Référendum en Écosse : indépendance, Yes or No ? (IV) Échos du débat dans la gauche écossaise et britannique

Alliance for Workers liberty, Socialist Party, Socialist Workers Party 16 septembre 2014

Référendum en Écosse : indépendance, Yes or No ? (IV) Échos du débat dans la gauche écossaise et britannique

Le référendum sur l’indépendance de l’Écosse a provoqué un débat acharné dans la gauche écossaise, mais aussi évidemment au sud de la frontière régionale, dans la gauche britannique.

La grande majorité de la gauche radicale écossaise a pris position et mené campagne en faveur du Oui au référendum. Les raisons de ce choix et les divers arguments en présence ont été présentés dans les 2e et 3e partie de ce dossier à travers l’interview et le texte de Neil Davidson.

Dans le reste de la Grande-Bretagne, les principales organisations ont également pris position en faveur du Oui. Nous publions ci-dessous deux contributions au débat allant dans ce sens. La première émane du Socialist Party – Scotland qui est soutenue par le Socialist Party (SP) dans le reste du Royaume-Uni et qui inscrit le combat référendaire dans la perspective d’une Ecosse indépendance et socialiste. La deuxième émane du Socialist Workers Party (SWP) et se place dans une optique plus « immédiate » centrée sur l’intérêt d’affaiblir la Grande-Bretagne comme puissance impérialiste.

D’autres courants, plus petits, de la gauche radicale ne partagent pas cette orientation. Les positions de certains partisans du Non (notamment ceux issus de la tradition du Parti Communiste) sont franchement entachés de nationalisme britannique. D’autres, par contre, se situent dans une perspective réellement internationaliste et craignent que la gauche écossaise finisse par s’aligner purement et simplement sur le nationalisme dominant et que l’unité des travailleurs en Grande-Bretagne régresse des deux côtés d’une future frontière. C’est le cas de l’Alliance for Workers’Liberty (AWL) qui signe le troisième article que nous reprenons ci-dessous. (Avanti !)

Huit questions à propos du référendum sur l’indépendance de l’Écosse

Socialist Party

Le texte qui suit est un argumentaire en faveur du « Oui » publié par le Socialist Party – Scotland. En Grande-Bretagne, le courant auquel est affilié le Parti Socialiste de Lutte belge est divisé en trois « partis » (séparés organisationnellement mais étroitement liés politiquement), tous trois dénommés Socialist Party et qui couvrent respectivement l’Angleterre et le Pays de Galles, l’Ecosse et enfin l’Irlande du Nord. Ce point de vue du SP-Scotland est donc partagé et diffusé dans toute la Grande-Bretagne.

Pourquoi voter oui à ce référendum ?

Un nombre croissant de travailleurs – surtout en comparaison des années ‘70 et ‘80 – considère l’indépendance comme un moyen de sortir de la pauvreté croissante et de l’austérité. Depuis 1999 et la création du Parlement écossais, nous avons exigé un Parlement qui ait son mot à dire en matière d’économie, d’impôts, de salaire minimum, de sécurité sociale, de pensions,…

Qu’en est-il des travailleurs et des jeunes qui ne sont pas convaincus que l’indépendance sous le règne du SNP (Scottish National Party) serait un pas en avant ?

Nous sommes d’accord avec eux sur ce point. Si nous appelons à voter ‘oui’, il s’agit d’un soutien critique. Nous mettons en avant que le modèle du SNP pour l’indépendance n’apportera aucun changement véritable. À cette fin, une politique socialiste est nécessaire !

Une Écosse indépendante administrée par le SNP apporterait plus de prospérité aux grandes entreprises, pas aux travailleurs. Les plans du premier ministre écossais visent à offrir des avantages fiscaux supplémentaires aux multinationales. La direction du SNP s’oppose à la propriété publique du secteur pétrolier. Elle ne soutient même pas la renationalisation des compagnies d’énergie. Ce parti pense que le capitalisme – un système économique qui connaît sa plus grave crise depuis les années 1930 – peut constituer la base d’une meilleure Écosse, alors que nous sommes convaincus que cela est exclu. Seules des mesures socialistes telles que la propriété publique et démocratique des banques, du secteur pétrolier et d’autres secteurs clés de l’économie permettront de construire les bases d’une économie qui soit dans l’intérêt de l’ensemble de la population.

Le modèle scandinave n’illustre-t-il pas qu’un capitalisme plus juste est possible ?

