Dossier : Cuba à la croisée des chemins (I)

Guillermo Almeyra, Samuel Farber 23 juin 2013

Cinquante ans après la proclamation du « socialisme », Cuba est à un tournant de son histoire. C’est l’occasion pour nous de soumettre deux articles revenant de manière critique sur l’expérience de ces cinq décennies et amorçant la réflexion sur l’avenir.

La révolution cubaine à la croisée des chemins

Guillermo Almeyra

Pour le gouvernement cubain – et les partisans du dit « socialisme réel », c’est-à-dire du système économique, politique et social de l’ex Union soviétique et de celui des pays de l’Europe de l’Est, ou de la Chine et du Viet Nam - Cuba est socialiste depuis les années 60, quand Fidel Castro l’a déclaré par radio.

C’était la réalité pour les ennemis de Cuba et du socialisme, c’est-à-dire les gouvernements et le système capitaliste mondial, (de même que pour l’Union Soviétique) mais surtout pour des raisons évidentes de propagande antisocialiste. Car, comment pouvait-on identifier le socialisme (qui selon Marx serait le royaume de la démocratie, de l’abondance et du dépérissement de l’État et de son pouvoir sur les citoyens) avec la pénurie, le parti unique, la fusion de celui-ci dans l’appareil étatique, le pouvoir discrétionnaire vertical qui existe depuis le sommet de la bureaucratie de l’Etat-parti ? Par contre, pour l’ultra gauche, qui ne connaît que ce qui est blanc ou noir et qui est guidée par le tout ou rien, le caractère de classe du régime cubain est également clair : Cuba non seulement est capitaliste mais il y règne aussi « la dictature des frères Castro », soutenue par une bureaucratie totalitaire.

La question n’est pas si simple que cela. La révolution cubaine a été possible parce qu’elle a eu lieu dans la cadre d’une révolution anticoloniale à l’échelle mondiale et après le décès de Staline, en pleine crise du stalinisme, ce qui lui a donné un caractère et une dynamique particulière. La révolution antitotalitaire, démocratique et anti impérialiste a tout de suite pratiqué l’épuration de ceux de ses dirigeants qui étaient de simples bourgeois ou de petits bourgeois anti Batista mais toujours disposés à maintenir la soumission du pays envers l’impérialisme nord-américain. Mais elle a été définie comme socialiste par la seule volonté de Fidel Castro pour répondre aux attaques des Etats-Unis et à la nécessité d’approfondir le processus (et de trouver des alliés internationaux) et non pas par une consultation ou une décision des masses, même si l’appui à cette déclaration a été très grand.

L’expropriation des terres des grands capitalistes et de l’impérialisme, l’étatisation du commerce extérieur et de la production, les tentatives de planification anticapitaliste de l’économie, bases nécessaires pour le développement économique et culturel de l’île, ont constitué le point de départ anticapitaliste de la lutte pour le socialisme et de la période de transition et ce sont ces éléments non capitalistes qui ont permis de faire face à l’isolement et à la crise et ont affaibli la propriété privée des moyens de production, à savoir, le secteur capitaliste proprement dit.

Le capitalisme a subsisté, toutefois, dans la relation de Cuba avec le marché mondial, et dans l’utilisation de la loi de la valeur, qui dirigeait l’économie cubaine. L’État issu de la révolution cubaine a eu comme direction révolutionnaire la classe moyenne, qui disposait de la sympathie mais non du soutien des travailleurs. Cet appareil d’État avait dissous l’armée de Batista et s’appuyait sur les milices et sur le pluralisme qui dans la révolution s’exprimait par la présence dans le gouvernement des militants du Mouvement du 26 juillet dirigé par Fidel Castro ; de quelques ex membres du Parti Socialiste Populaire (communiste) en rupture avec ce parti (qui s’était initialement opposé à la révolution) ; de jeunes étudiants, en majorité catholiques, du Directoire Révolutionnaire et de militaires anti Batista. Tous ces groupes se sont intégrés dans les Directions Révolutionnaires et se sont par la suite fondus dans le Parti Uni de la Révolution, transformé en Parti Communiste cubain au milieu des années soixante du siècle passé.

Ainsi, dès sa naissance, la révolution n’a pas été dirigée par le Parti communiste local mais par un courant démocratique-radical ; elle a été pluraliste et s’est développée en même temps que les idées et les méthodes bureaucratiques staliniennes commençaient à pénétrer le processus révolutionnaire en raison de la nécessité de disposer de l’appui de l’URSS. Les bourgeois cubains et leurs fidèles sont finalement partis vers Miami peu après l’écrasement de l’invasion de la Baie des Cochons. Cuba était en train de devenir un pays capitaliste sans capitalistes – selon la définition de Lénine parlant de l’URSS tout de suite après la révolution- avec un appareil d’Etat qui luttait pour la construction du socialisme dans l’île et à l’échelle mondiale.

