Le sens de notre solidarité avec le peuple grec

Lee Sustar 29 janvier 2015

Le sens de notre solidarité avec le peuple grec

Il peut sembler étonnant qu’une élection dans un petit pays de moins de 12 millions d’habitant-e-s puisse susciter une si grande inquiétude dans les ministères, de Berlin à Paris, ainsi qu’au QG de l’Union européenne à Bruxelles. Mais, comme l’écrivait le vieux Lénine, la solidité de la chaîne impérialiste se mesure à celle de son maillon le plus faible, et la Grèce répond certainement à cette définition.

Pourquoi tant d’intérêt pour les élections grecques ?

La crise en Grèce a émergé suite à la panique financière d’octobre 2008, quand le gouvernement n’a plus été en mesure d’honorer le service de sa dette. La Commission européenne, bras exécutif de l’UE, est alors entrée en jeu, avec la Banque centrale européenne (BCE) et le Fond monétaire international (FMI). Connus collectivement sous le nom de « troïka ». Ces entités ont été d’accord de participer à un plan de sauvetage du système financier grec, à condition que le gouvernement sabre les emplois et les salaires du secteur public, effectue des coupes claires dans les dépenses sociales et privatise des services gouvernementaux. Simultanément, les taxes régressives, qui frappaient déjà durement les salarié-e-s, ont encore augmenté, les recettes de l’Etat sortant du pays pour le service de sa dette étrangère.

Les promoteurs de l’austérité prétendaient que ces méthodes seraient efficaces, grâce à la diminution des coûts salariaux en Grèce, pour – disaient-ils – relancer les investissements dans l’économie. Ça n’a pas marché. Le premier plan de sauvetage a dû être suivi d’un second. Et un troisième était encore en discussion quand le gouvernement conservateur d’Antonis Samaras s’est effondré en décembre dernier.
Des fonds étaient nécessaires pour permettre au gouvernement grec de continuer à honorer le service de sa dette. Or, l’économie grecque a plongé comme jamais depuis la Grande dépression, tandis que le poids relatif de ses créances continuait à augmenter, atteignant 175% de son PIB en 2013 et 168% aujourd’hui.

En 2012, le spectre de la sortie possible de la Grèce de l’euro, monnaie commune à 19 pays européens, a suscité des vagues de panique financière, alors que SYRIZA était à deux doigts de remporter les élections nationales. Certes, l’économie grecque reste assez petite à l’échelle européenne, avec un PIB de 242 milliards de dollars en 2013, comparé aux 2100 milliards de l’Italie ou aux 1400 milliards de l’Espagne, pays également embourbés par une croissance anémique. Une panique bancaire en Grèce ou un défaut de paiement de la dette grecque aurait pu avoir un effet domino sur d’autres banques européennes et conduire les investisseurs à liquider leurs obligations d’Etat italiennes ou espagnoles, créant d’énormes problèmes pour ces pays.

Plus récemment, l’économie grecque a connu une petite reprise, suite à son effondrement catastrophique, dégageant ce qu’on appelle un excédent primaire, soit, dans le jargon des économistes, un surplus du budget avant payement de la dette. De leur côté, les banques européennes et leurs régulateurs à la Banque centrale européenne (BCE), prétendent maintenant qu’elles sont beaucoup plus saines et qu’elles ne sont plus en péril face à face à un Grexit, soit à une sortie éventuelle de la Grèce de l’euro.

Mais on ne peut faire confiance aux banquiers. C’est la même clique qui affirmait qu’il n’y avait aucun problème, juste avant le krach financier de 2008. Etant donné l’interconnexion de la finance internationale, il n’y a pas moyen de savoir exactement de quelle manière les banques seraient touchées par les exigences de SYRIZA concernant la renégociation de la dette grecque.

Il y a un autre gros souci pour les bureaucrates de l’UE et les hauts dirigeants des multinationales européennes. C’est la possibilité que la Grèce serve de précédent pour d’autres pays en encourageant des oppositions de gauche aux politiques d’austérité qui ont vu les gouvernements, d’un bout à l’autre de l’UE, sabrer les budgets et tenter de faire payer les coûts de la crise économique aux travailleurs.

Après plus de six ans de crise économique, la plupart des économies européennes sont stagnantes. Les retombées politiques ont frappé les partis en place, du centre gauche au centre droite – par exemple en France, avec le Front national qui a engrangé de gros succès électoraux dans un contexte de mécontentement par rapport au gouvernement PS de François Hollande. L’extrême droite et des groupes nationalistes dans d’autres pays ont aussi progressé dans de récentes élections en désignant comme bouc émissaires les immigré-e-s en général et les musulman-e-s en particulier.