Le modèle scandinave se réfère à la situation en Norvège, en Suède, au Danemark et en Finlande depuis 1945, en période de croissance économique. Cette période est désormais révolue et avec elle ce ‘modèle’. La sécurité sociale très développée et le faible niveau de pauvreté – allant de pair avec des impôts élevés pour la population active – font de plus en plus partie du passé.

La fin de la croissance d’après-guerre de la fin des années 1970 a été aggravée par la crise économique mondiale depuis 2007-2008. Cela a érodé le modèle scandinave en engendrant des privatisations et de lourdes mesures austérités. Sur une base capitaliste, il n’est pas possible que l’indépendance de l’Écosse conduise à un niveau de vie décente et à l’arrêt de l’austérité.

Tout ne vaut-il pas mieux que les politiques conservatrices actuelles du gouvernement britannique, pour lesquelles l’Écosse n’a quasiment pas voté ?

Les compétences de l’Écosse indépendante pourraient être utilisées pour changer la vie de millions de personnes, mais dans ce cas, les intérêts de la majorité de la population doivent être centraux. Le SNP propose que l’Écosse fasse partie d’une union monétaire dans laquelle la ‘Bank of England‘ (Banque d’Angleterre) déterminerait ce que le gouvernement écossais peut dépenser pour l’emploi et les services publics. Le SNP veut également faire partie de l’Union européenne, laquelle est dominée par les grandes entreprises. L’UE est d’ailleurs déjà utilisée, à travers le continent, comme un bélier contre les droits syndicaux et pour imposer une austérité sauvage. Enfin, la monarchie britannique serait, après l’indépendance, toujours à la tête de l’Écosse. Les propositions du SNP apporteraient donc peu de changements.

Quelle indépendance souhaitez-vous alors ?

Nous sommes pour une Écosse indépendante socialiste et nous plaidons pour une hausse des impôts pour sur les riches et les grandes entreprises, l’augmentation du salaire minimum à 10 livres par heure, l’abrogation de toutes les mesures d’austérité du gouvernement actuel et la suppression de toutes les lois anti-syndicales.

Pour utiliser efficacement les pouvoirs d’une Écosse indépendante, un programme complet de propriété publique et de contrôle démocratique des secteurs clés de l’économie est nécessaire. Cela constituerait la base d’une société socialiste gérée démocratiquement. Mais pour obtenir une telle politique dans une Écosse indépendante, nous devons construire un nouveau parti des travailleurs, de masse, dans lequel les syndicats jouent un rôle central.

Le socialisme dans un seul pays n’est-il pas de toute façon impossible ?

En effet, c’est impossible. Le capitalisme est un système d’exploitation international. C’est la domination d’une élite qui possède et contrôle les moyens de production et exploite les travailleurs pour accroitre ses profits. Nous militons pour une Écosse indépendante et socialiste membre d’une confédération démocratique et socialiste avec l’Angleterre, le Pays de Galles et l’Irlande, étape vers une Europe socialiste et un monde socialiste.

La critique du SNP ne risque-t-elle pas d’affaiblir la campagne pour le ’Oui’ ?

Si le SNP continue de mettre en avant un agenda qui favorise principalement les grandes entreprises et refuse de mettre fin aux mesures d’austérité après l’indépendance, il sape de lui-même la victoire du ‘Oui’. Ceci est renforcé par l’expérience des syndicalistes et des travailleurs ordinaires qui font face aux mesures d’austérité imposées par le gouvernement écossais, sous la direction du SNP ou par les pouvoirs locaux là où le SNP est au pouvoir.

La seule réponse au “Project Fear” et à la campagne “Better Together” est un plaidoyer pour une rupture fondamentale avec les politiques d’austérité de tous les partis traditionnels. Si la direction du SNP soutenait une grève générale de 24 heures contre les mesures d’économie budgétaire du gouvernement britannique, pour la propriété publique de l’économie et pour un refus de l’austérité, le soutien à l’indépendance augmenterait considérablement.

L’appel à voter ‘oui’ ne va-t-il pas diviser les travailleurs ?

La meilleure façon d’éviter cela, c’est de mettre en place une campagne syndicale propre au référendum qui mette l’accent sur une politique allant à l’encontre de toutes les mesures d’austérité. Une campagne qui unisse les intérêts de la grande majorité de la population, indépendamment de ce qu’ils votent lors du référendum.

Nous sommes pour l’unité de tous les travailleurs d’Écosse et d’Angleterre. Nous soutenons que les syndicats doivent lancer conjointement une action de grève de masse, une grève générale de 24 heures, pour combattre les politiques d’austérité. Et les syndicats doivent porter l’initiative d’un nouveau parti de masse des travailleurs qui lutte pour le socialisme.