Bien que Cuba n’était pas comptée parmi les pays les plus pauvres et les plus arriérés d’Amérique latine - au contraire, dans les années 1950 elle était le deuxième pays le plus développé après l’Argentine - elle a été, pour divers motifs, amenée à centraliser le pouvoir, à réduire les marges de la démocratie et à créer ainsi les conditions pour que se constitue une vaste bureaucratie, dès le commencement même de la révolution.

La bureaucratie à la cubaine

Cette bureaucratie est le résultat de divers facteurs. D’un côté celui de la nécessité de défendre la révolution en retirant de la production les hommes et les femmes les plus énergiques et les meilleurs pour créer un appareil de propagande et de contre espionnage ainsi qu’une armée nombreuse et bien armée. Les attentats et les menaces d’invasions étasuniennes ainsi que les guérillas contre-révolutionnaires n’offraient pas d’autre alternative. On peut dire que le blocus et la menace de l’impérialisme ont été un puissant facteur de mise en place, de maintien et de développement d’une vaste bureaucratie improductive mais cependant nécessaire à partir de laquelle partait toute une série d’organisations dérivées d’un modèle militaire et de défense copié de l’Union soviétique à la fin des années 1960. A cet important facteur, il faut rajouter la fuite des techniciens et des administrateurs bourgeois expérimentés, qu’il a fallu remplacer par des militants pleins de bonne volonté mais débutants, avec peu de connaissances, une faible productivité, une organisation du travail peu rigoureuse.

Une bonne partie de la bureaucratie est née d’une série d’erreurs initiales, comme l’étatisation inutile et contre productive du petit commerce, de l’artisanat, de la distribution et des services que le gouvernement cubain tente aujourd’hui trop tardivement de corriger par la suppression de 500.000 emplois pour les orienter vers la création de coopératives.

Mais le fondement principal de la bureaucratie a été l’élimination, au nom du centralisme, de la participation des citoyens à l’adoption des décisions politiques, économiques et techniques, qui passèrent ainsi dans les mains des « spécialistes » et des technocrates, réduisant la créativité, la socialisation des expériences des producteurs. A cela s’est ajouté le manque de matériel, de productivité, et la paralysie venant de toute une panoplie de réglementations bureaucratiques apprises de l’Union soviétique. A la tradition d’une bureaucratie inefficace héritée de la culture espagnole dans les colonies d’Amérique latine - et en particulier pour Cuba, dernière colonie hispanique en Amérique, s’ajoutait la bureaucratisation ultra centralisée importée du stalinisme, qui elle-même plongeait ses racines dans l’inefficacité tsariste.

Enfin, de façon générale, la bureaucratie se perpétua grâce à la division entre le travail manuel et intellectuel propre au capitalisme, à la division entre « ceux qui savent » et décident et ceux qui simplement « exécutent », très présente sur ces terres de « caudillos » que sont les nôtres. Le volontarisme de Fidel Castro a contribué à ce processus quand il tentait de le corriger par des organismes de contrôles eux-mêmes bureaucratiques qui « contrôlaient les contrôleurs », ce qui a eu pour résultat de créer le chaos et la paralysie. Ou encore en copiant les mesures capitalistes de l’Europe orientale ou en se lançant dans cette aventure économique désastreuse de vouloir obtenir à tout prix une récolte de canne à sucre de 10 millions de tonnes. Ou encore le désir irréalisable et très chèrement payé d’avoir la vache laitière la plus productive au monde et l’autosuffisance… en asperges.

La fusion entre le parti et l’État a empêché que le premier contrôle le second et a introduit dans l’appareil d’Etat la bureaucratie. Là où il faut toujours adopter des décisions techniques précises, efficaces et durables, elle a introduit une imprévision et une désorganisation sans permanente qui a démoralisé les producteurs qui sont, il ne faut pas l’oublier, aussi les consommateurs des produits basiques.

La faible productivité des travailleurs cubains et le surnombre des fonctionnaires tiennent leur origine dans des décennies d’erreurs économiques graves, surtout à partir du moment où Che Guevara a été battu lors de la discussion sur l’orientation de l’économie face à la conception bureaucratique défendue par le maoïste Charles Bettelheim et qui ne se différenciait par beaucoup de ce que projetaient les tenants du dit bloc socialiste. Toutefois l’erreur la plus grave a été de juger – contre toute évidence et contre les avertissements faits déjà en 1936 par Léon Trotsky - que l’Union Soviétique serait éternelle et, par conséquent, qu’il en serait de même pour l’échange favorable du sucre de Cuba contre du pétrole soviétique abondant et ne tenant pas compte des prix du marché mondial.

