Ce n’était qu’un début... Egypte, Révolution acte II : un espoir pour les peuples

Jacques Chastaing, Olga Rodríguez, Santiago Alba Rico 3 juillet 2013

Ce dimanche 30 juin, il y aurait eu entre 14 et 33 millions de manifestants pour exiger la chute de Morsi. Bien plus que lors des 18 jours cumulés de la révolution de janvier 2011. Probablement la plus grande manifestation de l’histoire de l’humanité ! Ses principaux organisateurs ont donné un ultimatum à Morsi le mardi 2 juillet à 17h pour « dégager », faute de quoi ils appelleraient à une grève générale illimitée et un mouvement de désobéissance civile jusqu’à ce qu’il tombe. La veille, l’armée lançait à son tour un ultimatum de 48h à Morsi pour satisfaire les demandes du peuple, sinon elle prendrait le pouvoir. Aussi nombreux que la veille, le peuple a à nouveau envahi les rues pour dire sa joie et fêter « l’appui » de l’armée.

De son côté, Morsi, dénonçant la menace de coup d’État de l’armée, a répondu qu’il ne partirait pas, ayant la légitimité électorale. Les Frères Musulmans et la majeure partie de leurs alliés islamistes ont appelé les Égyptiens à défendre dans la rue le pouvoir élu.

Manifestations de fête

Les manifestations du 30 juin et du 1er juillet ont surtout été marquées par leur aspect festif. Il y a eu très peu de violences. Une vingtaine de morts et des centaines de blessés, ce n’est pas rien, mais c’est peu par rapport au nombre de gens dans la rue. Et surtout ces violences ont été du seul fait de contre-manifestants islamistes.

Les gens, venus par familles entières à leur première manifestation, étaient tout simplement heureux de se voir si nombreux, chantaient, dansaient, riaient, lançaient des feux d’artifice, voyant dans leur nombre, puis l’ultimatum de l’armée, la fin du régime de Morsi.

Le slogan principal, crié par ces millions à l’attention de Morsi, était direct : « Dégage ! » Mais aussi « Nous voulons des femmes à tous les postes du gouvernement », « Musulmans et chrétiens ensemble sont la révolution »...

Manifestations de colère

Colère sociale d’abord : le dimanche étant travaillé en Égypte, les usines, bureaux et magasins étaient fermés. Pas plus de 10% de présence dans la plus grande usine d’Égypte à Mahalla. Les manifestants étaient d’abord là parce qu’ils n’en peuvent plus du chômage, du manque d’argent, des coupures d’eau et d’électricité, de la pénurie d’essence... Les manifestations ont cristallisé les milliers de protestations à caractère économique et social qui, depuis le début de l’année, ont atteint un record mondial.

Politique ensuite : beaucoup dénonçaient le soutien d’Obama aux Frères Musulmans : « Réveille-toi Amérique, Obama soutient un régime fasciste en Égypte. » Ce qui vaut pour tous les régimes occidentaux...

C’était également un avertissement lancé aux dictatures islamistes arabes et simplement à toutes les dictatures. « Qu’ils regardent et qu’ils tremblent » criaient les manifestants.

Manifestations de défiance

Le 30 juin impose une démocratie directe qui démet de ses fonctions les dirigeants qui ne tiennent pas leurs promesses. La démocratie de la rue est plus forte que la démocratie des bulletins de vote.

Bien sûr, la grande majorité a applaudi les militaires, en particulier après leur ultimatum. Mais bien d’autres criaient « Ni Frères ni armées ». Ils applaudissent le soutien de l’armée mais ne veulent pas de son règne. La révolution a jugé qu’elle ne pouvait à la fois affronter les Frères Musulmans et l’armée, et a préféré utiliser leurs divisions.

Mais si l’armée prenait le pouvoir sans respecter la volonté populaire, elle pourrait bien perdre ses soldats, en trouvant devant elle, non seulement de très nombreux militants qui ont fait l’expérience de sa violence, mais aussi des centaines de milliers de personnes qui criaient le 1er juillet « Nous ne sommes plus des moutons ».

