France : Des pas vers la convergence des luttes

Guillaume Loïc 10 février 2013

Durcissement de la crise économique, flambée du chômage et fermetures d’usine en cascade : le climat social se tend et la mobilisation s’amplifie. Goodyear, Renault, ArcelorMittal font la une de l’actualité mais, derrière elles, il y aussi des dizaines de plus petites boîtes anonymes. Grèves et manifestations se multiplient tandis que plusieurs rencontres ont eu lieu ces dernières semaines entre délégations de boîtes en lutte et militants syndicaux combatifs pour sortir les luttes de l’isolement et organiser leur convergence contre le patronat et le gouvernement. Des initiatives qui pourraient être une source de réflexion pour nous aussi en Belgique. Le premier article dresse un tableau de la situation actuelle en France. Le deuxième raconte le meeting contre les licenciements et pour la convergence des luttes qui s’est tenu à Paris le 24 janvier tandis que le troisième rapporte ce qui s’est passé lors du rassemblement organisé le 29 janvier devant le ministère du Travail à Paris à l’appel d’un collectif de boîtes en lutte. A suivre aussi l’actualisation chaque semaine du Journal de grève des travailleurs de Citroën PSA à Aulnoy. (Avanti4.be)

Vers une explosion sociale ?

Durcissement de la crise économique, flambée du chômage et fermetures d’usine en cascade : le climat social se tend et la mobilisation s’amplifie, au point que les ex-Renseignements Généraux scrutent "au plus près" les entreprises en difficulté pour anticiper toute éventuelle "radicalisation". Après la phase d’attentisme qui a suivi l’arrivée en mai des socialistes au pouvoir, la contestation gronde depuis plusieurs semaines.

Goodyear, Renault, ArcelorMittal : grèves et manifestations se multiplient. Le ton est monté d’un cran chez PSA où, après des "dégradations" sur le site d’Aulnay, la direction a déployé des vigiles dans l’usine dont la production est paralysée par une grève. Mardi, des salariés de la fonderie DMI de Vaux (Allier) ont assuré avoir commencé "à mettre en place des bouteilles de gaz" pour menacer les propriétaires de "faire exploser l’usine" si une compensation à leur licenciement n’était pas trouvée, rappelant les menaces ou actions parfois violentes menées dans les années 2000 par des salariés désespérés de Cellatex, Metaleurop, Moulinex ou Continental.

Dans ce climat, le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, s’est inquiété mardi des risques "d’implosions ou explosions sociales", assurant que ses services étaient mobilisés pour éviter tout débordement car "on ne peut pas casser l’outil de travail". (…)

Une "situation très, très tendue"

Sur le terrain, les meneurs syndicaux ne sont pas étonnés de la mobilisation des services de renseignement. Cela vise "à criminaliser notre action", a réagi Mickaël Wamen, délégué CGT de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord menacée de fermeture.

"Le gouvernement, les directions d’entreprise veulent nous faire porter la responsabilité d’un embrasement social, alors que le gouvernement devrait plutôt faire porter la responsabilité pleine et entière aux patrons", dénonce le responsable cégétiste, taxé de jusqu’au-boutisme.

Pas question toutefois de toucher à l’outil de travail, "c’est notre bien le plus précieux", assure-t-il.

Le meneur CFDT d’ArcelorMittal Florange, Edouard Martin, se dit "inquiet de la tournure que ça peut prendre". "Dans la filière logistique (...), il y a énormément de jeunes : pour eux, c’est la plus grande incertitude. Je pense que ça peut péter, parce que la situation est très, très tendue", explique-t-il.

Le privé en première ligne

(…) Chez Renault, "certains ouvriers souhaiteraient que ça se radicalise un petit peu", assure David Dubois, de la CGT Douai. "Beaucoup de travailleurs m’ont attrapé sur le sujet. Dire que 8.000 personnes m’ont dit la même chose serait mentir. Après, ça va vite : une personne qui embarque l’autre et ainsi de suite, ça se radicalise assez fortement."