Ces échecs politiques et cette incapacité théorique à évaluer ces régimes et ces économies tiennent au fait que la direction cubaine les considérait comme « socialistes ». Elle y envoyait d’ailleurs ses économistes « marxistes » pour se former et elle présentait l’appartenance au « Comecon » comme un avantage pour le développement des infrastructures de Cuba et pour consolider l’autosuffisance alimentaire de l’île. Ainsi, l’effondrement du « bloc socialiste » a plongé Cuba dans une crise profonde : en une année, le PIB du pays s’est réduit d’un tiers.

Si la bourgeoisie de l’île est revenue au pouvoir en se mélangeant avec les vieux apparatchiks staliniens, c’est parce que la Révolution cubaine a été, et est avant tout, une révolution anti impérialiste pour l’indépendance nationale. La bureaucratie à Cuba était encore, avant la grande crise des années 1980, une caste bureaucratique avec un niveau de vie et des aspirations capitalistes, comme celle de l’URSS.

Le gouvernement a pu bénéficier d’un soutien populaire grâce, d’une part, au ferme consensus autour de la défense inaliénable de l’indépendance cubaine face à l’impérialisme et au développement culturel et matériel réalisé pendant une trentaine d’années entre 1959 et 1980. Et, d’autre part, parce que la bureaucratie, stimulée et développée sous l’influence soviétique, subissait malgré tout la pression des travailleurs cubains, contrairement à ce qui se passait en Union soviétique et en Europe où la société civile avait été écrasée et démoralisée.

La bureaucratie actuelle est en réalité composée de plusieurs couches. L’une d’elle travaille avec les idées et les secteurs de la création artistique et intellectuelle, c’est elle qui sent et reflète le plus les pressions démocratiques et anti bureaucratiques de la société et elle comprend la nécessité d’un changement urgent de l’économie et de la vie politique. Une partie de cette couche est influencée par l’idée de la généralisation du marché libre, tandis qu’une autre, beaucoup plus petite croit en la nécessité d’un approfondissement vers le socialisme et l’autogestion sociale généralisée.

L’autre secteur idéologique de la bureaucratie est réactionnaire, conservateur et improductif. Il cherche à maintenir le statu quo pour préserver ses privilèges et mène une lutte désespérée pour s’enraciner dans un parti fusionné avec un Etat qui doit impérativement changer en raison d’impératifs économiques et sociaux.

Le secteur militaire est à la fois idéologique et productif car les forces armées garantissent la production militaire stratégique cubaine. Il a des pouvoirs et des privilèges plus importants et il a fait alliance avec les technocrates. Il propose un Etat « à la vietnamienne » ou « à la chinoise », avec une technocratie et une puissance militaire fortes autour d’un parti unique et d’un marché libre mais bureaucratiquement contrôlé.

Enfin, dans tous les secteurs de l’appareil (intellectuels, fonctionnaires, avocats, technocrates) il y a ceux qui se préparent « in petto » à une « solution » similaire à celle de leurs collègues d’Europe de l’Est : devenir capitalistes, en particulier dans le cas d’une plus grande ouverture au tourisme et aux investissements en provenance des États-Unis.

Des années 1980 à nos jours

La chute sans gloire et sans retour de l’Union soviétique et de son énorme, impuissant et corrompu Parti communiste de 18 millions de membres et celle des autres pays du « socialisme réel » ; la transformation immédiate des bureaucrates de ces pays en capitalistes se livrant à des manœuvres de type mafieuse pour reprendre les entreprises ou pour les administrer tels des sociaux-démocrates ; tout cela a eu d’énormes conséquences pour Cuba.

Tout d’abord, ce processus a porté un rude coup à la prétendue infaillibilité de la direction du Parti communiste cubain et de l’Etat, de Fidel aux échelons les plus bas, alors qu’en même temps l’équilibre international était profondément modifié. La population et les différents secteurs de l’appareil bureaucratique ont été très démoralisés. La chute brutale du produit intérieur brut et la nécessité de recourir au tourisme et aux étrangers disposés à ignorer la loi Helms Burton (ndt, loi nord-américaine renforçant le blocus de Cuba) et la possibilité ouverte à de nombreux fonctionnaires et dirigeants du parti de pouvoir « se débrouiller » en toute autonomie a rassurés ces derniers sur le fait qu’ils pouvaient continuer à utiliser leurs positions et leurs pouvoirs sur le plan économique.

Dans le même temps, il y a eu une généralisation du vol, de la corruption, de la prostitution et le ralentissement de la production parce que les salaires ne sont plus suffisants et deviennent au contraire minuscules et ridicules. D’autant plus que les mécanismes de soutien et les salaires indirects de toutes sortes, tels que l’éducation, la santé, les subventions alimentaires, le livret pour acheter les produits basiques, perdent constamment de leur valeur ou ne sont plus garantis.

