Les étudiants amènent les mobilisations en Bulgarie à un autre niveau. Peuvent-ils rompre l’impasse politique ?

Tom Junes 19 novembre 2013

Depuis la fin octobre, les étudiants bulgares, exigeant la démission du gouvernement, ont occupé et bloqué des auditoires dans les universités à Sofia et ailleurs dans le pays. [1] Les actions des étudiants suivent plus de quatre mois de manifestations continues contre le gouvernement qui ont été provoquées par les cynisme de la classe politique du pays et son adhésion à la corruption généralisée. Le gouvernement actuel préfère faire comme si ce mouvement de protestation n’existait simplement pas. Ce qui a conduit à une impasse entre le gouvernement et ses soutiens d’une part et, d’autre part, les milliers de gens qui sont sortis dans les rues pour exiger non seulement sa démission mais aussi un niveau de base d’adhésion à des principes moraux et de responsabilité pour l’élite politique. Tout au long de l’histoire moderne, les mouvements étudiants de protestation ont souvent été un facteur catalysant le changement politique. L’issue du mouvement d’occupation étudiante en Bulgarie pourrait prouver une fois de plus que les étudiants comme groupe peuvent influencer l’évolution politique et historique des nations et des pays.

Le contexte des protestations étudiantes

Les manifestations qui se sont tenues durant l’été en Bulgarie sont la deuxième vague de manifestations anti-gouvernement en un an. Plus tôt cette année, en février, des dizaines de milliers de manifestants rendus furieux par les augmentation des prix de l’énergie sur fond de pauvreté, de chômage et de corruption sont sortis dans les rues. Les manifestations ont vu leur tournant dramatique quand sept personnes ont commis l’acte désespéré d’auto-immolation. Sous la pression populaire, le gouvernement de centre-droit de l’ancien Premier Ministre Boyko Borisov a démissionné et provoqué des élections anticipées. Le résultat des élections a cependant été problématique alors que le parti populiste de Borisov, Citoyens pour le développement européen de la Bulgarie (GERB) et le parti post-communiste, le Parti socialiste bulgare, ont obtenu une part quasi égale des votes empêchant toute possibilité de coalition sensée. De manière à exclure le GERB du pouvoir, un gouvernement minoritaire sous Plamen Orecharski a été formé par les socialistes et le parti ethnique des Turcs avec le soutien silencieux mais nécessaire d’Ataka, un parti de droite extrême et xénophobe étant donné qu’il est le seul autre parti qui a réussi à avoir des élus à l’Assemblée nationale. C’est une alliance improbable qui ne pouvait amener aucune avancée par rapport au gouvernement précédent.

Sur cette toile de fond, comme pour défier le destin, avec un establishment politique déjà déshonoré par ses pratiques de copinages et ses liens louches avec les milieux criminels, la coalition sous-tendant le gouvernement nouvellement formé du Premier Ministre Orecharski n’a pas perdu de temps en nommant Dylan Peevski, un notoire magna des médias, comme tête de l’agence de sécurité nationale. Presque immédiatement, des milliers de Bulgares, sous l’impulsion des médias sociaux, sont sortis dans les rues de Sofia pour protester contre la nomination de M. Peevski. La nomination a été rapidement annulée mais les manifestations ont continué avec l’exigence de la démission du gouvernement. Plus que ça, les manifestants, galvanisés qu’ils étaient par l’arrogance perçue de ce nouveau gouvernement mené par les socialistes ne manifestaient plus seulement contre les gouvernants en place. Comme l’analyste politique bulgare Ivan Krastev l’a fait remarquer durant l’été, les manifestations ne se sont plus seulement retrouvée dirigées contre le gouvernement mais « contre tout gouvernement qui traite les gens comme des meubles inutiles » [2]. De plus, il semble qu’il n’y ait pas de fin aux scandales endémiques de corruption parmi l’élite politique. Au moment d’écrire cet article, le vice-président du parlement, Hristo Biserov, venait juste de démissionner de toutes ses fonctions et a probablement fuit le pays à la suite d’allégations de faux, fraude fiscale et blanchiment d’argent [3]. Selon l’expert culturel bulgare Aleksander Kiossev qui a lui-même participé aux manifestations, le ressentiment général face à tous les partis politiques n’est que la conséquence logique du fait que la patience des gens avec l’establishment politique a atteint sa limite, débordée non seulement par le gouvernement actuel mais aussi pas le précédent. [4]

Étonnamment, à l’exception d’une escalade violente en juillet quand les manifestants ont essayé d’empêcher les parlementaires de quitter le Parlement, les manifestations ont été un phénomène carnavalesque et non violent sous la forme de rassemblements colorés quotidiens de milliers de personnes chantant « O-STAV-KA » [démission] en face du Conseil des ministres et du Parlement. Cependant, le gouvernement d’Orecharski a choisi de laisser passer la tempête et, plutôt que de démissionner, les membres du gouvernement et des partis dirigeants ont soit ignoré les manifestants, soit se sont servi de contre-manifestants payés, amenés de la campagne en espérant que la saison estivale de vacances allait entre temps affaiblir la résolution des manifestants. Alors que certains observateurs voient la supposée influence mobilisatrice des médias sociaux ou de l’impact global des manifestations en Turquie, au Brésil ou ailleurs comme la force motrice des manifestations, la stratégie du gouvernement a effectivement semblé montrer des signes de succès alors que le nombre de manifestants à Sofia a commencé a diminuer progressivement. [5]

