Dossier : Révolte sociale et auto-organisation populaire en Bosnie

Catherine Samary, Mate Kapović 14 février 2014

Depuis plusieurs jours une vague de protestations populaires secoue la Bosnie-Herzégovine. C’est une véritable révolte sociale qui est à l’œuvre dans cette zone depuis que les jeunes et les sans-emploi ont rejoint le mouvement de lutte des ouvriers de Tuzla contre la privatisation de leurs entreprises. Une révolte qui commence à briser les barrières nationalistes dressées par les élites politiques néolibérales corrompues et qui commence également à pratiquer des expériences d’auto-organisation populaire. Un mouvement à suivre et à soutenir d’urgence ! (Avanti4.be)

Révolte sociale en Bosnie-Herzégovine : « Qui sème la misère récolte la colère »

Catherine Samary

Le printemps est en avance sur le froid qui règne. Nul ne sait jusqu’où ira l’explosion sociale et démocratique. Mais dores et déjà, on sait qu’elle laissera des traces profondes et pourrait faire tâche d’huile : les peuples de la région commencent à voir « ce qui fait système », tant dans les griefs que dans les aspirations exprimées. De la dénonciation des « privatisations criminelles » on pourrait voir émerger celle des institutions euro-atlantistes qui les ont encadrées.

La Bosnie-Herzégovine, véritable mini-Yougoslavie, a été particulière déchirée et détruite par la décomposition de l’ex-Fédération, ce qui n’a pas effacé des relations régionales (voire familiales et nationales) étroites. Aux années 1990 de « transition guerrière » – dont trois ans de nettoyages ethniques et quelque 100 000 morts – se sont ajoutés les désastres de la « transition pacifiée » – dépendance étroite envers le capital étranger, avec les nouvelles banques privées –, mais aussi d’un contrôle euro-atlantiste plus visible qu’ailleurs.

Entre 2003 et 2008, la dépendance croissante des Balkans de l’Ouest envers l’UE a pu être perçue comme bénéfique. Mais en Bosnie-Herzégovine, il n’y avait pas même un Etat capable de se légitimer sur des bases nationalistes. L’unité du pays a été maintenue aux forceps. Sa constitution, rédigée à Dayton (USA), en 1995, est toujours en vigueur, reflétant le découpage ethnique par la guerre. L’Etat reste enlisé dans une pseudo « souveraineté », sous domination internationale, incarnée notamment par le « Haut-Représentant » de l’ONU, aujourd’hui européen, véritable « pro-consul ».

Les nationalistes croates et serbes menacent périodiquement de sécession et bloquent tout dépassement des divisions ethniques, ce qui se traduit aussi par des discriminations envers les citoyen-nes (notamment Roms et Juifs), qui ne font pas partie des trois peuples reconnus par la constitution (Bosno-Serbes, Bosno-Croates et Musulmans dits Bosniaques – tous citoyen-nes bosniens).

Vers le dépassement des clivages nationaux

Pourtant, l’an passé, la première source de mobilisations massives a dépassé les clivages nationaux : la « révolution des bébés » a dressé les citoyen-nes de toutes les « entités » contre l’incurie des partis au pouvoir, incapables de s’entendre sur les fiches d’immatriculation personnelle, empêchant notamment une petite fille de six mois de se faire soigner à l’étranger.

En même temps, le pays a plus de 40% de chômeurs-euses (plus de 60% pour les jeunes). Son appauvrissement est massif face à une corruption endémique. Après une forte récession (2009), il n’a connu que stagnation et reculs, jusqu’en 2013, en écho aux difficultés de ses voisins et principaux partenaires commerciaux – Slovénie, Italie et Croatie. Le FMI, qui avait conditionné ses « aides » à la résolution d’une crise gouvernementale durant 15 mois, est revenu à la charge, en septembre 2012, pour exiger réformes structurelles, austérité et privatisations, notamment dans les secteurs de l’assurance maladie et des retraites.

