Grèce (3) : Le réveil va sonner....

Mathieu Dargel 22 janvier 2015

Grèce (3) : Le réveil va sonner....

Le réveil-matin est l’un des symboles de la solidarité qui se développe à travers toute l’Europe avec le peuple grec. Brandi lors de distributions de tracts ou d’actions de popularisation des positions de Syriza, il exprime le fait que l’heure est bientôt venue de se débarrasser du gouvernement d’Antonis Samaras, des plans d’austérité et des diktats de la Troïka.

A moins d’une semaine des élections législatives, l’ensemble des sondages donne pour acquise la victoire de Syriza. Sans aucune exception, depuis le début de la campagne, l’écart avec la Nouvelle Démocratie varie entre trois et six points. Toute la question est de savoir si Syriza obtiendra la majorité absolue de 150 sièges à la Vouli (le Parlement) et les sondages, qui se succèderont jusqu’au dernier jour, donnent quotidiennement des réponses contradictoires (entre 145 et 155...). Dans cette situation, le jeu de la droite grecque et des forces néo-libérales est clair, il s’agit de tout faire pour éviter la victoire totale de Syriza et, anticipant une situation économique difficile, créer toutes les conditions de l’échec de ce qu’ils appellent la « parenthèse de gauche » et la démobilisation rapide du peuple grec.

Grandes manœuvres contre Syriza

En Grèce même, plusieurs manœuvres sont en cours. La campagne indécente et mensongère d’Antonis Samaras et de la Nouvelle Démocratie, pour commencer. Il s’agit, en tout premier lieu, de déclencher des réactions de peur : peur du chaos économique, peur des immigrés, peurs sécuritaires.

Les clips de campagne de Nouvelle Démocratie n’hésitent pas à récupérer l’émotion qui a suivi les attentats de Paris, en disant notamment : « A Paris, il y a eu un attentat qui a fait au moins douze morts, et ici (en Grèce) certains accueillent et demandent même plus d’immigrants illégaux ». Après les manifestations du 11 janvier, Antonis Samaras diffuse un nouveau clip de campagne utilisant les images de la manifestation de Paris pour illustrer un propos sécuritaire de plus en plus outré, destiné à récupérer les voix de l’extrême droite grecque ( Aube Dorée est actuellement créditée d’environ 6 %).

Conscients de la déliquescence du gouvernement Samaras et de l’effondrement de son alliance avec le Pasok (qui n’est même pas assuré de dépasser le seuil de 3% pour entrer au Parlement), les forces réactionnaires grecques s’efforcent de promouvoir des formations politiques « centristes » comme To Potami (la Rivière), ou la nouvelle scission du Pasok dirigée par Georges Papandreou, pour priver Syriza de la majorité absolue et la contraindre soit à des alliances qui auraient pour but de vider son programme de sa substance, soit d’aboutir à une situation électorale bloquée et à la convocation de nouvelles élections au cours desquelles le but serait de démontrer que Syriza ne peut amener que le blocage et le chaos.

Le message de l’UE : « Capitulez ou sortez »

A cet égard, les positions des autorités européennes, tant à Bruxelles qu’en Allemagne, sont très claires. Elles ne sont plus dans la même situation de vulnérabilité qu’au moment de la crise de 2008 et les banques privées sont sécurisées. Même si les dirigeants néolibéraux commencent à se résigner à la victoire inéluctable de Syriza, ils avancent deux scénarios.

Le premier d’entre eux est le "Grexit", c’est à dire la sortie inévitable et forcée de la zone euro si un gouvernement Syriza s’obstinait à mettre en œuvre son programme. Mais ce scénario, qui comporte bien des dangers pour d’autres pays, ne semble pas faire l’unanimité parmi les dirigeants financiers européens.

L’autre scénario envisagé pour contraindre un gouvernement dirigé par Syriza à se plier aux dernières exigences du mémorandum en cours de négociation est la menace sur les liquidités. La Grèce doit en effet faire face à deux importantes échéances de remboursement, en mars et en juillet, et les gouvernements et les institutions européennes pourraient soumettre l’obtention de liquidités à un chantage sur les premières mesures de Syriza.