Le luxe ostentatoire des investissements pour les touristes, le marché spécial qui leur est dédié, les privilèges irritants mis à leur disposition et à la vue de tout le monde en faveur des meilleurs hôtels et des meilleures plages où les Cubains ne peuvent se rendre librement, tout cela favorise une société à deux vitesses et à deux couches. La forte imprégnation du dollar et du capitalisme, de son hédonisme et consumérisme pour les uns, contraste avec le dénuement pour ceux qui sont payés en pesos par un Etat perdant son indépendance et sa souveraineté. Entre les deux se situe une bureaucratie dont les secteurs les plus forts sont liés à la première couche, alors que les plus pauvres souffrent des problèmes de la seconde, c’est-à-dire la majorité de la population.

Pour aggraver les choses, ceux qui avaient choisi de construire la révolution et de ne pas émigrer, constatent que les familles des contre révolutionnaires et des « individualistes » qui avaient émigré pour reçoivent des mannes de dollars en soutien alors qu’eux-mêmes doivent se satisfaire de leur maigre salaire.

Depuis les années 80 jusqu’à aujourd’hui Cuba est divisée grosso modo de manière horizontale et générationnelle en deux groupes principaux : ceux qui ont connu la période avant 1959 et les luttes révolutionnaires qui ont suivi, et ceux qui sont nés sous la crise économique sans fin, au cours de laquelle ils se sont formés, avec son aggravation due à l’effondrement de l’aide soviétique et l’usure morale produite par la transformation de l’île en paradis pour le plaisir des autres.

Cuba est un pays où la jeunesse forme une minorité de la population car l’espérance de vie à la suite des progrès dans l’éducation et la santé s’est prolongée. De plus, à cause de la crise, la fertilité s’est réduite. Cependant la jeunesse, c’est l’avenir. Et ce futur est hypothéqué dans les villes parce que beaucoup de jeunes, en particulier dans les familles les plus pauvres, placent leurs espoirs dans des solutions individuelles, rêvent de s’expatrier et ne poursuivent aucune utopie. Dans les campagnes, où il y a moins de contact avec le tourisme, son influence délétère ; le consumérisme, les inégalités et les privilèges sont beaucoup moins visibles. La jeunesse rurale est différente de la jeunesse urbaine, mais Cuba est un pays essentiellement urbain, avec de vastes étendues de friches. C’est un pays rural, mais sans agriculteurs, sans production alimentaire suffisante.

Le marché noir est comme l’acide qui dissout l’économie cubaine, parce que les bureaucrates qui veulent rénover leur maison savent que l’électricien, le plombier, le maçon travaillent avec des outils et des matériaux volés à l’État, comme sont volés à l’État les faux remèdes aphrodisiaques ou la marchandise frelatée vendue aux touristes dans les rues, ou les aliments vendus dans les "paladares" (petite restauration).

La vérité est que la situation actuelle ne peut pas continuer, ni celle d’une économie à deux monnaies parallèles officielles (le CUC et le péso) et de l’autre le dollar décisif et omniprésent. Cuba est à un carrefour : soit aller vers le capitalisme, sous la dépendance semi coloniale des États-Unis, soit avancer résolument sur la voie renouvelée du socialisme.

Mais soyons clairs : il ne s’agit pas d’une opposition stricte entre le marché d’une part et la construction socialiste d’autre part. Des concessions au marché sont nécessaires et légitimes quand il s’agit de sécuriser l’approvisionnement et la survie de la grande conquête que représente la révolution anti-impérialiste qu’était (et reste) la révolution cubaine. En outre, les marchés existaient dans l’histoire bien avant le capitalisme et existeront encore après lui dans les régimes transitoires après l’effondrement du capitalisme mondial. La question est de savoir si le marché libre domine la société ou si c’est la société qui dirige et contrôle le marché.

Le chemin de l’autogestion

Faisons un peu d’histoire. L’autogestion, en Aragon pendant la révolution espagnole, a duré trop peu et n’a donc pas pu démontrer autre chose que la possibilité de maximaliser la démocratie des producteurs-consommateurs-citoyens.

L’autogestion yougoslave a été différente, par son origine et son développement. En effet, d’un côté elle a été organisée par le pouvoir central d’Edouard Kardelj après une première tentative voulant imiter le modèle économique et bureaucratique centralisé du stalinisme. Elle a été interrompue lorsque Staline a expulsé Tito du Kominterm et a voulu le détruire, ainsi que son parti qui vivait jusque là à l’exemple du stalinisme, car il cherchait à créer une Fédération socialiste des Balkans échappant au contrôle total de Moscou et des autres partis communistes. D’autre part, ce fut une autogestion déformée dès son origine par sa dépendance au Parti (la Ligue des communistes yougoslaves) et par son nationalisme et son fédéralisme bureaucratisé, ainsi que par le localisme développé par les différentes républiques qui ont conduit plus tard à l’éclatement de la Fédération yougoslave.