"Ceux qui ont animé les grands mouvements sociaux depuis 20 ans (en 1995, ou 2010 contre la réforme des retraites) étaient surtout des salariés du public et d’entreprises à statut, les salariés du privé, pourtant les plus touchés par la crise, ont souvent été en retrait. Avec le durcissement de la crise économique, on voit se multiplier des mouvements dans le secteur privé", note Dominique Andolfatto, auteur de "La sociologie des syndicats".

"Les mouvements restent cependant éclatés, parfois divisés", ce qui ne permet pas "une coagulation" des luttes, souligne l’historien, et le récent accord national sur l’emploi n’a fait que raviver les clivages entre confédérations.

Pour l’heure, les salariés ne se mobilisent pas massivement. La situation est loin des grands mouvements dans l’automobile des années 80 ou dans la sidérurgie dans les années 70. L’appel aux rassemblements lancé pour le 12 février aux salariés d’entreprises menacées pourrait être un test.

Extrait d’un article paru le 5 février sur le site du magazine français Le Point

Aujourd’hui ensemble, à la tribune, le 29 on continue ?

Guillaume Loïc

Amphi comble à Sciences Po pour le meeting contre les licenciements et pour la convergence des luttes

Difficile de reconnaître Sciences Po, cette « vénérable institution » qui forme les futurs cadres de la bourgeoisie, jeudi soir. L’Amphi Boutmy, qui porte le nom de l’anti-communard et fondateur de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris, a plus l’habitude de recevoir chefs d’Etat et grands patrons. Jeudi, à 19h, c’était bien différent. A la tribune du principal amphithéâtre de la grande école parisienne allaient bientôt se succéder les représentants des principales luttes et bagarres qui font l’actualité, aujourd’hui : Sanofi, Air France, Virgin, Presstalis, PSA, Renault, Goodyear et Licenci’elles [1].

500 personnes remontées à bloc

Devant eux, 500 personnes : de nombreux travailleurs-e-s des différentes équipes syndicales venues en délégation, notamment de la CGT et de Sud ; des militant-e-s, badgés aux couleurs du Front de Gauche et du NPA, tous deux soutien de ce meeting ; des étudiant-e-s, de Sciences Po mais venus également d’autres facs parisiennes, interpelés par les syndicalistes des différentes boites en lutte, soulignant, à l’image de Laurence, de Sud-Chimie Toulouse, salariée chez Sanofi, combien demain, sur le marché du travail, eux aussi auront à se battre ; mais des étudiant-e-s aussi et surtout solidaires de ces luttes comme pouvaient en témoigner les applaudissements nourris à la fin de chaque intervention, les slogans lancés par la salle et les caisses passant d’une file à l’autre et se garnissant au fur et à mesure d’argent destiné à alimenter le fond de grève des travailleurs de PSA Aulnay, lock-outés par le patronat depuis vendredi 18.

Appétit patronal et résistances ouvrières

L’ensemble des représentants syndicaux ont souligné à la tribune combien leur lutte n’était en aucune manière un cas à part. Partout, c’est l’appétit patronal qui se manifeste, dans des boites qui souvent engrangent des profits comme l’ont souligné Léon de Sud aérien ou David pour la CGT Air France. A chaque fois cependant, ce sont les travailleur-se-s qui sont la variable d’ajustement. Partout ce sont les mêmes chiffres qui sont égrenés : plus de 11.000 suppressions chez PSA, comme l’a souligné Philippe, de la CGT Aulnay, plus de 8.000 chez Renault, comme l’ont dénoncé les camarades venus des technicentres de Guyancourt ou du Lardy : autant de familles condamnées, quatre fois plus d’emplois induits qui sont visés.

Mais face à la logique du rouleau-compresseur capitaliste, les travailleurs sont bien décidés à ne pas se laisser faire. A chaque fois, les camarades à la tribune ont relayé les initiatives auxquelles ont participé les salariés des différents groupes qui sont l’objet d’attaques. Chez Virgin, ce sont plusieurs rassemblements qui ont eu lieu.

