Grèce : l’union des grèves sectorielles culmine dans une grève générale non officielle

Giorgos Pittas 5 février 2013

Le 17 janvier, une crise importante s’est produite au parlement grec à la suite de la publication d’une liste contenant les noms de 2.000 riches grecs qui cachent leur fortune en Suisse. La liste – connue comme « Liste Lagarde » ou « Liste Falciani » - était restée cachée pendant deux ans dans les bureaux du ministère de l’économie.

Les trois partis du gouvernement – Nouvelle Démocratie, PASOK et Dimar – se sont mis d’accord pour enquêter et sacrifier l’ex ministre de l’Economie, Giorgos Papakonstantinou, mais ils ont évité de faire de même avec l’ex chef de ce ministère – et actuellement dirigeant du PASOK -, Evangelos Venizelos, afin de sauvegarder la coalition gouvernementale. Ayant ainsi évité une crise gouvernementale, et après avoir obtenu le vote en faveur du troisième Mémorandum en octobre, le Premier ministre Samaras a considéré que l’heure était venue de passer à l’attaque.

Par hasard, ce fut le même 17 janvier que les travailleurs et les travailleuses du Métro d’Athènes ont lancé une série de grèves de 24 heures contre les nouvelles coupes salariales et pour le droit d’avoir une convention collective propre.

Dans une ville de 4,5 millions d’habitants, l’impact de ces grèves a été énorme sur deux des trois lignes de métro. Malgré les attaques répétées du gouvernement et des médias – qui ont accusé le personnel du métro de faire une grève « contre les gens pauvres qui utilisent le transport public », d’être « très bien rémunérés » et d’être menés par une « minorité de gauchistes » - la grève a eu le soutien de la majorité de la population.

Au cours des trois dernières années, les employés du Métro d’Athènes ont activement participé aux différentes grèves générales, mais aussi au mouvement des Indignés qu’ils ont aidé en jetant la police hors des stations de métro. Le président du syndicat du Métro – et également candidat du front anticapitaliste Antarsya aux dernières élections législatives – est devenue une figure bien connue du mouvement.

Le soutien s’est fait évident quand, le 24 janvier à midi, le ministre des Transports et des Communications, Konstantinos Hatzidakis, a décidé, en accord avec Samaras, de réquisitionner le Métro et de militariser ses travailleurs et ses travailleuses – une mesure qui n’est supposée être prise qu’en cas de guerre, de grandes catastrophes naturelles ou de graves problèmes de santé publique.

Quand cette nouvelle arriva à l’assemblée des conducteurs et conductrices d’autobus d’Athènes qui se tenait au même moment, elle décida en quelques minutes de partir en grève et d’organiser les piquets. En quelques heures, tous les autres syndicats du transport d’Athènes – trolleybus, tramways, chemins de fer et la troisième ligne de métro – ont rejoint la grève. Malgré le chaos provoqué dans les voies de circulation de la ville, des milliers de travailleurs et de travailleurs ont convergé vers l’entrée centrale du Métro pour participer à un piquet-manifestation de masse. Les voitures qui passaient par l’autoroute adjacente faisaient résonner leurs klaxonnes pour exprimer leur soutien.

Pour écraser cette lutte dans l’œuf, à 3h30 du matin du 25 janvier, des centaines de policiers anti-émeute ont lancé un assaut contre le piquet et ont remis à chaque gréviste un ordre du gouvernement qui les obligeait à travailler à défaut de quoi ils subiraient des peines de prison. Les grévistes du Métro furent ainsi forcés de revenir au travail, mais cela n’a pas arrêté le personnel des autobus et des chemins de fer qui ont poursuivi la grève jusqu’au 29 janvier.

La ligne dure de « la Loi et l’Ordre » de Samaras – qui a commencé à Noël, avec les razzias policières contre la gauche radicale et les maisons occupées par les anarchistes – est loin d’en finir avec le mécontentement et provoque au contraire plus de rage.