Les entreprises en autogestion yougoslaves pouvaient élire leurs dirigeants, mais en tenant compte des propositions du parti. Elles ne pouvaient choisir les plans de production et d’investissements, la technologie, les salaires, qu’avec son accord. Par contre, les importations, la production générale et sa commercialisation étaient sous contrôle de l’Etat, les prix étant fixés par le marché et sous le contrôle coûteux et redondant des diverses républiques fédérales. Le juste principe d’une fédération a été faussé par l’existence d’un parti unique centralisé et bureaucratisé tandis le nationalisme pointilleux de chacune des républiques a miné le juste principe de l’autogestion.

L’autogestion dans l’Algérie indépendante dirigée par Ahmed Ben Bella a duré très peu de temps et a été asphyxiée par le contrôle de l’appareil d’Etat sur les entreprises agricoles qui cherchaient à se développer, mais sans obtenir l’assistance technique ni les crédits nécessaires.

Les expériences qui ont suivi, comme celle des montres Lip ou encore récemment chez Philips, en France, ou celle d’usines occupées en Argentine, au Brésil, en Uruguay, au Venezuela, ont été, ou sont plutôt que des expériences d’autogestion, des exemples de contrôle ouvrier dans des entreprises dont la propriété reste capitaliste ou publique. En effet, sauf pour ce qui concerne l’organisation du travail et la fixation des salaires, elles fonctionnent comme avant parce qu’elles s’approvisionnent sur le marché capitaliste, qu’elles vendent les mêmes produits vendus par l’ancien employeur sur le même marché et qu’elles dépendent de l’obtention d’un statut particulier qui les lient à l’appareil d’Etat - par expropriation pour cause d’utilité publique, ou pour s’organiser en coopératives et éviter des impôts ou, comme dans le cas du projet de loi argentin en cours de discussion, grâce à une disposition spéciale permettant d’obtenir des crédits à très bon marché et des aides techniques.

A Cuba, aujourd’hui, le gouvernement est contraint par la crise mondiale à faire des concessions au marché capitaliste et doit assurer le développement de l’agriculture qui repose sur une myriade de petits agriculteurs privés. Dans le même temps, il doit essayer de réparer avec un retard de cinquante ans les erreurs commises avec la nationalisation non seulement de toutes les entreprises impérialistes mais y compris celle des petits producteurs et boutiquiers, soit des dizaines de milliers d’entreprises artisanales. Et, compte tenu de la nécessité de donner du travail à un million de travailleurs qualifiés considérés en « surplus », on leur permet de soutenir l’initiative privée par la création de cafés, restaurants, glaciers, magasins de chaussures et d’autres emplois et de les contrôler par les impôts.

Ainsi, le secteur des entreprises publiques devra vivre et disputer les ressources du marché capitaliste avec un vaste secteur des petits producteurs agricoles et autres ayant également accès à ce marché. En fait, un segment de la société qui ne fonctionne pas avec la monnaie nationale mais est lié au dollar existe déjà. Et puisque l’économie est déjà déréglée et que les contrôle de l’État ne sont ni effectifs, ni efficaces, la mise en route d’une nouvelle politique économique plus proche de la réalité sociale pourrait parfaitement ne pas augmenter les dégâts auxquels Cuba fait déjà face. Elle pourrait même en éliminer certains. Mais cela, toutefois, à condition de réaliser des économies d’échelle et d’accroître la productivité moyenne des coopératives d’achat, de commercialisation, la formation technique, et le crédit pour ceux qui se lanceront dans ces emplois. Et, surtout, en mettant en œuvre l’autogestion qui permettrait aux producteurs et aux consommateurs de connaître et de réorganiser les ressources en réduisant la bureaucratie et d’accroître la responsabilité collective et la morale du travail, comme moyen de participation et de démocratisation du pays.

L’autogestion, loin d’être un luxe seulement possible pour des pays riches, peut être une force formidable qui peut démultiplier la créativité et le sens de la responsabilité de ceux qui veulent être acteurs de leur vie quotidienne et de leurs rapports avec le monde. Dans un marché capitaliste où les pénuries mettent l’accent sur les problèmes sociaux, il se crée aussi des liens de solidarité et une conscience collective indispensables pour contrer la tendance au « moi d’abord » et de l’hédonisme introduits par le capitalisme et la corruption de la bureaucratie. Ceci, bien sûr, s’oppose à l’autogestion, qui veut en finir avec la propriété privée, les privilèges et les contrôler. C’est précisément pour cette raison que si l’on veut améliorer la production tout en préservant la démocratie, il faut faire place la place à l’autogestion et soutenir le « parti » qui impulsera le socialisme contre le « parti » du conservatisme.