Source : www.socialisme.be

Comment le vote pour l’indépendance peut-il radicaliser l’Ecosse ?

Socialist Worker Party

Le court texte qui suit est la conclusion d’un article paru le 19 août dans l’hebdomadaire Socialist Worker. Il reflète le point du Socialist Workers Party qui, malgré l’affaiblissement du à la crise qu’il a connue en 2012-2013, demeure la principale organisation de la gauche révolutionnaire britannique.

Socialist Worker soutient un vote pour l’indépendance. Nous sommes en faveur de l’éclatement de l’Etat impérialiste britannique et de l’affaiblissement de sa capacité à se joindre aux aventures militaires et aux guerres illégales des USA aux quatre coins du monde.

L’indépendance serait un coup dur porté aux deux côtés de la « relation particulière » (le lien institutionnel étroit qui unit l’Angleterre et l’Ecosse dans le cadre du « Royaume Uni de Grande-Bretagne » depuis le début du 18e siècle – NdT).

Un vote « Oui » remettrait également en cause le statut de la Grande-Bretagne comme un des principaux Etats nucléaires et ouvrirait la possibilité qu’elle soit contrainte d’abandonner son armement nucléaire.

Il ne faut avoir aucune illusion sur le fait qu’un vote « Oui » conduirait à une Écosse socialiste. Dans une Écosse capitaliste indépendante, il y aurait encore des patrons réclamant des mesures d’austérité et des politiciens prêts à les mettre en œuvre.

Nous aurons encore besoin de lutter pour que la direction du SNP ne puisse pas réaliser son désir de garder l’Ecosse dans l’OTAN. Le « Oui » devrait être un vote contre la guerre et les armes nucléaires. Nous ne pouvons pas compter sur le SNP pour obtenir cela.

L’opposition à l’austérité, à la pauvreté et à la guerre motive des milliers de militants indépendantistes. Nous devons plaider en faveur d’un projet de vrai changement afin de motiver les électeurs de la classe travailleuse à devenir une force décisive le 18 septembre.

Quoi qu’il en soit, il sera difficile pour nos dirigeants de faire rentrer dans la boîte les aspirations au changement soulevées dans la population. Mais nous devons encore jeter tous nos efforts pour essayer de marquer l’histoire de la Grande-Bretagne.

Source : socialistworker.co.uk
Traduction française pour Avanti : Jean Peltier

Quel « nous », quel « eux » ?

Alliance for Workers Liberty

Cet article, publié le 11 septembre sur leur site, est une réponse de l’Alliance for Workers Liberty (AWL) aux arguments défendus par les organisations de la gauche britannique favorables à l’indépendance, dans lequel elle « tire à vue » notamment sur l’extrait d’article du SWP publié ci-dessus.

« Nous sommes 5 millions en Écosse, mais ils sont 60 millions dans le reste de la Grande-Bretagne. Nous serons toujours en minorité. C’est pourquoi nous n’obtiendrons jamais le gouvernement que nous voulons. »

C’est l’argument avancé par le SNP pour un vote « Oui » le 18 septembre. Toute personne qui a assisté à des débats dans le cadre de l’organisation du référendum a entendu cet argument – mot pour mot – de la bouche des parlementaires du SNP.

Même s’il n’est pas toujours exprimé exactement dans les mêmes termes, c’est aussi l’argument largement repris par les gens disant qui voteront « oui » jeudi prochain.

Cet argument explique aussi pourquoi les socialistes devraient s’opposer à un vote « Oui ».

Minorité ou majorité ?

Dans une perspective socialiste, « Nous, en Ecosse » ne sommes pas une minorité.

Le « nous » qui compte pour les socialistes, c’est la classe travailleuse : les gens qui travaillent, les chômeurs, ceux qui sont pensionnés après une vie de travail - et leurs familles. Ils sont la majorité de la population en Écosse, et ils sont la majorité de la population dans le reste de la Grande-Bretagne.

Ce n’est pas une coïncidence ou une situation transitoire. Le capitalisme, par définition, est une société fondée sur des inégalités massives de richesses et de pouvoir. Une petite minorité profite des richesses créées par la majorité de la population.

C’est pourquoi, pour les socialistes, il est insensé de dire que « nous » sommes une minorité ou d’accepter cet argument d’une autre personne. En Angleterre, en Écosse, en Grande-Bretagne, « nous » sommes l’écrasante majorité de la population.