Chez Presstalis, l’action des travailleurs contre le plan de suppressions est à chaque fois très suivi, entrainant la suspension de la distribution de la presse. Dans l’automobile, les camarades de PSA ont notamment raconté comment leur combat s’est développé depuis 2011 contre les mauvais coups de Varin, le PDG, qui vient de décider de lock-outer les travailleurs d’Aulnay, de peur que la grève commencée il y a dix jours contre la fermeture annoncée du site de Seine-Saint-Denis ne s’étende.

Le lien entre les bagarres de 2008-2010 et les luttes actuelles : non aux fermetures et aux licenciements !

Pour faire la jonction entre les bagarres actuelles et celles de la vague de luttes contre les licenciements de 2008-2010, c’est Manu Georget, de la CGT Philips-Dreux, qui est monté à la tribune. Ça a été l’occasion de rappeler combien la question du maintien de l’emploi est essentielle pour les travailleurs, plus encore dans les régions sinistrées par le chômage et les fermetures d’entreprise.

La question, comme l’ont souligné les travailleurs de Virgin ou de Sanofi notamment, ce n’est pas de défendre des indemnisations en échange de la fermeture des sites ni même une soi-disant industrie nationale contre les délocalisations. L’emploi, c’est ce que les travailleurs ont de plus précieux pour se défendre.C’est de cela que découle la possibilité de se battre, collectivement, contre les mauvais coups du patronat et les politiques d’un gouvernement que l’ensemble des intervenants ne se sont pas privés de brocarder, soulignant combien il n’y avait rien à attendre de Hollande ni aucun de ses ministres.

Pour ce qui est de la « l’industrie hexagonale », dans le cas de Philips Dreux, la production de téléviseurs est partie en Hongrie, où les ouvriers travaillent pour un peu plus de 400 euros par mois. Mais comme l’a souligné Manu, sous les applaudissements, « le travailleur hongrois est mon frère de classe, alors que le patron français qui nous exploite ici est le même qui envahit et pille des pays plus pauvres comme on peut le voir actuellement avec l’intervention impérialiste au Mali ». Ce n’est pas un hasard, là aussi, si le meeting s’est achevé sur une « Internationale » reprise en chœur par la salle, comme cela ne se faisait plus depuis plusieurs années dans un meeting ouvriers-étudiants …

Unification et coordination des bagarres, une nécessité…

D’où la question de l’unification des luttes. Déjà dans l’automobile, les travailleurs d’Aulnay se sont joints à ceux de Flins qui protestaient mercredi contre les plans de réduction d’effectifs de Carlos Ghosn. Mais briser l’isolement, étendre le plus possible les résistances, c’est une question essentielle. C’est sans doute ce qui a fait cruellement défaut en 2008-2010, malgré quelques tentatives d’unification, et alors que la combativité ne manquait pas. Il suffit de penser à la lutte des Molex ou des Conti par exemple.

C’est bien pour cela que les étudiants et les militants ont tous répondu « présents ! » lorsque les différents orateurs qui se sont succédé à la tribune ont appelé à la mobilisation le 29 janvier, mardi prochain, devant le ministère du Travail d’abord, puis en direction de l’Assemblée Nationale, organisé par de nombreuses boites qui seront-là pour dire que « les licenciements, c’est non ! »

…. plus encore après l’annonce de la direction de Goodyear !

Alors que l’annonce de la fermeture du site Goodyear d’Amiens vient de tomber, assombrissant un peu plus le panorama social, la question d’une coordination des luttes actuelles et des résistances contre les mauvais coups des patrons et du gouvernement (car dans le public aussi, la situation est loin d’être brillante) est plus que jamais à l’ordre du jour.

Comme l’a souligné de son côté Mickaël Wamen, pour la CGT du site de production de pneus d’Amiens, il existe un débat qui traverse l’ensemble des secteurs en lutte aujourd’hui : il s’agit de la question des mots d’ordre à avancer contre les menaces de licenciements et de fermeture. Il ne s’agit en aucun cas d’un préalable à l’unité des boites qui se battent, mais ce débat, notamment celles et ceux qui refuse tout net la perspective des licenciements et mettent en avant le maintien de l’emploi, pourrait redonner le moral et des perspectives à des dizaines de sites où les patrons entendent avancer en termes de flexibilité, de précarisation, de départs « volontaires » ou de licenciements, comme si c’était une fatalité.