Ces attaques s’ajoutent aux années de privatisations, aujourd’hui dénoncées comme « criminelles » – notamment dans la région la plus industrielle de Tuzla, d’où est partie l’explosion sociale : entre 2000 et 2010, d’anciennes entreprises publiques, qui employaient la majorité de la population, ont été vendues à des propriétaires privés qui ont cessé de payer les travailleurs-euses, déposé leur bilan et bradé les actifs – sous le contrôle de l’Agence cantonale pour la privatisation. Un grand nombre de salarié-e-s n’ont dès lors plus bénéficié de cotisations sociales. Ils sont aujourd’hui privés de droits sociaux, notamment de la possibilité de prendre leur retraite, car ils n’ont pas le nombre minimum d’années de cotisation requis.

Politisation de la révolte

Dès le troisième jour de « révolte », les mots d’ordre politiques ont fait leur apparition. De Tuzla, le mouvement s’est étendu vers Sarajevo, Bihac, et d’autres villes. Les assemblées qui se multiplient élaborent des cahiers de revendications. Cet exercice de démocratie directe s’exprime sur les réseaux sociaux et suscite aussi d’autres assemblées qui réunissent jeunes et vieux – les plus âgé-e-s n’étant pas les moins déterminés : la presse a cherché à discréditer le mouvement, parlant de hooliganisme et d’agitateurs venus d’ailleurs. La réponse du « Front », qui s’est établi hors de tout partis politiques a été claire : « qui sème la misère récolte la colère ». Et celle-ci est en train de se transformer en force auto-organisée.

« Nous qui sommes descendus dans la rue, nous exprimons nos regrets pour les blessures et les dommages causés, mais nous exprimons aussi nos regrets envers les usines, les espaces publics, les institutions scientifiques et culturelles, les vies humaines détruites par les actions de ceux qui sont au pouvoir depuis vingt ans ».

Catherine Samary (article écrit pour le journal suisse « SolidaritéS »).

La Bosnie en feu : Une révolte dans la périphérie de l’Europe

Mate Kapović

Avec ses revendications radicales et ses assemblées populaires, la révolte en Bosnie Herzégovine montre que le cycle global des luttes est loin d’être terminé.

Le vendredi 7 février, des bâtiments gouvernementaux ont été mis en feu un peu partout en Bosnie-Herzégovine. Le peuple, silencieux depuis longtemps, a finalement décidé d’exprimer ce qu’il pense. Et lorsqu’il l’a fait, ce qui est sorti ce n’étaient pas que des mots, c’était un hurlement. C’étaient des pierres et du feu et de durs affrontements avec la police. L’image la plus impressionnante des soulèvements des premiers jours de la révolte est celle d’un bâtiment gouvernemental en train de brûler à Tuzla, la ville où tout a commencé, et qui portait une inscription disant « Mort au nationalisme ! ». Puisque le nationalisme est depuis longtemps le refuge préféré de l’élite politique de ce pays, qui s’en sert pour justifier l’oppression économique et politique, c’est vraiment un message très puissant.

Les premiers ministres des cantons de Bosnie-Herzégovine ont commencé démissionner, l’un après l’autre. Le dimanche 9 février, le Premier ministre croate Zoran Milanovic s’est rendu à Mostar, une ville de Bosnie-Herzégovine avec un fort taux de population croate, pour y rencontrer des leaders croates locaux, ainsi que le Président de la République de Srpska (la partie serbe de la Bosnie Bosnie-Herzégovine), Milora Dodik, convoqué en Serbie pour rencontrer le Premier Vice-Président Aleksandar Vučić (le leader non-officiel des serbes). La raison de cette rencontre était claire. Tant les élites politiques croates que serbes ont peur, entre autres, que ce que l’on appelle déjà la « Révolution Bosniaque » détruise les frontières imposées dans le pays.

