Citroën Aulnay (France) : Journal d’une grève

Collectif contre les patrons voyous et licencieurs 7 février 2013

Ford Genk n’est pas – et de loin ! – la seule touchée par des menaces de restructurations et de fermetures. C’est tout le secteur de l’automobile qui est en crise profonde en Europe. Et des luttes se développent pour le moment dans différentes entreprises.

PSA Peugeot Citroën est ainsi sous les feux de l’actualité en France. Alors qu’un vaste plan de restructuration qui prévoit la suppression de 8.000 postes est en cours depuis plusieurs mois, la direction a annoncé à la mi-décembre qu’elle envisagerait en plus 1.500 départs « naturels » (c’est-à-dire des départs à la retraite ou des décès de salariés non remplacés). Si l’on ajoute les départs volontaires liés au précédent plan, ce sont plus de 11.200 postes qui devraient disparaître de chez PSA d’ici 2014. Selon les syndicats, les effectifs dans l’activité automobile du groupe devraient donc passer d’ici 2014 d’environ 67.000 postes à 56.000 postes.

Quelques actions ont eu lieu dans les jours suivant cette annonce mais c’est à la mi-janvier que la grève a éclaté dans l’usine d’Aulnay.

C’est le journal de cette grève que nous vous proposons ici parce qu’elle permet de suivre jour après jour comment se construit le mouvement et comment les équipes syndicales essaient de répondre aux attaques patronales en organisant la convergence et la coordination des luttes avec les travailleurs des autres entreprises de l’automobile.

Toutes ces informations sont reprises de l’excellent site du Collectif contre les patrons voyous et licencieurs qui suit l’actualité des luttes des travailleurs en France et qui portent en en-tête une déclaration de Guy Eyermann, délégué CGT et porte-parole des salariés de New-Fabris, lors d’une manifestation du 30 juillet 2009 à Chatellerault : "Cette manifestation n’est pas un baroud d’honneur des ex-salariés de New-Fabris. Cette manifestation doit être le commencement de quelque chose. C’est la création d’un collectif pour toutes les entreprises qui luttent contre ces patrons voyous et ces actionnaires qui ferment nos usines et qui licencient des milliers de personnes. Aujourd’hui chaque entreprise lutte, se bat, et parfois meurt toute seule, dans son coin. Demain, c’est tous ensemble qu’il faudra lutter. Nous ne pourrons gagner qu’en réunissant toutes les entreprises, toutes les organisations syndicales, main dans la main. C’est tous ensemble que nous vaincrons." (Avanti4.be)

Mercredi 16 janvier

500 grévistes à PSA Aulnay : ne pas lâcher, ne pas rester isolés

Mercredi 16 janvier 2013 l’usine d’Aulnay a été paralysée par une grève d’environ 500 travailleurs. Un peu plus de 250 grévistes dans l’équipe du matin, presque autant dans celle de l’après-midi, encore une minorité certes mais qui a bloqué toute la production. Cette fois les grévistes, qui se retrouvent demain à 7 heures 30, les deux équipes confondues, semblent déterminés à engager l’épreuve de force avec Peugeot.
On sait en effet que Citroën Aulnay connaît une agitation depuis un an et demi, quand une note secrète de la direction PSA avait été révélée par la CGT de l’usine, affirmant que le site devait fermer dans les deux ans. La direction avait d’abord démenti puis avait fini par confirmer la nouvelle... un peu plus d’une année plus tard et une fois les présidentielles passées.

Pendant cette année et demie une minorité n’a cessé d’entretenir la mobilisation par des rassemblements, des manifestations, des débrayages et des tentatives de grève. Mais elle est restée minorité. Elle l’est encore aujourd’hui, mais déjà un peu plus imposante.

Les Citroën ont en effet le dos au mur. Fin-février-début mars avec la mise en oeuvre du Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE) [l’équivalent français du Plan Social belge – note d’Avanti] et le début des mutations dans d’autres usines, une des deux équipes devrait être supprimée faisant fondre les effectifs de plus de 1 000 travailleurs.

Deux objectifs immédiats donc pour les grévistes afin de changer le rapport de force : gagner de nouveaux grévistes dans une majorité qui n’est pas hostile mais attentiste ; trouver des appuis à l’extérieur dans les autres entreprises qui sont menacées de subir fermeture ou licenciements et ont donc intérêt à faire converger luttes et mobilisations.

Le principal sujet des conversations des grévistes était d’ailleurs, dès mercredi, les 7.500 emplois que Renault veut supprimer... et la nécessité d’une riposte commune au moins dans l’automobile.

Jeudi 17 janvier

Deuxième journée de grève à Citroën

Jeudi 17 janvier 2013, la production a été entièrement stoppée comme la veille bien que le nombre de grévistes ait un peu diminué : d’une cinquantaine sur 500 la veille.
Ainsi on a observé un certain turnover, certains grévistes de la veille étant remplacés par d’autres ouvriers qui ne l’étaient pas mercredi, résultat peut-être des pressions augmentées de la direction qui a fait savoir qu’il suffisait d’être vu à une AG pour être considéré en grève toute la journée, mais certainement aussi signes des hésitations de certains à franchir le pas avant d’entrer dans un mouvement qui pourrait être long.

Un signe positif tout de même : les 35 travailleurs d’un sous-traitant du nettoyage se sont déclarés grévistes.

Par ailleurs les équipes du matin et de l’après-midi ne se sont pas rencontrées comme il avait été prévu mais ont conservé leurs horaires, les vieilles habitudes ayant du mal à disparaître, surtout au tout début de la grève.

Les AG encore par équipe n’ont tout de même pas empêché la constitution du comité de grève, lui pour tous les grévistes, d’une soixantaine pour l’instant, qui a tenu à affirmer tout de suite son autorité en décrétant que les délégués et dirigeants syndicaux étaient les bienvenus mais devaient participer en tant que simples salariés à l’égal de tous.

Et si l’essentiel de la journée a été consacré à la mise en place de l’organisation de la grève (assemblées générales encore par équipe, comité de grève, commissions émanant de celui-ci), une délégation d’une cinquantaine de Citroën s’est rendue à la manifestation des entreprises du 93, la plus grosse délégation de celle-ci... on pourrait presque dire hélas car cela signifie que cette manif était modeste (entre 700 et 1000).
Ce fut l’occasion de s’adresser à d’autres travailleurs et syndicalistes pour affirmer, vraiment explicitement, la volonté de faire de la grève un fer de lance pour construire la convergence des entreprises en lutte, mobilisées ou sous le coup d’une menace patronale... c’est-à-dire toutes dans la conjoncture actuelle.

Vendredi 18 janvier

Troisième journée de grève à Citroën-Aulnay

Vendredi 18 janvier, 170 grévistes d’Aulnay se sont rendus en car à l’usine de PSA Saint-Ouen. Ils ont réussi à rentrer par là où la direction ne les attendait pas : un trou dans un mur de l’usine.