Ce serait un moyen aussi pour montrer, dans les faits, combien le monde du travail, en tant que sujet hégémonique, est capable de donner des perspectives à toutes celles et tous ceux qui ne disposent même pas d’un CDI et sont jetés comme des kleenex à la fin de leur contrat ou de leur mission ; mais aussi donner des perspectives à ces milliers de jeunes de toutes les banlieues de l’Hexagone, comme celles et ceux d’Amiens-Nord l’été dernier d’ailleurs, qui font entendre leur voix contre ce système fondé sur l’exploitation, l’oppression et le racisme institutionnalisé, mais sont dans l’incapacité de pouvoir mener leur combat jusqu’au bout, par absence d’alternative de classe.

Alors oui, l’annonce de la fermeture du site d’Amiens par Goodyear, où travaillent plus de 1.200 ouvriers qui mènent depuis prés de six ans une lutte de résistance et de préparation déterminée contre les manœuvres de leur direction, pourrait se transformer en une « véritable bombe sociale » pour le gouvernement, comme le titre la presse aujourd’hui. C’est le mieux qu’on puisse souhaiter.

Le rendez-vous est pris pour le 29 janvier, devant le ministère du Travail ! Si les étudiants ont tout leur rôle à jouer dans ce mouvement, les boites en lutte ont une responsabilité toute particulière pour relever le défi, à un moment où les confédérations préfèrent partager la même table de négociations des contre-réformes avec le patronat, voire même signer aux côtés du Medef les pires reculs, à l’image des accords de « sécurisation de l’emploi ».

« Au fond, à gauche » : c’est-là où avait lieu le meeting ce jeudi. Par en bas, sur la gauche, c’est comme cela aussi que va se construire la contre-offensive : en front unique, avec différents sigles syndicaux et politiques, ouvriers et étudiants, côte à côté. A nous maintenant de montrer que l’initiative du 24 peut se pérenniser et s’étendre et que la convergence et la coordination peut réellement voir le jour. Rendez-vous mardi à 14h, devant le ministère du Travail, pour donner une première suite au succès du meeting de jeudi !

25/01/13

[1] Le temps à même manqué pour que ne prennent la parole les camarades postiers du 92 et du 78, les représentants du personnel de l’ENS-Paris, les sans-papiers de la Coordination 75, les camarades de la CGT-EDF.

Article paru sur le site du Courant Communiste révolutionnaire du NPA : http://www.ccr4.org/

Le début d’une nouvelle bataille de classe ?

Loïc Guillaume

Ce mardi 29 janvier s’est tenu devant le ministère du Travail à Paris un rassemblement qui pourrait faire date, à l’appel d’un collectif de boîtes en lutte [1].

Plusieurs boîtes étaient là, en force, démontrant le niveau de mobilisation qui existe dans certains secteurs du monde du travail en ce moment : 150 salarié-e-s de Sanofi Toulouse et Montpellier, 100 de chez Goodyear Amiens, qui ont appris vendredi dernier par voix de presse l’hypothèse de fermeture de leur site en 2014, une cinquantaine de travailleurs du site Candia de Lude qui ont fait plusieurs semaines de grève contre la fermeture, et 200 travailleurs de PSA Aulnay, en grève depuis bientôt 15 jours.

L’auto au cœur de la tempête

Dans sa prise de parole, Philippe Julien (CGT PSA Aulnay) a expliqué l’importance que les camarades de sa boîte accordaient à la convergence en cours. Il a également donné des informations sur le niveau de la grève. Après la rencontre réussie et émouvante avec les salarié-e-s de Renault Flins mercredi dernier, 150 ouvrier-ère-s d’Aulnay se sont d’ailleurs rendus aujourd’hui à Renault Cléon, où la grève a commencé. L’accord de compétitivité de Carlos Ghosn ne précarise pas seulement les conditions de travail. Il met également en danger plus 7.500 emplois, soit l’équivalent de trois sites en France. Dans l’automobile, ce sont également plus de 11.000 qui sont sur la sellette chez PSA, 1.200 chez Goodyear, et des dizaines de milliers de plus chez les sous-traitant comme Faurecia. C’est bien cette situation qui place plus particulièrement le secteur auto au centre de la situation aujourd’hui pour la classe ouvrière hexagonale dans sa nécessaire riposte à la restructuration capitaliste lancée par le patronat.

