Notre place dans le cosmos

Sarah Jean 10 mai 2014

Plus de 500 millions de personnes ont regardé la brillante série télé de Carl Sagan Cosmos : un voyage personnel. La suite, Cosmos : une odyssée à travers l’univers, (actuellement diffusée en français par la chaîne National Geographic, NDLR) présentée par l’astrophysicien Neil deGrasse Tyson se base sur trois décennies de nouvelles découvertes et un nouveau vaisseau spatial en images de synthèses.

Cosmos explore l’histoire de l’humanité dans son exploration de notre place parmi les étoiles — des sociétés de chasseurs-cueilleurs, en passant par l’heliocentrisme de Copernic et les premières notions d’univers de Bruno pour arriver aux découvertes actuelles et aux possibilités pour le futur.

L’émission nous amène à nous poser des questions sur les bases biologiques de la vie sur d’autres planètes ou les possibilités de sociétés humaines futures sur d’autres planètes que la Terre. Voir l’univers avec cette perspective appelle implicitement à se poser des questions sur les mesquineries qui divisent et retiennent l’humanité — les guerres, les frontières nationales et la compétition pour le profit qui risquent le futur de notre planète.

Cosmos retrace l’évolution de la vie depuis ses débuts que Darwin appelait des « piscines chaudes » au travers de 3,6 milliards d’années de pressions environnementales et comportementales qui ont sélectionné certaines mutations génétiques aléatoires parmi d’autres. Les similarités entre le code génétique d’un arbre et d’un humain servent d’illustration remarquable de l’interconnexion de toute la vie. Mais Cosmos étend notre connexion à l’univers entier. Avec les mots de Sagan : « Nous sommes tous fait de particules stellaires ».

De cette manière, Cosmos situe les humains dans la nature mais nous en sépare aussi au vu de notre maîtrise de l’environnement. Ce fait n’est pas seulement biologique mais aussi social. L’organisation sociale nous permet de nous élever au dessus des tâches requises pour la survie et de regarder les étoiles. Comme le dit Sagan, « Nous sommes un moyen pour que l’univers se connaisse lui-même. »

Cosmos passe en douceur de l’astrophysique à l’évolution, du début des temps au futur. Sur ce chemin, il dissout les frontières entre les disciplines scientifiques. C’est un tout à l’échelle la plus magnificente. On en ressort avec un sens profond de connexion avec toutes les autres espèces et avec l’histoire et le futur de galaxies distantes.

Ce n’est pas une tâche facile, mais Tyson et ses scénaristes sont sur les épaules d’un géant de l’astrophysique. Carl Sagan (1934–1996) était professeur d’astronomie à l’Université Cornell, un cosmologue brillant qui a écrit plus de 600 articles académiques et a été conseiller de la NASA pour des missions vers Vénus, Mars et Jupiter.

Sagan n’avait pas peur de mêler la politique à la science. Il a démissionné du Conseil scientifique de l’US air force pour protester contre la guerre du Vietnam, s’est publiquement opposé au programme de Guerre des étoiles et a été arrêté deux fois quand il manifestait contre les essais nucléaires états-uniens.

Sagan a utilisé la science pour son activisme dans la campagne contre la course à l’armement nucléaire. Il a fait des hypothèses sur les conséquences catastrophiques de la guerre nucléaire dans laquelle des tempêtes de feu, de la fumée et des poussières suspendues dans la haute atmosphère bloqueraient les rayons solaires, diminuant radicalement la température de la surface terrestre pendant des années au niveau des époques glaciaires.

Cette sombre vision a amené Sagan à modérer ses attentes d’une rencontre de vie extraterrestre intelligente. Il voyait la destruction de la civilisation par la guerre comme une perspective réelle et pas seulement sur Terre. Sagan et d’autres astronomes ont introduit cette limitation dans les prédictions du nombre de civilisation extraterrestres avancées habitant notre galaxie dans le dernier terme de l’équation de Drake.

Ce terme prend en compte la fraction de la durée de vie d’une planète habitable pendant laquelle elle est peuplée d’une civilisation technologique avant que cette société ne succombe au « piège posé conjointement par leur technologie et leurs passions ». Sagan a expliqué la tragédie de civilisations qui pourraient « prendre des milliards d’années d’évolution tortueuse pour surgir et puis s’effondrer dans un instant de manquement impardonnable ». Mais il avait pourtant l’espoir que des sociétés avancées puissent survivre leur « adolescence technologique » et éviter l’auto-destruction.

Sagan était un matérialiste et croyait en la raison et au progrès humains. Bien qu’il n’était pas marxiste, il admirait Léon Trotski et a confessé avoir passé clandestinement des copies de son Histoire de la Révolution russe en URSS.

Même les plus grands esprits sont limités par l’époque à laquelle ils vivent. Il peut être plus facile d’imaginer des voyages spatiaux au travers de trous de vers ou l’étirement de l’espace-temps que d’imaginer le type de société humaine nécessaire pour faire naître une exploration déterminée de l’univers.

Notre système économique et politique freine le développement par ses intérêts directs et la destruction dans les guerres et les crises économiques. La compétition entre capitalistes rivaux a freiné les avancées technologiques qui pourraient aider l’humanité et notre planète.

Parfois c’est fait consciemment — comme avec la lenteur de l’expansion de l’énergie renouvelable qui profite à l’industrie des combustibles fossiles. Chaque fois qu’un développement bénéfique mais non bénéficiaire est freiné d’une utilisation plus importante, cela retarde d’autres avancées qui se seraient basées sur celui-ci.

Mobiliser l’énergie de l’humanité et les ressources de notre planète pour un voyage vers les étoiles demandera un effort jamais vu dans notre Histoire. Les pré-requis pour un tel saut ne sont pas seulement technologiques mais aussi sociaux. Si l’humanité ne peut pas subvenir à son existence sur cette planète, comment pouvons-nous nous préparer pour quelque chose de plus grand ? Il est peu probable que nous soyons capables d’atteindre les étoiles sans une société gérée collectivement dans laquelle les humains pourraient réellement maîtriser les ressources de notre propre planète.

Source : http://redflag.org.au/article/our-place-cosmos
Traduction française pour Avanti4.be : Martin Laurent