Déjà en mars 2011 une large « protestation Facebook » s’était poursuivie pendant un mois en Croatie. Bien qu’elle était tout à fait politiquement hétérogène, c’était aussi la première fois que des messages ouvertement anticapitalistes ont circulé dans un pays post-yougoslave, et ces protestations ont, à bien des égards, anticipé le mouvement des Indignés et Occupy Wall Street, partageant avec eux un une vision de la période assez claire.

En 2012-2013, la Slovénie était à son tour secouée par un « soulèvement slovène » populaire qui a fortement influencé le discours public dans le pays et a donné naissance à de nouvelles forces politiques (comme l’initiative très prometteuse « Démocratie Socialiste »). En 2014, c’est donc le tour de la Bosnie-Herzégovine. Ils ont été les derniers à réagir, mais leur réponse a été la plus puissante.

Une révolte sociale

Depuis que la révolte a débuté, la plupart des analystes ont insisté sur son caractère inévitable et sur le fait qu’ils étaient certains que quelque chose de ce genre allait se produire tôt ou tard. Bien entendu, cela est faux. Bien que la situation en Bosnie-Herzégovine soit clairement catastrophique, la plupart des analystes auraient avant tout clamé que ce genre de soulèvement y était impossible car le peuple était passif, inerte et divisé par le nationalisme. Mais, comme c’est souvent le cas, une étincelle imprévue s’est allumée et tout est parti de là.

Le soulèvement a commencé à Tuzla, dans le nord-est du pays ; une ville avec une longue tradition ouvrière de gauche. « Une ville différente » comme on l’entend souvent, parce que le nationalisme ne s’y est jamais réellement établi, contrairement au reste du pays. Il n’est donc pas étonnant que ce soit cette ville qui se soit retrouvée dans l’œil du cyclone. C’est là que des travailleurs d’un certain nombre d’usines privatisées (comme Dita, Polihem et Konjuh) ont protesté de manière pacifique pour diverses raisons pendant une certaine période.

Le mercredi 5 février, leur mouvement de protestation a été rejoint par les jeunes de la ville, les sans-emplois et d’autres personnes et le mouvement a rapidement gagné en intensité, faisant ensuite tache d’huile dans le reste du pays. Les actions les plus impressionnantes ont eu lien à Tuzla, Sarajevo, Zenica, Mostar et Bihac, qui sont parmi les plus grandes villes du pays, ainsi que les affrontements les plus violents et les incendies du vendredi 7 février.

La révolte était véritablement spontanée et a comme racine des revendications sociales. Bon nombre de protestataires étaient là simplement parce qu’ils n’ont rien à manger, qu’ils n’ont pas de boulot depuis des années et pour exprimer leur vif mécontentement face aux politiques criminelles et aux élites économiques.

Bien que la rébellion se soit surtout ancrée dans les parties de la Bosnie avec une forte population musulmane bosniaque (ce que les nationalistes serbes et croates ne se sont pas privés de pointer du doigt), le mouvement est clairement un mouvement social et pas un mouvement nationaliste (mis à part quelques provocations et actes de sabotage). Bien sûr, comme c’est souvent le cas, les protestations sont très hétérogènes, avec des supporters de football qui ont aussi rejoint les secteurs militants de la mobilisation.

Actuellement, les mobilisations se poursuivent surtout dans les parties du pays où les Bosniaques sont prédominants, mais il y a également des exceptions. A Mostar, une ville du sud-ouest du pays, tant les Croates que les Bosniaques ont été impliqués dans les incendies des édifices des principaux partis nationalistes croates et bosniaques (HDZ et SDA). Des Croates ont également organisé des manifestations à Lijvno et Orasje, tandis que des Serbes organisaient quelques manifestations à moindre échelle à Prijedor, Banja Luka, Bijeljina et Zvornik.

Si le mouvement de révolte est clairement social, la question nationale utilisée à leur propre avantage par les élites politiques (et pas de manière totalement infondée dans le cas des Croates de Bosnie Bosnie-Herzégovine) reste un problème assez important. Bon nombre de Croates et de Serbes de Bosnie-Herzégovine restent soupçonneux et ont peur que les protestations ne prennent une tournure politique différente, en prenant l’exemple de ce qui s’est passé avec le tournant islamiste de la révolution égyptienne (bien que ce genre de scénario soit très improbable en Bosnie Bosnie-Herzégovine).