En Espagne, par contre, le parti de gauche Podemos, âgé d’à peine un an, a émergé comme le parti le plus populaire du pays, en phase avec la colère massive contre le gouvernement conservateur du Premier ministre Mariano Rajoy. Une victoire de SYRIZA doperait les perspectives de Podemos et ranimerait la gauche à travers tout le continent.

Comme puissance économique majeure de l’UE, la classe capitaliste allemande et ses soutiens prétendent que la Grèce a causé sa propre crise en dissimulant les faiblesses de son économie et en vivant « au-dessus de ses moyens ». Est-ce vrai ? En réalité, la crise grecque n’est autre que la forme extrême d’une crise plus générale – au cœur de l’UE et au sein de celle-ci – : celle de la tentative de la classe capitaliste allemande de piloter son organisation économique.

La monnaie commune européenne – l’euro – a été lancée en 1999. Les capitalistes allemands ont appuyé cette innovation qui consolidait le continent comme marché d’exportation pour les firmes allemandes et rationalisait un système financier fragmenté, appuyé sur les plus grandes banques européennes, aux côtés de la BCE nouvellement créée. Pourtant, comme monnaie, l’euro était plus faible que le Deutschmark antérieurement, ce qui rendait les exportations allemandes moins chères à l’extérieur de l’UE.

Or, la BCE n’a pas – et de loin – les pouvoirs de la Réserve fédérale US. Alors que la Fed peut simplement faire marcher la planche à billets pour couvrir les dettes du gouvernement US, la BCE ne peut le faire et les technocrates allemands s’y opposeraient d’ailleurs. Mais, si la BCE a peu de pouvoirs, les banques centrales des Etats européens en ont encore moins. Auparavant, un pays qui avait de grosses dettes baissait ses taux d’intérêt et dévaluait sa monnaie, pour rendre son économie plus compétitive sur le marché mondial. Or, la Grèce, comme les autres pays de la zone euro, n’a pas cette possibilité du fait de l’accord qui règle leur participation à celle-ci.
C’est donc l’austérité qui est sensée conduire à une sorte de « dévaluation interne », soit à une baisse radicale du niveau de vie, sensée relancer la croissance économique via des coûts de production plus bas, attractifs pour de nouveaux investissements.

Quelle est la gravité de la crise économique et sociale actuelle de la Grèce ?

On connaît les récits d’horreur de l’effondrement social causé par les guerres et invasions militaires dans des pays comme l’Irak, la République démocratique du Congo ou la Syrie… Pourtant, la Grèce a enduré des privations presque inimaginables sans aucun conflit armé.

Bien que l’économie grecque soit revenue à la croissance pour la première fois depuis six ans, en 2014, elle s’est vue réduite de 30% dans ce laps de temps. En termes humains, cela représente des millions de vies ruinées et une génération entière de jeunes gens privée de toutes perspectives de vie stable et sûre.

Selon des chercheurs du parlement grec, quelques 2,5 millions de personnes (sur un total de 11 millions) vivent sous le seuil de pauvreté, et 3,8 millions d’entre eux risquent de les rejoindre. Environ 26,6% de la population est sans emploi et, pour la tranche d’âge des 15-24 ans, ce pourcentage atteint les 52%. Les salaires ont baissé de 5% par année chaque année depuis 2009.

La pauvreté et le chômage ne constituent qu’une partie des souffrances de la classe ouvrière grecque. Selon des chercheurs du magazine médical britannique The Lancet, environ 47% des Grecs disent qu’ils ne peuvent pas accéder aux traitements médicaux dont ils ont besoin. L’éducation publique a été, elle aussi, attaquée : 33% des coupes ont concerné ce secteur, de 2009 à 2013, et 14% de coupes supplémentaires ont été prévues d’ici à 2016. Des milliers d’enseigant-e-s ont perdu leur travail et le nombre d’élèves par classe a explosé.

Au cours de ces derniers hivers, un grand nombre de personnes sont mortes d’empoisonnement au monoxyde de carbone à cause de l’utilisation de poêles à bois, et se chauffer est devenu une dépense inabordable pour des millions de personnes. Un nombre incalculable de gens luttent pour s’adapter à un système de troc, offrant leurs compétences et leurs services en échange d’autres services ou simplement pour de la nourriture. Il n’y a rien eu de tel dans le monde économiquement avancé depuis la Grande Dépression des années 1930.
Comment Syriza a-t-il pu sortir des marges de la gauche politique pour s’affirmer comme principal parti de Grèce ? Parce qu’il est l’expression d’un sentiment de masse contre l’austérité, qui s’est affirmé dans les vagues successives de luttes populaires depuis 2008. Ces mouvements prennent racine dans des traditions antérieures de résistance populaire.

