Iran-Etats-Unis : Washington ne joue déjà plus seul sur l’échiquier mondial

Olga Rodríguez 28 novembre 2013

Au Moyen Orient, les choses se sont sensiblement compliquées depuis l’éclatement des révoltes arabes en 2011. La simple équation d’avant a évolué vers des alliances plus complexes et contradictoires. L’Arabie saoudite et Israël partagent plus d’intérêts encore, applaudissent le coup d’Etat en Egypte de juillet dernier et observent aujourd’hui avec horreur les négociations entre Washington et l’Iran. Ce n’est un hasard si ce sont précisément eux, avec l’Egypte, les alliés traditionnels des Etats-Unis dans la région.

Ce qui s’est passé autour de la Syrie a marqué un tournant dans ce nouvel ordre international. La Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, ont opposé leur véto au projet d’intervention militaire et Moscou, allié du gouvernement de Damas, est parvenu à condition l’évolution de l’échiquier syrien.

Les Etats-Unis se sont rendu compte qu’à ce moment là une opération militaire en Syrie aurait pu jouer en leur défaveur, avec Moscou et l’Iran comme alliés de Bachar Al-Assad, avec l’opposition de la Chine, avec une bonne partie de l’opinion publique étatsunienne contre une attaque et avec une énorme dette économique domestique. Ils ont donc renoncé à attaquer la Syrie, à la grande déception, entre autres, de l’Arabie saoudite.

Les conséquences d’une attaque contre l’Iran

Les Etats-Unis ne sont déjà plus les seuls à jouer sur l’échiquier mondial. Conscients de cette réalité, divers conseillers et analystes clés à Washington, comme l’influent Zbigniew Brzezinski, défendent depuis un certain temps l’option de négocier avec Téhéran, d’autant plus depuis l’arrivée à la présidence de Hassan Rohani, connu pour son pragmatisme lors des négociations de 2003-2005.

Une attaque contre l’Iran pourrait déboucher sur un conflit à grande échelle, avec l’implication directe ou indirecte de diverses puissances régionales et internationales. En outre, elle provoquerait la fermeture du Détroit d’Ormuz dans le Golfe Persique, le principale « goulot d’étranglement » du commerce mondial de pétrole, où transitent 20% de ce dernier, principalement à destination de l’Europe, de la Chine, du Japon, de l’Inde ou de la Corée du Sud. Ceci conduirait à une augmentation du prix du pétrole et à une plus grande dépendance envers le pétrole russe dans certains pays européens.

Un pacte qui améliore les relations USA-Chine

Pour toutes ces raisons, l’option actuelle est autre. L’Iran et les Etats-Unis ont été alliés dans le passé, pendant l’époque du Shah, et ils pourraient l’être à nouveau à un moment où Washington sait que d’autres puissances émergent dans la région et où la Russie tente d’élargir son influence et où la Chine augmente et étend la sienne.

Les négociations entre le groupe « 5+1 » avec Téhéran ne sont qu’un début. Mais elles éloignent la guerre – du moins pour l’instant – et peuvent limer les aspérités entre la Chine et les Etats-Unis, vu que la première maintient ses bonnes relations commerciales avec l’Iran par ses achats de pétrole. Selon des chiffres du mois d’octobre dernier, les sanctions imposées au pays avaient fait tomber les importations de pétrole iranien en Chine de près de 47%. Avec l’accord, les sanctions contre l’Iran se réduisent, ouvrant ainsi la voie à une augmentation de la coopération énergétique de la Chine avec Téhéran.

En outre, bien que le pacte n’admette pas le droit de l’Iran à posséder un armement nucléaire, on lui permet de maintenir son uranium enrichi à 5%. D’une certains manière, l’Iran ne perdrait donc pas toute sa capacité dissuasive. Il faut tenir compte du fait que Téhéran a signé le Traité de Non Prolifération Nucléaire dans une région où seule Israël n’a pas souscrit à cet accord, ce pays étant précisément celui qui possède bel et bien des armes nucléaires.

L’Arabie saoudite et Israël

Pour le moment, avec ce premier pacte, tout le monde sort gagnant. On aplani la voie pour les six prochains mois de négociations. Ce ne sera pas facile. Les pays qui s’opposent à l’accord, Israël et l’Arabie saoudite en tête, tenteront de dresser des obstacles à tout accord, et il est probable qu’ils n’agiront pas seulement dans la région mais également aux Etats-Unis eux-mêmes, au travers de l’AIPAC (Comité des Affaires Publiques Etats-Unis-Israël) et d’autres lobbies sionistes capables de faire pression au Congrès et au Sénat.

Il y a d’ores et déjà des informations qui pointent le travail conjoint mené entre les services secrets israéliens et saoudiens. La BBC a même publié il y a deux semaines une information exclusive, démentie par la suite par le Pakistan, dans laquelle on affirme que l’Arabie saoudite prépare son propre programme nucléaire avec l’aide du Pakistan pour contrebalancer l’Iran.

Le nouveau cadre multipolaire, avec d’autres puissances émergentes en Eurasie, oblige les Etats-Unis à mettre l’accent sur l’Asie et à résoudre la question iranienne. Plus encore : ce nouvel échiquier obligera Washington à évaluer les bénéfices apportés par le fait que ses politiques dans la région sont liées à l’Arabie saoudite et, plus étroitement encore et sans exception, à Israël.

Tout dépendra des décisions du président étatsunien. Mais ce qui est certain, c’est que les intérêts des Etats-Unis ne vont pas converger à 100% avec ceux de Tel Aviv. C’est sans doute pour cette raison que l’influent Brzezinski écrivait il y a quelques jours sur son propre compte Twitter :

« Obama/Kerry = la meilleure équipe politique depuis Bush I/Jim Baker. Le Congrès [des Etats-Unis] commence enfin à avoir honte des efforts de Netanyahu pour dicter la politique étatsunienne ».

Source :
http://www.eldiario.es/zonacritica/Unidos-juega-solo-tablero-global_6_200589963.html
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera