Elections municipales françaises : des leçons qui dépassent de loin la France

Alain Krivine, Guillaume Liégard, Jean Peltier 26 mars 2014

Les élections municipales françaises ont livré leurs résultats du premier tour : montée de l’abstention, recul marqué du PS, progression de la droite classique et poussée du Front National. Les deux articles que nous publions ci-dessous fournissent de premières analyses à chaud de ces tendances, de leurs raisons et de leurs conséquences. Mais ces résultats ont une importance qui va bien au-delà de « simples » élections locales – particulièrement en ce qui concerne la montée de l’abstention et la poussée du FN. Et cette importance pourrait bien nous éclater à la figure en Belgique dans deux mois.

Le jeu de bascule est enrayé

Jusqu’il y a encore quelques années, une défaite de la droite française se traduisait quasi mécaniquement par une victoire de la gauche et vice versa, le parti arrivé au pouvoir faisant généralement les frais de l’élection suivante. Il n’en va plus de même aujourd’hui.

La raison principale est que, depuis trente ans, les forces politiques traditionnelles (UMP, centre et PS) mènent globalement la même politique néolibérale et pro-mondialisation financière, une politique qui a des conséquences sociales de plus en plus lourdes (qui ne sont d’ailleurs pas l’apanage de la France) : une disparition progressive de l’industrie traditionnelle qui entraîne la décomposition de la vieille classe ouvrière et le développement d’un chômage de masse ; des privatisations et des coupes dans le secteur public qui conduisent à l’affaiblissement, voire à la quasi-disparition du service public dans des parties entières du territoire (en particulier les zones rurales et les quartiers « difficiles ») ; un patronat de plus en plus intransigeant et une dégradation des conditions de travail et de vie qui se traduisent par une pression et un stress de plus en plus forts au travail, une anxiété et une insécurité sociale permanentes,…

Les partis traditionnels ont ainsi – volontairement et consciemment – organisé leur impuissance face aux évolutions du capitalisme, dont ils sont devenus les simples « gestionnaires ». Et ce personnel politique s’est de plus en plus intégré aux élites économiques dont il adopté le mode de vie, les aspirations et les valeurs – ce qui se marque désormais par l’envolée de ses revenus et la multiplication des scandales de collusion ou de corruption. Et ce qui conduit à une perte de confiance générale vis-à-vis de ces partis et du monde politique.

Abstention et mise hors jeu

Cela se traduit par deux tendances de plus en plus fortes. La première est l’abstention. Aux élections municipales de dimanche (pourtant le type d’élection le plus mobilisateur après la présidentielle), l’abstention frôle 40%, avec des pointes approchant les 50% à certains endroits. Cette abstention est particulièrement forte parmi les couches ouvrières et populaires et parmi les sympathisants de gauche (ce qui s’explique par la déception actuelle vis-à-vis du gouvernement Hollande mais aussi plus généralement vis-à-vis de la faillite politique de la gauche au pouvoir depuis le « tournant de la rigueur » en 1983).

On est en train de glisser en France – et le mouvement est le même partout en Europe, quoiqu’avec des intensités diverses – vers une situation à l’américaine. Aux Etats-Unis, cela fait longtemps que la moitié des citoyens ne vote plus aux élections, persuadés de leur inutilité pour améliorer leur condition. Et ces 50% sont globalement les plus pauvres. La conséquence est évidente : débarrassés de la contrainte de satisfaire cet électorat, les partis dominants (républicain comme démocrate) ne s’adressent plus qu’aux « classes moyennes » et aux riches. Le résultat en est une politique de plus au plus au service des grands groupes capitalistes. Ce qui a comme effet d’éloigner encore plus les couches populaires, dans un cercle vicieux sans fin, que ne viennent troubler de temps en temps de rares campagnes « différentes » comme celles de Clinton puis d’Obama qui suscitent des espoirs populaires rapidement déçus.

C’est bel et bien ce même processus qui s’impose peu à peu sur le Vieux Continent. Il est complètement inutile de s’adresser à ce « désengagement électoral » avec un discours moralisateur de défense de la démocratie et des valeurs républicaines – qui ne veut plus dire grand’chose pour les exclus de la croissance et du système. Ce qui est nécessaire, c’est d’avancer des réponses – et des mesures – économiques, sociales et politiques convaincantes qui changent leur situation quotidienne. Et cela amène tout droit à la deuxième tendance.