Et maintenant ?

L’ultimatum populaire finit le 2 juillet à 17h, celui de l’armée un peu plus tard. En lâchant Morsi, l’armée veut réitérer son coup de 2011, lorsqu’elle avait largué Moubarak pour empêcher le peuple de le « dégager » au travers d’un soulèvement qui pourrait déboucher sur bien plus.

Mais la situation n’est plus la même. La résistance des Frères Musulmans pourrait avoir des effets imprévus. Dans plusieurs villes, les manifestants ont anticipé la désobéissance civile générale en assiégeant les sièges des gouvernorats. Alors, soit l’armée intervient pour éviter le « chaos », soit le peuple lui-même chasse les Frères Musulmans, et pas seulement Morsi, de tous les postes qu’ils occupent. Ou, un peu des deux comme cela s’est passé à différents endroits.

Quoi qu’il en soit, ce deuxième soulèvement marquera une forte étape dans la conscience politique des Égyptiens. Et dans le monde. Son message d’une révolution qui continue et s’approfondit sera plus entendu sur le globe qu’il y a deux ans, à l’heure où, du Brésil à la Turquie, de la Grèce au Bangladesh, les peuples ont commencé à se soulever. La révolution ne fait que commencer.

Jacques Chastaing
Source : http://npa2009.org/node/37986

"Déjà coup" en Egypte

Olga Rodríguez

Pour ceux qui pensent que ses résultats expliquent la nature d’une rébellion, il est nécessaire de rappeler que les révoltes égyptiennes de 2011 ont eu lieu malgré les Frères Musulmans et qu’elles ne revendiquaient nullement des cheiks, ni des burkas, ni des gouvernements islamistes, mais bien la chute du régime de Moubarak et « le pain, la liberté et la justice sociale ».

Elles ont éclaté dans un contexte marqué par la répression et l’absence de libertés, mais aussi par l’augmentation du fossé entre les riches et les pauvres, par la montée des prix de produits de base et par des politiques néolibérales qui sabraient dans les salaires, les emplois et les services publics.

Les Frères Musulmans n’ont pas impulsé ces révoltes mais ils en ont tiré bénéfice lors les élections législatives et présidentielles.

Face à des mouvements politiques complètement nouveaux qui n’avaient jusque là jamais pu agir au grand jour, étant pour la plupart clandestins, l’organisation religieuse avait derrière elle des décennies d’existence et une structure solide. Face à de nouveaux partis aux faibles ressources financières et sans structures, dont le nom même était encore inconnu, les Frères avaient tout pour gagner.

Mais, en outre, les élections de 2011 se sont déroulées dans un climat de répression absolue et d’impunité. Nous avons été nombreux à être les témoins des attaques violentes (voir la vidéo) des forces de sécurité contre les manifestants à peine quelques jours avant le vote. Des dizaines de personnes sont mortes au cours de ces protestations.

Les mêmes militaires qui avaient attaqué les manifestants étaient quelques plus tard dans les bureaux de vote afin de superviser le processus électoral. Il y a eu des irrégularités, des cas de fraude et des changements de dernière heure dans les numéros assignés à chaque candidat, ce qui a provoqué la confusion dans un pays ayant un pourcentage élevé d’analphabétisme.

Situation aggravée

Aux présidentielles, Morsi n’avait obtenu que 11% des votes au premier tour et a finalement gagné au second avec 51% et un taux élevé d’abstention.

Un an après le début du mandat présidentiel de Mohammed Morsi, sa popularité a notablement chuté. Comme je l’avais indiqué dans un article à la fin de 2011, les politiques de charité des Frères pouvaient soulager mais non résoudre la pauvreté, les inégalités et le chômage que subissent un pourcentage très élevé de la population, dans un pays où 40% des gens vivent avec moins de deux dollars par jour.