Les étudiants prennent l’initiative

Cependant, les choses ont changé le 23 octobre quand les étudiants l’Université Saint Kliment Ohridski ont initié un sit-in dans le plus grand auditoire de l’université, l’auditorium 272. Ce jour-là, un cours devait être donné par Dimitar Tokuchev, un professeur de droit et le Président de la Cour constitutionnelle bulgare. Quelques jours plus tôt, la Cour avait statué la renomination de M. Peevski comme membre du parlement à la suite de l’annulation de sa nomination comme tête de l’agence de sécurité nationale. Cette décision a amené indignation et incrédulité — comme symbolisé par une offre anonyme de la Cour sur eBay le décrivant comme « très utile pour les membres de la mafia, les piliers et les membres corrompus du Parlement ». [6] Ça n’aurait donc pas du être une surprise pour Tokuchev qu’il allait faire face à des questions sur la décision de la Cour de la part de ses étudiants dont certains ont probablement participé aux manifestations. Cependant, bien qu’il ait été confronté à un barrage de questions d’étudiants concernant la décision, il a refusé de répondre et a préféré quitter l’auditoire. En réaction, les étudiants ont commencé un sit-in en exigeant des réponses à leurs questions voyant ça comme leur droit moral. Tandis que leur appel initial pour une explication de la décision légale était ignorée, la nouvelle du sit-in s’est répandue, encourageant les étudiants agités a proclamer une occupation au finish du bâtiment principal de l’Université, communément appelé le Rectorat, où l’auditorium 272 se situe. Les étudiants se sont rapidement organisés en se mettant d’accord sur certaines règles de conduite de base pendant la durée de l’occupation et, en écho avec les manifestations dans les rues, ont déclaré que la démission du gouvernement d’Orecharski était leur objectif. Dans les 24 heures de la fuite de Tokuchev de l’auditoire, le mouvement qui a été appelé dans l’environnement des médias sociaux #Occupy272 et #OccupySU était né. [7]

Depuis lors, le mouvement d’occupation s’est répandu dans d’autres université à Sofia et d’autres centres académiques de la côte de la Mer Noire aux rives du Danube ont suivi l’exemple de la capitale. Au moment de l’écriture de cet article, le mouvement d’occupation des étudiants implique 15 institutions d’enseignement supérieur. À partir du petit groupe initial d’occupants des premières heures de l’auditorium 272, un mouvement étudiant organisé à l’échelle nationale a émergé sous le nom de Ranobudnite Studenti [Early Rising Students] contre le cynisme de l’élite politique. Son centre de gravité reste situé dans le bâtiment principal de l’Université de Sofia où des leaders étudiants comme Ivaylo Dinev, qui est entretemps devenu une personnalité connue, ont coordonné les actions du mouvement plus large. Bien que les étudiants se sont confinés eux-mêmes dans les confins du Rectorat, ils peuvent compter sur beaucoup de sympathie au sein de l’Université, comme de la part de Gergana Dineva, chargée de cour en philosophie médiévale à l’Université de Sofia qui explique « essayer de soutenir les étudiants de différentes manières, de l’organisation de débats et de cours à l’écriture de lettres ouvertes, d’articles critiques et de déclarations officielles ». [8] Le soutien du professorat n’est pas apparent seulement à Sofia comme Dineva le fait remarquer : « le 28 octobre, nous avons fait une déclaration de soutien aux étudiants manifestants où nous disons de manière univoque que nous sommes derrière l’exigence de nos étudiants pour la démission du gouvernement de M. Orecharski, la dissolution immédiate de l’Assemblée nationale et la tenue d’élections anticipées. Cette déclaration a entretemps été signée par plus de 600 professeurs bulgares ».

Officiellement cependant, la plus haute autorité académique, le Conseil académique a une position plus réservée. Sa déclaration du 28 octobre dit « Le Conseil académique comprends et soutient les motifs des étudiants qui ont occupé le bâtiment du Rectorat en réaction au manque de moralité dans la vie politique, l’absence de préoccupation pour le futur des jeunes dans le pays et le non respect de leurs positions. Nous sommes convaincus non seulement que les jeunes ont raison mais aussi qu’ils doivent être encouragés à exprimer une position civique. ». Cependant, le Conseil ne soutien pas l’occupation en tant que telle : « Nous appelons les organisateurs et les participants à l’occupation à chercher d’autres formes de protestation qui ne fassent pas obstruction à la mission de l’Université. » [9]. Malgré cette position du Conseil, il n’a pas appelé à prendre des mesures pour arrêter l’occupation et les autorités de l’Université n’ont pris aucune mesure, autorisant de facto la poursuite de l’occupation.

Les étudiants amènent une nouvelle dynamique aux manifestations

Avec leurs occupations, les étudiant n’ont pas seulement rejoint les forces du mouvement de protestation plus large mais lui ont aussi donné une dimension plus permanente en donnant plus de visibilité aux revendications avec leurs calicots flottants aux fenêtres de l’Université pour que tout le monde les voie.