La droite radicale s’enracine

Cette deuxième tendance, c’est la forte poussée du Front National, qui cadre avec la montée générale en Europe de courants nationalistes-populistes, voire carrément fascistes-violents (comme Aube Dorée en Grèce et Jobbik en Hongrie).

Pendant longtemps, les partis traditionnels – surtout à gauche - ont joué à se rassurer en prétendant qu’il ne s’agissait là que d’un vote de protestation. Cette dimension existe évidemment – et elle s’exprime même de plus en plus ouvertement – mais l’enracinement et la progression de la « droite radicale » montre bel et bien qu’il s’agit aussi, et de plus en plus, d’un vote d’adhésion à une vision du monde, des réponses et un programme précis.

La droite radicale (qu’elle soit nationaliste-populiste – y compris à travers des secteurs de la droite traditionnelle – ou ouvertement fasciste) affirme aujourd’hui pouvoir organiser efficacement la résistance à la mondialisation, la désindustrialisation, l’insécurité, la perte de repères, le discrédit des élites, la corruption,... par le protectionnisme, le repli (européen ou national), le retour à l’autorité et aux valeurs traditionnelles, l’arrêt puis l’inversion de l’immigration.

En soi, il n’y a là rien de radicalement nouveau, sauf que la combinaison des diverses facettes a gagné en cohérence, que cette droite radicale ne se contente plus de surfer électoralement sur le mécontentement social mais s’enracine dans la société via l’impulsion de « mouvements sociaux de droite » (comme les mobilisations contre le mariage gay) et que ce programme apparaît comme une réponse appropriée auprès de larges couches populaires désillusionnées, démobilisées et dépolitisées par les renoncements et les trahisons de la gauche gouvernementale.

Cet enracinement et cette progression de la droite radicale ne font que rendre plus urgente et plus importante la construction d’un nouveau « bloc de gauche » alternatif à la vieille gauche gestionnaire et domestiquée du PS et des Verts, qui soit capable de donner au mécontentement populaire une réponse anticapitaliste et internationaliste et de remobiliser les énergies autour d’un projet concret de transformation progressiste de la société. Les résultats plus que moyens du Front de Gauche, tout comme du Nouveau Parti Anticapitaliste, montrent à quel point on en est encore loin.

Dans ce tableau qui vire au sinistre, la Belgique francophone apparaît encore comme une – relative – oasis. Mais la progression annoncée du MR et les 12% qu’un récent sondage donnait aux diverses listes à la droite de ce même MR (Parti Populaire, La Droite, Wallonie d’Abord, Nation) montre que chez nous aussi, le terreau existe pour une évolution dangereuse – et que la construction d’une alternative de gauche et d’une stratégie de remobilisation sociale est un besoin crucial.

Les deux articles que nous reproduisons ci-dessous sont des réactions à chaud qui proviennent de deux secteurs de la « gauche radicale » française.

Le premier, écrit par Guillaume Liégard, reflète les analyses mises en avant par Ensemble, un regroupement récent au sein du Front de Gauche de diverses petites formations issues, d’une part, de la gauche « rouge-verte » et « alternative » et, d’autre part, de scissions successives dans le NPA. Ensemble est ainsi devenu le troisième pilier (politiquement le plus radical mais numériquement le plus faible) du Front de Gauche à côté du Parti Communiste et du Parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon.

Le deuxième, écrit par Alain Krivine, dirigeant historique de la LCR pendant quarante ans, reflète les vues de la direction du NPA.

Jean Peltier

Municipales : 5 leçons pour le Front de Gauche

Guillaume Liégard

Au-delà du désaveu de la politique gouvernementale, le premier tour du scrutin met en évidence l’échec de la stratégie d’alliance avec le PS, l’inefficacité relative des listes autonomes ou la bonne résistance d’Europe-Ecologie – Les Verts (EELV)… Mais aussi le caractère crucial de l’entre-deux tours pour le Front de Gauche.

Les résultats du premier tour des élections municipales annoncent une déroute pour les mairies de gauche équivalente à celle de 1983. La dynamique du second tour peut venir amplifier ou atténuer ce coup de tonnerre, mais il est d’ores et déjà possible d’en tirer quelques enseignements.

