Elections européennes au Portugal : mauvais résultat pour le Bloc de Gauche

Bloc de Gauche 9 juin 2014

Elections européennes au Portugal : mauvais résultat pour le Bloc de Gauche

Fondé en 1999 par l’union de plusieurs organisations anticapitalistes, le Bloc de Gauche portugais a connu une progression électorale continue jusqu’aux européennes de 2009, où il a obtenu son meilleur score jusqu’alors (10,7%). Mais, depuis les législatives de 2011 (5,19%), ses scores sont en recul à chaque scrutin, ce qui s’est confirmé aux élections européennes du 25 mai dernier où le Bloc n’a obtenu que 4,5% et perdu deux de ses trois députés européens (face aux 12,7% obtenus par la « Coalition démocratique unitaire », constituée par le Parti communiste et un petit parti vert). Nous publions ci dessous un extrait de la déclaration de la direction du Bloc à la suite de ces élections et qui ouvre une intense période de débats internes sur les causes et les conséquences de ces reculs. (Avanti4.be)

Après les élections municipales, le Bloc de Gauche a consolidé son programme européen par un débat programmatique de fond, ouvert à de nombreux indépendants, qui a culminé au Congrès national de février dernier. Le Bloc a mené la bataille électorale avec une orientation forte, un programme clair et alternatif à celui du gouvernement, une candidature de consensus du parti et une ouverture qui s’est reflétée dans la qualité de la liste et ses soutiens publics. Le Bloc de Gauche a mené une campagne électorale dynamique dans laquelle il était uni et pleinement engagé.

Le résultat électoral du Bloc de Gauche est mauvais. Il est parvenu à faire réélire Marisa Matias, mais il a été loin d’obtenir un second député européen. Non seulement il n’est pas parvenu à récupérer les pertes des dernières élections législatives et municipales, mais il a même été en dessous de ses scores lors de ces scrutins. Ce constat exige donc une réflexion approfondie sur la situation politique, le chemin parcouru et les options futures du Bloc.

Crise du système politique

Les élections au Parlement européen du 25 mai expriment l’approfondissement de la crise du système politique en Europe, crise qui se reflète dans le recul électoral généralisé des partis traditionnels et au pouvoir (tant socialistes que conservateurs) et la croissance de l’extrême droite et de formes de populisme réactionnaire et xénophobe, comme en Grande-Bretagne, en France, au Danemark, en Suède, en Autriche et en République tchèque. Les forces anti-austérité obtiennent néanmoins des résultats significatifs en Grèce (avec la victoire de Syriza), en Irlande (20% pour le Sinn Fein) et dans l’Etat espagnol (Izquierda Unida et le nouveau parti Podemos ayant ensemble 18%).

Le second facteur de crise du système politique est la persistance de taux d’abstention élevés, qui ont empiré avec le désespoir social avec ce cycle de crise économique. La très faible participation des Européens à ces élections aggrave la crise de représentativité démocratique de l’Union européenne.

Au Portugal, l’abstention a atteint lors de ces élections le taux record de 66% (3% de plus qu’en 2009, soit 280.000 électeurs en moins). A Braganza, Faro, Vila Real et dans les Açores, l’abstention a dépassé 70%. Historiquement, le taux d’abstention le plus élevé aux européennes avait eu lieu il y a 20 ans (64,6%).

L’émigration, qui a augmenté ces dernières années pour atteindre des niveaux similaires à ceux des années 1960-1970 du siècle dernier, a sans doute joué un rôle important dans l’augmentation de l’abstention. Cependant, la principale explication de ce phénomène est le discrédit accumulé parmi de large secteurs populaires vis à vis de la politique en général. Cet éloignement des citoyens tend à prendre sa plus grand expression aux élections européennes, mais il s’accroît également aux législatives et aux municipales et devient une tendance structurelle. L’abstention actuelle est l’expression d’une protestation contre les politiques d’austérité et antisociales.