Bien que les étudiants voient leur occupation comme une action de protestation spécifique et séparée, des actions de solidarité avec le mouvement plus large font partie intégrante de l’occupation. Les manifestants anti-gouvernement dans les rues ont rapidement reconnu l’importance des occupations étudiantes en tenant des réunions devant le Rectorat pour soutenir les étudiants qui font maintenant partie de leurs actions quotidiennes de protestation. Des groupes d’occupants étudiants participent aussi aux actions dans les rues. [10] Les étudiants ont également organisé des actions de type flash-mob en dehors des universités, comme des blocages de trafic dans les carrefours à proximité. Des étudiants de l’Académie nationale de théâtre et de cinéma ont régulièrement donné des représentations de théâtre de rue en plus de rejoindre l’occupation. [11] Mais une des actions étudiantes les plus prolifique s’est tenue quelques jours avant le commencement de l’occupation quand un petit groupe d’étudiants est entré dans le hall principal du Parlement et a dévoilé un calicot « N’êtes-vous pas honteux de vous-mêmes ? » devant les parlementaires réunis et les caméras de la télévision nationale. Bien que leur calicot ait été rapidement enlevé, les étudiants n’ont pas été arrêtés mais invités à une discussion avec le président du Parlement Mikhaïl Mikov. La franchise de ce dernier a laissé une impression durable quand il a dit aux étudiants qu’il « ne souciait pas de l’opinion des gens, ni de ceux qui manifestent, ni de ceux qui sont silencieux, ni de ceux qui l’ont élu ». [12] Bien que Mikov pourrait être complimenté pour son honnêteté, l’expression d’un tel cynisme de la part de la classe politique du pays et son mépris pour les gens qu’elle est censée représenter ne font que renforcer ce pour quoi les étudiants se battent. Les étudiants qui ont amenés ce calicot au Parlement sont en réalité ceux qui ont initié l’occupation.

Pendant plus de quatre mois, le gouvernement n’a pas bougé face aux manifestations dans la rue mais les occupations dans les universités pourraient changer cette donne. Les actions des étudiants ont les potentiel de mettre fin à l’impasse entre le mouvement de protestation non-organisé et l’intransigeance du gouvernement pour un certain nombre de raisons. Malgré le caractère fermé de l’occupation, son centre nerveux, le bâtiment principal de l’Université est localisé sur l’avenue principale où les manifestations quotidiennes ont lieu. Depuis le début de l’occupation, les manifestants se sont réunis à cet endroit en soutien aux étudiants. Ces derniers ont donc amené une nouvelle motivation pour se mobiliser tandis que les meneurs de l’occupation ont émergé comme porte-parole et figures des protestations. Symbolisant la nouvelle génération, les étudiants envoient aussi un message important au public plus large. Comme groupe, ils ont choisi de résister ensemble plutôt que de chercher individuellement une meilleur situation chez eux ou à l’étranger. Leurs actions ont résonné au delà des milieux académiques et il y a même des Sofiotes plus âgés qui préparent des repas pour les occupants.

Les réseaux d’amis sont cruciaux pour le mouvement

En plus d’avoir redonné vigueur aux manifestations, les étudiants ont procuré au mouvement un réseau et une structure organisationnelle coordonnée potentielle. Alors qu’ils utilisent les médias sociaux comme base de de source d’information pour propager des nouvelles du mouvement, le niveau d’organisation des occupants est au delà de ce qui est atteignable avec Twitter et Facebook. Les étudiants ont leurs propres gardiens volontaires dans les bâtiments occupés, ils ont interdits la consommation d’alcool et gardent les bâtiments aussi propres que possible. Des actions coordonnées — pas des tweets où des likes sur Facebook — est exactement ce dont les mouvements carnavalesques de l’été avaient besoin. Bien que les médias sociaux semblent avoir effectivement joué un rôle pour amener les gens à manifester dans le centre de Sofia depuis le mois de juin, les actions organisées des étudiants sont basées sur des liens plus solides entre les participants. Un des occupants, Manol Glichev admet « Les médias sociaux peuvent être utiles mais il y a beaucoup de spam aussi. Pour l’organisation de l’occupation, les réseaux d’amis sont décisifs. ». [13] Plus que ça, les étudiants prennent leurs décisions en groupe et à l’intérieur du bâtiment occupé, les médias sociaux n’ont bien sûr aucun rôle dans le processus de prise de décision. Comme Glichev l’explique : « Quand il s’agit de décisions de stratégie, l’assemblée générale de l’occupation vote démocratiquement. La tâche de garde a été organisée rapidement et les règles de sécurité acceptées. ». L’expérience collective d’occuper et de s’organiser crée aussi des liens entre les activistes qui sont plus personnels et plus forts non seulement que la participation à des interactions en ligne mais aussi que la participations passives à des manifestations.