Cette peur est activement alimentée par les élites politiques et les médias, qui essaient de réduire le mouvement de protestation dans les parties serbes et croates de Bosnie Bosnie-Herzégovine. Dans ce but, des défenseurs des théories conspirationnistes ont gagné en popularité. Ainsi, des politiciens et des nationalistes bosniaques proclament que tout cela est un grand complot contre les Bosniaques ; des politiciens et des nationalistes croates proclament que toute l’affaire n’est qu’un grand complot contre les Croates ; des politiciens et des nationalistes serbes proclament que tout n’est qu’un grand complot contre les Serbes...

Derrière les revendications nationalistes

Tout le monde ne tombe heureusement pas dans le panneau de cette propagande nationaliste. Par exemple, un syndicat de Drvar (ville avec une majorité de population de nationalité serbe) a marqué son soutien à une manifestation des Croates de Lijvno. De même, l’organisation des vétérans de la partie serbe du pays a ouvertement mis la pression sur leur président Milorad Dodik pour qu’il commence à gérer les problèmes sociaux, les injustices et les crimes de la privatisation. Par ailleurs, à Bijeljina (partie serbe de la Bosnie-Herzégovine), les manifestants marquant leur soutien avec la révolte se sont confrontés à une contre-manifestation des nationalistes serbes. La même chose s’est produite lors d’une manifestation de solidarité à Belgrade en Serbie - en même temps, le syndicat de la police en Serbie a déclaré qu’en cas de débordement de la protestation au-delà des frontières serbes, les policiers n’interviendraient pas contre les manifestants. En Croatie, toutefois, tant les militants de gauche que de droite organisent des manifestations pour les prochains jours, inspirés par ce qui se passe de l’autre côté de la frontière.

La situation en Bosnie-Herzégovine reste très tendue. Certaines figures intellectuelles de gauche et certaines personnalités publiques expriment leur soutien aux manifestations, mais la plupart des médias et toute la classe politique sont unis contre le mouvement. Il y a beaucoup de revendications nationalistes, de théories du complot, de faux manifestes, de fausses déclarations, de compte rendus et de récits inventés qui circulent. Les élites intellectuelles et les défenseurs du régime font de leur mieux pour maintenir le statu quo.

Il y a aussi beaucoup de confusion dans les cercles libéraux, conservateurs et nationalistes. L’appareil d’analyse de l’establishment n’est pas vraiment outillé pour gérer ce genre de développement puisqu’il ne considère par la classe ouvrière, les sans-emploi et les pauvres comme des sujets politiques. Ce à quoi il faut ajouter l’habituelle indignation moraliste petite bourgeoise à propos des bâtiments incendiés, des « hooligans », de la violence inutile, etc. Les libéraux et les conservateurs en appellent à des protestations « dignes et pacifiques », faisant fi du fait que sans violence, rien de tout cela ne se serait produit et ignorant le fait que la coordination précise entre les politiciens et les médias est en train de montrer au grand jour ce à quoi servent réellement la « démocratie bourgeoise » et la « liberté de la presse », c’est-à-dire protéger les privilèges de classe.

Comme toujours, les médias ont mis un point d’honneur à expliquer que les manifestants ne savent pas ce qu’ils font, qu’ils n’ont ni objectifs clairs, ni programme politique. C’est également faux. Les revendications des manifestants de Tuzla (qui sont les plus progressistes, les plus cohérents et articulés politiquement) sont claires ; plus d’égalité de revenus, la protection des soins de santés pour les travailleurs, des actions légales contre les crimes économiques, la confiscation des biens illégalement obtenus ; une révision du processus de privatisation des usines Dita, Polihem, Poliolhem, Gumara et Konjuh ; la nationalisation des usines et la reprise de la production sous contrôle ouvrier ; le fin des privilèges des élites politiques, etc. Bien sûr, il est difficile de savoir comment ce programme politique naissant va évoluer et quelles en sont les parties purement rhétoriques.

