Marre des Arkbares et des salamistes ? Rejoignez l’armée belge !

Jean Peltier 28 novembre 2013

L’invasion d’Arkbares venus d’Afrique du Nord a plongé nos contrées de Frankonie dans l’insécurité. Dans nos villes, des ghettos contrôlés par des prêcheurs salamistes, une version extrémiste du musolisme, forment des guériédines qui préparent une insurrection dans la région lardiennoise. Heureusement l’armée veille.

Non, vous n’êtes pas plongé dans un jeu de rôle débile circulant sur internet. Vous êtes au cœur du scénario qui a servi de toile de fond aux manœuvres d’une compagnie de Chasseurs Ardennais de l’armée belge en juin 2012, comme viennent de la révéler ce mercredi les journaux du groupe Sud Presse [1] !

Grandes manœuvres en couleurs

L’armée belge est une grande famille dont il faut bien occuper les membres. Comme on ne peut pas y faire des choses intelligentes tout le temps (comme envoyer des équipes d’intervention d’urgence aux Philippines ou ailleurs), on prépare et on organise des grandes manœuvres.

L’important dans ces manœuvres, c’est sans doute moins l’efficacité pratique que la formation politique des soldats. C’est pourquoi ces grandes manœuvres sont toujours accompagnées d’un texte d’accompagnement qui clarifie les raisons, les enjeux et le déroulement des manœuvres. Un peu comme un scénario pour un jeu de rôle grandeur XXXL…

Mais nous sommes dans un pays dé-mo-cra-ti-que, ne l’oublions jamais. Dès lors, si ces exercices doivent avoir nécessairement une cible définie comme ennemi, « celle-ci doit en principe être purement fictive et n’être liée ni à des sujets d’actualité, ni à des références politiques ». [2]

C’est sans doute pour cela que, pendant des décennies, les exercices ont opposé des Bleus (les bons) aux Rouges (les mauvais), que ceux-ci débarquaient de l’Est avec leurs grosses bottes couvertes de neige et que les Bleus pouvaient compter sur l’aide de tous leurs sympathiques amis de l’Ouest. Tout cela n’avait évidemment « aucun rapport avec un contexte politique précis » mais pouvait quand même être compris instantanément par le plouc de base.

Malheureusement, la chute du Mur de Berlin et la disparition de la « menace soviétique » ont sérieusement compliqué la tâche des créateurs de jeux de rôle militaires. Fallait-il dès lors suspendre ces joyeux divertissements faute de mode d’emploi ? Que non ! Il fallait simplement trouver un autre assortiment de couleurs qui tienne mieux compte de la marche du monde. Dès lors, adieu le rouge moscovite et vive le vert maghrébin.

Arkbares, Musolistes et Salamistes

Un vent mutin a apporté sur les bureaux de Sud Presse une copie du scénario d’un exercice militaire réalisé en juin 2012 dans la région de Bouillon. Cet exercice, intitulé Crack Hure, réunissait une centaine de membres de la Défense nationale – dirigeants, gradés et jeunes soldats – appartenant tous à la première compagnie des Chasseurs Ardennais de Marche-en-Famenne. Et à la lecture de ce scénario, on cesse de rire.

Car l’ennemi annoncé pour les participants aux manœuvres, c’est le « Salamisme ». Non, ce n’est pas un nom de code pour désigner des mangeurs de saucisson. Le Salamisme, c’est une version extrémiste du « Musolisme ». Qui, venant d’Afrique du Nord, a envahi les belles régions du « territoire Lardennois ». Mais, comme tout ceci n’est peu être pas encore assez clair, le scénario va détailler – sur 30 pages – la situation dramatique à laquelle doivent faire face les valeureux Chasseurs Ardennais.

« A la suite des invasions arkbares, venues du sud-méditerranéen, les différents souverains de Frankonie se sont efforcés d’assimiler les nouvelles populations et leurs identités propres ». « Mais une mouvance radicale s’est peu à peu imposée, dans le but de revenir aux origines, à savoir le musolisme. C’est ainsi qu’est né le Salamisme, beaucoup plus radical et exclusif encore que le musolisme ne l’est réellement. Le diahr, effort ou force en langue musole, est le maître mot de la conduite des musolistes ».

Le territoire Lardennois a été une cible de choix pour ces ennemis d’un nouveau genre. Mais, en bons Arkhabes, ces Salamistes ne combattent évidemment pas à visage découvert. Ils font leurs coups en traître. C’est pourquoi ils ont « conquis » des territoires qui sont devenus « des ghettos contrôlés, servant de base arrière et de zones de recrutement pour les organisations terroristes ». Le scénario très précis de cette conquête situe la période de 2003 à 2008 comme celle de « l’insurrection en Lardennois. Alors que la Francophonie se stabilise, grâce à l’appui de l’OTE, les écoles salamistes Shahar El Beek, Char El Roy et Marche El Fammen forment des guériédines ».

Pour ceux qui seraient malgré tout un peu dur de comprenure (nous sommes à l’armée, rappelons-le), le scénario intègre une carte de Belgique où ces villes fictives se situent précisément aux emplacements de Schaerbeek, Charleroi et Marche-en-Famenne. Et il précise encore que « l’influence du salamisme a plongé le pays dans l’insécurité ».

Enfin, pour être sûr que le soldat de base qui, malgré toutes ces informations, risquerait encore de ne pas reconnaître un ennemi salamiste le jour où il le croiserait en rue (ou en manœuvres), le scénario est agrémenté de la photo de Fouad Belkacem, le très médiatique dirigeant du groupuscule islamiste Charia4Belgium.

Impunité

Voilà donc ce qui a été servi comme scénario pour les manœuvres de cette compagnie des Chasseurs Ardennais : un condensé complet et précis de la vision du monde actuel telle qu’elle est véhiculée par les islamophobes les plus barrés et – surtout – par bon nombre de groupes fascistes. Avec ce qu’il faut de sous-entendus et de faux-semblants pour pouvoir prétendre que ce n’est qu’une œuvre « de fiction » tout en ne cachant rien des intentions de ses auteurs. Et avec ce qu’il faut de jeux de mots délicats – ah, ces « Arkbares », subtil mélange d’ « arabes » et de « barbares » ! - destinés à faire retentir un maximum de rires gras dans les casernes, histoire de gagner la sympathie des bas de plafond « qui ne font pas de politique mais qui pensent quand même que les maroufs se croient tout permis chez nous et qu’il est grand temps de faire quelque chose pour leur botter le cul et leur apprendre à respecter les Belges ».

Rappelons bien qu’il ne s’agit pas ici d’un scénario proposé par un militaire un peu dérangé qui aurait été renvoyé entretemps couler des jours heureux à l’infirmerie de sa caserne. Il s’agit bel et bien du scénario officiel qui a été développé, expliqué et appliqué lors de manœuvres de l’armée belge.

Depuis lors, il ne s’est pas trouvé un seul gradé ou galonné, qu’il ait été présent ou non à cette occasion, pour dénoncer publiquement ce qui s’est passé. Ni même, peut-on supposer, pour mettre de l’ordre en interne, puisque l’article de Sud Presse n’évoque pas du tout une telle réaction.

Cela signifie donc que des racistes allumés – qui sont sans doute en prime de vrais fascistes – peuvent impunément organiser l’encadrement politico-militaire de grandes manœuvres de l’armée belge. Et qu’ils peuvent le faire impunément.

On imagine sans peine l’état d’esprit qui doit régner dans les unités d‘élite de l’armée belge ainsi politiquement « formées » quand elles sont envoyées en manœuvres ou en intervention dans des pays peuplés d’Arkbares ou de Musolistes, comme par exemple en Afghanistan. Il vaut mieux qu’ils restent confinés dans les bases militaires sur place à faire blinquer le matériel plutôt que d’entrer en contact avec la population avec de telles joyeusetés en tête.

Contre l’ « ennemi intérieur »

Mais il n’y a pas que l’aspect « extérieur » de ce scénario qui joue ici. L’aspect « intérieur » pèse beaucoup plus lourd. Ce que doit combattre l’armée dans ce scénario, ce n’est pas une invasion de l’extérieur (ce qui est pourtant censé être la tâche prioritaire d’une armée nationale) puisque cette invasion d’Arkbares a déjà eu lieu entre 2003 et 2008 : c’est une « insurrection » (le mot est dans le scénario) de ces Arkbares, installés chez nous et fanatisés par leurs prêcheurs, qui est organisée dans nos Ardennes. Ce scénario, c’est donc celui de la préparation d’une intervention de l’armée belge dans une guerre civile entre « vrais belges » et « immigrés musulmans ».

On peut dès lors imaginer quel serait l’état d’esprit de ces mêmes militaires s’ils étaient impliqués dans des opérations de maintien de l‘ordre en Belgique. Ce n’est certes pas fréquent mais ce n’est pas non plus une vue de l’esprit : l’armée a été déployée dans le pays lors de la Grande Grève de l’hiver 60-61 quand la docilité de la police ne semblait plus garantie aux yeux des autorités ; l’armée a aussi été utilisée pour briser une grèves d’éboueurs dans les années ’80. Avec une telle vision de l’ennemi intérieur, on frissonne rien qu’à imaginer ce que donneraient des interventions de ces militaires à Droixhe ou aux Etangs Noirs.

Et enfin on serait bien étonné que les auteurs d’un scénario aussi réfléchi et détaillé aient réservé celui-ci à une centaine de Chasseurs Ardennais avant de le remiser au fond d’un tiroir. Et qu’ils ne l’aient pas fait circuler auprès de leurs amis dans divers postes de la police fédérale et communale – là où les « forces de l’ordre » sont en contact quotidien dans les « territoires conquis » et autres « ghettos contrôlés » avec des « salamistes » de tout poil.

A ne pas traiter à la légère

Le minimum à exiger aujourd’hui, c’est une solide enquête pour identifier les auteurs de ce scénario dégoûtant et imposer leur renvoi immédiat. Et, comme on peut penser qu’une partie des hauts responsables de l’armée ne mettra pas une énergie débordante pour enquêter et sanctionner, il est indispensable que les organisations syndicales présentes à l’armée - ainsi que les parlementaires des partis qui se disent attachés à la démocratie et à la lutte contre le racisme et les discriminations - mènent eux-mêmes leurs propres investigations pour faire toute la lumière sur cette affaire, repérer si d’autres cas semblables ont eu lieu et exiger des sanctions.

Car cet exercice clairement anti-musulman au sein de l’armée n’est pas un « détail » à prendre à la légère. Surtout à un moment où les derniers sondages électoraux montrent que 10% des Wallons pourraient voter pour des partis (Parti Populaire, Wallonie d’abord, La Droite,…) chez qui ce genre de scénario tient lieu de ligne politique.

Notes :


[1« Exercice anti-islam à l’armée : choquant ! », article de Nawal Bensalem, paru notamment dans La Meuse ce mercredi 27 novembre

[2Selon les termes du journaliste de Sud Presse, dont on ne sait s’il fait preuve d’un humour aiguisé ou d’une naïveté désarmante