L’importance des réseaux d’amis en relation avec la solidité des mouvements sociaux a été démontrée par exemple par l’activisme étudiant des années 60. Les médias sociaux peuvent aider à prendre conscience des problèmes mais un activisme plus à risque nécessite plus que la possibilité de diffusion de masse de l’information. Cela nécessite de l’investissement et de l’expérience partagée qui donnent la base à la solidarité avec laquelle les activistes peuvent compter les uns sur les autres. [14] Il y a aussi le problème du niveau de secret qui est parfois nécessaire dans les actions de protestation organisées, ce qui est contraire au caractère ouvert et public des médias sociaux. L’occupation à l’Université de Sofia a commencé d’un petit groupe d’étudiants qui avait déjà pris part à des actions de protestation ensemble et sont venus intentionnellement et bien préparés au cours de Tokuchev dans l’auditorium 272 le 23 octobre. Comme le meneur étudiant Ivaylo Dinev témoigne : « Parader dans les rues ne nécessite aucun courage, il n’y a pas beaucoup de passion et de folie dans ces marches. Une occupation est quelque chose de différent. Elle teste l’énergie mentale et physique de chacun de nous. Une occupation est comme créer un État dans l’État. […] Pour mettre en œuvre une occupation, il faut de la folie, pour la faire durer, de l’auto-organisation. ». [15] L’élément d’organisation n’est pas limité à l’occupation en elle-même mais les étudiants sont aussi à la barre d’initiatives plus larges comme le 1er novembre, un jour de congé officiel à l’université honorant des personnalités nationales, lorsque les étudiants et leurs professeurs ont manifesté sous le slogan « Réveillez-vous ! ». [16] Le mouvement étudiant amène avec lui organisation, coordination, processus démocratique et leadership. Les actions des étudiants pourraient amener des ingrédients cruciaux qui manquaient au mouvement plus large de protestation.

Les risques et les problèmes de l’action étudiante

En plus d’un réseau organisationnel fort et en expansion, les occupants font face à moins de risques de répression car le gouvernement ne peut légalement — grâce au principe d’autonomie de l’Université — envoyer la police sans demande explicite du Recteur. La probabilité que cela arrive est très faible comme le commente Manol Glichev : « Nous ne faisons pas confiance en la police. La police ne nous protégera pas mais ils n’auront pas le droit de rentrer dans l’Université et le Recteur serait politiquement mort si il appelait la police. ». Le gouvernement a cependant eu recours à d’autres tactiques. Le dimanche 27 octobre, un groupe de jeunes voyous, emmenés par l’aile étudiante du Parti socialiste bulgare et accompagnée par un membre du Parlement, est entré dans l’Université pour intimider les occupants. Bien qu’ils ne soient pas parvenus à entrer dans le bâtiment occupé car les patrouilles étudiantes avaient fermé les entrées du bâtiment, forçants les voyous à se limiter à déchirer les calicots des étudiants. L’incident a été télévisé et le film est devenu viral sur les médias sociaux bulgares. Les étudiants ont alors appelé les manifestants à les soutenir contre de tes actes de violence, ce à quoi beaucoup ont répondu. [17] À l’intérieur du bâtiment occupé, les étudiants ont maintenant barricadé les entrés avec des caisses et des meubles tandis que des gardes surveillent le périmètre pour se protéger de nouvelles attaques. [18] Bien que des incidents violents soient survenus ailleurs aussi, la menace principale vient des enseignants pro-gouvernements. Parlant aux étudiants occupant l’Université d’économie nationale et mondiale, son Recteur, Stati Statev qui est un ancien agent de la Sécurité d’État communiste, a publiquement dit que « la seule chose qui vous protège est que je n’ai pas beaucoup de respect pour vous ». Avec un ton dégradant, il a continué « Pour le moment, vous faites seulement obstruction, vous êtes juste dans le chemin. Le reste est une illusion. ». Ces commentaires ont été filmés. [19] En réaction, lors d’une conférence de presse organisée par les occupants de l’Université de Sofia, les étudiants ont exigé sa démission. [20]

Malgré tout, alors que les étudiants ont transformé l’Université en leur champ de bataille, le problème de l’autonomie de l’Université a été évoqué par des professeurs et des étudiants qui sont critiques envers l’occupation et soutiennent que l’Université ne doit pas être un théâtre d’activité politique partisane. Mais comme Maya Grekova, professeur de sociologie qui soutient publiquement l’occupation le clarifie, « autonomie signifie autonomie face à l’intervention de l’État dans l’organisation et la gestion des universités ce qui, selon la loi sur l’autonomie des universités, laisse un espace pour des actions responsables au nom de l’intérêt commun/public ». [21] En effet, la disposition de l’université procure au mouvement une protection adéquate. Une autre accusation propagée par des membres du gouvernement et des opposants à l’occupation est que les occupants ont jeté le chaos dans l’université, perturbent son fonctionnement normal et empêchent la majorité des étudiants de suivre l’enseignement. Bien qu’il soit vrai que les étudiants ont suspendu certains cours qui se tenaient dans le bâtiment principal, la réalité est loin des accusation des opposants comme le précise Manol Glichev : « Le programme habituel est remplacé par des cours d’occupation qui traitent de sujets comme les problèmes de droits civiques et les problèmes politiques. ». L’impact des cours supprimés n’a pas mené au chaos comme la Professeur Grekova l’explique : « Je ne dirait pas qu’il y a un quelconque chaos dans l’Université étant donné que seul le bâtiment principal est occupé et que les étudiants ont établi un ordre immaculé. Ils montrent une maturité extraordinaire aussi bien dans leurs déclarations que dans les textes qu’ils publient sur Internet. ». La professeur assistante Gergana Dineva ajoute que « l’administration ne s’est pas arrêtée de fonctionner, les professeurs n’ont pas arrêté de travailler. Seule quelques disciplines ont quelques difficultés à appliquer leur programme normal. La bibliothèque de l’Université qui est située dans le bâtiment occupée fonctionne normalement et tous les étudiants qui peuvent montrer leur carte d’étudiant peuvent entrer et sortir librement du bâtiment. Les conférences prévues ainsi que les examens d’État finaux ont tous lieux. ».