C’est dans cette situation que la responsabilité des forces de gauche radicale est importante. La solidarité qui se met en place dans toute l’Europe, dès avant le 25 janvier, commence à donner des résultats et à faire douter certains dirigeants européens, comme en Irlande, en particulier. Les initiatives de solidarité vont donc en s’amplifiant, à la veille de l’élection : manifestation de solidarité à Bruxelles samedi 17 janvier, meeting de Syriza-Paris dimanche 18, meeting unitaire à Paris lundi 19, tels en sont les premiers éléments.

Mais cette mobilisation doit s’inscrire dans la durée et un premier exemple en est la création, en Italie, d’une Brigade Kallimera 25 janvier, qui se rendra en Grèce le jour de l’élection pour porter le soutien des militants italiens.

D’autres initiatives internationales, colloques, voyages, sont prévues en Grèce dès les mois de février et de mars, à l’initiative du groupe GUE du Parlement européen, notamment. Au cours de l’année 2015, les élections dans l’Etat espagnol, au Portugal, pourront être autant de nouvelles secousses à la chape de plomb néolibérale. Souhaitons entendre sonner des milliers de réveil.

Dernières nouvelles (22 janvier)…

A trois jours du scrutin, quelques informations sur la fin de la campagne électorale en Grèce et sur la campagne internationale de solidarité avec le peuple grec et de soutien à Syriza.

Le dernier sondage publié lundi donne 6,5 points d’avance à Syriza (33,5%) devant Nouvelle Démocratie (27%). Toutefois, la majorité absolue de 151 sièges au Parlement n’est toujours pas assurée, l’estimation donnant 147 sièges pour Syriza. Le parti « centriste » To Potami, poussé par les forces réactionnaires grecques pour empêcher la majorité absolue de Syriza se stabilisant à 7,5% et 21 sièges.

A Marine Le Pen qui a déclaré sans honte souhaiter la victoire de Syriza, le service de presse de Syriza a répondu : « La montée de SYRIZA et des forces progressistes en Europe non seulement constitue un barrage contre l’extrême-droite qu’incarne Mme LePen, mais se veut encore un message de soutien pour la démocratie adressé à tous les ennemis de cette extrême-droite. Nous n’acceptons pas de leçon de morale d’un parti qui a pour représentants des individus tels que messieurs Baltakos et Voridis [NDLR : M. Baltakos et M. Voridis appartiennent à des mouvances de l’extrême-droite grecque, et entretiennent des liens étroits avec les responsables du parti néo-nazi Aube Dorée]. Et ce d’autant moins quand les politiques d’austérité constituent le terreau de la montée de l’extrême droite. » Le bureau de presse, 20/01/2015. Traduction Vassiliki Papadaki

- Diverses actions de solidarité ont (eu) lieu en Europe. En France, plusieurs actions « réveil-matin » sont encore au programme, notamment à Paris devant des bâtiments de l’Union Européenne. Dimanche dernier une manifestation a réuni plusieurs centaines de personnes dans un Bruxelles patrouillé par l’armée belge, à l’initiative de la LCR belge. A Genève, rassemblement de solidarité ce mercredi devant la mission permanente de la Grèce, à l’initiative de SolidaritéS. En Italie, plusieurs centaines de militants de gauche (à l’initiative de la liste L’Altra Europa) ont constitué une « Brigade Kallimera » qui part pour Athènes demain jeudi, pour assister au dernier grand meeting de campagne d’Alexis Tsipras, participer aux dernières actions de propagande dans les quartiers d’Athènes vendredi et samedi et être aux côtés de Syriza lors de la soirée électorale de dimanche. A Londres, mardi soir, une réunion d’une centaine de personnes, à l’appel de Syriza GB, de Left Unity, de Podemos de Sel (Italie) et du Front de Gauche, en présence notamment de Stathis Kouvelakis et de Ken Loach.

Synthèse de deux articles parus sur le site « Ensemble », courant de gauche au sein du Front de Gauche
Source : https://www.ensemble-fdg.org/content/grce-le-rveil-va-sonner et https://www.ensemble-fdg.org/content/grce-chos-de-la-campagne-de-solidarit
Intertitres pour Avanti4.be : Jean Peltier