Au Portugal, les partis du gouvernement subissent une défaite humiliante qui condamne la politique d’austérité (...). Il n’y a pas de transfert significatif des votes perdus par le centre-droit en faveur de la gauche. Tandis que les partis au pouvoir perdent 400.000 votes par rapport à 2009, le PS stagne, gagnant seulement un député européen de plus que l’alliance de droite.

Le PCP (Parti communiste portugais) a obtenu 416.000 votes (35.000 de plus qu’en 2009) mais il n’a pas été l’unique force à bénéficier du mécontentement. La polarisation se produit également autour de la personnalité de Antonio Marinho e Pinto (Parti de la Terre, 7,15% et 200.000 votes de plus qu’en 2009).

Même s’il n’a pas pu obtenu un nouveau siège pour Rui Tavares (indépendant élu sur la liste du Bloc de Gauche en 2009, en rupture avec ce parti depuis 2011, NdT), le Parti Libre obtient un score important (70.000 votes, 2,18%) à partir d’une critique indifférenciée des « appareils de parti », de la promesse d’une nouvelle manière de faire de la politique avec les citoyens, ainsi qu’avec une prédisposition à un accord avec le PS.

Les résultats du Bloc de Gauche

La Table Nationale (la direction politique du Bloc, NdT) salue les militants qui ont fait du Bloc une force présente dans tout le pays, dans une bataille politique qui a permise de conserver la représentation de notre courant politique dans le Parlement européen. La Table Nationale salue également tous les candidats du Bloc, les militants et les indépendants, et en particulier Marisa Matias et Joao Laviña, pour leur remarquable campagne en tant que premiers candidats de la liste.

Le Bloc de Gauche a souffert de l’usure de deux défaites électorales consécutives (2011 et 2013), ce qui a alimenté un récit persistant sur l’inévitable déchéance du Bloc. Ont également contribué à ce résultat les désaccords politiques et les critiques internes, ainsi qu’une responsabilisation exagérée du Bloc pour l’absence d’une convergence réelle de la gauche, autour de laquelle se sont créées des expectatives qui ne se sont pas concrétisées. Ce fait a particulièrement impacté le Bloc de Gauche.

D’autre part, le Bloc de Gauche a cessé d’avoir l’avantage de la nouveauté et son image est très marquée par les institutions dans lesquelles nous développons une partie de notre lutte, comme les parlements et les municipalités, et qui sont aujourd’hui un objet de défiance de la part de nombreuses victimes des politiques qui y sont décidées. Sans une base sociale militante et électorale suffisamment enracinée, le Bloc de Gauche s’affronte à de plus grandes difficultés avec la division de la gauche et les formes de populisme qui marquent ce contexte. Les débats de la Conférence d’organisation de février dernier se sont centrés sur cette réalité et ont tenté d’initier une réponse.

Le Bloc de Gauche poursuivra le débat tant sur les causes que sur les conséquences des résultats des récentes élections, ainsi qu’un débat sur son projet et son espace politique. Jusqu’à la fin juin, les noyaux, les groupes municipaux et de districts rassembleront les militants pour mener à bien cette réflexion. Pour ce débat, le Bloc considère essentiel que cette réflexion intègre les sympathisants et les électeurs. L’objectif est de renouer avec l’esprit fondateur du Bloc, unitaire et intransigeant, qui va au-delà des limites partisanes et qui implique des activistes et des mouvements sociaux dans l’indispensable dialogue pour la construction d’une large alternative (...)

Mobiliser pour user le gouvernement

Les prochaines semaines seront marquées par le retour des protestations, avec des actions syndicales organisées à Oporto et à Lisbonne (les 14 et 21 juin respectivement). L’usure politique des partis de la majorité doit s’accentuer avec l’approfondissement des mobilisations, surtout en tenant compte des récentes attaques contre la négociation collective et les nouvelles mesures d’austérité que le gouvernement prépare (...)

La Table Nationale a décidé de convoquer le prochain congrès national les 22 et 23 novembre à Lisbonne. Le IXe congrès évaluera le travail réalisé par le Bloc de Gauche pendant ces dernières années, établira l’orientation politique à venir et élira les organes de direction nationaux pour la période qui vient.

Source :
http://www.bloco.org/media/resomesa20140601.pdf
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera