 2000 et 2005 (l’une pour l’eau et deux pour le gaz) qui ont effacé de la carte politique la droite néolibérale, l’impressionnante lutte des Indiens d’Amazonie à Bagua (Pérou) en 2009, la résistance des communautés au Guatemala contre l’industrie minière, la commune de Oaxaca (Mexique) en 2006 et la mobilisation de la paysannerie au Paraguay en 2002 contre les privatisations.

Au cours de ces trois dernières années s’est fait sentir une nouvelle vague de mouvements qui suggèrent l’émergence d’un nouveau cycle de protestations : il s’agit de la mobilisation des étudiants du secondaire au Chili, la résistance communautaire contre l’industrie minière à Conga, dans le nord du Pérou, la croissante résistance à cette industrie partout ailleurs, mais aussi contre les fumigations et Monsanto en Argentine, en défense du TIPNIS (Territoire Indigène et Parc National Isiboro Sécure) en Bolivie et la résistance contre le barrage de Belo Monte au Brésil.

Dans la seule année 2013 nous avons eu la grève agraire colombienne, qui a été capable d’unir tous les secteurs ruraux (paysans, indigènes et coupeurs de canne à sucre) contre le TLC (Traité de libre-échange) avec les Etats-Unis et une partie des mouvements urbains, mais aussi les mobilisations de juin au Brésil contre l’extractivisme urbain féroce pour le Mondial 2014 et les Jeux Olympiques de 2016 à Rio de Janeiro.

Cet ensemble d’actions au long de deux décennies permet d’affirmer que les mouvements sociaux de ceux d’en bas sont toujours vivants dans toute la région. Bon nombre d’entre eux sont porteurs d’une nouvelle culture politique et d’organisation qui se manifeste de manière très diverse dans les différentes expériences, mais qui forment tous des manières de faire distinctes de celles que nous avions connu dans les années 60 et 70.

Une partie des mouvements, en allant des étudiants du secondaire chilien jusqu’aux communautés zapatistes et en passant par les Gardiens des Lagunes de Conga, le « Movimiento de Pobladores y Pobladoras de Venezuela » et le « Movimiento Passe Livre de Brasil » (MPL), offrent certaines caractéristiques communes qu’il est intéressant de souligner.

Trois caractéristiques

La première est la participation massive et significative des jeunes et des femmes. Cette présence revitalise les luttes anticapitalistes parce que ce sont les personnes les plus affectées par le capitalisme, celles qui n’ont aucune place dans le monde actuel, qui participent directement à la lutte. C’est la présence majoritaire de personnes qui n’ont rien à perdre parce qu’elles sont, tout simplement, des femmes et des jeunes d’en bas et ce sont elles qui donnent aux mouvements un caractère d’intransigeante radicalité.

En second lieu, une culture politique que les zapatistes avaient synthétisés dans l’expression « commander en obéissant » est en train de gagner du terrain mais en s’exprimant encore de manière diffuse. Ceux qui protègent les lagunes au Pérou, héritiers des patrouilles paysannes, obéissent aux communautés. Les jeunes du MPL prennent leurs décisions par consensus afin d’éviter la cristallisation de majorités et ils rejettent explicitement les voitures-sono imposées dans la période antérieure par les bureaucraties syndicales afin de contrôler les manifestations.

La troisième question commune à ces mouvements est liée à l’autonomie et à l’horizontalité, des termes qui, il y a 20 ans, commençaient à peine à s’employer et qui se sont depuis lors pleinement intégrés dans la culture politique de ceux qui luttent aujourd’hui. Ils se proclament autonomes de l’Etat et des partis, tandis que l’horizontalité signifie que la direction du mouvement est collective et non individuelle. Les membres de l’ACES (Assemblée de coordination des étudiants du secondaire) au Chili fonctionnent de manière horizontale, avec une direction collective en assemblées.

La quatrième caractéristique que je vois commune est la prédominance des flux sur les structures. L’organisation s’adapte et se subordonne au mouvement, elle ne se cristallise pas dans une structure risquant de conditionner le collectif, avec des intérêts propres séparés de ceux du mouvement. Les collectifs qui luttent sont en quelque sorte des communautés en résistance dans lesquelles toutes et tous prennent les mêmes risques et où la division du travail s’adapte aux objectifs tracés par l’ensemble du mouvement et à chaque moment.

Dans cette nouvelle vague d’organisations et de mouvements, il n’est pas facile de distinguer qui sont les dirigeants, non pas parce qu’il n’existe pas de figures de référence et de porte-paroles, mais parce que la différence entre dirigeants et dirigés est atténuée dans la mesure où croît le protagonisme de ceux d’en bas. C’est sans doute là l’un des aspects les plus importants de la nouvelle culture politique en expansion au cours de ces deux dernières décennies.