Le « Plénum » de Tuzla

Un des aspects les plus intéressants et stimulants de cette mobilisation est l’apparition à Tuzla, la ville au centre de la révolte où l’ancien gouvernement a remis sa démission il y a quelques jours, d’un organe organisationnel révolutionnaire appelé le « Plénum ». Ce « plénum », ou assemblée générale, est très semblable aux soviets russes à leur origine. Les protestataires l’utilisent pour prendre des décisions collectives et pour décider des revendications dans un système de démocratie directe.

Ce qui est intéressant est l’idée que ce Plenum, comme outil politique pour des décisions démocratiques, vient de la vague d’occupations étudiantes qui a eu lieu en Croatie en 2009, tandis que le mouvement étudiant tenait, lui-même cette idée du mouvement des étudiants de Belgrade en 2006. En d’autres termes, c’est donc un bel exemple de coopération entre militants de gauche de l’ex-Yougoslavie et de l’inspiration mutuelle des mouvements les uns par rapport aux autres. Les manifestants de la capitale, Sarajevo, et de la ville de Zenica, sont en train d’essayer d’organiser également leur propre Plénum.

Certaines des revendications du Plénum de Tuzla, acceptées par les reliquats de l’ancien gouvernement, concernent la mise en place d’un gouvernement cantonal transitoire, composé de candidats proposés par le peuple mais excluant tous ceux qui s’étaient déjà compromis en prenant part au précédant gouvernement ou en étant membres des anciens partis politiques. Les membres du nouveau gouvernement élu devraient également toucher des revenus moindres et ne pas percevoir de privilèges supplémentaires.

Le Plénum est ouvert à tous pour une participation, des discussions ou des votes, sauf aux membres des anciens partis et de l’ancien gouvernement (ce qui en fait pratiquement une « dictature du prolétariat » dans les termes classiques). Bien entendu, bien que ce genre de prise de décisions démocratiques soit tout à fait recommandable, pour l’instant cela semble surtout un phénomène temporaire, qui pourrait vite devenir problématique à gérer à l’échelle de la ville entière (ou même du canton). La session du lundi 10 février du Plénum de Tuzla comptait 200 participants, alors que la population de Tuzla est de 130.000 habitants.

Derrière l’« esprit de clocher »

Il est impossible de prévoir le dénouement de ces événements. Une chose est cependant certaine : La Bosnie-Herzégovine (et la région dans son ensemble) ne sera plus la même. On pourrait considérer que le changement a déjà eu lieu (ne serait-ce que symboliquement), surtout si l’on tient compte du fait qu’il n’y avait pas d’organisations de gauche de masse en Bosnie-Herzégovine (et dans les pays de l’ex-Yougoslavie en général). Maintenant, après seulement une semaine de protestations, les idées populaires et les discours publics sont en train de commencer à changer. L’élite aura clairement plus peur du peuple à l’avenir, et pas seulement en Bosnie-Herzégovine. On ne peut qu’espérer que cela alimentera la formation et la croissance de forces progressistes dans le pays.

Les développements spectaculaires des dernières semaines ont causé de l’émoi dans le pays ainsi que dans les pays voisins. A l’ouest, pourtant, ces événements restent le plus souvent ignorés. Bien que les médias internationaux portent beaucoup d’attention à l’Ukraine, où l’Union Européenne et les Etats Unis ont des intérêts d’investissement concrets, le soulèvement social qui a lieu en Bosnie-Herzégovine (qui est un pays bien plus petit) est largement occulté. Bien entendu, la révolte des travailleurs et des sans-emplois n’est pas un développement souhaitable pour ceux qui veulent maintenir pour le statu quo dans l’Europe néolibérale, surtout avec le voisinage de la Croatie et des tout nouveaux membres de l’UE. Ce qui est intriguant, par contre, c’est que la gauche européenne reste elle aussi silencieuse. Ce n’est pas très louable pour des forces politiques qui se disent internationalistes.

