La CIA et le contrôle du climat

Silvia Ribeiro 11 août 2013

La CIA étatsunienne est en train de financer une étude sur la géo-ingénierie (manipulation climatique) qui va durer 21 mois pour un coût initial de 630.000 dollars. Cette étude est menée par l’Académie Nationale des Sciences, avec la participation de la NASA et de l’Administration Océanique et Atmosphérique (revue « Mother Jones » 17/7/2013).

L’intérêt de la CIA pour le climat n’est pas nouveau. Mais cette initiative est significative au vu des implications militaires qu’offre la possibilité de manipuler le climat et la pression qu’exercent les partisans de la géo-ingénierie dans ce pays afin de progresser dans l’expérimentation de ces techniques, en dépit d’un moratoire des Nations Unies contre leur application.

Le climat en tant que multiplicateur de la force

Ce projet analysera différentes hypothèses de la géo-ingénierie, comme l’utilisation des radiations solaires et l’extraction du dioxyde de carbone de l’atmosphère. Les effets de « l’élevage de nuages » et d’autres formes de manipulation du temps atmosphérique pour provoquer des pluies, des sécheresses ou contrôler les ouragans seront également étudiés. Selon la description officielle, l’évaluation technique des impacts de ces technologies sera réalisée d’un point de vue écologique, économique et de sécurité nationale.

Ces deux derniers aspects sont ceux qui préoccupent la CIA qui, dans des documents antérieurs, a qualifié le changement climatique et le contrôle du climat comme étant des facteurs d’importance géopolitique stratégique et de sécurité nationale. Malgré cela, les Républicains ont voté en faveur de la disparition du département de changement climatique de la CIA ce qui, selon l’agence, l’a motivée à financer cette initiative. Les raisons pourraient aller bien au-delà puisque le contrôle du climat est un projet militaire de longue haleine dans ce pays, des expériences ayant déjà été réalisées pendant la guerre du Vietnam où des pluies ont été provoquées pendant plusieurs mois de suite afin de noyer les cultures et les chemins des Vietnamiens. Dans le même sens, l’US Air Force a publié en 1996 un document intitulé « Weather as a Force Multiplier : Owning the Weather in 2025 » (Le climat en tant que multiplicateur de la force : contrôler le climat en 2025) dont le titre indique bien les intentions poursuivies.

Ces intérêts convergent avec ceux d’un petit mais influent groupe de climatologues et autres scientifiques occidentaux qui affirment que la géo-ingénierie est nécessaire parce qu’on ne peut pas réduire rapidement les émissions de gaz à effet de serre (comme si leurs pays n’étaient pas ceux qui devaient prendre les mesures les plus radicales pour ce faire). Et comme l’a déclaré David Keith, l’un des plus connu des promoteurs de la géo-ingénierie, c’est en outre « facile et bon marché » (MIT Technology Review, 8/2/2013).

Apprentis sorciers

Il est en effet facile et bon marché pour ceux qui provoqué le changement climatique par leur surconsommation de ressources et industrialisation basée sur le pétrole, parce qu’au lieu de réduire réellement leurs émissions ils pourraient ainsi continuer à réchauffer le climat tout en faisant de juteuses affaires avec de nouvelles technologies qui manipulent le climat de tous, pour élever ou baisser la température selon les convenances des intérêts économiques et militaires de ceux qui en ont le contrôle.

Sous le terme de « gestion de la radiation solaire », l’objectif est de diminuer la quantité de rayons solaires qui parviennent à la surface de la Terre. En construisant par exemple d’énormes nuages volcaniques artificiels dans lesquels ont injecte des particules de souffre. D’autres projets visent à « blanchir » les nuages, à placer des milliards de miroirs dans l’espace pour refléter la lumière du sol ou, plus récemment, le même David Keith, a proposé de disperser de l’acide sulfurique à partir d’avions sur la ligne équatoriale afin qu’il se mélange avec les nuages. « L’extraction du dioxyde de carbone » comprend d’autre techniques, comme des machines ou des arbres artificiels qui absorbent le carbone de l’atmosphère (et ils ne savent pas encore où il sera stocké ensuite). La technique la plus connue est celle de la « fertilisation océanique », à savoir verser des nanoparticules de fer ou d’urée dans la mer afin de provoquer la floraison du plancton qui absorbe le dioxyde de carbone et l’entraîne au fond de l’eau.

Les techniques de géo-ingénierie sont seulement théoriques, sauf exceptions comme la fertilisation océanique dont on connaît plusieurs expériences légales et illégales qui ont démontré qu’outre le fait qu’elle ne remplit pas son propos – le carbone ne reste pas au fond de la mer - les impacts peuvent être énormes, comme le bouleversement de la chaîne alimentaire marine, l’anoxie (manque d’oxygène) de certaines couches marines ou la création d’algues toxiques, etc.

Pour avoir un impact sur le climat global, la géo-ingénierie devrait s’appliquer à une méga-échelle en bouleversant complètement un écosystème planétaire encore peu connu, hautement dynamique et en interaction avec toutes les formes de vie sur la planète. Il ne peut donc exister d’étape expérimentale. Ce qui se ferait à petite échelle ne permettrait pas de voir l’action sur le climat global, bien que cela aurait de graves impacts négatifs sur la zone ou la région choisie. Et si on le fait à grande échelle, ce n’est plus expérimental, c’est irréversible.

Les nuages volcaniques artificiels, par exemple, ne peuvent être retirés tant que leurs particules ne tombent sur le sol, ce qui est toxique. Cette technique aggravera en outre le trou dans la couche d’ozone et l’acidification des mers, deux problèmes globaux extrêmement graves. S’ils parviennent réellement à réduire le rayonnement solaire qui arrive au Nord, ils produiront des sécheresses extrêmes en Afrique et la déstabilisation des moussons en Asie, mettant ainsi en péril les sources alimentaires de 2 milliards de personnes.

Imaginez les choses si la CIA avait le pouvoir de décider du thermomètre global. La géo-ingénierie est tellement risquée, tant par ses effets climatiques que par son potentiel d’utilisation hostile contre d’autres pays, que l’unique attitude sensée est d’interdire purement et simplement à l’échelle internationale son utilisation.

Source :
http://www.jornada.unam.mx/2013/07/27/opinion/021a1eco
Traduction française et intertitres pour Avanti4.be : Ataulfo Riera