Virgin sur les Champs

Un peu plus tôt, un autre rassemblement avait eu lieu à l’initiative des salarié-e-s de Virgin, qui étaient 600 à prendre part à la montée nationale contre Butler, le principal actionnaire du groupe, qui s’est lancé depuis sa prise de parts dans une stratégie de démantèlement visant à réaliser le maximum de profits à très court terme, ce qui revient aujourd’hui à fermer l’enseigne et à jeter les salarié-e-s à la rue. Devant le magasin des Champs-Elysées, ils ont été rejoints par des camarades de PSA, de Sanofi ou encore de Candia, pour une rencontre très combative. C’est certainement parce que les flics sentaient la puissance de ces débuts de fraternisation et de coordination entre travailleuses et travailleurs de différentes boîtes et de différents secteurs que les centaines de CRS déployés autour du ministère du Travail n’ont pas laissé les camarades de Virgin nous rejoindre dans l’après midi !

Rue de Varenne, travailleurs-euses, étudiant-e-s et militant-e-s donnent de la voix
Devant le ministère, métro Varenne, l’ambiance était dynamique, entre les désormais traditionnels et toujours aussi motivants chants des Sanofi, la distribution de lait improvisée par les camarades de Candia, et le port par tous et toutes d’un même T-shirt, symbole du collectif en construction. Un cortège d’une cinquantaine d’étudiantes et étudiants était également de la partie, venu en solidarité avec les travailleur-euse-s comme l’exprimaient leurs deux banderoles et leurs slogans, salués par les salarié-e-s présents. Autre signe de l’importance de la journée, la présence massive de la presse, qui multipliait les interviews et les prises d’images.

Une délégation composée de Mickael Wamen (CGT Goodyear Amiens), Philippe Poutou (CGT Ford Blanquefort), Marie des Licenci’elles et d’autres salarié-e-s a été reçue par le chef de cabinet de Michel Sapin. Comme on pouvait s’y attendre, l’entrevue n’a rien donné pour les travailleur-euse-s. Rien d’étonnant pour un gouvernement qui vient de concocter un accord, validé par la CFDT et le patronat, qui implique la destruction de pans entiers du droit du travail, et notamment l’individualisation et la facilitation des licenciements [2]. Rien d’étonnant pour un gouvernement qui continue de distribuer de l’argent public à des boîtes qui jettent dans la misère celles et ceux qu’elles ont exploité-e-s pendant des décennies. Rien d’étonnant pour un gouvernement qui prête ses ministres pour organiser de grands shows médiatiques à chaque annonce, finement préparée, d’un nouveau PSE.

La possibilité réelle de construire la convergence…

Au total, la journée du 29 de même que le grand meeting de jeudi dernier exprime la possibilité ouverte, aujourd’hui, de construire un nouvel outil pour les boîtes en bagarre. Cet outil, ce pourrait être un cadre de coordination, d’échange et d’organisation de l’action regroupant l’ensemble des salarié-e-s des différents syndicats et les non syndiqué-e-s, en lutte. Un cadre fonctionnant démocratiquement, basé sur la mobilisation et l’auto-organisation des salarié-e-s des boites en lutte, et qui pourrait offrir à tou-te-s les camarades à la recherche de perspectives pour résister aux licenciements, qu’ils soient dans des boîtes qui font du profit ou pas, une alternative face à la stratégie conciliatrice des directions syndicales qui, dans le « meilleur des cas », essayent d’atténuer pour les travailleurs la catastrophe que représente la perte de l’emploi quand elles ne négocient pas directement avec le patronat des accords aussi crapuleux que celui qui a été signé le 11 janvier.

C’est bien cela qui est posé : l’émergence d’une direction alternative enfin apte à mener la riposte contre la violente restructuration de l’outil de production planifiée par les capitalistes ; une direction fondée, pour la première fois depuis le début de la crise, sur l’auto-organisation et la convergence entre les secteurs radicalisés du prolétariat.