Rejoints par une trentaine de salariés de Saint-Ouen les grévistes ont défilé en scandant « Aulnay, Saint-Ouen, même combat ! ». Les chefs de l’usine avaient fait arrêter la production et rassemblé les salariés dans les aires de repos de chaque secteur. Les grévistes sont donc allés dans chacune de ces aires de repos et ont pris la parole pour s’adresser aux salariés de Saint-Ouen qui sont eux-mêmes sous le coup de suppressions de postes (65 annoncés en janvier). Quelques-uns ont aussi rappelé les menaces qui touchent désormais l’ensemble des travailleurs avec les « accords sur l’emploi ».

L’accueil des ouvriers de Saint-Ouen était sympathique et chaleureux, certains, mutés d’Aulnay à Saint-Ouen, retrouvaient non sans cacher leur joie leurs anciens collègues. Il y avait aussi les anciens chefs d’Aulnay qui se sont trouvé une place à Saint-Ouen, ceux-là par contre se sont fait hués par des grévistes qui les ont reconnus et n’ont pas hésité à dénoncer tout haut leur attitude pourrie lorsqu’ils étaient encore à Aulnay.

Après deux heures de discussions entre les ouvriers des deux sites les grévistes sont sortis de l’usine et ont fait une petite manif dans la ville. Ensuite ils sont retournés à l’usine d’Aulnay où la direction avait mis l’équipe de l’après-midi au chômage partiel, tentant ainsi de casser la grève. Le chômage est d’ailleurs prolongé pour la journée de lundi. Rendez-vous est donné lundi matin devant l’usine en espérant que la tentative de lock-out que fait la direction n’aura pas eu trop d’effet sur le moral des grévistes.

Lundi 21 janvier

Citroën-Aulnay, 4e jour de mobilisation : le lockout n’a pas changé la détermination des grévistes

Ce lundi 21 janvier les grévistes ont trouvé les portes de l’usine cadenassées (et derrière elles, direction, cadres et vigiles pour en interdire l’ouverture). Le lockout annoncé dès vendredi après-midi continuait (déguisé sous une mise en chômage partiel sous prétexte d’un incident technique qui aurait imposé l’arrêt de l’usine annoncé dès vendredi après-midi)...

La rage au coeur les 170 ou 180 grévistes qui avaient bravé la neige et le verglas ont donc trouvé refuge à l’union locale CGT d’Aulnay-sous-bois. Là se sont tenues assemblée générale, comité de grève et les diverses commissions mises en place par celui-ci. C’est là qu’ont été débattues les activités de la journée et dressés les plans pour les prochains jours. C’est de là que sont parties différentes actions : distribution de tracts à Carrefour et visites à la préfecture.

Même tenus à distance de l’usine les grévistes ont donc fait montre d’autant de détermination et d’activité que les jours précédents. Assez en tout cas pour convaincre la direction qu’il fallait trouver autre chose : en fin d’après-midi elle annonçait la réouverture des portes pour l’équipe d’après-midi demain mardi.

C’est donc dans l’usine que l’épreuve de force va continuer.

Mardi 22 janvier

Citroën-Aulnay : la direction prolonge le lockout

Les grévistes (comme tous les travailleurs) ont appris à 10 heures mardi 22 janvier que, contrairement à ce qu’avait annoncé la direction la veille, l’usine ne rouvrirait pas cette après-midi (ni non plus demain mercredi). Le prétexte est un « gros problème technique » qui impose la mise en chômage partiel de tous. En clair le lockout continue.

Ce tardif changement de programme a eu au moins le désavantage d’empêcher certains grévistes, pris un peu à contre-pied par les virevoltes de la direction, de se joindre à la manif parisienne des enseignants pour se contenter d’aller visiter les deux plus gros concessionnaires Citroën et Peugeot d’Aulnay. L’après-midi ils ont bloqué le péage de Senlis et récupéré de l’argent auprès des automobilistes. Accueil sympa par ces derniers... et par les flics (mais ceux-ci n’ont tout de même pas participé à la collecte).

Par ailleurs AG, comité de grève et commissions ont continué à planifier les activités des prochains jours pour tenter de multiplier les contacts avec d’autres salariés : déplacement à Flins où sont organisés comme dans tout Renault des débrayages demain mercredi, participation à un meeting organisé à Science Po avec des syndicalistes de Sanofi, Renault, Virgin et d’autres, jeudi dans la soirée, et première prise de contact avec quelques entreprises plus ou moins mobilisées, mais menacées comme Citroën. A noter aussi que les premiers communiqués et témoignages de solidarité et de soutien sont parvenus dont celui de la CGT de Renault Guyancourt.

Des tout petits et premiers pas vers la liaison Citroën-salariés des autres boîtes et la convergence des luttes, qu’il s’agit d’amplifier. Le boulot de tous les partisans de cette convergence est de favoriser par tous les moyens le développement de cette liaison.

Mercredi 23 janvier

Citroën : premier pas vers une convergence PSA-Renault

Le fait marquant de ce mercredi 23 janvier 2013 est évidemment le meeting commun tenu à Flins, largement montré sur toutes les chaînes télé : la porte ouverte par les 250 grévistes venus de Citroën, l’émotion des retrouvailles entre les Flins qui avaient débrayé à 450 pour l’équipe du matin et les PSA, les discours des responsables syndicaux de l’une et l’autre usine soulignant l’importance de se battre ensemble tant contre les licenciements et les fermetures d’entreprise que les accords de compétitivité et de construire la convergence des luttes.

Un incontestable premier pas vers la convergence des luttes même si il y a certainement encore beaucoup de telles rencontres à organiser entre les entreprises en lutte ou celles sur qui pèsent les mêmes menaces. Mais cette première a dû donner des idées à beaucoup, et pas seulement à Renault où des débrayages ont eu lieu sur à peu près tous les sites, dont certains réussis comme à l’usine de Cléon, où plus de 900 participants ont décidé de remettre ça si possible en plus musclé dès la semaine prochaine.

La direction Citroën a par ailleurs annoncé qu’elle prolongeait ces deux prochains jours, jeudi et vendredi le lockout... pardon le chômage technique, cette fois en prenant le prétexte de menaces que les grévistes auraient adressé aux cadres et non grévistes qui du coup auraient peur de venir travailler. Au début ce fut celui d’un accident technique qui soi-disant paralysait l’usine, après celui de dégradations et sabotages, voilà maintenant celui de la peur parmi le personnel. Tout y passe sauf la raison réelle : la volonté de lockouter. Il est vrai que le lockout durant une grève est illégal... et que cela priverait PSA des aides qu’il reçoit de l’Etat pour assurer une partie du salaire de ceux qu’il a mis en « chômage technique ».

Un bon côté quand même puisque cela permet aux grévistes de se tourner vers la population (aux péages autoroutiers par exemple ou aux gares), et aux salariés d’autres entreprises et de trouver leurs soutiens tant financiers que politiques. Ce qu’ils vont continuer à faire en cette deuxième partie de la semaine, par exemple en allant demain à un meeting organisé à Science Po Paris avec des salariés d’autres boîtes mobilisées, Sanofi, Virgin, Renault...

