Israël : Une logique colonialiste, militariste et austéritaire

Chiara Cruciati, Shir Hever 16 août 2014

Israël est l’un des premiers exportateurs d’armes au monde. Après l’opération contre Gaza de 2012, les ventes d’armes ont atteint au moins 7 milliards de dollars. Le même scénario se produira-t-il après l’actuelle opération « Marge de protection » ?

Shir Hever : L’industrie militaire israélienne est l’un des secteurs les plus significatifs de l’économie. Elle représente 3,5% du PIB, à quoi il faut ajouter les 2% de « ventes internes ». Israël n’est pas le plus important exportateur d’armes du monde. Mais il se trouve en première position si on calcule les ventes d’armes par habitant. En outre, l’industrie militaire a une énorme influence sur les décisions gouvernementales.

Après chaque attaque contre Gaza, des expositions sont organisées où les entreprises privées et étatiques présentent leurs produits, ceux qui avaient été utilisés et expérimentés sur la population gazaouie. Les acheteurs ont confiance parce que ces différents produits ont démontré leur efficacité. Cette guerre augmente de manière significative les profits de l’industrie militaire. Il suffit de savoir qu’il y a quelques jours l’industrie aérospatiale israélienne a lancé un appel aux investisseurs privés pour la production d’une nouvelle bombe. Ils ont récolté 150 millions de dollars ; soit 100.000, ou plus, pour chaque Palestinien tué. Et ses ventes commencent alors que l’opération actuelle est toujours en cours.

Bien que l’industrie militaire soit gagnante, le secteur privé de l’économie israélienne ne subit-il pas des pertes significatives ?

Les coûts civils de l’attaque sont, sur ce terrain, de trois ordres. Le premier, concerne le budget public. En effet, la croissance des dépenses pour l’armée se fait au détriment des services publics. Chaque attaque implique toujours des coupes dans l’enseignement, la santé et les transports publics. Avant le début de ce nouveau round de violence, des secteurs publics avaient tenté de réduire le budget de l’armée et de réorienter les dépenses en faveur des services sociaux. Et, comme par hasard, peu de temps après, on lance l’opération « Marge de protection », ce qui montre l’énorme influence du système militaire sur les politiques du gouvernement.

A cela s’ajoutent les coûts directs et indirects pour l’économie civile. Certaines roquettes ont provoqué des dégâts dans les propriétés et dans certaines régions d’Israël, les gens ont peur d’aller travailler. Certaines entreprises ont suspendues leurs activités et il y a des fermes agricoles qui sont inactives, ce qui peut également être dû à la mobilisation d’une armée dite de milices. Il y a enfin les coûts indirects, comme ceux subis par le secteur touristique. De nombreuses entreprises devaient recevoir des délégations de patrons étrangers qui ont finalement annulé leur visite et certains ont même été dans d’autres pays pour réaliser leurs affaires.

Gaza n’est-il pas un « marché captif » forcé d’acheter les produits israélien ? Cette agression n’est-elle pas préjudiciable pour les entreprises qui écoulent leurs marchandises à Gaza ?

En réalité, ce n’est pas le cas. Gaza est certainement un marché captif, mais c’était une source de profit bien plus importante avant le blocus de 2007 [l’armée et les colons ont évacué Gaza en septembre 2005, mais le blocus ainsi que le contrôle des ressources fondamentales équivalent, y compris juridiquement, à une occupation].

Avant le blocus, il était beaucoup plus facile pour les compagnies israéliennes d’envoyer leurs propres produits aux supermarchés de Gaza et exploiter une main d’œuvre bon marché. Si le blocus était levé, l’économie israélienne pourrait beaucoup mieux exploiter un marché composé de 1,8 millions d’habitants : une communauté qui n’est pas en condition de produire tout ce qu’elle peut consommer.

Cette nouvelle attaque pourrait-elle renforcer la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) contre Israël ?

Il y a eu une croissance significative de la campagne BDS dans le monde et cela se constate à travers les réactions de certains membres du gouvernement. Le ministre de l’Economie, le colon (de la formation d’extrême droite « Foyer Juif ») Naftali Benett, tente d’augmenter les échanges commerciaux avec la Chine, le Japon et l’Inde et d’être ainsi beaucoup moins dépendant du marché européen où la campagne BDS a plus d’impact. Il y a quelques jours, l’Institut israélien de statistique a enregistré une stagnation de la valeur des exportations, et cela avant que ne commence l’opération militaire actuelle. Au premier semestre 2014, le total des exportations a chuté de 7% et ce recule est de 10% vers les pays asiatiques, ce qui reflète une stagnation de l’économie mondialisée. De nombreuses entreprises exportatrices ont réclamé une réunion d’urgence avec le gouvernement pour traiter cette crise.

Certains considèrent que cette attaque est également liée au contrôle des ressources énergétiques au large des côtes de la Bande de Gaza…

Je ne pense pas qu’il y ait une relation directe. Israël a déjà commencé à exploiter ses propres gisements et à signer des accords avec la Turquie, Chypre et la Grèce. Si, de manière hypothétique, les Palestiniens seraient un jour capables d’exploiter leur propre gaz, ils ne trouveraient pas de marché parce qu’Israël aurait déjà accaparé la zone de la Méditerranée et serait capable de vendre sa production d’hydrocarbures à des prix inférieurs.

En voyant les destructions actuelles des infrastructures à Gaza, on peut difficilement imaginer le moment où les Palestiniens pourront développer leur propre économie interne.

Vu de l’extérieur, il semble que gouvernement israélien n’a pas de véritable stratégie à long terme mais qu’il tente de maintenir une sorte de statu quo propre à l’occupation.

C’est plus ou moins ainsi. Le gouvernement actuel n’a pas de stratégie politique, il s’est placé dans une voie sans issue. Il sait que Mahmud Abbas est le seul avec qui il peut négocier. Néanmoins, il mine en même temps sa légitimité. Dans l’histoire, tous les empires ont fini par ne raisonner qu’à court terme et se sont ensuite effondrés.

Depuis la seconde Intifada, la politique du gouvernement israélien n’est pas de mettre fin au « conflit », mais de le gérer. De nombreux Israéliens pensent qu’il n’y a pas d’avenir et se déplacent politiquement vers la droite. Le niveau de racisme et de violence actuel est terrible. Mais, en même temps, c’est l’expression d’une extrême faiblesse. Et c’est ce qui me donne un peu d’espoir.

Shir Hever est un économiste israélien.

Source : http://nena-news.it/gia-vendita-le-armi-israeliane-testate-su-gaza/
Traduction française pour Avanti4.be : Sylvia Nerina