Jusqu’à l’année dernière, les Frères Musulmans n’avaient jamais été dans le gouvernement. Leurs promesses, leur rhétorique, leurs discours contre le régime précédent ont été mis en sourdine au cours de cette première année au pouvoir au cours de laquelle aucun des problèmes existants n’a été résolu. La situation s’est même détériorée ; il y a plus de coupures quotidiennes d’électricité, même au Caire, l’approvisionnement en combustible est devenu plus difficile et la situation économique s’est aggravée.

Au cours des derniers mois s’est créé un climat très conservateur qui affecte la liberté individuelle et sociale de la population - surtout des femmes – et une vaste campagne de persécution judiciaire à été lancée contre les journalistes qui critiquent le gouvernement des Frères.

C’est dans ce contexte qu’a surgi le mouvement « Tamarod » (rébellion), qui affirme avoir rassemblé plus de 22 millions de signatures pour demander la démission du président Mohammed Morsi et qui a coordonné les protestations de ces derniers jours, au travers du Front du 30 juin récemment fondé dans l’intention de « proposer une feuille de route pour la période de transition après le départ de Morsi ».

Le climat de confrontation, palpable jusqu’à maintenant dans l’atmosphère, a atteint les rues et la crainte existe qu’il s’y enkyste. Des partisans des Frères ont annoncé la création d’unités civiles afin de protéger les édifices institutionnels contre les manifestants.

Entre dimanche et lundi, 16 personnes sont mortes et des centaines d’autres ont été blessées. Des armes à feu ont été utilisées à partir des locaux des Frères Musulmans dans le quartier Mokatam du Caire contre les manifestants rassemblés au dehors et qui utilisaient des cocktails molotov. Les bureaux ont été incendiés et il y a eu au moins 8 morts, dont plusieurs par balles.

Selon le ministre de l’Intérieur égyptien, il y a eu dimanche dernier dans la rue entre 14 et 17 millions de personnes pour exiger la démission du président (l’Egypte compte 85 millions d’habitants). Ce furent des manifestations réellement massives et historiques qui représentent un énorme camouflet pour l’organisation islamique égyptienne. Ce lundi, les protestations se sont poursuivies dans divers points du pays.

Des secteurs très variés participent à ces manifestations et, dans bien des cas, ceux-ci ne partagent rien d’autre que leur opposition au gouvernement actuel. Il s’y mélange des mouvements sociaux révolutionnaires et des groupes de gauche avec des libéraux, des partisans de l’armée ou des « féloul », terme qui désigne les sympathisant du régime antérieur.

L’armée entre en scène

Comme il fallait s’y attendre, l’armée est apparue sur la scène en donnant un ultimatum aux forces politiques afin qu’elles agissent pour « répondre aux demandes du peuple ». Certains mouvements qui ont impulsé les révoltes de 2011 sont très critiques vis-à-vis des forces armées égyptiennes, qui continuent à recevoir des Etats-Unis une aide annuelle de 1,3 milliard de dollars et qui sont le grand allié de Washington dans le pays.

Dans une tentative de séquestrer la révolution égyptienne, ce sont les généraux qui ont pris le pouvoir après la chute de Moubarak et jusqu’aux élections qui ont donné la victoire à Morsi. Sous le mandat de celui-ci, il y a eu plusieurs mois de répression impunie, avec des attaques systématiques contre les manifestants.

L’un des épisodes les plus tragiques a été celui d’octobre 2011 lorsque les militaires ont attaqué une protestation composée de chrétiens. Plus de 20 personnes ont été tuées.

Parmi les groupes révolutionnaires existe la crainte que, si la situation se complique, ce soient les militaires qui en tirent profit. « Il ne faudra pas beaucoup de temps avant de voir l’effondrement des Frères Musulmans, j’en suis certain. Mais c’est ce qui viendra après qui constitue ma principale préoccupation », a déclaré l’activiste Hossam El Hamalawy, par rapport au rôle que peuvent jouer les militaires.