1. L’abstention, expression d’un désaveu cinglant

Le 23 mars, l’abstention a atteint un nouveau record pour des élections municipales, avec 38,6% contre 33,46% lors du précédent scrutin en 2008. Nul besoin de fines analyses pour comprendre que la désaffection du peuple de gauche a été massive à ces élections. Dans nombre de communes, petites ou grandes, le Parti socialiste perd 10, 15 et parfois même plus de 20 points d’une élection à l’autre.

Cette situation était hautement prévisible tant la politique gouvernementale, menée depuis maintenant près de deux ans, est allé à rebours des aspirations des Français le 6 mai 2012. Les électeurs voulaient le changement ? Ils ont eu la continuité, voire l’aggravation d’une politique économique et sociale pourtant rejetée. L’application avec laquelle le gouvernement de François Hollande sape sa propre base sociale en est presque fascinante. Ce quinquennat est l’alternance-qui-ne-change-rien de trop, et ces élections marquent d’abord un profond désaveu pour la politique du gouvernement PS-EELV.

2. L’alliance avec le PS : suicide mode d’emploi

Les composantes du Front de Gauche ont suivi, chacun le sait, des stratégies divergentes pour ces élections municipales. L’autonomie au premier tour pour le Parti de Gauche et Ensemble, le choix au cas par cas en ce qui concerne le PCF. Dans la moitié des villes de plus de 20.000 habitants où le Parti Communiste a fait le choix d’une alliance de premier tour avec le Parti Socialiste, un premier bilan s’impose. Sans aller jusqu’à dire que dans ces villes, les communistes ont eu et le déshonneur, et la défaite, une règle s’impose : le choix du PS se paie comptant. Le choix de préserver ses élus à tout prix est allé de pair avec une sous-estimation du discrédit du gouvernement par la direction communiste.

Dans bien des villes qui seront ou sont déjà gagnées par la droite, se cumulent donc absence de cohérence politique et disparition de l’essentiel des élus. Pire, dans quelques grandes villes comme Rennes, Poitiers ou Grenoble où des alternatives crédibles au maire socialiste existaient, les sections PCF ont systématiquement choisi de préserver leur alliance traditionnelle. Le 19 février Pierre Laurent déclarait dans le Dauphiné que le Parti de Gauche (entre autres) avait fait une « grave erreur à Grenoble » et plus loin que « Notre choix, à nous communistes, était au contraire un choix de clarté autour de notre chef de file Patrice Voir. Nous serons un point d’appui pour la future majorité grenobloise, et nous serons en capacité de faire accepter nos idées. » Avec 29,41 % des voix, la liste d’Eric Piolle (EELV-PG-Ensemble) devance la liste PS/PCF de Jérôme Safar qui a recueilli 25,31% des suffrages.

Même quand la liste d’union avec le PS n’était pas dirigée par un socialiste mais par un communiste, il y a eu un prix fort à payer : c’est une évidence pour des villes du Val-de-Marne comme Choisy-le-Roi ou Villejuif, c’est aussi le cas – même si la situation est plus complexe – à Bobigny, dans une situation quasi désespérée. À l’opposé, dans une ville comme Chevilly-la-Rue, c’est le choix de l’indépendance qui permettra de conserver la ville au Front de Gauche.

3. Listes autonomes : aucune percée significative

Les listes indépendantes – qu’elles comprennent l’ensemble du Front de Gauche ou simplement le Parti de Gauche et Ensemble – ne réussissent aucune démonstration électorale probante, même s’il faut sans doute nuancer et examiner plus finement. Dans le Limousin, qui avait connu une dynamique exceptionnelle lors des élections régionales de 2010, la liste FdG obtient 14,15%. À Clermont-Ferrand, la liste Ensemble-PG obtient 11,5% quand la liste PS/PCF en recueille 31% (49,45 % en 2008). Des résultats tout-à-fait honorables, mais qui ne traduisent aucune poussée en faveur du FdG.