La politique de l’occupation

La seule chose qui a changé dans la vie quotidienne de l’Université est que « les professeurs et les étudiants débattent maintenant de la situation politique et sociale actuelle de manière plus animée que jamais » comme le dit Dineva. À l’Université de Sofia, le professorat est dans une position assez ambigüe mais la situation dans d’autres universités est clairement pire comme le professeur Grekova nous l’explique : « Notre situation, celle des professeurs qui soutiennent les manifestations mais qui continuent à donner cours à des étudiants qui ne soutiennent pas les manifestations de leurs condisciples est compliquée. Mais la situation est encore plus difficile dans d’autres universités où, même si les étudiants n’occupent qu’un seul auditoire, les réactions de l’administration sont extrêmement négatives. » Le gouvernement a aussi essayé de manipuler et de provoquer les occupants directement. Le Ministre de l’éducation les a invité à discuter de leurs revendications. Les occupants ont immédiatement rejeté cette proposition parce qu’ils veulent que le gouvernement démissionne et qu’ils ne vont donc pas négocier avec ses membres. Le Ministre a alors organisé une rencontre avec les organisations étudiantes pro-gouvernement qui ont dénoncé le mouvement d’occupation. En protestation, des professeurs ont publié une déclaration se référant à la Charte des étudiants de l’Union européenne dans laquelle ils condamnent fortement les tactiques de « mensonges et mafiaisation » : « L’utilisation de telles pratiques totalitaires de contrôle et de pression contre ceux qui pensent différemment viole l’autonomie des institutions d’enseignement supérieur. […] Appeler ceux qui sont mécontent à de telles rencontres est une tentative de contrôle direct d’un parti sur tous les étudiants et les professeurs qui les soutiennent et délégitimise une fois de plus le gouvernement actuel ». [22]

En dehors du gouvernement et des éditorialistes, qu’ils soient de gauche ou de droite, qui calomnient les actions des étudiants, d’autres observateurs moins investis politiquement ont été critiques ou condescendants envers eux dans les médias. Certains d’entre eux voient l’occupation comme trop politique tandis que d’autres, au contraire, accusent les étudiants de ne pas exprimer de revendications politiques suffisamment claires. Une bonne part de la confusion vient du fait que les étudiants ont explicitement déclaré qu’ils ne soutenaient aucun parti politique, présentant l’occupation comme une forme d’anti-politique. Anti-politique veut dire ici que les Ranobudnite Studenti et leurs actions sont centrées sur l’activité civique dans la société plutôt que sur la question politique de l’État. [23] Cependant, anti-politique dans le cas bulgare actuel n’implique pas une attitude apolitique ou des revendications apolitiques — telles que le gouvernement le voudrait — mais une position non liée à un quelconque parti politique ; ce qui n’est donc pas incompatible avec l’exigence de démission du gouvernement. Comme le sociologue bulgare Boyan Snepolski l’a souligné dans Kultura : « Les protestations des étudiants d’aujourd’hui représentent une protestation sociale significative dans le sens de la réhabilitation de la société contre le règne arbitraire de la classe politique. La revendication de séparation de la politique et du clientélisme est au delà de la division droite/gauche. Pour les politiciens d’aujourd’hui, il existe seulement des intérêts privés qu’ils présentent dans des médias qui les servent aux citoyens comme d’intérêt public. Pour eux l’intérêt public est à peine une fiction médiatique. En conséquence, pour tous les citoyens pour qui l’intérêt public n’est pas seulement une fiction médiatique, qu’ils soient de “gauche“ ou de “droite”, la cause des étudiants bulgares est leur cause commune et ils devraient la soutenir ». [24]

Bien que la question de savoir à quel point les revendications des étudiants sont spécifiques ou politiques semble être un sujet populaire à commenter, ce n’est pas l’élément le plus important de l’occupation. Depuis le début de l’occupation, les étudiants ont pratiqué une forme de démocratie participative avancée, prenant leurs décisions en votant en assemblée générale. Les auditoires universitaires comme le 272 sont assez adéquats pour ça. Cette implication démocratique inclusive des participants à l’occupation contraste à tout niveau avec leur perception de la gestion du pays. Le fait que le Rectorat de l’Université de Sofia se trouve à seulement quelques centaines de mètres du Parlement sur la même avenue centrale a une forte conséquence symbolique. De plus, il est important de souligner que les étudiants voient leur actions au travers de leur position spécifique d’étudiants. Ils ont donné délibérément à leurs actions une identité étudiante et veulent atteindre la société ainsi. Bien qu’ils aient formé des groupes de travail pour discuter des problèmes du pays et réfléchir à leurs propres solutions, ils ont explicitement exprimé leur volonté de participer au débat sur le futur du pays, mais seulement après la démission du gouvernement. [25] Cela ne veut pas dire — comme certains le disent — qu’ils n’ont pas de position. Le 9 novembres, les occupants de l’Université de Sofia ont lu une lettre ouverte résumant leur position au sujet de l’enseignement supérieur lors d’une conférence de presse qu’ils ont organisé : « Nous revendiquons plus d’autonomie pour les étudiants ainsi que leur inclusion au processus de prise de décision. Il faut donner à la jeunesse bulgare la possibilité de prendre des responsabilités et de faire des choix qui affectent la communauté — en bref, d’être participants actifs au contrat social ». [26] Leur pratique de l’anti-politique et leur démocratie participative sont des expériences vitales qui donnent une leçon importante de démocratie ouverte, un exemple qui peut s’étendre plus loin dans le mouvement plus large.