Nous ne pourrons avoir – et nous n’aurons effectivement pas - le gouvernement que nous voulons.

Mais ce n’est pas parce que nous vivons dans un Etat appelé Grande-Bretagne. C’est à cause des contrôles et des obligations que les classes dirigeantes imposent à chaque gouvernement élu dans chaque pays capitaliste existant (et ce serait aussi le cas dans une Écosse indépendante).

Et, plus important encore, c’est à cause de l’absence de démocratie et de contrôle par la base dans les syndicats et le mouvement ouvrier.

C’est cela qui a permis aux gouvernements successifs dirigés par le Parti Travailliste de diriger dans l’intérêt du capital tout en faisant, au mieux, de légères concessions aux syndicats qui ont pourtant créé ce même Parti Travailliste et qui contrôlent toujours 50 % des voix dans les processus décisionnels du parti.

Mais le SNP, comme toute formation politique nationaliste, catégorise les gens selon leur nationalité et leur identité nationale, et pas selon leur classe. Et parce qu’il y a plus d’Anglais que d’Ecossais en Grande-Bretagne, il en conclut : « Nous serons toujours en minorité. »

Il existe incontestablement différents groupes de personnes ayant différentes nationalités et différentes identités nationales. Nous reconnaissons cette réalité et nous défendons leur droit à définir librement leur propre identité nationale.

Aujourd’hui en Ukraine, par exemple, nous défendons le droit du peuple ukrainien, face aux revendications, soutenues par la force des armes, des nationalistes et des fascistes pro-russes qui affirment qu’ils sont "vraiment" russes et donc qu’ils « appartiennent » à la Fédération de Russie.

Par contre, Alex Salmond (le président du SNP – NdT) a loué Poutine, un peu plus tôt dans l’année, pour « avoir restauré une partie substantielle de la fierté russe, ce qui est une bonne chose » !

Mais le SNP ne définit pas simplement les gens selon l’identité nationale (nous en Écosse – eux en Angleterre). Il vise à mobiliser politiquement les gens sur la base de leur identité nationale. Et il le fait parce que c’est exactement à cela que se résume le projet politique du nationalisme.

Et c’est pourquoi l’argumentation en faveur d’un vote « oui » le 18 septembre est par nature nationaliste : « Nous, Ecossais, sommes si différents de ces Anglais que nos orientations électorales seront toujours différentes. Par conséquent, nous, Ecossais, devons rompre avec cette grande structure d’État dans lequel nous, Ecossais, ne sommes qu’une minorité. Dans le cas contraire, nous, Ecossais, n’obtiendront jamais le gouvernement que nous, Ecossais, voulons. »

Les socialistes doivent refuser une telle argumentation, qui repose sur une vision du monde construite en termes de divisions nationales plutôt que de divisions de classe.

Cette ritournelle nationaliste "Nous, la minorité écossaise, face à eux, la majorité anglaise" - trompeusement simple mais profondément diviseuse - est le véritable noyau de la véritable argumentation avancée en faveur d’un vote « Oui » le 18 septembre. Tout le reste n’est que décoration de façade.

Y aurait-il de « bonnes » frontières ?

Qu’est devenu le slogan « Envoyons au rebut tous les contrôles de l’Immigration ! » ? Qu’est devenu "Toutes les frontières sont illégales !" ? Qu’est devenu « Ni dieux, ni frontières ! » ?

Appeler à un vote « Oui », le 18 septembre revient à appeler à la création d’une nouvelle frontière.

Et une fois qu’une frontière existe, certains corollaires suivent automatiquement. Des règlementations de l’immigration pour définir qui peut et qui ne peut pas traverser cette frontière. Des agents des services de l’immigration pour faire appliquer ces règles. Des sanctions pour dissuader d’enfreindre ces règlementations. Et des organismes d’application – la police et la justice – pour imposer ces sanctions.

La gauche indépendantiste ne peut pas demander un vote "Oui" le 18 septembre et ensuite s’opposer en principe aux pouvoirs de l’État qui seront nécessaires pour maintenir la frontière qui sera créée en cas de majorité du "Oui".

La gauche indépendantiste ne peut pas appeler à créer une nouvelle frontière le 18 septembre et puis, si le vote « oui » l’emporte ce jour-là, appeler à envoyer cette frontière au rebut le 19 septembre.