Jeudi 24 janvier

Citroën : entrée dans la deuxième semaine de grève

Après la journée plus tumultueuse d’hier, cette journée de jeudi 24 a permis aux grévistes de Citroën de souffler un peu, consacrée à quelques collectes ou à visiter les mairies pour obtenir un soutien aux grévistes.

Elle a été d’autre part occupée à commencer à préparer le planning des actions de la semaine prochaine. Le meeting qui s’est tenu à Sciences Po Paris où s’est rendu une petite délégation de PSA Aulnay participait d’ailleurs de cette préparation puisque outre Philippe Julien, secrétaire de la CGT de PSA Aulnay, des salariés et syndicalistes de Sanofi, Virgin, Air France, Presstalis, Goodyear, Renault, 3 Suisses, y ont pris la parole. Nous sommes encore loin de la convergence des luttes, mais c’est certainement une prise de contacts qui ne peut qu’aider à construire celle-ci.

Par ailleurs une incertitude sur la politique de la direction. : va-t-elle renoncer au lockout de fait qui dure depuis vendredi dernier ? Va-t-elle oser rouvrir l’usine ? Les paris sont engagés et pas seulement sur le prétexte qu’elle devra trouver pour maintenir le site en « chômage technique » si c’est ce qu’elle devait décider.

Vendredi 25 janvier

Citroën : fin du lockout et épreuve de force

Vendredi 25 janvier les grévistes en allant à la rencontre des usagers des trains de banlieue à la gare Paris-Nord puis des travailleurs de la Snecma à Gennevilliers 92 ont constaté combien leur grève recueillait de sympathie. Les résultats des collectes en sont d’ailleurs la traduction concrète.

La préoccupation est maintenant la réouverture de l’usine ce lundi matin 28 janvier. La direction, manquant peut-être d’un nouveau prétexte pour maintenir le lockout (pardon le « chômage technique ») qui dure maintenant depuis 10 jours (vendredi 18 après-midi) a décidé de rappeler les salariés ce lundi matin. Elle a décidé aussi de muscler son accueil : appel à de nombreux cadres des autres sites PSA, doublement des vigiles. Une équipe de quelques dizaines d’entre eux d’une entreprise de sécurité est déjà en permanence depuis des mois à Aulnay. Et notons que l’entreprise en question, qui a pour nom Praetorian Trajan, appartient au frère du chef de la Sécurité à Citroën. On a l’esprit de famille dans les hauts cadres de PSA.

De toute évidence la direction se prépare ce lundi matin à exercer le maximum de pression sur les grévistes. Tenant compte du passé d’une usine comme Citroën qui pendant longtemps a entravé systématiquement l’existence des syndicats ouvriers, jusqu’à ce qu’une grande grève dans les années 80, les impose, la rumeur des préparatifs actuels de la direction... a toutes chances d’être plus qu’une rumeur.

Les grévistes doivent évidemment compter sur leur propre force et leur détermination. Mais le soutien des salariés de l’automobile comme d’autres secteurs prend maintenant toute son importance. Déjà des syndicats de Renault, Guyancourt ou Cléon par exemple, le leur ont apporté, exprimant explicitement leur volonté d’organiser une lutte commune. Plus cela se reproduira, mieux ce sera, non seulement pour ce retour à l’intérieur de l’entreprise mais aussi pour mettre sur pied des convergences comme celle de jeudi dernier à Flins où s’étaient rendus les Citroën.

Lundi 28 janvier

Citroën : l’usine a rouvert, la grève continue

Ce lundi 28 janvier, après un lockout déguisé en chômage technique de 8 jours, l’usine a rouvert et les grévistes ont pu y tenir AG, comité de grève et les différentes commissions de celui-ci. Le comité d’accueil était moins important qu’attendu, la direction ayant jugé bon de cacher les vigiles de Praetorian Trajan, une boîte de sécurité extérieure, et de parquer un peu à part la majorité des cadres qu’elle avait fait venir des autres sites de PSA. La présence de journalistes et d’inspecteurs du travail l’ont sans doute incité à mettre une sourdine à ses activités illégales contre le grève. Mais pas renoncer à briser celle-ci. Encore nombreux étaient les chefs parcourant en groupe les ateliers pour exercer une pression sur les non-grévistes. Cela n’a d’ailleurs pas servi à grand-chose : les chaînes n’ont pas tourné plus vite qu’avant le lockout et la production a été toujours aussi réduite.

Les grévistes ont décidé de se rendre demain devant le Quartier général de PSA, sur les Champs-Elysées, où a lieu la dernière séance de négociation avant la présentation du PSE, théoriquement dans 15 jours, puis de se joindre à la manifestation des Virgin, toujours aux Champs-Elysées, et enfin de se rendre devant le Ministère du travail, au rassemblement d’un certains nombre d’entreprises menacées de suppressions d’emplois, de licenciements ou de fermeture. La convergence des luttes est donc de plus en plus à l’ordre du jour, en tout cas sa préparation.

De l’autre côté, celui du patron, on ne reste pourtant pas l’arme au pied. Dès ce premier jour après le lockout, qui n’a sans doute pas amené les résultats escomptés par la direction, celle-ci a envoyé 5 lettres de licenciement avec mise à pied conservatoire. Prétexte : une affiche déchirée dans l’usine et quelques peintures sur un mur. Des dégradations inadmissibles... alors que c’est l’usine toute entière que PSA s’apprête à démolir !

Mardi 29 janvier

Citroën : aujourd’hui Virgin, demain Renault-Cléon

Ce mardi 29 janvier a été pour les grévistes une journée de rencontres avec d’autres entreprises mobilisées contre les suppressions d’emplois qui manifestaient dans Paris. Après s’être rassemblés devant le siège de PSA, où avait lieu les négociations, et accompagnés des Sanofi ainsi que des Candia, ils ont rejoints les Virgin, toujours sur les Champs-Elysées. L’ambiance chez les Citroën, qui avait monté d’un cran dès l’AG du matin où ils avaient appris que la restructuration proposée par PSA avait été retoquée par la cour d’appel de Paris, s’est réchauffée à chaque rencontre avec une nouvelle boîte. Et c’est une partie au moins des PSA, Virgin, Candia et Sanofi rassemblés le matin qui s’est rendue à la rencontre des travailleurs d’autres entreprises qui s’étaient donnés rendez-vous, eux, l’après-midi devant le ministère du travail.

Ce dernier n’a pas été atteint, sauf par une petite délégation, les gendarmes mobiles barrant son accès. Cela n’a pas empêché le succès de cette journée, qui prouve une nouvelle fois, après le meeting commun des PSA d’Aulnay et des Renault de Flins la semaine dernière, que la convergence des travailleurs mobilisés, difficile certes, n’est pas impossible. Simplement il faudra songer les prochaines fois à organiser non pas des convergences mais la convergence. Pour être tous ensemble, il vaut mieux quand même prévoir d’y être au même point de rassemblement ou de manifestation.