« Un secteur important de la population égyptienne souffre d’un clair syndrome de Stockholm dans sa relation avec l’armée », alertait hier sur son compte Twitter le politologue Adel Abdel Ghafar. « Le communiqué du Conseil Supérieur militaire est risible. Ils disent qu’ils ne feront pas partie du processus politique mais ils annoncent en même temps que, sous 48 heures, ils dévoileront une feuille de route et la superviseront », soulignait cette nuit sur les réseaux sociaux la journaliste Nadia El-Awady.

C’est un « Déjà coup », écrivait une autre internaute égyptienne en faisant un jeu de mots avec les expressions « déjà vu » et « coup d’Etat ».

Dans un accord conclu dans les coulisses l’année dernière, les généraux avaient accepté Morsi comme président en échange du maintien de leurs énormes privilèges et de leur pouvoir occulte. Il ne fait aucun doute maintenant que les forces armées sont à nouveau disposées à intervenir pour reconduire la direction politique du pays. C’est pour cela que plusieurs mouvements de gauche ont exprimé ces dernières heures leur crainte que se produise un « coup d’Etat en douceur ».

Et, comme le rappelait hier l’activiste féministe égyptienne Mariam Kirollos, le mouvement anti-Morsi, vaste et hétérogène, n’est pas forcément synonyme de révolution.

Source : http://www.eldiario.es/zonacritica/Deja-coup-Egipto_6_149145094.html
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Fin « prématurée » des Frères Musulmans ?

Santiago Alba Rico

Les choses se précipitent. Il y a à peine un an, un modèle semblait s’imposer de manière irrésistible dans le nouveau monde arabe en gestation à partir des intifada populaires ; celui qui amenait au pouvoir, par voie électorale, les islamistes « modérés » issus de la constellation des Frères Musulmans.

Ce fut le cas en Tunisie, avec Ennahda et en Egypte avec Justice et Liberté ; en Libye, ils n’ont pas gagné les élections mais constituent sans nul doute la force politique la plus structurée et influente ; en Syrie, ils dominent également l’opposition en exil. Ce modèle est soutenu par le Qatar, un pays-nain adossé à d’énormes ressources financières, et surtout par la Turquie, pays gouverné par le parti islamiste AKP auquel que le « printemps arabe » a offert l’opportunité de rétablir son influence régionale historique, dans un tournant politique que de nombreux analystes appellent « néo-ottoman ».

Limites d’un modèle

L’imparable ascension des Frères Musulmans – dans un certain sens, la normalisation d’un rapport de forces auparavant réprimé ou clandestin – explique également, par exemple, le changement de position de l’organisation palestinienne Hamas face au régime de Bachar Al Assad, dont elle était encore l’alliée il y a un peu plus d’un an.

Mais ce modèle, qui promettait de démocratiser et de stabiliser la région sans ruptures économiques - et qui comptait pour cette raison sur le soutien des puissances occidentales -, a très vite révélé ses limites sous la triple pression de la crise économique globale, des conflits géostratégiques et de la mobilisation populaire.

Naturellement, on ne peut pas inscrire le mouvement de protestation de ce dernier mois en Turquie dans « l’onde longue » du dit « Printemps arabe ». Car s’il est exact que l’un comme l’autre – tout comme le Mouvement du 15-M, Occupy Wall Street ou la mobilisation au Brésil aujourd’hui – surgissent de la même « faille tectonique » du capitalisme, il y a entre les intifadas arabes et turque – disons-le ainsi – quinze année de différence.

Mais, au-delà des spécificités, ce qui ne fait aucun doute c’est la répercussion de cette révolte turque sur le monde arabe, dans le sens où elle érode gravement le prestige du « modèle de transition démocratique » d’Erdogan et de l’AKP, qui semblait concilier « proprement » la démocratie, la tradition et la croissance économique.

Le modèle turc ou, ce qui est la même chose, le modèle des Frères Musulmans, se décompose très rapidement, comme le démontre également l’abdication de l’émir du Qatar Hamad Al-Thani en faveur de son fils, Tamim. En Tunisie, les derniers sondages révèlent l’usure d’Ennahda, qui aurait perdu autour de 10% par rapport aux élections d’octobre 2011. Et en Egypte, une mobilisation sans précédent, plus massive encore que celle qui a renversé Moubarak, a envoyé ces jours-ci le gouvernement de Morsi dans les cordes.