Pour terminer, je voudrais dire que le zapatisme est une référence politique et éthique, mais pas en tant que direction de ces mouvements - ce qu’il ne prétend pas être et en serait d’ailleurs incapable. Il peut être une inspiration, un exemple si on veut. Il existe de multiples dialogues entre toutes ces expériences, mais pas dans le cadre de rencontres formelles et structurées : ils se font au travers d’échanges directs entre militants, de rapports capillaires, non contrôlés ; bref une sorte de troc des savoirs et des expériences dont nous avons besoins pour renforcer le combat contre le système.

Source : http://www.jornada.unam.mx/2013/12/27/index.php?section=opinion&article=018a1pol

L’Etat et les nouveaux mouvements sociaux

Dans un livre classique et monumental, Theda Skocpol analyse les trois grandes révolutions (française, russe et chinoise) à partir d’un point de vue centré sur les Etats, leur désintégration et la reconstruction post-révolutionnaire. Dans « Les Etats et les révolutions sociales » (Fondo de Cultura Económica, 1984), elle décortique la manière avec laquelle les processus révolutionnaires ont affecté et modifié les institutions. Pour nous qui nous sommes formés avec Marx, elle arrive à des conclusions incommodes.

Après une comparaison minutieuse des trois processus, elle conclu que l’Etat a été central dans chacun d’eux mais que les changements étatiques ne peuvent s’expliquer en fonction des conflits de classe. Elle souligne le « pouvoir autonome » des Etats, non réductible à aucune des classes sociales, bien qu’il ne soit pas neutre vis-à-vis d’aucune d’elles.

L’aspect le plus actuel de son analyse réside dans trois conclusions qu’elle distille à la fin de son œuvre. La première est que les révolutions ne se produisent pas par l’action délibérée des avant-gardes ; elle cite en appui de sa thèse le militant anti-esclavagiste Wendell Phillips : « Les révolutions ne se font pas, elles viennent toutes seules ».

La seconde est que la désintégration de l’Etat de l’ancien régime a activé la fusée du conflit social qui s’est traduit dans l’expropriation des classes dominantes. L’irruption de ceux d’en bas a été décisive pour modifier les rapports entre les classes, éviter le triomphe de la contre-révolution et neutraliser les stabilisations libérales.

La troisième est que « des trois révolutions surgirent des Etats plus centralisés, bureaucratiques et, de manière autonome, plus puissants à l’intérieur et à l’extérieur ». A l’intérieur, « les paysans et les ouvriers sont restés plus directement incorporés à la politique nationale et aux projets soutenus par l’Etat ».

L’analyse historique est réaliste, frappante et difficilement contestable. Mais il n’est pas agréable pour ceux d’entre nous qui continuons à penser que l’Etat est une machinerie oppressive et qui aspirons – en suivant Marx et Lénine – à son « extinction ».

Ce que ne signale pas l’auteure, c’est que les forces anti-systémiques étaient articulées de manière hiérarchiques, avec une distribution du pouvoir interne qui était la « copie conforme » des institutions étatiques et qu’elles apportaient le savoir « de l’extérieur » aux sujets rebelles. Elle ne souligne pas non plus que les Etats nés des révolutions se sont transformés avec le temps en machineries de domination très similaires à celles qu’ils remplacèrent, au point qu’on a pu comparer le régime de Staline avec celui de Pierre Le Grand et les fonctionnaires communistes chinois avec les mandarins impériaux.

Le dernier cycle de luttes dans la région sud-américaine semble confirmer la thèse de Scokpol : les Etats ont été affaiblis par les privatisations néolibérales, ce qui a alimenté le conflit social qui a porté au pouvoir des forces progressistes qui ont fermé le cercle avec le renforcement de ces Etats. En parallèle, les « nouveaux » mouvements sociaux ont accompli leur cycle historique : ils sont nés dans l’étape finale des dictatures, se sont développés sous le néolibéralisme et se sont institutionnalisés et entrés dans un lent déclin.

Néanmoins, les mouvements qui étaient à la pointe de ce cycle étaient distincts de ceux qui les ont précédés, dont le moule et le modèle furent les syndicats traditionnels. Tous ne se sont pas non plus pliés aux nouveaux modes de gouverner et certains poursuivent une voie propre, démontrant que l’histoire n’est pas un chemin préétabli par les logiques structurelles. Bien qu’ils n’ont pas pu rompre complètement avec les vieilles cultures politiques « étato-centriques », ils ont été plus loin que la vague des mouvements antérieurs et on laissé des traces puissantes qui constituent toujours des références.