Pour comprendre pourquoi, il faut rappeler l’histoire politique grecque, faite d’intenses polarisations politiques au cours du 20e siècle. Dans les années 1930, la dictature militaire de Ioannis Metaxas a servi de prélude à l’occupation nazie-fasciste (Metaxas a toujours des admirateurs-trices). Après la Seconde Guerre mondiale, le pays a explosé dans une guerre civile qui a dressé l’extrême droite contre la gauche – avec le Parti communiste (KKE selon ses initiales grecques) jouant un rôle prédominant dans la résistance. En 1967, une autre dictature militaire a soumis une nouvelle génération de gauche et de militants de la classe ouvrière à une répression meurtrière. Mais en 1974, un mouvement de protestation populaire et une vague de grèves ont renversé cette dictature et ouvert la porte à l’élection d’un parti de centre-gauche, le PASOK [social-démocrate], en 1981.

Le PASOK a conservé une base solide dans les syndicats, alors même qu’il modérait les revendications populaires au nom de la stabilisation du capitalisme grec. De leur côté, après la dictature, les patrons ont été contraints de faire des concessions à la classe ouvrière, parmi celles-ci la réduction du temps de travail de 48 à 40 heures par semaine et l’introduction des congés payés.

Contrairement à la plupart des pays d’Europe occidentale, la gauche et le mouvement ouvrier organisé grecs sont restés forts et influents après la chute de l’URSS en 1991, alors que, sur le plan international, la désorientation des partis communistes, les restructurations industrielles et les politiques néolibérales pro-marché détruisaient les gros bastions syndicaux.

Pourtant, la gauche grecque est restée fragmentée. Le PASOK, qui alternait au gouvernement avec le parti conservateur de la Nouvelle démocratie, conservait le soutien d’une grande partie des syndicats. De l’autre côté, le KKE est resté une vieille école de formation stalinienne, dédaignant toute politique de front unique avec les autres forces de la gauche et s’abstenant de toutes luttes qu’il ne contrôlait pas. Seule exception à cet isolement, la formation d’un bref gouvernement de coalition avec la Nouvelle démocratie, dans les années 1990, au nom d’une opposition à la corruption du PASOK.

Au cours de la dernière décennie, de nouveaux courants de la gauche grecque ont émergé d’une scission du KKE, des mouvements altermondialistes du début des années 2000, des luttes syndicales ou pour les droits des immigrés. SYRIZA, un acronyme pour « Coalition radicale de la gauche », est ainsi devenu le véhicule de ces courants, qui incluent les anciens militants du KKE au sein du groupe SYNASPISMOS, toujours la plus grande composante de SYRIZA, les mécontents du PASOK, ainsi que des trotskystes comme ceux de la Gauche ouvrière internationaliste (DEA). Le leader le plus connu de SYRIZA, Alexis Tsipras, a fait ses premières armes au sein de la jeunesse du KKE, avant de rejeter le sectarisme du parti et de s’organiser au sein de sa scission « eurocommuniste ».

Pendant plusieurs années après sa formation, en 2004, SYRIZA est resté relativement petit. Mais les explosions de grèves et de manifestations, depuis 2008, ont acquis une nouvelle audience à son programme radical et anti-austérité. Les partis dominants, le PASOK et la Nouvelle démocratie, avaient tous deux soutenus le plan de sauvetage de la Troika FMI-BCE-EU. Depuis 2012, les deux partis ont gouverné en coalition pour empêcher SYRIZA d’arriver au pouvoir.

C’est dans ce contexte que les travailleurs-euses, engagés depuis quelques années dans des grèves générales et des mobilisations populaires d’envergure, ont aujourd’hui placé leur force derrière SYRIZA, en en faisant la voix de la résistance populaire. En mai 2014, SYRIZA a remporté son plus grand nombre de voix aux élections européennes, étant proche du second parti le mieux élu du Parlement européen. Il s’agissait de l’expression électorale d’années de batailles incluant 16 grèves générales et une série de luttes sociales de masse. Comme l’a dit Sotiris Martalis, membre de la DEA, et figure de l’aile gauche de SYRIZA, à la suite des élections : « La crise politique et la montée de la gauche ne sont pas juste le produit de la crise économique mais aussi le résultat de deux ans de luttes acharnées des travailleurs-euses et des mouvements sociaux. C’est aussi le résultat de certains choix politiques. Ceci peut expliquer pourquoi les travailleurs-euses ont choisi SYRIZA comme ‘moyen’ d’expression et non la gauche démocratique [scission du PASOK], le Parti communiste ou ANTARSYA [coalition d’extrême-gauche]. »

L’extrême droite constitue-t-elle toujours une menace en Grèce ?