Dans d’autres villes, les résultats sont beaucoup plus faibles : à Paris, la liste PG-Ensemble atteint 4,94%, à Marseille le FdG uni est à 7,1%, à Toulouse avec 5,10% la liste PG-Ensemble passe tout juste la barre fatidique et réalise un score inférieur à ceux de la LCR en 2008. À Montpellier, une liste rassemblant pourtant toutes les composantes du Front de Gauche obtient 7,56%, tandis qu’à Saint-Étienne, une liste emmenée par le PG ne recueille que 4,18%. Dans ces conditions, la déclaration du secrétaire national du PG, Eric Coquerel relève de la méthode Coué : « Les résultats [du Front de Gauche], quelle que soit la configuration, sont bons, renouant avec l’élan de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon ».

La situation est hélas bien différente. Il y a bien eu sanction contre la politique gouvernementale. Mais ce qui l’a emporté, c’est l’amertume et le ressentiment plutôt que la colère contre un gouvernement qui mène une politique conforme aux intérêts des dominants. Le Front de Gauche n’est pas apparu comme une alternative crédible pour sanctionner François Hollande, et c’est bien le FN qui est le principal bénéficiaire de ces élections.

La cohérence du discours FdG a bien sûr pâti des alliances nombreuses du PCF avec le PS, mais l’explication est un peu courte. À ce compte, les listes Lutte Ouvrière (LO) ou Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) – qui d’ores et déjà avaient annoncé le refus de toute fusion avec les parti gouvernementaux – devraient être au firmament. Or, elles réalisent, sauf rares exceptions, des scores dérisoires. Le problème est donc plus profond, et ces résultats démontrent que la gauche de transformation sociale n’a pas achevé son aggiornamento programmatique et stratégique. L’extrême faiblesse des mobilisations sociales s’exprime aussi dans les urnes.

4. EELV tire son épingle du jeu

Il faudra bien sûr apprécier les conséquences, pour le parti écologiste, de la perte de plusieurs dizaines de mairie par la gauche, mais c’est un fait : les listes EELV s’en sortent plutôt bien. Dans la plupart des grandes villes, elles voisinent ou dépassent les 10%. Clairement, le vote écologiste, toujours plus important lors des élections locales qu’à l’occasion des grandes échéances nationales, est apparu comme un vote refuge pour l’électorat socialiste mécontent. Faisant oublier sa participation gouvernementale et son très maigre bilan, EELV s’affirme comme un partenaire incontournable pour le PS. Dans quelques cas, une alliance EELV avec le PG et Ensemble a démontré les possibilités d’une réelle dynamique : à Grenoble (29,41%), la liste pouvant conquérir la mairie, mais aussi à Rennes (15,09%) ou Poitiers (15,29%).

Ces alliances sont-elles généralisables ? Oui, répond Éric Coquerel, toujours prompt à chercher des raccourcis : « L’alliance avec EELV peut permettre à une force opposé à l’austérité et au productivisme d’être en tête de la gauche. C’est possible dès les européennes et plus encore aux régionales à venir ». Tant que les écologistes sont au gouvernement, il est tout de même hasardeux de les qualifier d’opposés à la politique d’austérité : ils la mènent, ils la votent. Surtout, penser un instant qu’un tel accord pourrait voir le jour dès les européennes est une plaisanterie. Sur l’Europe et la construction européenne, l’approche des écologistes et du Front de Gauche sont tout sauf compatibles.

5. Entre-deux tours à haut risque pour le Front de Gauche

Dans près de la moitié des villes de plus de 20.000 habitants, les différentes composantes du Front du Gauche se sont présentées sur des listes séparées, c’est-à-dire concurrentes. Les dynamiques de campagne ont parfois exacerbé les positions, et si les relations sont souvent restées courtoises, de nombreuses villes ont vu un net rafraîchissement de l’ambiance entre les différentes organisations.

La logique voudrait qu’après les municipales, vienne le temps du rassemblement de tout le Front de gauche afin de réussir au mieux les élections européennes. Il ne sera toutefois pas si simple de se réunir après des mois d’affrontements, d’autant que cela suppose de franchir le dernier obstacle : celui des fusions au second tour. La fusion suppose en effet de modifier l’équilibre de la liste de premier tour pour faire un peu de place. Là où le PS sera contraint à de telles fusions, il ne fait guère de doute qu’il reverra alors à la baisse l’accord négocié avec le PCF pour le premier tour. Dans d’autres cas, et pour éviter une telle éventualité, c’est le PCF qui sera un des artisans de la non fusion. C’est, à cette heure, la position des communistes à Besançon malgré les plus de 7% réalisés par la liste PG-Ensemble, ce fut aussi la position de leurs homologues parisiens dans la négociation qui s’est tenue entre les listes d’Anne Hidalgo et celles de Danielle Simonnet dans la nuit de dimanche à lundi. Pour quelques élus supplémentaires, cela risque de crisper beaucoup.