Comme on pouvait s’y attendre, la crise mondiale, qui vient s’ajouter au blocus criminel des États-Unis, pèse encore plus sur l’île par la réduction du tourisme et même des envois de fonds des Cubains émigrés. Les difficultés croissantes de l’économie vénézuélienne, comme l’aggravation des catastrophes climatiques, sont aussi des facteurs à prendre en considération par rapport à la sortie de la crise actuelle de l’économie cubaine. Ainsi que sur la manière de réduire les tensions sociales et politiques dans un pays qui est installé dans une crise profonde depuis plus de vingt ans (soit toute une génération) et qui ne voit pas se dessiner dans l’avenir ni des changements réels, ni des objectifs encourageants, si ce n’est une dure lutte pour la survie sous le même système et dans les mêmes cadres qui ont eu pour résultat la situation dramatique actuelle.

Une opportunité

Pour surmonter cette crise, aggravée par la crise mondiale, mais qui trouve aussi son origine dans les traits spécifiques à Cuba, il faut que toutes les forces de la population se tendent vers un même but, utilisent leurs capacités créatrices, leur culture, leurs connaissances, qu’elle se mobilise et devienne protagoniste de toutes les décisions, en tant que maîtres de leur propre destin, ayant pour objectif l’égalité, la pleine participation et l’innovation. En un mot, il faut cesser de considérer les Cubains uniquement comme des sujets et les reconnaître au contraire comme des citoyens à part entière, en mobilisant leur volonté, leur conscience, leur volonté de socialisme. Non pas derrière des slogans vides, mais dans la réalisation d’objectifs démocratiques et autogestionnaires, pour que l’Etat ne soit pas un appareil pesant sur la société et cherchant à la contrôler, mais qu’il soit au contraire placé sous la gestion collective des citoyens eux-mêmes.

La démocratie n’est pas qu’un obstacle au travail des spécialistes, des bureaucrates et des technocrates : c’est un besoin vital qui permettra d’accroître la production et la productivité et de réaliser de nouvelles inventions collectives. Pourquoi ne pas discuter des mesures du gouvernement dans chaque entreprise, dans chaque quartier, dans chaque communauté rurale ? Pourquoi ne pas entendre la voix et les suggestions de ceux qui subiront les conséquences de ces mesures et qui en même temps devront retrousser leurs manches et prendre le taureau par les cornes ?

Une crise, c’est une opportunité de changements. Au lieu de recourir principalement à un hypothétique tourisme et à des investissements de luxe, pourquoi ne pas discuter de quels seraient les investissements productifs nécessaires et ceux qui devraient être autorisés aux capitaux privés, par exemple, pour la production alimentaire et la distribution de la nourriture sur l’île ? Plutôt que de centraliser à nouveau, pourquoi ne pas décentraliser et donner le pouvoir de décision et d’organisation au niveau territorial, horizontal, aux producteurs et mettre à leur disposition les moyens de production et de transport ?

Lutte contre la bureaucratie ne consiste pas seulement à réduire le nombre de fonctionnaires redondants ou improductifs et à adopter des réglementations absurdes, mais à transférer le pouvoir d’information et de discussion détournés par la bureaucratie vers les citoyens utilisateurs-producteurs-consommateurs. La démocratie, l’autogestion, la planification du territoire et sur les lieux de production, la liberté d’opinion, d’être en désaccord, de s’exprimer et d’apprendre sont indispensables si l’on veut sortir la population d’une démoralisation génératrice de démission et d’apathie devant la pluie de décisions venant du sommet de l’Etat.

Répétons-le : la voie prise par la Chine ou le Vietnam ne peut s’appliquer à Cuba, non seulement pour des raisons démographiques, historiques, culturelles, mais aussi parce que c’est une solution qui ouvrirait totalement le pays aux capitaux et à l’intervention des États-Unis en éliminant ce qui reste de la révolution.

Cuba n’a jamais été socialiste, même si elle a lutté pour contribuer à la construction du socialisme sur l’île et dans le monde. Sa révolution démocratique, anti impérialisme et de libération nationale, a été importante pour l’île et pour le continent entier, mais elle a été bloquée à un moment déterminé car elle n’a pu approfondir son cours. Elle a au contraire reculé, tout en maintenant l’indépendance nationale, base du consensus politique autour du gouvernement, en particulier chez les générations plus âgées qui connaissent le passé et ne veulent pas y retourner.

Il serait suicidaire d’enterrer les restes de la révolution pour attirer les investisseurs. Au contraire, il faut la réanimer par de grands changements, sur base de la décentralisation et de la planification des besoins et des ressources, de la démocratie en organisant la population en comités d’entreprises et en conseils locaux, de l’autogestion sociale généralisée, de la liberté d’organisation et par l’élimination de l’autocratie et de la bureaucratie, ainsi que par l’extension d’un pouvoir maximal aux producteurs.

Source :
http://www.utopie-critique.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=247

Corrections et adaptations : Avanti4.be

Les dangers du ghetto politique

Samuel Farber

La libéralisation culturelle et, jusqu’à un certain point, politique qui a lieu à Cuba, particulièrement depuis que Raúl Castro a assumé le pouvoir en 2006, s’est essentiellement concrétisée dans des milieux très limités, comme dans le cadre culturel et politique de l’Eglise catholique et, dans une moindre mesure, dans les milieux académiques et artistiques.