L’essor de SYRIZA a sa contrepartie à droite avec la montée d’Aube dorée, qui a obtenu 6,9% des voix et 18 sièges aux dernières élections parlementaires. Contrairement aux partis d’extrême-droite comme le Front national de Marine Le Pen, Aube dorée est une organisation clairement hitlérienne, de la croix-gammée sur son insigne à ses redoutables attaques racistes contre les immigré-e-s.

La popularité d’Aube dorée a décliné depuis que l’un de ses membres a tué le rappeur Pavlos Fyssas, et le gouvernement est passé de la tolérance vis-à-vis des néo-nazis a la répression de l’organisation et à l’arrestation de tous ses membres au parlement. Mais Aube dorée peut obtenir des sièges dans le prochain parlement et va rester une force menaçante, en raison de ses connections bien connues avec l’establishment militaire et de droite. L’autoritarisme et le fascisme ont de profondes racines en Grèce, et ces néonazis vont continuer à se présenter comme l’alternative pour des gens poussés à bout par la crise.

Que signifierait une victoire de SYRIZA, pour le peuple grecque et pour la gauche en général ?

Des forces importantes de la gauche grecque – le KKE et la coalition électorale d’extrême gauche ANTARSYA – prétendent que SYRIZA saisira l’opportunité de collaborer avec les milieux économiques capitalistes grecs. Panos Garganas, un activiste du Parti Socialiste des Travailleurs (SEK) membre d’ANTARSYA, a écrit que SYRIZA « est en train d’apaiser les banquiers tout en faisant appel aux électeurs ». Le KKE est encore plus direct, accusant SYRIZA d’être « la force de réserve du capitalisme ».

C’est une erreur et une position sectaire. Il ne fait aucun doute que les capitalistes grecs et européens sont hostiles à SYRIZA, ainsi qu’à la classe prolétaire et aux forces populaires que ce parti représente.

Le magazine the Economist, porte-parole des entrepreneurs européens, a exprimé l’espoir que ce qu’il considère comme de la modération et du professionnalisme de la part de hauts représentants de SYRIZA rendra possible des inflexions limitée du remboursement de la dette de la Grèce et de l’austérité. Ainsi écrit-il récemment qu’une victoire de SYRIZA « ne sera pas nécessairement un désastre ».

« Pourtant, l’establishment européen a des raisons de se faire du souci », poursuit the Economist. En effet, la gauche de SYRIZA peut se battre contre tout compromis, surtout que l’expiration du plan de sauvetage et de remboursement de la dette va survenir peu après l’élection.

Malgré l’approche prudente décrite par the Economist, les employeurs utiliseront tous les moyens disponibles pour saboter le gouvernement de SYRIZA dès le moment où celui-ci prendra ses fonctions. La classe capitaliste contrôle l’appareil d’Etat, quel que soit le gouvernement au pouvoir. Ainsi, SYRIZA sera mise sous pression pour arriver à un compromis concernant son programme qui inquiète largement l’élite bourgeoise capitaliste grecque. Pour survivre – sans parler de pouvoir lancer son programme anti-austérité – SYRIZA devra donc compter sur la mobilisation populaire et la lutte des travailleurs-euses.

Les militants du KKE et d’ANTARSYA pourraient et devraient jouer un rôle important dans la mobilisation pour la défense du programme de SYRIZA contre ce contrecoup inévitable. La plate-forme de gauche, influente au sein de SYRIZA – une tendance qui représente une part importante des membres et des figures de proue du parti – est déjà en train de s’organiser contre tout recul sur le programme du parti. La lutte sur les lieux de travail et dans la rue sera un élément clé de ce combat.

D’ailleurs, Tsipras a déjà clairement fait savoir qu’un gouvernement de SYRIZA continuera à rembourser l’énorme dette gouvernementale grecque, alors même qu’un allègement de cette dernière est en négociation. Le programme du parti reste pourtant résolument de gauche et conduira à une collision frontale avec les institutions et les grandes entreprises européennes.