Continuant donc sur leur lancée, les Citroën se rendent demain à Renault Cléon, près de Rouen, qui sera en grève mercredi (les autres sites Renault l’étaient aujourd’hui). Une rencontre qui devrait servir à rappeler que si l’offensive patronale actuelle peut prendre des formes différentes (fermeture et licenciements chez PSA, accords de compétitivité chez Renault), elle ne peut aboutir qu’à une exploitation accrue de tous (chômage pour les uns, conditions de vie et de travail très dégradées pour les autres).

Unir mobilisations et luttes est donc de l’intérêt de tous. La grève à PSA (deux semaines demain) a besoin du soutien de tous ; tous ont intérêt à lier leur sort à celui de PSA. Et tous ont intérêt à établir le contact avec les autres entreprises et les autres secteurs... et à le rechercher systématiquement. La journée qui a vu dans la rue des dizaines de travailleurs de la chimie à l’automobile, en passant par l’agro-alimentaire et d’autres a été un petit pas dans ce sens.

La grève à Citroën continue. Mais Peugeot continue aussi son combat : par les pressions de toutes sortes, y compris financières, sur les grévistes pour qu’ils reprennent le travail ; déjà la direction de PSA conteste que l’arrêt de la cour d’appel, pour vice de forme, l’oblige à repousser le PSE à Citroën, prévu à la fin février ; et rappelons que cinq grévistes sont menacés de licenciement avec mise à pied conservatoire, histoire de tenir hors de l’usine cinq militants de la grève dont plusieurs syndicalistes.

Jeudi 31 janvier

Citroen mobilise toujours plus de cadres venus des autres sites PSA

Jeudi 31 janvier à l’AG du matin moins de 200 présents (légèrement en baisse). Des grévistes ne viennent pas à l’AG, mais viennent pointer au comité de grève dans la journée. Mais des gars reprennent.

Présence de 200 cadres venus des autres sites. Se font méchamment insulter par une cinquantaine de grévistes très remontés. Tambours tout l’après-midi, bruit maximum. Des lignes reprennent, mais lentement.

Du coup, la direction fait tourner les cadres (certains doivent avoir du mal à tenir) et mobilise de nouveaux dans les différents sites pour venir à Aulnay.

Problème de perspective, avant que la grève ne s’épuise. Sans doute besoin de plus en plus pressants de soutiens extérieurs pour contrer ceux que trouve la direction.

La commission du Comité de grève chargée du contact avec les autres boîtes a commencé de faire le tour des boîtes au téléphone (quelques contacts téléphoniques sympas… à suivre). Dans le journal de la grève n°3 (cf. le site CGT PSA Aulnay, dans le bouton « grève »), très bien fait d’ailleurs, l’édito du 31 janvier titrait « PSA-Renault, même combat ! ». Bonne propagande, relate visite à Flins et Cléon. Mais par ailleurs, en AG comme au comité de grève, pour le moment, pas de propositions concrètes destinées aux autres boîtes.

Pour demain (vendredi), rassemblement prévu en solidarité avec Agathe (CGT), l’une des 6 menacés de licenciements (et mise à pied conservatoire), convoquée à « la sécurité du territoire ».

Vendredi 1er février

Citroën Aulnay : Quatrième semaine de grève

Ce lundi 4 février, la grève commencée mercredi 16 janvier entrera dans son vingtième jour. Vendredi 1er les AG avaient été plus nombreuses pour préparer un rassemblement à Bobigny où deux des cinq grévistes menacés de licenciement étaient entendus par la sécurité territoriale. 250 de leurs camarades d’Aulnay les ont effectivement accompagnés.

La tension dans l’usine demeurait avec les cadres rameutés par PSA dans les différents sites, soi-disant pour protéger les non-grévistes, qui en fait ne sortent pratiquement guère de voitures, sans parler de celles qu’ils sortent, qui sont d’une bien piètre qualité.

Comme nous le disions les jours précédent, si la direction préparait, après les menaces de licenciement, une provocation sous la forme d’incidents à mettre sur le dos des grévistes, elle ne s’y prendrait pas autrement. La prestation de Saint-Geours, PDG du groupe PSA, sur France Inter vendredi dernier matin, s’indignant de la prétendue violence des travailleurs en grève entrerait d’ailleurs parfaitement dans cette préparation.

Une semaine grosse de dangers s’annonce donc. Les grévistes ont plus que jamais besoin du soutien financier mais surtout politique des autres travailleurs. Plus que jamais c’est la convergence entre les entreprises menacées ou mobilisées qui est à l’ordre du jour dans l’intérêt immédiat des grévistes. 

Le comité de grève comme les syndicats qui le soutiennent, en particulier la CGT et Sud, en sont d’ailleurs conscients : ils organisent une conférence de presse et un rassemblement à Citroën Aulnay mardi 5 février avec la présence d’un certain nombre de politiques, LO, NPA, Parti de Gauche et PCF, Nathalie Arthaud, Olivier Besancenot, Philippe Poutou, Jean-Luc Mélenchon, Marie-Georges Buffet et Pierre Laurent. Mais aussi des délégations d’entreprise et, il faut le souhaiter, de nombreux travailleurs.

Lundi 4 février

Citroën : une tension un peu retombée en ce début de semaine

Ce lundi 4 janvier, contrairement à ce que tous appréhendaient, la tension entre grévistes d’un côté et cadres et non grévistes de l’autre a notablement baissé. Les raisons sont sans doute diverses : volonté du comité de grève et de la CGT d’éviter les incidents qui pourraient nuire à la poursuite du mouvement et de convaincre tous les grévistes de cette nécessité, volonté de certains grévistes eux-mêmes de s’adresser aux non-grévistes pour les gagner à leur cause.
Déjà vendredi dernier dans quelques secteurs des grévistes avaient organisé dans l’usines des discussions autour d’un thé avec intérimaires, dont certains ont déjà débrayé à plusieurs reprises, et non grévistes, ce qui est sans doute finalement plus payant que de les bombarder d’œufs, voire de boulons. Le plus notable cependant ce sont sans doute les gestes de la direction : une bonne partie des cadres venus des autres sites PSA ont disparu et avec eux la colère devant cette mobilisation et provocation antigréviste.

Résultats en tout cas les AG ont été aussi importantes que les plus importantes de la semaine précédente, quelques travailleurs non en grève jusque là l’ont rejoint, et semble-t-il de plus en plus de non-grévistes se mettent en maladie, geste indiquant au moins une peur de se retrouver entre le marteau et l’enclume alors qu’ils refusent de jouer les jaunes. Tout cela a donc abouti à ce qu’aucune production ne sorte ce lundi.

Comité de grève et grévistes présents ont donc pu préparer dans le calme le meeting de demain mardi qui se tiendra aux alentours de 14 heurs sur le parking de l’usine (Bd André Citroën, 93600 Aulnay-sous-Bois) avec des représentants des confédérations syndicales et des partis de gauche et d’extrême gauche. Sont annoncés Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Olivier Besancenot, Marie-George Buffet, Pierre Laurent et Jean-Luc Mélenchon.