Ces dernières années est en train de naître une nouvelle vague de mouvements qui se différencie non seulement des anciens, mais aussi des « nouveaux ». J’ai mentionné à plusieurs reprises le Movimiento Passe Livre (MPL), au Brésil, et l’Asamblea Coordinadora de Estudiantes Secundarios (Assemblée de coordination des étudiants du secondaire, ACES), au Chili. Ils ne sont pas les seuls, mais ce sont peut être les plus connus. Le mouvement contre l’industrie minière au Pérou peut être inclus dans cette vague, ainsi que le Movimiento Popular La Dignidad, d’Argentine, et d’autres encore dont la place manque ici pour les citer tous.

Certains sont nés il y a un certain temps, comme le MPL, avec des caractéristiques innovantes, tant par leur culture politique (autonomie, horizontalité, fédéralisme, consensus, a-partidisme) que par les formes d’actions employées. D’autres mouvements se sont réinventés ou se sont refondés dans des processus de résistance. Les Gardiens des Lagunes péruviens sont nés à partir des Patrouilles Paysannes, des organisations communales de défense créées dans les années 70.

Entre les « nouveaux » et les plus récents, les nouveaux-nouveaux en somme, il existe une différence notable de culture politique : ils ne prennent pas l’Etat comme référence, même s’ils peuvent maintenir un dialogue et des négociations avec lui, et ils ne reproduisent pas non à l’intérieur des formes hiérarchico-patriarcales. Les Gardiens des Lagunes trouvent leur inspiration dans les communautés andines ; les étudiants chiliens et les jeunes brésiliens dans leur formes de vie quotidienne dans les banlieues urbaines, dans leurs groupes de sociabilisation et d’affinité, dans le hip-hop, dans les diverses cultures juvéniles en résistance.

Ils n’ont pas formé des structures-appareils, ni intronisé des dirigeants permanents au dessus de leurs collectifs. Ce sont des mouvements qui sont nés après les dictatures (les « nouveaux » mouvements étaient nés contre leur autoritarisme) et ils reçoivent l’influence de deux mouvements qui ont émergé dans le continent dans les dernières décennies ; le mouvement féministe et le mouvement indigène.

Ils se nourrissent de leurs variantes les plus anti-systémiques : les féminismes paysans et populaires, les féminismes communautaires et indigènes et ils partagent avec un secteur du mouvement indigène sa vocation autonomiste, son aspiration à changer le monde en dehors de l’Etat et à créer des institutions post-étatiques, comme les « Juntas de Buen Gobierno » (juntes de bon gouvernement, dans les communautés indigènes zapatistes du Mexique, NdT). Ils s’organisent pour construire un monde nouveau et non pour s’incruster dans les institutions. Ils incarnent la possibilité concrète que fleurisse une nouvelle culture politique qui œuvre à ce que les changements viennent d’en bas.

Source : http://www.jornada.unam.mx/2014/01/10/index.php?section=opinion&article=015a1pol

A propos des « formes supérieures de lutte »

Quand la vie sociale et politique est à un carrefour, les débats se multiplient, les forums, rencontres et réunions se succèdent qui cherchent à élucider la direction que doivent prendre les mouvements sociaux. La Colombie est en train de vivre une période de ce type, où s’ouvre une infinité d’espaces propices à l’échange, l’écoute et l’apprentissage.

La semaine dernière, une rencontre sur l’unité de la gauche a été organisée par les journaux « Le Monde Diplomatique » (l’édition latino-américaine, NdT) et « Desdeabajo » à Bogota afin de débattre des résistances sociales en Amérique latine par rapport au processus de paix colombien. Une grande marche contre la violence envers les femmes a en outre été réalisée. Des points de vue bien distincts s’y sont exprimés, allant de femmes et de féministes jusqu’aux universitaires, dirigeants politiques et un bon nombre de jeunes.

Dans l’un des panels, l’économiste Héctor-León Moncayo a évoqué « l’ironie acide » que vit la gauche colombienne : « Dans les années 70, nous qui impulsions la lutte dans les rues, on nous disait qu’il y avait une forme supérieure de lutte à laquelle nous devions nous intégrer, autrement dit la lutte armée. Aujourd’hui, on nous dit, et telle est l’ironie, que la forme supérieure de lutte ce sont les élections ». Il en effet exact que les débats actuels tournent essentiellement autour de candidats, de sigles, d’alliances et de programmes afin de capter la volonté populaire dans les urnes.

Nous avons pu entendre des arguments similaires dans d’autres pays. En Argentine, par exemple, où l’on débat sur la nécessité de « faire de la politique », en insinuant ainsi que le travail territorial de base est insuffisant pour changer le monde parce qu’il est trop local et que l’on doit participer aux élections afin de renforcer ce travail de base. Ceci est bien entendu défendu par ceux qui n’ont pas abandonné les bases mais qui rencontrent d’énormes difficultés à s’y implanter.