Des publications telles que « Espacio Laical », destinée aux croyants catholiques de l’île et aux intellectuels laïcs, a une diffusion et une influence limitées. C’est encore plus vrai dans le cas, par exemple, de la revue « Temas », beaucoup moins critique que « Espacio Laical » et qui circule quasi exclusivement parmi les cercles intellectuels, artistiques et académiques.

Pendant ce temps, les médias de masses sont toujours contrôlés par le Département Idéologique du Comité central du Parti Communiste cubain, à la tête duquel se trouve Rolando Alfonso Borges. Vu la faible pénétration d’Internet dans l’île, l’immense majorité de la population dépend de la presse et de la télévision officielles pour s’informer de ce qui se passe à Cuba et dans le reste du monde.

La petite concession du gouvernement qui permet aux Cubain d’avoir accès à Telesur, la chaîne télévisée internationale parrainée par le gouvernement vénézuélien, n’altère pas de manière significative la très pauvre et très biaisée information que les gens reçoivent quotidiennement.

Il est clair qu’à Cuba il n’existe pas l’équivalent de publications véritablement critiques telles que « Argumenty I Fakti » et « Ogonyok », qui à l’époque de Gorbatchev, circulaient amplement parmi la population soviétique. Le Cubain « de la rue » est hors de portée de la critique culturelle et politique et n’est pas très amplement informé de ce qui se passe dans son propre pays et dans le reste du monde.

Bien que l’existence d’espaces où l’on puisse discuter plus librement des problèmes sociaux et politiques que rencontrent les Cubains constitue un progrès indubitable, la situation présente est très préoccupante car ces espaces peuvent facilement se transformer en zones critiques tolérées mais isolées afin de pacifier et neutraliser des secteurs intellectuels actuellement (ou potentiellement) mécontents.

Ces zones critiques tolérées peuvent même s’étendre à des actions de rue occasionnelles, pour autant et à condition qu’elles soient menées en tant qu’actes culturels politiquement inoffensifs, comme cela semble être le cas de bon nombre d’activités organisées par CENESEX.(1)

En tant que retraité qui vit à New York, je n’ai aucune autorité pour dire à mes compatriotes dans l’île ce qu’ils doivent ou ne doivent pas faire, vu que ce sont eux qui prennent des risques. Je crois cependant que mes réflexions, basées sur mes expériences et recherches politiques, peuvent leurs êtres utiles.

C’est à partir de cette perspective que je permet d’exprimer ma préoccupation que la naissante gauche critique court le risque de rester engluée dans le ghetto politique qui a constitué jusqu’à aujourd’hui son principal environnement.

Si elle veut gagner de la force, il est urgent qu’elle s’ancre plus profondément dans la société réelle vu les changements socio-économiques qui sont en train de se produire dans le pays et qui placent la défense des droits et des intérêts de la classe ouvrière et du peuple au premier plan.

La politique, comme la nature, a horreur du vide et si le mécontentement populaire ne prend pas un cours progressiste, il se manifestera sous d’autres formes, y compris par la démoralisation qui pousse particulièrement les jeunes vers l’émigration, quand ce n’est pas le crime, comme manière de « résoudre » leurs problèmes.

Comment les simples gens peuvent se défendre pour éviter que la transition vers le modèle sino-vietnamien ou tout autre modèle ne se produise pas à leurs frais, comme cela arrivera inévitablement s’il n’y a pas de résistance ?

C’est ici que l’autogestion peut jouer un rôle critique si elle s’exerce en termes pratiques et immédiats dans les lieux de travail, comme, par exemple, pour résister aux procédures qui ont été mises en place il y a quelques années afin d’établir si les travailleurs sont « adaptés à leur poste » et licencier ainsi ceux qui sont « inadaptés ».

Cette législation n’a respecté ni le vieux principe syndicaliste de l’ancienneté et encore moins la protection prioritaire des femmes et des Noirs. Une intervention de la gauche naissante sur ce type de questions, en s’opposant aux pratiques clairement anti-ouvrières et anti-populaires, pourrait l’ancrer plus profondément dans la société réelle.

Je généralise et, jusqu’à un certain point, je simplifie la situation existante parce qu’il y a des individus et des groupes de la nouvelle gauche qui sont activement engagés en dehors du ghetto politique dans des tâches importantes, comme la protection de l’environnement. Mais je crois que le développement de nouvelles priorités serait très avantageux pour la nouvelle gauche.

D’une part, cela l’ancrerait plus solidement dans la classe ouvrière et les « simples » gens tout en lui permettant de se confronter aux noyaux durs du régime, comme l’est bien entendu l’administration de l’économie. Mais il s’agirait ici d’agir au niveau local et, par conséquent, de manière possible et non dans un défi généralisé à l’échelle nationale où, vu le rapport de forces actuel, elle ne pourrait que se faire écraser.