Aujourd’hui, jeudi 31 janvier, les travailleurs et les travailleuses du secteur de l’électricité et des chemins de fer sont appelé à une grève. Jusqu’à samedi, aucun navire ne pourra sortir des ports grecs parce que le syndicat de la marine marchande a décrété une grève de 48 heures. Les conducteurs et conductrices d’autobus ont également décidé de participer à cette journée de grève tandis que les travailleurs et les travailleuses du Métro organisent une nouvelle Assemblée. Le secteur de la santé a lui aussi commencé aujourd’hui une grève contre la fermeture de centres sanitaires. En outre, les secteurs de l’enseignement et des administrations publiques se sont joints au mouvement avec un arrêt de travail de quatre heures.

Avec tous ces secteurs en lutte, ce jeudi 31 janvier semble s’être transformé en une grève générale non officielle issue de la base. La pression sur les sommets de la fédération nationale des syndicats grecs pour appeler à une nouvelle grève générale devient de plus en plus forte. Le syndicat du secteur de l’électricité demande ouvertement une grève générale qui pourrait se tenir au cours des deux premières semaines de février.

Il y a également un nouvel élément dans la situation. Les petits agriculteurs et agricultrices de tout le pays sont en train de se mobiliser contre les coupes et la pauvreté que l’austérité provoque dans les campagnes. Des centaines, et peut être des milliers, de tracteurs se préparent à bloquer les principales autoroutes, ce qui provoquerait la paralysie du pays, tandis que Samaras mobilise une fois de plus ses brigades anti-émeute.

La crise et la résistance en Grèce sont loin de se terminer.

Giorgos Pittas est journaliste au journal révolutionnaire « Ergatikí Alliengýi » (Solidarité des travailleurs et des travailleuses), journal du SEK, l’une des organisations composant le front anticapitaliste Antarsya.

Source : http://enlucha.org/site/?q=node/18238
Traduction française pour Avanti4.be

Appel à la solidarité avec les Dispensaires sociaux solidaires grecs


Communiqué et appel à la solidarité avec les Dispensaires Sociaux Solidaires grecs par le Réseau Européen contre la Privatisation et la Commercialisation de la Santé et de la Protection sociale.

Aujourd’hui en Grèce, s’il y a bien un secteur où la population fragilisée paye cash les conséquences de la politique d’austérité, c’est la santé.

— Un tiers de l’offre de soins hospitalière publique est détruite ou en cours de destruction depuis deux ans. Par exemple pour une ville comme Salonique, qui compte 1 million d’habitants, 1000 lits sont supprimés, 8000 au total dans le pays.

— Un tiers de la population n’a plus de couverture santé. Pour eux comme pour beaucoup d’autres, l’accès aux soins est devenu impossible.

— Parallèlement, les conditions de travail et de rémunération se dégradent, 1/4 des effectifs supprimés et baisse de 50 % des rémunérations des personnels de santé.

Faisant preuve d’un aveuglement criminel, les instances internationales (FMI, BCE, CE) continuent d’exiger plus et plus vite.

Face à cette situation des initiatives citoyennes s’organisent, comme les « dispensaires sociaux solidaires » animés par des militants bénévoles.

Ces centres autogérés sont confrontés à un afflux massif de population exclue du système de santé public, et à un manque cruel de moyens pour y faire face.

Le Réseau Européen contre la Privatisation et la Commercialisation de la Santé et de la Protection sociale continue à témoigner sa solidarité avec le peuple grec victime de ces politiques d’austérité :

— d’une part à travers une action européenne contre ces politiques dans l’ensemble de l’Europe, tant au niveau national qu’au niveau européen, à l’occasion du sommet de printemps des chefs d’État les 13 et 14 mars 2013. Il s’agira d’interpeller aussi bien les gouvernements nationaux que le pouvoir européen sur les conséquences dramatiques en matière de santé de leurs politiques d’austérité ;

— d’autre part, en promouvant et organisant une solidarité concrète en direction de ces « dispensaires sociaux solidaires ».

Le Réseau invite ses membres et toutes les structures syndicales, politiques et associatives qui luttent pour le droit à la santé pour toutes et tous à marquer leur solidarité active.

Paris, le 9 janvier 2013