Le rôle historique des étudiants

Une autre raison pour laquelle les manifestations étudiantes sont importantes est qu’il y a un fort précédent historique qui témoigne en faveur de leurs actions. D’un point de vue historique plus général, les mouvements étudiants ont souvent été au cœur de développements importants qui ont amené à des changements politiques, en particulier quand ils étaient en phase avec le mouvement social plus large. Dans la plupart des pays européens, on se rappelle surtout à une mémoire plus distante comme 1968, mais pas en Bulgarie. En 1997, pendant une vague de grande envergure de manifestations anti-gouvernement, les étudiants avaient aussi occupé l’Université et les membres de cette génération d’étudiants ont fait part de leur soutien envers les occupants actuels, voyant des causes communes avec leur propre combat d’il y a 16 ans. [27] Un des vétérans de 1997, Dimitar Betchev, dirigeant du bureau de Sofia du Conseil européen pour les relations étrangères, décrit la solidarité avec les occupants actuels comme suit : « Notre présence à l’Université est symbolique, nous ne sommes pas venus pour dire au étudiants ce qu’il faut faire, ils sont assez matures. Nous trouvons qu’il était important de venir pour montrer notre soutien. Ils pourraient être attaqués dans les médias comme en 1997 quand nous avons subis une campagne de diffamation. Dans de telles circonstances, il est important de montrer son soutien. » [28] Betchev insiste aussi sur le fait que les temps ont changé et que les anciennes générations ne doivent pas traiter avec condescendance la nouvelle génération d’étudiants : « Ils — les étudiants d’aujourd’hui — ont un style différent. En 1997, nous avions eu un long débat pour savoir si nous allions rejoindre les manifestations des anti-gouvernement ou lancer notre propre occupation. La génération actuelle a directement opté pour une occupation. Ce n’est pas à nous de leur dire ce qu’ils doivent faire, nous pouvons partager nos conseils mais ce sont eux qui mènent la lutte. ».

En dehors du mouvement étudiant de 1997, il y a eu d’autres occasions dans l’histoire récente où les étudiants se sont politisés comme en 1990. [29] Mais les occupants d’aujourd’hui invoquent un autre symbole historique des protestations étudiantes : la révolte étudiante quasi mythique de 1968 en France. Bien qu’il y ait bien évidemment des différence entre l’Europe de l’Ouest de période de guerre froide des années 60 et la situation actuelle en Bulgarie, on peut comprendre pourquoi l’exemple inspire. En 1968, les étudiants se sont rebellés radicalement contre le pouvoir. Ils ont aussi pratiqué des formes de démocratie participative et ont réussi à changer leur réalité politique. Un des slogans phares de l’esprit de 1968 était « Soyez réaliste, exigez l’impossible ». Les étudiants bulgares font aujourd’hui écho à ce slogan en demandant au gouvernement de démissionner. Ils s’opposent à l’entièreté de l’establishment politique, pas seulement les partis du gouvernement mais aussi le seul parti d’opposition, le GERB qui était à la tête du gouvernement précédent. Près d’un quart de siècle après la fin du régime communiste, la situation politique de la Bulgarie est encore loin de ressembler à une démocratie transparente et réellement ouverte où le gouvernement est élu par le peuple et gouverne pour le peuple. Dans ce sens, beaucoup pourraient penser que les étudiants demandent l’impossible mais les jeunes Ranobudnite Studenti sont néanmoins réalistes. Ils ont choisi de se battre. Ils sont réalistes parce qu’ils savent que pour qu’il y ait un changement, ils doivent exiger ce qui parait impossible aujourd’hui et ils ont montré qu’ils ont le courage de le faire. Il est important aussi qu’ils soient, comme étudiants, imprégnés d’une mission envers la société. C’est une caractéristique commune des mouvements étudiants qui ont joué un rôle important dans l’histoire. [30] Aujourd’hui, les occupants étudiants semblent effectivement inspirés par une certaine idée d’avoir une mission, que comme membre de la jeune génération, ils peuvent amener le changement. Un slogan sur un de leur calicot attaché à la façade de l’Université le dis clairement : « 1968-1997-2013… Maintenant, c’est notre tour ! ».

