Grèce (1) : L’enjeu des élections du 25 janvier, en Grèce et ailleurs - Petit guide de ce que vous pourrez lire sur Avanti !

Avanti 22 janvier 2015

L’actualité djihadiste a repoussé à l’arrière-plan un événement qui, sans cela, aurait sans doute occupé largement l’attention : dimanche 25 janvier, la Grèce retourne aux urnes et il est probable que la coalition de gauche Syriza va remporter ces élections, après avoir mené campagne sur un programme qui promet de mettre fin à l’austérité brutale que subit ce pays depuis cinq longues années.

Ces élections pourraient marquer un véritable tournant, pour la Grèce mais aussi pour l’Europe, pour la gauche grecque mais aussi pour la gauche européenne (et belge, au passage).

Arrêter le cauchemar

Le peuple grec a payé un prix terrible à la politique d’austérité draconienne qui lui a été imposée par la Troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et Fonds monétaire international). Plus d’un tiers de la population vit aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté officiel. Les salaires réels ont, en moyenne, baissé d’un quart. Le chômage est à 26 %. Des centaines de milliers de gens sont menacés d’expulsion de leurs logements parce qu’ils ne parviennent plus à payer leur loyer ou rembourser leur prêt. Les soins de santé sont devenus inaccessibles pour une partie de la population et les hôpitaux publics manquent de médicaments et de matériel parce qu’ils ne peuvent plus en acheter, vu que l’Etat ne paie plus.

Plongés dans un tel chaos, de plus en plus de Grecs comptent sur une victoire de Syriza pour soulager leur sort. Mais les dirigeants de l’Union Européenne ont déjà annoncé qu’ils ne cèderaient pas devant les résultats des élections et que la Grèce devrait continuer à rembourser sa dette et à appliquer de nouvelles mesures d’austérité.

La solidarité sera cruciale

Si, dans les semaines et les mois qui viennent, les syndicats et la gauche dans toute l’Europe exercent une pression suffisante, les dirigeants européens seront obligés de desserrer leur emprise. Dans la bataille susceptible de s’ouvrir rapidement entre le peuple grec et les dirigeants de l’UE, les espoirs de la Grèce dépendent de la solidarité à l’échelle européenne.

Une annulation de la dette de la Grèce — que la Banque centrale européenne pourrait organiser à sa volonté — ou même un desserrement de l’étau de la dette en Grèce, ouvrirait une brèche dans laquelle d’autres pays pourraient s’engouffrer. Cela, les dirigeants de l’UE le savent et c’est pour cela qu’ils se montrent intransigeants. Car si les travailleurs grecs montrent qu’en multipliant les journées de grève générale, en organisant de grandes manifestations et en élisant un gouvernement de gauche, on peut forcer des concessions, cela ne pourra qu’encourager les travailleurs d’autres pays à faire de même.

La solidarité avec les travailleurs et le peuple grecs sera donc un facteur décisif pour eux – et pour nous !

Quelle politique mènera Syriza ?

Depuis des mois, la direction de Syriza, qui s’appuie sur une majorité au sein du parti, a entrepris de modérer les revendications radicales. Ils s’affirment prêts à mettre en place un « Gouvernement de salut national » avec des petits partis du centre-gauche et de renégocier les termes des accords passés entre la Grèce (via les gouvernements précédents) avec l’Union européenne et la Banque centrale européenne afin que le fardeau de sa dette soit soulagé et que les coupes budgétaires les plus socialement insupportables puissent être effacées.

Par contre, une aile gauche (qui a gagné en influence dans le parti au cours de ces derniers mois) milite en faveur d’un « Gouvernement de gauche » (avec le Parti communiste KKE et la petite coalition anticapitaliste Antarsya) qui s’en prenne réellement aux groupes financiers, aux armateurs milliardaires, au haut clergé et à la hiérarchie militaire qui siphonnent les richesses du pays et feront tout pour briser un gouvernement qui voudrait remettre en cause leurs privilèges. Ce gouvernement de gauche permettrait aussi de mobiliser la population et de stimuler la solidarité internationale pour tenir tête à l’Union européenne et à ses chantages.

Ces élections et la possible victoire de Syriza permettront sans doute d’ouvrir un nouveau chapitre de la lutte contre l’austérité, le néolibéralisme et le capitalisme, un chapitre riche en potentialité… mais aussi en dangers.

Que trouverez-vous sur Avanti ?

Depuis la création d’Avanti, nous avons publié de nombreux articles sur la Grèce et il est clair que nous essayerons de suivre attentivement l’évolution de la situation dans le pays et les débats au sein de la gauche grecque.

Cette semaine, nous présentons trois articles donnant un cadre général permettant de mieux comprendre ce qui se joue aujourd’hui en Grèce.

Dans le premier, Démocratie contre bancocratie en Grèce, Alan Maass, de l’International Socialist Organization (USA) retrace les conséquences de la politique d’austérité et l’évolution de Syriza, situe les enjeux des élections et analyse de quoi l’avenir pourrait être fait au lendemain du 25 janvier.

Dans Grèce, le réveil va sonner…, de Mathieu Dargel, d’Ensemble (courant de gauche au sein du Front de Gauche français, se concentre sur l’actualité, tant de la campagne électorale en cours que de la campagne internationale de solidarité qui se construit peu à peu.

Enfin, Jean Peltier, membre de la rédaction d’Avanti, montre dans Syriza aux portes du pouvoir - Déjà un impact dans la gauche européenne et belge comment la dynamique autour de Syriza fait rêver au sein de formations de la gauche radicale européenne en Europe et accélère des évolutions parfois étonnantes.

Dans les tous prochains jours, nous publierons un dossier d’analyses et d’interviews provenant de militants de la Gauche Ouvrière Internationaliste (DEA, selon ses initiales en grec), un courant révolutionnaire très actif dans l’aile gauche de Syriza.