L’après-midi des équipes de grévistes ont diffusé l’appel au meeting à Aulnay et dans le 93. Ils espèrent que habitants et salariés des autres entreprises viendront les soutenir dans leurs protestations contre les mesures répressives de la direction (un cinquième gréviste est maintenant menacé de licenciement et les convocations à la sureté territoriale continuent).

Mardi 5 février

Citroën : meeting de protestation contre les licenciements réussi

Mardi 5 janvier 2013 les chaînes de production sont restées totalement à l’arrêt comme la veille. Deux des 6 grévistes menacés de licenciements (un de plus en effet annoncé aujourd’hui) ont eu leur entretien préalable. L’un ce matin où plus de 300 grévistes l’ont accompagné. L’autre l’après-midi après le meeting tenu non sur le parking de la boîte, PSA l’a interdit, mais sur les rues devant ce parking.

Comme prévu les représentants de partis de gauche ou d’extrême-gauche : PCF, PG, LO, NPA dont Olivier Besancenot, Nathalie Arthaud ou Pierre Laurent et Marie-Georges Buffet, des représentants des directions syndicales CFDT, CGT et Sud (Annick Coupé), des maires ou députés-maires du 93, ont apporté leur soutien à la lutte des PSA et à celle des 6 menacés de licenciement immédiat. Mais aussi une dizaine de délégations d’entreprises de la région parisienne (Renault Lardy ou Guyancourt, Flins, Virgin, Air France) plusieurs sous-traitants dont Faurecia, Virgin) ou de plus loin (Goodyear Amiens) voire de sites fermés aujourd’hui (Continental ou Michelin Châlons). Seulement des délégations, donc quelques centaines de syndicalistes et travailleurs, et quelques 700-800 personnes en tout sans doute. Un thème est revenu dans pratiquement toutes les prises de parole, à côté de la dénonciation de la répression patronale, celui de la nécessité de la convergence des luttes.

Demain mercredi les grévistes de Citroën entrent dans leur 22e jour de grève ; dans quelques jours un accord menace tout Renault de plus de 8 000 suppressions de postes et d’une dégradation drastique des conditions de travail et de salaire ; partout dans tout le pays des centaines d’entreprises, petites et moyennes, sont menacées de fermeture ou de licenciements ; le couperet est de plus en plus près de tomber sur Pétroplus et sans doute aussi sur des dizaines d’autres boîtes moins connues : le rassemblement de tous est bien la question qui se pose.

Et pour cela il faut apporter à ceux qui sont en grève aujourd’hui, Citroën ou d’autres, tout le soutien possible (financier et politique). Mais il faut surtout prendre contact avec le comité de grève pour examiner, et vite, comment cette convergence dont beaucoup parlent, peut être mise sur pied.

Mercredi 6 février

Citroën : au Stade de France, l’équipe adverse était plus nombreuse

Ce mercredi 6 février n’a pas connu d’autre épisode marquant que la tentative des Citroën d’aller à la rencontre de François Hollande qui assistait au match France-Allemagne au Stade de France. A 80, ils se sont vus entourés très vite par une cohorte nettement plus nombreuse de gardes mobiles : club de Boulogne supporters du PSG-grévistes de PSA même traitement. Seule finalement une petite délégation de cinq travailleurs a pu accéder à la loge présidentielle.

La direction qui l’avait déjà tenté hier, a aujourd’hui concentré à nouveau chefs, techniciens et ouvrier non grévistes sur l’atelier du ferrage pour qu’au moins un secteur de l’usine donne l’impression de tourner. Pour quel résultat ? Sans doute le but n’était pas de sortir des voitures aujourd’hui mais de préparer les grévistes et non grévistes à l’idée que les chaînes pouvaient être remises en route. La guerre psychologique continue donc.

Y compris pour que l’attention de tous soit davantage fixée seulement sur Aulnay alors qu’à l’extérieur, le rassemblement des Arcelor de France, Belgique et Luxembourg à Strasbourg était une nouvelle preuve qu’une convergence des luttes était possible, même au-delà des frontières. Alors aussi qu’une commission du comité de grève prenait contact avec une fonderie d’une petite ville de l’Allier où les travailleurs, le dos au mur et isolés, en viennent à s’inspirer de l’exemple des New Fabris (voir l’article en ligne sur le site du Collectif) dont la lutte avait présidé à la création du Collectif contre les patrons voyous et licencieurs. Déjà rassembler les mobilisations était une nécessité, alors 3 ans après et des centaines de milliers de licenciements en plus...

Jeudi 7 février

PSA-Aulnay : un round d’observation

Ce jeudi 7 février, rien de nouveau dans le conflit PSA Aulnay. Grévistes d’un côté, non grévistes, cadres et vigiles de l’autre, occupent l’usine, les premiers surveillant les seconds, les seconds tentant par à-coups de relancer la production. Jusqu’à aujourd’hui en vain, puisqu’au plus quelques dizaines de véhicules sortent... et de quelle qualité.

La situation devrait rester ainsi jusqu’à lundi prochain qui peut être une date décisive : la direction espérant voir le découragement s’étendre peu à peu et un certain nombre abandonner la grève. Rien d’étonnant donc que les discussions des grévistes portaient sur la tactique ou de l’attitude à adopter pour gagner ou regagner certains des salariés qui n’ont pas rejoint leurs rangs. C’était donc là le sujet des AG du matin et du soir, comme du comité de grève en adition de la nécessité d’unifier les luttes qu’ont un peu ranimé la venue de délégations d’autres entreprise au meeting de mardi devant la boîte ou encore la manifestation d’hier à Strasbourg des Arcelor de France, Belgique et Luxembourg.

Ainsi les grévistes sont tiraillés entre deux nécessités, celle de ne pas abandonner l’usine aux partisans de la direction, qui alors pourraient en profiter pour relancer les chaînes et celle de s’assurer des alliés à l’extérieur dans les autres entreprises, de l’automobile mais aussi au-delà. De ce point de vue mardi prochain est une journée qui pourrait compter : les Renault de tous les sites sont appelés à l’action, ce jour étant le dernier des négociations sur l’accord de compétitivité, tandis que les Goodyear et quelques autres menacés de licencenciements doivent se retrouver devant le siège de celle-ci à Rueil-Malmaison. Les occasions de s’unir à d’autres dans la rue ne manqueront pas. Espérons qu’elles ne seront pas manquées faute d’avoir été préparées. Il y a encore quelques jours pour prendre les contacts pour ce faire.

Vendredi 8 février

Citroën Aulnay : la grève approche de sa cinquième semaine

Vendredi 8 février a clos cette 4ème semaine de grève comme elle avait commencé : une confrontation constante mais sans violence (contrairement à ce qui se dite un peu partout) entre les grévistes et les hommes de la direction (vigiles et cadres). Cela n’a pas empêché la direction de PSA d’ajouter un sixième gréviste à sa liste des licenciements demandés.