La gauche des pays développés de l’ouest devrait travailler plus au dépassement de son propre « esprit de clocher ». L’internationalisme de gauche et la solidarité globale ne peuvent être uniquement des exercices théoriques ; ils doivent aussi être pratiqués. Les forces sociales radicales et progressistes de l’Europe et d’Amérique du Nord ne doivent pas se contenter d’observer une sélection d’événements dans leur environnement immédiat. Ce n’est pas seulement le fait que le peuple de Bosnie-Herzégovine a besoin d’un soutien international, c’est aussi le fait que leur révolte constitue un développement intéressant et important pour toute la gauche internationale. Cela montre que le cycle global de luttes qui a commencé en 2011 est toujours tout à fait vivant.

Mate Kapović est assistant à l’Université de Zagreb en Croatie et militant politique de gauche.

Source :
http://roarmag.org/2014/02/bosnia-protests-nationalism-workers/
Traduction française pour Avanti4.be : Sylvia Nerina

Déclaration des travailleuses et des travailleurs de Tuzla du 7 février

Aujourd’hui nait à Tuzla un nouveau futur ! Le gouvernement a démissionné, ce qui était la première revendication des manifestants, créant ainsi les conditions pour résoudre les problèmes existants et pour répondre aux revendications des travailleuses et des travailleurs. La colère et la rage accumulées sont les causes de la violence. C’est le comportement des autorités qui a créé une escalade de violence à Tuzla. Face à cette nouvelle situation nous devons canaliser notre colère et notre rage pour construire un système politique utile et efficace.

Nous invitons tous les citoyens et les citoyennes à soutenir ces revendications :

  • le maintien de l’ordre public en collaboration avec les citoyens et les citoyennes, la police et la protection civile, afin d’éviter toute criminalisation, récupération politique ou manipulation de la protestation ;
  • établir un gouvernement technique composé de professionnels, membres d’organisations non politiques, de personnes non corrompues, qui n’ont pas exercé de mandats à quelque niveau de gouvernement que ce soit. Un gouvernement provisoire qui amène le canton de Tuzla aux prochaines élections de 2014. Ce gouvernement devra présenter une planification hebdomadaire et des rapports sur les activités réalisées afin d’atteindre les objectifs indiqués. Le travail du gouvernement se fera sous le contrôle des citoyens qui le désirent. (On entend par gouvernement technique un gouvernement qui devra résoudre, selon une procédure d’urgence, les questions de la régularité des privatisations des sociétés suivantes : Dita, Polihem, Poliolhem, GUMARA e Konjuh). Celui-ci devra également ;
  • garantir la continuité des services et l’assistance de santé pour les travailleuses et les travailleurs ; poursuivre les criminels économiques et tous les acteurs qui ont participé à la privatisation ; séquestrer les biens acquis illégalement ;
  • annuler les contrats de privatisations ; revoir les procédés de privatisation ;
  • rendre les usines aux ouvriers en les mettant sous le contrôle de l’autorité publique afin de sauvegarder l’intérêt public et relancer, lorsque c’est possible, la production des usines ; ajuster la rémunération des représentants du gouvernement à ceux des employés dans les secteurs publics et privés ;
  • effacer les salaires des représentants du gouvernement qui ont obtenus des revenus personnels en participant aux commissions, comités et autres organismes, tout comme les autres compensations excessives et injustifiées que les travailleurs et les travailleuses des secteurs publics et privés n’ont pas ;
  • abolir les salaires des ministres et éventuellement des autres fonctionnaires gouvernementaux après l’échéance ou la fin de leurs mandats.

Cette déclaration a été faite par les travailleuses, les travailleurs, les citoyens et les citoyennes du canton de Tuzla, pour le bien de tous.

Source :
http://www.communianet.org/news/bosnia-rivolta
Traduction française pour Avanti4.be : Sylvia Nerina