… contre tous les licenciements, quels qu’ils soient !

L’enjeu c’est bien de refuser les licenciements et les fermetures. De ce point de vue, il n’existe aucune différence entre des licenciements qui seraient « justifiés » parce qu’une boite serait en difficulté, ou d’autres qui le seraient moins parce qu’elle ferait des profits ; aucune différence non plus entre des licenciements qui seraient décidés par tel ou tel actionnaire ou fonds de pension anonyme et des industriels bien de chez nous.

On sait que les entreprises organisent, quand ça leur convient, leurs propres difficultés financières, sachant mettre à l’abri leur trésorerie dans les paradis fiscaux ou les banques hexagonales. On sait aussi qu’il n’y a aucune différence entre les vautours de la finance, comme Butler, spécialisés dans la reprise « d’entreprises en difficulté », et ceux qui, comme la famille Peugeot, font des profits sur le dos des travailleurs depuis deux siècles. En tout état de cause, ce n’est pas aux travailleurs-seuses de payer pour une crise qui n’est pas la leur, dont ils ne sont pas responsables, mais que le patronat et le gouvernement essaient de leur facturer.

C’est bien tous les licenciements qu’il faut contester, ceux du privé comme ceux du public, ceux qui découlent de PSE scandaleux comme ceux qui sont maquillés sous couverts de fin de contrat les intérimaires et les CDD, pour les travailleurs du privé comme ceux du public qui ont connu une véritable saignée sous la sarkozye avec des centaines de milliers de suppression au nom de la RGPP, aujourd’hui rebaptisée par Hollande « Modernisation de l’Action Publique » (MAP). C’est bien tous les licenciements qu’il va falloir interdire et, pour cela, les travailleurs-seuses ne pourront compter sur leurs propres forces, sur leurs propres mobilisations, sans aucune illusion à avoir, ni dans les pseudo-promesses de campagne du candidat Hollande pas plus que dans les projets de loi que tel ou tel député « de la gauche du PS » pourrait déposer dans les prochaines semaines et qui ne sera jamais adopté par le Parlement.

La force des travailleur-euse-s, c’est leur mobilisation et l’extension des luttes !

En cela, et comme le disait Mickael Wamen à la fin du rassemblement, c’est moins le nombre de participant-e-s que le nombre d’entreprises représentées qui faisait la force de l’action du 29 janvier devant le ministère du Travail. C’est ce qui fera que le patronat et le gouvernement commenceront réellement à craindre notre mobilisation. Mais ce regroupement de boites en lutte doit s’élargir et s’approfondir. Un maximum de salarié-e-s, à la base, doit s’en saisir. Mais il faut également qu’il se dote d’un programme offensif, à la hauteur de la situation. Ce n’est en effet que sur leur propre force que les travailleuses et travailleurs peuvent compter pour commencer à faire dérailler les plans qui les menacent, et imposer leurs propres solutions contre la misère et les licenciements. Comme certains militants et délégués en faisaient part hier, l’idée d’une marche nationale contre les licenciements et l’accord de flexisécurité signé le 11 janvier commence à faire son chemin. C’est à nous aussi, à l’extrême gauche, de tout faire pour que cette perspective soit reprise et émerge le plus largement et le plus vite possible !

[1] Le T-shirt réalisé pour l’occasion mentionne les membres du collectif à ce jour (auxquels il faudrait rajouter les salarié-e-s de Candia Lude qui étaient bien représentés hier) : Goodyear, PSA, Ford, Faurecia, Sanofi, Sodimedical, Samsonite, 3 Suisses, Fralib, Valeo, Coca-Cola, Bigard, Pilpa, Crédit Agricole CF, Sony, Valéo, ZF, Merck Serrono, etc. Initialement lancé par les Licenci’elles, ce collectif s’est élargi après le grand meeting contre les licenciements jeudi dernier à Sciences-po
[2] Voir JP Clech, « A bas les accords de Flexisécurité signés par le Medef et les directions syndicales ! », 20/01/13, http://www.ccr4.org/Flexisecurite-u...

Article paru sur le site du Courant Communiste révolutionnaire du NPA http://www.ccr4.org/