Source :
http://www.regards.fr/web/municipales-5-lecons-pour-le-front,7593

Municipales : Abstention massive, percée du FN

Alain Krivine

Les résultats du premier tour des élections municipales en France sont très révélateurs des évolutions politiques en cours et sont dominés essentiellement par un rejet multiforme de l’actuelle majorité gouvernementale dirigée par le PS.

Ras le bol contre François Hollande et sa politique d’austérité mais aussi ras le bol contre tous les appareils politiques. Ces sentiments se traduisent par une abstention massive, surtout dans les milieux populaires. Plus de 38 % contre 33% en 2008 se sont abstenus. Près de 6O % dans des villes populaires comme Saint-Denis, Montreuil ou Saint-Ouen. La déperdition vient donc essentiellement de l’électorat de gauche.

En même temps on assiste à une montée exceptionnelle du Front National qui, dépassant les 10% dans près de 200 villes sera présent au deuxième tour avec une victoire révélatrice dès le premier tour dans un vieux bastion minier de la gauche PC à Hénin Beaumont. Utilisant les capitulations permanentes du PS devant le patronat, Marine Le Pen a réussi à symboliser en partie le sentiment largement partagé du « ni gauche ni droite, tous pourris ». Le FN fait des percées dans les milieux populaires y compris les villes où il n’y a quasiment pas d’immigrés. Son équipe ne s’adresse plus aux vieilles couches que son père Jean-Marie cajolait, à savoir les anciens collabos ou les anciens de l’Algérie française, mais aux couches populaires anti-systéme, anti-Europe et anti-immigrés, persuadées de ne pas être « fascistes ».

Il est évident que le gouvernement « de gauche » porte une énorme responsabilité dans cette percée et le climat de désarroi qui règne à gauche. Si le FN a gardé les principaux axes de sa fondation, il s’est dédiabolisé et, par exemple, se garde bien, pour le moment, de se conduire comme les nazis d’Aube Dorée en Grèce en s’en prenant physiquement au mouvement ouvrier. Il apparaît comme un mouvement nationaliste et populiste.

Dans ce cadre, le Front de Gauche - et surtout le PCF, avec ses alliances multiples, notamment avec le PS dès le premier tour - n’est pas apparu comme une alternative crédible et a été parfois battu par des candidats de droite. Le PCF appelle au rassemblement de toutes les listes de gauche, y compris celles du PS pour « battre la droite « au second tour. Sur cet appel, le PG de Mélenchon est divisé, comme le sont aussi les militants du PC qui ne comprennent pas qu’on puisse attaquer la politique du PS au premier tour et se retrouver avec lui au second.

Enfin, en-dehors du Front de Gauche, le Nouveau parti Anticapitaliste (NPA) a été présent dans une centaine de villes. Tantôt seul, tantôt sur des listes unitaires avec des composantes locales du Front de Gauche (surtout le Parti de Gauche, Ensemble et parfois le PCF) mais sur une ligne anti-austérité et d’indépendance totale par rapport au PS. Ces listes ont connu des résultats très différenciés avec quand même déjà une vingtaine d’élus. De 1 à 3 % pour le NPA dans la région parisienne, plus de 1O% à Carhaix en Bretagne ou Gérardmer dans les Vosges, de 5 à 15% pour de nombreuses listes unitaires. Bref un score qui tenait compte des spécificités locales ou de la personnalité des candidats. Mais globalement on ne peut pas parler de percée de la gauche anticapitaliste.

La semaine qui vient va permettre de clarifier les positions des uns et des autres et de voir si une remobilisation électorale de la gauche est possible. En attendant les militant-e-s préparent activement la marche nationale unitaire contre l’austérité du 12 avril appelée par une centaine de personnalités du monde politique, syndical, associatif et culturel.

Source :
http://www.lcr-lagauche.org/france-abstention-massive-percee-du-fn/