Pas de conclusion mais une impression de force

Au moment de l’écriture de cet article, après plus de deux semaines d’occupation des universités par les étudiants, le mouvement a décidé de tester sa force. Alors que des sondages récents indiquent que 60% des Bulgares les soutiennent, des sondages similaires ont été cités dans le passé concernant le soutien électoral et montrent une tendance à un niveau de soutien continu pour les partis politiques au pouvoir. Cependant, en définitive, le réel support (juste et transparent) ne se mesure pas dans des sondages mais dans les urnes. Pour un mouvement social, sa force est mesurée par le nombre de personnes qu’il peut mobiliser. Alors que le mouvement d’occupation entrait dans sa troisième semaine, le Ranobudnite Studenti se dirige dans ce sens. Ils ont lancé un appel pour une « Marche de la justice » le 10 novembre. La date n’a pas été choisie au hasard étant donné que c’est le 24e anniversaire de l’éviction de Todor Jivkov, l’ancien dirigeant communiste dont l’éviction a été le symbole de la fin du régime communiste. La symbolique de la date choisie pour la lutte actuelle des étudiants est spécialement importante parce qu’ils voient la transition comme incomplète alors que beaucoup d’entre eux n’était même pas nés à l’époque de la chute de Jivkov en 1989. Dans leur appel public pour se rassembler devant le bâtiment principal de l’Université de Sofia avant de se diriger vers le Parlement et le Conseil des ministres, les étudiants ont appelé, entre autres, à « une politique publique responsable dans l’enseignement, la nomination à des postes gouvernementaux uniquement pour des professionnels prouvés et la fin de l’utilisation des médias étatiques pour la propagande de parti. » [31]

Ce qui a eu lieu n’a pu que faire une bonne impression sur les jeunes occupants. Plus de 15000 personnes ont répondu à leur appel et une procession massive d’étudiants soutenus par des Bulgares de toutes générations ont marché dans les avenues de la capitale. [32] De plus, la manifestation a été coordonnée avec soin par les étudiants eux-mêmes. Ils étaient à la barre : ce sont eux qui se sont adressés à la foule, ils ont fait une flash-mob pastichant la démission du Premier Ministre et leur service de sécurité a assuré la bonne marche des milliers de manifestants. En seulement deux semaines, les étudiants ont canalisé le ressentiment grâce à leurs actions et ont fourni au mouvement de protestation plus large une organisation, un leadership visible et, encore plus important, redonné vigueur au mouvement dans son ensemble.

Les historiens se doivent prendre un peu de recul et il reste donc à voir si le mouvement de protestation étudiant va faire l’histoire ou la changer. Cependant, comme l’a déclaré Ivaylo Dinev, un des meneurs et porte-parole de Ranobudnite Studenti, lorsqu’il s’est adressé aux milliers de manifestants devant le bâtiment principal occupé de l’Université de Sofia : « Nous n’adressons pas notre message seulement aux politiciens. Nous l’adressons à tout le monde. […] Nous, les enfants de la Transition, avons pris le relais. Oui, peut-être que nous nous précipitons un peu. Mais nous sommes conscients que les changements prennent du temps et que le temps a besoin d’actions. Nous n’avons pas de vaines illusions. Nous croyons en nous et aux gens. Nous avons du courage et de la patience. Nous avons une raison morale d’être là. Une raison d’être unis. Une raison de se battre. Une raison de manifester, de faire grève, d’occuper. La raison est que nous agissons sur le présent pour avoir un futur en Bulgarie. » [33]

Source : www.iwm.at. Traduction française pour Avanti4.be par Martin Laurent.


[1Les citations d’interviews de cet article viennent de ceux menés par l’auteur du 6 au 8 novembre 2013 en anglais. L’auteur remercie Maya Grekova, Gergana Dineva, Dimitar Betchev et Manol Glichev leur volonté de partager leurs vues. L’auteur voudrait aussi remercier Elitza Stanoeva pour son aide et en particulier pour sa traduction de sources bulgares.

[2Ivan Krastev, “Why Bulgaria’s Protests Stand Out in Europe,” theguardian.com, http://www.theguardian.com/commentisfree/2013/jul/30/bulgaria-protests-europe/print [dernier accès 10/11/2013].

[3“Hristo Biserov Has Left Bulgaria,” FOCUS News Agency, http://www.focus-fen.net/index.php?id=n318417 [dernier accès 10/11/2013].

[4“Kiossev : ‘There’s a Moral Solidarity in Bulgaria’,” DW.de, http://www.dw.de/kiossev-theres-a-moral-solidarity-in-bulgaria/a-16974332 [dernier accès 10/11/2013].

[5“Birth of a Civil Society,” The Economist, http://www.economist.com/news/europe/21580522-new-government-looks-unlikely-last-long-noresharski-noligarchy [dernier accès 10/11/2013] ; Boyko Vassilev, “They Want It Now”, Transitions Online, http://www.tol.org/client/article/23848-they-want-it-now.html?print [dernier accès 10/11/2013].

[6G. K., “Students on the Barricades,” The Economist, http://www.economist.com/blogs/easternapproaches/2013/10/bulgaria [dernier accès 10/11/2013].

[7Thomas Seymat, “Bulgarian Students Join Anti-government Protests, Occupy University Buildings,” Euronews, http://www.euronews.com/2013/10/28/in-bulgaria-students-join-anti-government-protests-occupy-university-buildings/ [dernier accès 10/11/2013].

[8Interview avec Gergana Dineva.

[9“Академичният съвет : Да намерят други форми на протест. Студентите : Окупацията продължава,” Дневник, http://www.dnevnik.bg/bulgaria/2013/10/28/2170270_akademichniiat_suvet_da_nameriat_drugi_formi_na/ [dernier accès 10/11/2013].

[10Thomas Seymat, “‘Wake up !’ Bulgarian students take to the streets to ‘change [their] future’,” Euronews, http://www.euronews.com/2013/11/01/wake-up-in-bulgaria-students-take-the-streets-to-change-their-future-/ [dernier accès 10/11/2013].

[11“Bulgarian student protests continue amid allegations of phone-tapping, threats,” The Sofia Globe, http://sofiaglobe.com/2013/10/31/bulgarian-student-protests-continue-amid-allegations-of-phone-tapping-threats/ [dernier accès 10/11/2013].

[12Елена Друмева, “Ивайло Динев ‘Осъзнаваме, че сме се влели във времето. Или ще сме провал, или ще сме за пример.’,” Sofia Live, http://www.sofialive.bg/heroes/nash-chovek/449-ivajlo-dinev.html [dernier accès 10/11/2013].

[13Interview avec Manol Glichev.

[14Malcolm Gladwell, “Why The Revolution Will Not Be Tweeted,” The New Yorker, http://www.newyorker.com/reporting/2010/10/04/101004fa_fact_gladwell?printable=true¤tPage=all [dernier accès 10/11/2013].

[15Стела Стоянова and Борислава Енчева, “Ранобудният Vs. Неспящият : Студентите Ивайло Динев и Кристиян Калчев стоят от двете страни на барикадата,” Standart News, http://paper.standartnews.com/bg/article.php?d=2013-11-01&article=470742 [dernier accès 10/11/2013].

[16Thomas Seymat, “‘Wake up !’ Bulgarian students take to the streets to ‘change [their] future’,” Euronews, http://www.euronews.com/2013/11/01/wake-up-in-bulgaria-students-take-the-streets-to-change-their-future-/ [dernier accès 10/11/2013].

[17“Protesting students will join anti-govt protest in Bulgaria”, FOCUS News Agency, http://www.focus-fen.net/?id=n317664 [last accessed 10/11/2013].

[18Charlotte Mcdonald-Gibson, “Students invoke spirit of ’68 in fight to rid Bulgaria of corruption,” The Independent, http://www.independent.co.uk/news/world/europe/students-invoke-spirit-of-68-in-fight-to-rid-bulgaria-of-corruption-8929682.html [last accessed 10/11/2013].

[19“Ректорът на УНСС към окупиралите зала студенти : Това не е ваш дом и дай боже да не бъде,” Дневник, http://www.dnevnik.bg/bulgaria/2013/11/08/2177515_rektorut_na_unss_kum_okupiralite_zala_studenti_tova_ne/ [last accessed 10/11/2013].

[20“Ранобудните студенти поискаха оставката на ректора на УНСС,” VideoNews.bg, http://www.videonews.bg/novini/video/ranobudnite-studenti-poiskaha-ostavkata-na-rektora-na-unss [last accessed 10/11/2013].

[21Interview avec Maya Grekova.

[22Александра Маркарян, ” Преподавателите : С тоталитарни практики правителството притиска студентите ни,” OFFNews,bg, http://offnews.bg/index.php/264151/prepodavatelite-s-totalitarni-praktiki-pravitelstvoto-pritiska-studentite-ni [dernier accès 10/11/2013].

[23David Ost, Solidarity and the Politics of Anti-Politics : Opposition and Reform in Poland since 1968 (Philadelphia : Temple University Press, 1990), 2.

[24Боян Знеполски, ” Реформиране на един крак ?,” Култура, http://www.kultura.bg/bg/print_article/view/21510 [dernier accès 10/11/2013].

[25“Ранобудните студенти поискаха оставката на ректора на УНСС,” VideoNews.bg, http://www.videonews.bg/novini/video/ranobudnite-studenti-poiskaha-ostavkata-na-rektora-na-unss [dernier accès 10/11/2013].

[26“Bulgarian Student Protesters Demand Educational Reforms,” Novinite.com, http://www.novinite.com/articles/155388/Bulgarian+Student+Protesters+Demand+Educational+Reforms [dernier accès 10/11/2013].

[27Dimitar Betchev, “Pourquoi nous devons protester avec les étudiants,” Courrier International, http://www.courrierinternational.com/article/2013/11/01/pourquoi-nous-devons-protester-avec-les-etudiants [dernier accès 10/11/2013].

[28Interview avec Dimitar Betchev.

[29Boyko Vassilev, “Occupy Alma Mater”, Transitions Online, http://www.tol.org/client/article/24035-bulgaria-students-protesters-occupy.html [dernier accès 10/11/2013].

[30Tom Junes, “Oppositional Student Politics in Poland and South Africa : Youth Rebellion as a Factor in the Demise of Communism and Apartheid,” Studia Historyczne LV, no. 3-4 (219-220) (2012) : 391-92.

[31“Bulgarian anti-government student protesters plan nationwide ‘March of Justice’ protest for November 10,” The Sofia Globe, http://sofiaglobe.com/2013/11/08/bulgarian-anti-government-student…otesters-plan-nationwide-march-of-justice-protest-for-november-10 [dernier accès 10/11/2013].

[32Над 15 000 връчиха оставката на Орешарски, Цариградско шосе блокирано,” OFFnews.bg, http://offnews.bg/index.php/264860/nad-15-000-vrachiha-ostavkata-na-oresharski-tsarigradsko-shose-blokirano-video [dernier accès 10/11/2013].

[33“Ивайло Динев : Настояваме за настоящето, за да имаме бъдеще в България,” Дневник, http://www.dnevnik.bg/bulgaria/2013/11/10/2178927_ivailo_dinev_nastoiavame_za_nastoiashteto_za_da_imame/ [dernier accès 10/11/2013].