Quelques grévistes ne l’étaient plus à la fin de la semaine, et certains ont mis fin, semble-t-il, à leur arrêt maladie (le nombre de ces arrêts serait monté à un moment à 4 ou 500). La production n’en est pas sortie pour autant (quelques dizaines de bagnoles tout au plus). Les tentatives de la direction de relancer des tronçons de chaînes ont fait partie de la guerre psychologique qu’elle mène. Elles suffisent cependant à fixer l’attention des grévistes surtout sur ce qui se passe à l’intérieur de Citroën et beaucoup moins à l’extérieur, dans une semaine où pourtant la question de l’emploi a été à la une de l’actualité : la manif musclée des Arcelor de France, Belgique, Luxembourg à Strasbourg, Pétroplus à nouveau lanterné par le gouvernement, Goodyear et ses menaces de licenciements ou fermeture redevenant sur le devant de la scène...

PSA Aulnay n’est pas seul. Et ne le sera pas plus la semaine qui s’ouvre : rassemblement des Goodyear, et d’autres boîtes, mardi 12 à Rueil-Malmaison ; le même jour, à l’occasion de la finalisation de l’accord emploi-compétitivité journée d’action sur les sites Renault, action qui pourrait être relancée ou continuée car le jeudi 14 le groupe devrait annoncer ses résultats et des bénéfices substantiels (PSA prévoyant d’annoncer les siens dès mercredi... après une campagne de presse prédisant la catastrophe).

Les occasions ne devraient pas manquer, pour les PSA comme pour d’autres, de prendre conscience que leur sort ne se joue pas seulement dans leur entreprise, et d’en appeler largement à la convergence des mobilisations et des luttes.

Lundi 11 février

PSA-Aulnay : les chaînes n’ont pas redémarré

Ce lundi, les chaînes n’ont toujours pas redémarré. Même nombre de grévistes. Les cadres stationnent sur la place de la Grève, et d’autres sont disséminés par groupes de 3 ou 4 le long des chaînes.

AG du matin : re-proposition de rejoindre en nombre les Goodyear à Rueil Malmaison le lendemain matin. Une partie doit partir à la manifestation, l’autre restera sur l’usine.
Mardi, à 7h30, rassemblement à 350 pour accompagner le 6° camarade menacé de licenciement au DRH au montage. Puis départ pour rejoindre les Goodyear vers 9h30.
Par ailleurs, le gouvernement devrait nommer mardi un médiateur (Peugeot l’acceptera-t-il ?). Et lettre à Christiane Taubira (ministre de la justice) et Manuel Valls (ministre de l’intérieur) pour faire annuler les procédures de licenciements.

Mardi 12 février

PSA Aulnay : avec les Goodyear à Rueil-Malmaison, puis aux Champs-Elysées

Mardi 12 février les PSA Aulnay ont rejoint à une soixantaine vers 10 heures le rassemblement autour des Goodyear de Rueil-Malmaison. Prise de parole de J.-P. Mercier, secrétaire de la CGT-PSA-Aulnay, axée sur la force de la grève, seule issue pour les travailleurs, et sur la répression, Agathe Martin était à ses côtés.

Les PSA sont ensuite repartis au bout d’une heure pour se rendre avenue de la Grande Armée (siège de PSA). Ils en ont retrouvé d’autres déjà sur place et ont refait la déco des vitrines du siège, dans une joyeuse ambiance, avec tout un tas d’affiches et de caricatures de Varin trouvées sur Internet. Slogans "Nous sommes des ouvriers décorateurs, ce sont les patrons les casseurs". "Varin assassin". Puis ils sont allés décorer de la même façon deux luxueux concessionnaires PSA sur les Champs-Élysées (avant que les garde-mobiles finissent par les retrouver…) puis sont repartis vers l’usine avec le moral.

A l’usine, une AG assez fournie. Contents du rassemblement de Rueil et des réjouissances aux Champs Elysées. Les chaines n’ont pas redémarré. La grève se poursuit.

Mercredi 13 février

Citroën-Aulnay : La direction PSA cherche à nouveau l’incident violent

Les propos provocateurs de Valls à l’encontre des prétendus casseurs ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd. Après un début de semaine où elle avait de toute évidence demandé à ses cadres ou ses vigiles de se montrer plus discrets, ce mercredi 13 février, la direction de PSA est revenue au registre de la provocation. Dans un style un peu différent de celui des semaines précédentes.

En fin de matinée elle a demandé à ses cadres... de vider l’usine. Evidemment ceux-ci n’ont pas demandé leur reste, sans doute fatigués d’avoir à faire face aux grévistes qui ne les touchent pas mais ne leur épargnent pas les lazzis. Puis, un peu plus tard, elle utilisait quelques contremaîtres, parmi les plus haïs, leur demandant de parcourir les ateliers désertés du reste de la maîtrise. Sans protection donc... mais accompagnés quand même de journalistes et de caméras. La provocation était grossière. Et ne pouvait être qu’une provocation puisqu’aucune production ne se faisait ni ne s’est faite de toute la journée. Heureusement les grévistes l’ont évitée.
Drôle quand même de voir la direction elle-même débarrasser l’usine de ceux qui sont théoriquement volontaires pour travailler, afin de torpiller une grève à qui elle reproche... de nuire à la production. Mais en tout cas si des incidents éclataient, il est clair que la responsabilité en reviendrait à la direction qui les aurait méticuleusement préparés de toutes les manières possibles.

Demain jeudi les quatre délégués sur les six grévistes menacés de licenciement comparaissent devant le Comité d’entreprise. On sait que le licenciement d’un délégué requiert en effet d’abord l’avis du CE. A suivre donc l’attitude des syndicats, SIA, FO ou CFTC qui combattent depuis le début la grève et les grévistes, pour voir s’ils osent émettre un avis favorable aux quatre licenciements de délégués CGT et jouer, là encore, les pions de la direction pour pousser à bout des grévistes exaspérés.

Jeudi 14 février

Citroën : Le Comité d’Entreprise refuse le licenciement de deux délégués CGT

Ce jeudi 14 février l’AG et le nombre de grévistes se sont un peu renforcés. Deux raisons au moins à cela : d’abord le CE était consulté sur les licenciements demandés pour deux délégués CGT ; ensuite, à la suite des dernières négociations sur le PSE, mardi dernier, il semble qu’un certain nombre de non grévistes ou d’ex-grévistes aient pris conscience que les syndicats qui ne sont pas dans la grève, dont le SIA, étaient prêts à signer... alors que leurs propres revendications ne figurent pas dans le projet d’accord. La déléguée du SIA a donc été fraîchement accueillie quand elle a fait le tour des non grévistes et une bonne vingtaine d’entre eux (plus trois dizaines d’intérimaires qui n’étaient plus venus ces derniers jours) ont ainsi rejoint l’AG. Dans ces conditions les chaînes, qui ne tournent plus du tout depuis deux ou trois jours, n’allaient évidemment pas repartir. Et c’est à plus de deux cents que les Citroën se sont dirigés vers l’Elysée pour y demander des nouvelles du médiateur que le gouvernement avait promis de nommer.