Sur la question des formes « supérieures » ou plus avancées de lutte, il serait opportun de mentionner quatre aspects.

Le premier, c’est que soutenir qu’il existe des formes « supérieures », comme nous l’avons fait dans les années 1960 et 1970, revient à affirmer que d’autres sont « inférieures », ce qui a deux conséquences qui ne sont pas positives. D’une part, ceux qui s’inscrivent dans les premières auraient donc plus d’autorité pour déterminé ce qui est correct et adéquat et ce qui ne l’est pas, pour la simple raison qu’ils se situent dans la sphère « supérieure ». D’autre part, cela tend à homogénéiser les pratiques, ce qui revient à appauvrir le combat anti-systémique.

La diversité des formes d’actions a pourtant certains avantages. La plus notable sans doute est qu’elle permet que des secteurs très larges de la société s’investissent dans des mobilisations tout en ne participant par directement dans des mouvements organisés, ce que font seulement par contre les militants plus ou moins convaincus et conscients. En parallèle, les divers sujets qui intègrent le camp anti-systémique (les femmes, les jeunes, les gens de la couleur de terre, entre autres), se sentent plus à l’aise en agissant de manières différentes par rapport à ce que font d’autres sujets. Je veux dire par là que la diversité des formes de lutte facilite l’intégration d’acteurs ayant leurs propres caractéristiques distinctives sans qu’ils ne se sentent forcés de se subordonner à une forme d’action hégémonique.

La seconde question est liée avec les objectifs à long terme. Dans les années 1960 et 1970, ceux qui optaient pour la lutte armée prétendaient prendre l’appareil d’Etat et détruire le capitalisme pour construire une nouvelle société. Ceux qui optaient pour les élections cherchaient à modifier le système de l’intérieur, graduellement, et ils aboutissaient souvent à s’y adapter purement et simplement. Néanmoins, cette division déterministe entre réforme et révolution ne résiste pas à l’analyse. Il y a des organisations qui ont appelé aux armes afin d’être simplement reconnues par l’Etat et des options électorales qui voulaient réellement changer le monde.

En troisième lieu, une bonne partie du débat actuel tourne autour de la convenance ou non de participer aux élections. On peut noter sur ce point une double argumentation : stratégique, ou de long terme, et tactique, ou sur ce qui est le plus adéquat pour renforcer ici et maintenant le camp populaire. Face aux limites de l’approfondissement du travail territorial urbain, où s’investissent les militants « piqueteros » (mouvements de chômeurs, NdT) jusqu’aux sans abris, en passant par les nouveaux collectifs comme le Mouvement « Passe Livre » au Brésil, apparaît la tentation de basculer sur le terrain électoral pour obtenir une force additionnelle. Cet argument n’est pas à sous-estimer quand il est émis par des militants concrètement investis dans leur réalité.

Au Chili, ce même débat oppose les protagonistes des grandes protestations étudiantes. Les jeunes du secondaire regroupés dans l’Assemblée des étudiants secondaires et de nombreux autres collectifs ont rejeté la participation électorale, tandis que le Mouvement « Pobladores en Lucha » et d’autres collectifs ont appuyé des candidats aux élections présidentielles. Au-delà des résultats, la moitié de la population ayant préféré ne pas voter, il ne serait pas opportun d’accuser ceux qui ont fait ce choix de manquer de conscience politique.

Pour terminer, une approche nouvelle modifie radicalement le débat sur les formes de lutte. Le choix des modes d’action pour changer ce monde et ceux pour en construire un nouveau, ce n’est pas la même chose. Dans ce cas, participer aux institutions – que ce soit au travers des élections ou de tout autre mécanisme – ne peut avoir de sens que s’il peut servir à neutraliser une offensive des possédants destinée à détruire ce qui est en train de se construire. L’option armée est nécessaire pour défendre un autre monde, mais non pour le construire.

S’il s’agit de construire un monde nouveau, les modes d’actions se multiplient, avec une emphase particulière sur la production et la reproduction de la vie qui concernent tant la campagne que les usines ou le foyer. Cette voie, prise par de nombreux mouvements dans notre continent, situe le débat à un niveau complètement nouveau : la reproduction, auparavant considérée comme une tâche dévolue aux femmes, et les travaux collectifs, commencent à occuper une place significative et s’intègrent au patrimoine des formes de lutte.

Source : www.jornada.unam.mx/2013/11/29/index.php?section=opinion&article=023a1pol

Traductions françaises pour Avanti4.be : Ataulfo Riera