"Toutes les frontières sont illégales, à part celle entre l’Angleterre et l’Ecosse" n’est pas un slogan très accrocheur. Et même si les contrôles de l’immigration dans une Écosse indépendante devaient se montrer plus souples que les contrôles actuels, « Nos frontières sont mieux que les vôtres » n’est pas non plus un slogan très bon.

La gauche indépendantiste s’est retirée dans un monde imaginaire dans lequel le référendum ne porte pas sur ce qui est réellement en jeu dans le monde réel.

Un vote anti-impérialiste et anti-austérité ?

Le référendum serait aussi supposé être un grand coup contre l’impérialisme. "Les travailleurs du monde", a déclaré un membre éminent du SWP lors d’un récent débat syndical sur le référendum, "veulent voir une victoire du « oui » le 18 septembre. Ce sera un coup porté à l’Empire britannique. »

N’est-ce pas un peu étrange que les seules personnes qui croient qu’il y a toujours un Empire britannique soient les lecteurs du Daily Telegraph et les membres du SWP ?

Le référendum est aussi censé être une façon de combattre l’austérité. Étrange, donc, que cette lutte contre l’austérité doive être dirigé par un parti (le SNP) qui s’est engagé à une réduction de l’impôt sur les sociétés et par le refus d’augmenter le taux d’imposition sur les hauts revenus jusqu’à 50%.

Et dans cette supposée "campagne anti-austérité", il n’y pas même un piquet de grève - ou une grève en vue ! Peut-être le SWP va-t-il maintenant nous dire qu’après tout, le changement vient par les urnes et pas par l’action de classe des travailleurs ?

« Nous ne pouvons pas attendre le Parti Travailliste ! » était un des slogans favoris du SWP : les travailleurs doivent se battre contre les mesures d’austérité des Conservateurs dès maintenant et ne pas attendre qu’un futur gouvernement travailliste suppriment ces mesures. Mais maintenant, semble-t-il, la réponse à l’austérité est d’attendre une Écosse indépendante en 2016 et au-delà.

L’organisation d’un référendum est censée être, comme un orateur de la Campagne pour une Indépendance Radicale l’a expliqué lors d’un récent débat sur le référendum, une espèce de règlement de comptes avec « 300 ans d’impérialisme et de colonialisme ».

Si c’était le cas, l’Écosse, étant donné le rôle qu’elle a joué dans le cadre d’une puissance impérialiste de premier plan, serait certainement empêchée de prendre part au vote en tant que « partie prenante » à l’impérialisme.

Le référendum est aussi censé conduire à une forme nouvelle de solidarité, « véritable » et « supérieure », avec les travailleurs anglais, dans la mesure où l’Écosse deviendrait un pays débarrassé de l’austérité, du nucléaire et des guerres. Dans l’intervalle, cependant, « Nous, Ecossais » ne pourrions simplement pas vivre dans la même unité multinationale que « Eux, les Anglais »… (…)

Le petit garçon, sa flûte et le grand orchestre

Pour reprendre une métaphore utilisée il y a de nombreuses années dans un contexte quelque peu différent, la gauche indépendantiste est comme un petit garçon jouant de la flûte et qui décide de rejoindre le Royal Scottish National Orchestra qui joue « The Flower of Scotland ».

"Je rejoins l’orchestre avec ma petite flûte pour les premières mesures afin qu’ils pensent que je suis vraiment l’un des leurs," se dit le petit garçon à lui-même, "et puis je vais passer à l’"Internationale" et ils vont me suivre et changer la mélodie. »

Alors le petit garçon commence à jouer « The Flower of Scotland » sur sa flûte. Mais quand il passe à l’Internationale, l’orchestre, bien sûr, poursuit « The Flower of Scotland » qui engloutit l’Internationale.

Et le petit garçon se retrouve tout désemparé. Une image plutôt désolante, celle d’un accessoire non désiré ajouté à un orchestre, qui non seulement ne joue pas sa mélodie, mais qui la submerge en jouant une mélodie d’un contenu diamétralement opposé.

La gauche en Écosse est faible. Elle ne va pas se renforcer en se plaçant dans le sillage du nationalisme et en faisant semblant de diriger la lutte contre l’impérialisme mondial.

La gauche pro-indépendance devrait jeter sa petite flûte, quitter le sillage du nationalisme et arrêter de se leurrer, et d’essayer de leurrer les autres, avec l’idée qu’il y a quelque chose de positif — et même de révolutionnaire — à jouer les pom-pom girls du nationalisme du SNP.

Source : www.workersliberty.org
Traduction française pour Avanti : Jean Peltier