Nul ne s’étonnera d’apprendre que les 200 sont restés entourés de flics à des centaines de mètres de l’entrée du Palais présidentiel, seule une délégation d’une dizaine étant admise à rencontrer un conseiller. Le médiateur est bien nommé, un directeur régional du travail, mais reste... à le faire admettre par PSA. Un médiateur ne peut en effet « médiater » qu’à condition d’avoir les deux parties à la même table et discutant de la même chose.

Par ailleurs la direction continue à inciter les salariés volontaires pour un départ dans une autre usine PSA à se faire connaître et à consulter les conditions dans lesquelles ils pourraient y être accueillis. De ce côté la confiance n’est pas totale. Les mensonges de PSA sont en effet notoires, comme à propos de l’usine de Poissy où il était question à un moment d’envoyer 1000 ou 1500 salariés de Citroën alors qu’il ne peut y avoir de places que pour quelques centaines, même avec la nouvelle équipe de nuit récemment reformée. De toute façon le transfert même à titre individuel, ne pourra se faire avant fin avril. Encore de quoi faire réfléchir ceux qui jusqu’ici se sont tenus à l’écart de la grève.

Dernière nouvelle : le CE a refusé le licenciement demandé, la majorité des syndicalistes pro-patronaux n’osant faire autrement que de s’abstenir. Inutile de rappeler cependant que le CE n’a à émettre qu’un « avis ». La procédure continue donc et le dossier des deux délégués est maintenant dans les mains de l’inspecteur du travail alors que deux autres délégués comparaissent à nouveau devant le CE la semaine prochaine.

Lundi 18 février

Citroën Aulnay : des débrayages dans d’autres sites du groupe PSA

Ce lundi 18 février une trentaine de grévistes ont rejoint les rangs des non grévistes. Nous sommes en effet au 27e jour de grève. D’un autre côté, comme déjà certains l’avaient fait le jeudi précèdent, des non grévistes ont rejoint l’AG des grévistes : d’une part l’inquiétude est là chez les non grévistes devant la minceur de ce que contient le PSE proposé par la direction, en particulier pour ceux à qui elle a promis une mutation dans une autre usine du groupe (5.000 € net alors que les frais de transport ou de déménagement, sans compter le bouleversement de la vie de toute la famille, seraient de taille) ; de l’autre la coupure entre grévistes et non grévistes s’atténue sans doute devant l’intransigeance de la direction (et grâce à l’attitude de grévistes qui tentent de renouer le dialogue).

En tout cas la direction n’a pas relancé la production. Et plus d’une centaine de grévistes ont organisé une collecte au péage de Senlis où ils ont récolté plus de 5 000 €. Un résultat apprécié par ceux qui voient approcher la perspective d’avoir leur prochain salaire réduit à zéro, et surtout peut-être la démonstration que la grève est populaire, malgré la campagne de dénigrement de PSA et du gouvernement.

Sur les six menacés de licenciement, 2 ont été effectivement licenciés, le dossier des 4 autres, bénéficiant de la protection due aux délégués, après l’avis défavorable du CE, est maintenant dans les mains de l’inspection du travail. Le tout va être soumis en référé au tribunal de Versailles. Mais cela n’empêche pas la direction de continuer à tenter de distribuer des sanctions : on en est à 6 autres travailleurs convoqués à l’entretien préalable et menacés, sinon de licenciement, du moins de jours de mise à pied. Sans doute en vue d’utiliser ces sanctions pour les négocier contre la fin de la grève lors de l’entrevue qu’elle a demain avec les syndicats en présence du médiateur nommé par le gouvernement. Piège classique, pour amener l’abandon des revendications, mais que les grévistes n’ont pas l’intention d’accepter.

De bonnes nouvelles quand même : grève à l’emboutissage de Poissy par des salariés refusant leur... mutation dans un autre atelier, le leur n’ayant plus assez de travail (rappelons que c’est à Poissy que PSA propose à des centaines de Citroën d’être mutés ; on comprend l’inquiétude des non grévistes... sur la solidité des promesses qui leur sont faites) ; grève aussi au stockage de Lear, sous-traitant qui fournit les sièges à PSA Poissy, où depuis samedi les voitures fabriquées... sortent sans siège ; et enfin débrayages du ferrage à Sevelnord , l’usine PSA qui il y a un an s’est vu imposer un accord compétitivité-emploi. C’est contre celui-ci que se produisent ces premiers débrayages. Les grévistes Citroën Aulnay sont peut-être moins seuls et une convergence des luttes moins loin qu’il n’y paraît.

Mardi 19 février

Citroën : Dans l’attente plus ou moins sceptique de la médiation

Rien de très notable ce mardi 19 janvier à PSA Aulnay. Les chaînes n’ont pas tourné plus qu’hier bien que, tous calculs faits, sans doute une quarantaine de travailleurs aient abandonné la grève depuis le début de la semaine. Il est vrai que la plupart d’entre eux ont signifié clairement aux chefs, un tantinet goguenards ou arrogants, qui les notaient désormais non grévistes, que s’ils ne sentaient pas capables de continuer, en particulier pour des raisons financières, ils étaient toujours du côté des copains qui poursuivaient ; pas trop de risques donc qu’ils jouent dans le camp de la direction. Celle-ci va ainsi avoir du mal à relancer la production tant qu’un noyau dur des grévistes tient le coup (au moins entre 250 et 300 aujourd’hui). Elle ne l’a d’ailleurs pas tenté ce mardi.

Les grévistes ont donc consacré leur journée à continuer collectes et visites des municipalités qui promettent ou pas leur soutien, pas toujours facile à obtenir franchement, même des élus de gauche : ainsi si le conseil général de la Seine-Saint-Denis a bien promis un versement de 10.000 € à « l’association de soutien aux salariés automobiles du 93 » son président a cru bon de préciser que ce soutien doit « valoir pour chacun des salariés concernés, sans distinction fondée sur leur participation ou non au mouvement ». Plus faux-cul, tu meurs !!!

En fait tous sont dans l’attente des réunions tripartites médiateurs-direction-syndicats dont la première à eu lieu à la préfecture de Bobigny aujourd’hui. Sans grands résultats semble-t-il. C’était, il est vrai, une prise de contacts. Le scepticisme de beaucoup de grévistes va au-delà.... même si sans doute aussi, il reste quelques espoirs que la situation puisse être débloquée, puisque Peugeot (en l’occurrence aujourd’hui représenté par Denis Martin, bras droit de Varin) a accepté de se rasseoir à une table de négociations.