Le même raisonnement tactique et stratégique peut être appliqué aux questions plus strictement politiques, en dehors des entreprises. Les Noirs et les gays, et plus spécialement les jeunes, sont constamment exposés au harcèlement policier qui va des contrôles d’identité systématiques au coups et à la brutalité policière.

Je crois qu’une protestation organisée contre ces abus ferait bien plus pour l’autodétermination de ces groupes que les actions carnavalesques organisées par le CENESEX.

Il vaut la peine de noter qu’en Chine c’est le gouvernement lui-même qui a du reconnaître qu’il s’affronte à de nombreuses protestations de la part de paysans et d’ouvrier chaque année (2). Bien que ces protestations ont généralement un caractère local et n’ont pas visés des changements systématiques dans la société, ils ont significativement influé sur la hausse des salaires et l’attention nouvelle que porte le régime à la consommation interne et, bien entendu, ils ont élevés la confiance et le pouvoir des gens. Il n’est difficile de comprendre que cela pourrait établir les bases pour une opposition plus généralisée et politique dans un futur proche.

Le changement progressiste vers un socialisme authentiquement démocratique ne va pas se passer parce qu’une aile du Parti ou une scission du groupe dirigeant se placeront en notre faveur. Cela est déjà arrivé à plusieurs reprises dans l’histoire, mais ce fut généralement le cas en réponse à une opposition réelle et puissante.

La gauche critique et démocratique est trop faible pour être candidate au pouvoir, mais elle est par contre capable de faire quelque chose pour renforcer la confiance des gens en eux-mêmes par leur mobilisation populaire.

Bien entendu, tel n’est pas l’agenda de l’opposition de droite qui est plus que tout intéressée à recevoir l’ « aide » de la Section des Intérêts des Etats-Unis à Cuba, ce qui l’a fait entièrement dépendre de l’empire et mine d’ailleurs sa capacité à obtenir le soutien que pourrait lui apporter d’autres Cubains mécontents.

Par rapport à l’Eglise catholique, nous savons qu’elle est en train de jouer un rôle ambigu. D’une part, elle soutient des personnes critiques de diverses provenances, y compris de la gauche critique, ainsi que les propositions démocratiques du Laboratoire Casa Cuba (3). Mais, d’un autre côté, quand elle parle en son propre nom, elle s’adresse aux Forces Armées – qu’elle caractérise comme l’unique institution, mise à part l’Eglise, qui restera « immuable dans 200 ans encore » - et l’invite tacitement à conclure un pacte politique avec elle, soulignant que les « Forces Armées, comme l’Eglise catholique, ont la responsabilité patriotique et morale de faciliter et de veiller à l’amélioration des futurs possibles pour Cuba » (4).

C’est ici que le processus de changement prend une importance toute particulière. En tenant compte du fait que le changement démocratique que nous voulons est inexorablement lié à qui le mène à bien et de quelle façon, le choix est clair. Ou bien on promeut un changement « d’en haut », comme le veut l’Eglise catholique, ou bien on le fait d’en bas, en se rappelant toujours ce que Marx affirmait : que l’émancipation de la classe ouvrière n’est pas l’œuvre d’un Messie ou d’une quelconque « sauveur suprême », mais bien la tâche exclusive de cette même classe, à partir d’en bas.

Samuel Farber est né et a grandi à Cuba. Il a publié de nombreux articles et livres sur ce pays. Il écrit pour différents sites de la gauche anticapitaliste. Son dernier livre est « Cuba Since the Revolution of 1959 ». A Critical Assesment. Ce livre a été publié par HaymarketBooks, en 2011.

Source :
http://www.sinpermiso.info/textos/index.php?id=6064
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Notes :
(1) Organisation LGBT cubaine. Cette tendance peut également être relevée, bien que dans un contexte très distinct, parmi les gays nord-américains où bon nombre d’entre eux au cours de ces dernières années participent à un fort courant de type culturel, consumériste et apolitique.
(2) L’Académie chinoise des Sciences sociales a calculé qu’il y a eu plus de 90.000 protestations en 2006 et le professeur de sociologie Sun Liping en a calculé 180.000 en 2010.
(3) Le « Laboratorio Casa Cuba » rassemble une série d’intellectuels critiques de gauche qui ont récemment élaboré un Manifeste intitulé, « Cuba soñada - Cuba posible - Cuba futura : propuestas para nuestro porvenir inmediato » (Cuba rêvée – cuba future : propositions pour notre avenir immédiat), publié dans « Espacio Laical », supplément digital n°224/mars 2013. https://blu162.mail.live.com/default.aspx?id=64855
(4) Lenier González Mederos, « Las Fuerzas Armadas y el Futuro de Cuba », « Espacio Laical », suplément digital N° 224/mars 2013. https://blu162.mail.live.com/default.aspx?id=64855