Ce programme inclut une réduction de cette dette – un défaut de paiement partiel négocié – pour les détenteurs d’obligations émises par le gouvernement grec ; l’électricité gratuite pour les ménages les plus pauvres du pays ; des subventions pour la nourriture et les loyers ; un retour aux soins de santé gratuits ; un financement accru des retraites ; et un vaste programme de création d’emplois. Pour payer tout cela, le gouvernement planifie de taxer les riches oligarques qui ont longtemps caché leurs richesses à l’étranger.

« La coalition exige de la BCE et de l’Union européenne des choses qu’elles refuseront tout simplement (comme de financer son programme), écrit le journaliste Mike Bird du Business Insider, ce qui signifie que pour la première fois il peut y avoir un Etat membre de l’UE qui refuse de suivre la politique européenne, représentant un défi considérable pour le continent ».

Il n’y a aucun précédent historique récent à une victoire de SYRIZA en Europe – mais il est possible d’y voir certains parallèles avec l’élection du gouvernement socialiste dirigé par Salvador Allende au Chili en 1970.

Dans les années qui ont suivi la Révolution russe, d’importants débats ont émergé concernant la perspective de tels développements au sein de l’Internationale communiste – l’alliance internationale des organisations révolutionnaires formée dans le sillage de la révolution. Ces discussions se centraient autour de la question de savoir si les socialistes révolutionnaires devaient participer ou non à des gouvernements ouvriers – soit des gouvernements de partis radicaux ou révolutionnaires à la gauche des partis sociaux-démocrates traditionnels.

Les débats lors du Quatrième Congrès de l’Internationale communiste – dont les procès-verbaux annotés ont été récemment réédités en anglais par Haymarket Books – portaient sur la question suivante : comment les travailleurs qui n’étaient pas encore prêts à prendre le pouvoir par des moyens révolutionnaires pouvaient néanmoins apporter leur soutien électoral aux partis ouvriers. Antonis Davanellos, une figure de proue du DEA et de la Plate-forme de gauche au sein de SYRIZA, a débattu de la pertinence de cette question dans la Grèce d’aujourd’hui :

"Les objectifs du programme politique de SYRIZA doivent être liés – majoritairement ou exclusivement – aux besoins de la classe ouvrière et des classes populaires, et pas à de vagues concepts transversaux comme « le pays » ou la « reconstruction des capacités de production de l’économie ». Ses alliances doivent se limiter aux partis et organisations de travailleurs, et non s’étendre à de plus larges associations qui sacrifieront l’orientation sociopolitique claire du parti pour des raisons d’efficacité parlementaire. Les perspectives d’un gouvernement de gauche doivent être comprises comme une étape transitoire vers la rupture socialiste et non comme la destination finale qui « sauvera le pays ».

La question clé étant celle-ci : que feront les partis gauche au pouvoir pour mobiliser les luttes ouvrières contre une bureaucratie d’État et une classe capitaliste hostiles par des grèves, des occupations d’usines, des sit-in devant les ministères etc.? Ces luttes sont en effet essentielles pour fortifier l’organisation révolutionnaire et celle de la classe ouvrière dans ce qui sera certainement une confrontation avec les élites capitalistes sur des enjeux majeurs.

Quelle solidarité peut apporter la gauche internationale ?

Le gouvernement de SYRIZA aura à faire face non seulement aux patrons grecs mais aussi à la classe capitaliste internationale.

A l’approche des élections, la Chancelière allemande Angela Merkel et les autres chefs d’Etat européens ont plutôt essayé de cacher leur jeu. On peut donc s’attendre à un mélange de corruption et d’intimidation, dans l’espoir de diviser SYRIZA et de démoraliser sa base électorale. Selon ce scénario, une implosion du gouvernement de SYRIZA ramènerait la Nouvelle Démocratie triomphante au pouvoir, ce qui permettrait l’imposition d’un programme d’austérité encore plus sévère.

C’est pourquoi la solidarité internationale avec la gauche grecque et la défense du gouvernement de SYRIZA est cruciale. De réunions publiques pour expliquer ce qui se passe à l’organisation de campagnes contre les gouvernements et les banquiers afin de protester contre les efforts visant à saigner la Grèce à blanc, la gauche jouera un rôle déterminant.

Au moment où les principaux partis continuent à enjoindre les travailleurs du monde entier de protéger les profits et les privilèges d’une infime minorité, la victoire de SYRIZA donnera une voix à l’alternative de gauche, ce dont nous avons besoin de toute urgence.

Article paru le 20 janvier sur le site Socialist Worker de l’International Socialist Organization (ISO)
Source : http://socialistworker.org/2015/01/20/the-world-is-watching-greece
Traduction en français par l’équipe du site suisse « A l ‘encontre » (http://alencontre.org)