Mais pour beaucoup aussi l’espoir repose plutôt du côté d’autres sites du groupes (Poissy, Sevelnord) où des débrayages ont eu lieu à la fin de la semaine dernière et au début de celle-ci. En particulier chez le sous-traitant Lear qui fabrique les sièges de voiture : les salariés Lear du site stockage destiné à PSA Poissy, chefs compris là, sont en grève contre les licenciements et réclament une prime extra-légale de 75 000 €. Pas sans effet sur PSA qui stocke déjà 3 000 voitures sans siège, et pour ne pas augmenter ce nombre, a du faire venir 120 sièges de... Slovaquie en attendant d’essayer de s’approvisionner... en Bretagne.

Mercredi 20 février

PSA Aulnay : rencontres et convergences avec Lear Cergy-Pontoise en grève

Ce mercredi 220 grévistes de Citroën ont rendu une visite surprise à ceux de l’usine Lear de Cergy-Pontoise. Là, 90 % des 400 salariés sont en grève depuis la fin de la semaine dernière. Lear fournit des sièges pour PSA, en particulier pour l’usine de Poissy où s’entassent déjà 4 000 voitures sorties sans siège, malgré l’appel de PSA à des fournisseurs de Bretagne et... Slovaquie.

La grève à Lear, usine menacée d’un Plan de Sauvegarde de l’Emploi (PSE), est partie des ETAM qui refusent les propositions de la direction, mais a gagné l’ensemble des ouvriers. Un meeting commun tenu sur le site de Lear a esquissé non seulement la convergence des deux luttes mais aussi des revendications.

Les Citroën sont ensuite allés distribuer un tract à PSA Poissy, où une centaine de salariés du montage sont également en grève pour protester contre la « proposition » de la direction de geler les salaires pour 3 ans. Pour protester contre ce gel des salaires une AG d’une soixantaine de salariés a eu lieu également à l’usine Citroën de Saint-Ouen.

Pendant ce temps les négociations tripartites, direction-syndicats-médiateur nommé par l’Etat, ont continué. Pour l’instant, médiateur ou pas, PSA campe sur ses propositions initiales : fermeture du site d’Aulnay qui serait cédé à d’autres entreprises, en particulier logistiques, ce que la direction appelle la « réindustrialisation ».

Bien que le gros des grévistes d’Aulnay n’aient pas été dans l’usine la majeure partie de la journée, une dizaine de voitures seulement ont été produites. Si la production continue à être stoppée à Aulnay, ce n’est donc pas à cause de l’obstruction physiques des grévistes, comme le prétend la direction.

Jeudi 21 février

Citroën Aulnay : dans l’attente des négociations à Citroën et aussi à Lear

Après l’envahissement hier de l’usine de Lear de Saint-0uen l’Aumône près de Cergy-Pontoise en grève à 90 %, chefs et encadrement compris, ce jeudi 21 février a été calme à Citroën Aulnay.

Sans doute dans l’attente de ce qui pouvait sortir de la négociation syndicats-direction qui a repris cette semaine sous l’égide d’un médiateur nommé par le gouvernement. Après 3 jours ces nouvelles discussions n’ont d’ailleurs rien donné, la direction exigeant maintenant la présence des syndicats non grévistes pour aborder autre chose que les sanctions et la « réindustrialisation » du site... sans donner la moindre assurance évidemment que cette autre chose pourrait être la remise en cause du PSE finalisé, mais pas encore signé, avec ces syndicats non grévistes.

En attente aussi des nouvelles de Lear ou de PSA Poissy (la première fournissant les sièges des voitures construites par la seconde où 3 ou 4 000 d’entre elles attendent donc d’être complétées). Ces deux usines ont eu la visite des grévistes d’Aulnay dans la journée d’hier. Dans la première, suite à cette visite, la direction a rouvert les négociations. Ce matin la production y avait repris... sans trop de vigueur semble-t-il.

La visite des Citroën a donc payé, au moins fait bouger la direction sur la réouverture des négociations... satisfaction donc de voir l’efficacité de leur action, et un peu d’inquiétude à l’idée de voir une grève alliée s’arrêter alors que celle d’Aulnay continuerait.

Journée donc consacrée essentiellement aux collectes (rappelons que la grève a commencé il y a 30 jours exactement, la situation financière de certains devient de plus en plus difficile) ainsi qu’à une visite au fret d’Air France, en grève sur l’aéroport de Roissy. La production était toujours complètement arrêtée. On peut donc imaginer que c’est lundi, en fonction du nombre des grévistes, des perspectives de nouveaux soutiens trouvés dans et surtout hors de l’usine et du moral de tous, que pourrait avoir lieu la prochaine épreuve de force autour du redémarrage ou non de cette production.

À suivre… tous les jours sur le site du Collectif contre les patrons voyous et licencieurs

Tract du comité de grève soutenu par la CGT, la CFDT et SUD. Les ouvriers en grève de PSA Aulnay s’adressent à vous.

Aulnay, le 05 février 2013

Nous, ouvriers de PSA Aulnay, sommes en grève reconductible depuis le 16 janvier 2013. Nous refusons de grossir les rangs de Pôle emploi, car c’est l’avenir que nous prépare la famille Peugeot.

Comme vous le savez, le plan de PSA, c’est non seulement la fermeture de l’usine d’Aulnay, mais aussi plus de 10 000 salariés jetés sur le carreau. A quelques jours de la fin de pseudo négociations, on en est toujours au même point : aucune garantie sérieuse quant à l’avenir des salariés menacés de licenciement ! Voilà pourquoi, après maintenant deux ans de lutte, marquées par des journées de grève et de manifestation, nous avons décidé la grève reconductible.

Depuis le début du mouvement, PSA fait tout pour nous démolir : calomnies répandues dans la presse, armée de vigiles et de cadres qui quadrillent l’usine. Et maintenant des sanctions :

6 militants, qui sont en première ligne dans la lutte contre la fermeture de leur usine, sont convoqués par la sureté territoriale. Parmi eux, 4 sont en mise à pied conservatoire en vue d’un licenciement.

Notre grève intervient dans un contexte d’attaques tous azimuts contre le monde du travail. Licenciements massifs, mais aussi accords destinés à baisser les salaires et rendre les salariés encore plus flexibles. L’accord sur la « sécurisation de l’emploi », que le gouvernement s’apprête à entériner tel quel, est en réalité une régression sociale colossale !

Sous prétexte de « moderniser » le marché du travail et la fonction publique, c’est tout le monde du travail qui est menacé de précarité !

Si notre grève suscite l’hostilité du grand patronat et du gouvernement, en revanche elle recueille la sympathie de nombreux salariés. Des rencontres ont eu lieu avec des travailleurs d’autres entreprises, notamment ceux de Renault, où Ghosn espère mettre en place un accord de « compétitivité » qui ne vise qu’à maintenir les profits aux dépens des salariés. Beaucoup citent notre grève en exemple et l’idée d’une riposte commune fait son chemin !

Salariés, notre grève peut devenir la vôtre et mettre un coup d’arrêt à l’offensive conjointe du patronat et du gouvernement. Popularisez-la, aidez-la financièrement, défendez l’idée que c’est tous ensemble qu’il faut lutter.