Trop rapide ?

Pour ceux comme nous qui, à gauche, avions annoncé et souhaité cette évolution, ces nouvelles nous réjouissent. Mais il est également difficile en même temps de ne pas se poser la question : n’est-ce pas prématuré ? Beaucoup trop rapide ?

En Tunisie, où la mobilisation sociale a reculé mais où la polarisation politique augmente, l’alternative à Ennahda n’est malheureusement pas le Front Populaire, la coalition de gauche, mais bien Nidé Tunis, le parti des nostalgiques du bourguibisme et des « féloul » du RCD (les partisans du parti de Ben Ali), auxquels s’ajoutent des forces laïques islamophobes qui ont, par exemple, voté contre la Loi de Protection de la Révolution, qui empêche les ministres et dirigeants de la dictature d’occuper à nouveau des charges publiques pendant 7 ans.

Plus à droite encore, également dans l’opposition, nous avons les salafistes, chaque fois mieux organisés dans les quartiers populaires où ils gagnent du soutien précisément parmi les jeunes qui font fait la révolution. Au contraire de l’Egypte, l’armée tunisienne n’est pas une institution « politique », mais de nombreux analystes ont été alarmé par le récent discours d’adieu mi-solennel, mi-menaçant, du Chef d’Etat-Major Rachid Ammar, qui c’était rendu célèbre et apprécié pour son refus de tirer sur le peuple pendant la révolution.

En Egypte, les mobilisations sont sans commune mesure, émouvantes, pleines d’espérance, mais aussi inquiétantes. Fruits du mécontentement croissant d’une population qui voit tous ses espoirs démocratiques et sociaux trahis, elles rassemblent toute l’opposition : des infatigables jeunes révolutionnaires et électeurs désabusés des partis de gauche jusqu’aux nostalgiques de l’ancienne dictature. Leur légitimité repose sur leur massivité, leur ampleur, leur transversalité, mais elles n’ouvrent, semblent-il, que peu d’issues possibles.

Mais à l’inverse de la Tunisie, l’armée égyptienne est un pilier politique et économique de l’Etat et sa tradition est anti-démocratique et pro-Etats-Unis. Et il y a une grande différence entre une armée dont les soldats refusent de tirer sur le peuple et s’unissent à un mouvement révolutionnaire et une coupole militaire qui donne un ultimatum à un gouvernement légitimement élu dans des élections démocratiques. On appelle cela un coup d’Etat et le communiqué émis hier par les chefs de l’Etat-Major de l’armée – dans lequel ceux-ci accordent à Morsi un délai de deux jours pour satisfaire les « demandes du peuple » - est en réalité une menace de coup d’Etat militaire qui – comme l’indiquent les déclarations d’Obama – compte sur le soutien des Etats-Unis. Ces derniers ne souhaitent pas encore cela maintenant et il s’agit surtout, très probablement, d’une stratégie destinée à faire pression sur les deux camps. Mais cela, ainsi que le cri de jubilation de la Place Tahrir à l’annonce de la déclaration de l’armée, ne laissent par d’inquiéter. Tout comme le communiqué immédiat de Tamarod (Rébellion), le mouvement qui a appelé aux manifestations, et qui salue avec enthousiasme l’intromission de l’armée.

Périls

Cet effondrement « prématuré » et « trop rapide » du modèle des Frères Musulmans pourrait risquer de faire retourner en arrière le monde arabe vers un état « pré-printemps », avec un affrontement entre les autoritarismes laïcs et les islamismes radicalisés. Un affrontement dont la gauche – ainsi que les peuples – seraient une fois de plus la victime. Bachar Al Assad doit se frotter les mains de satisfaction, car tel a été, depuis le début, sa stratégie : immobiliser ou inverser le temps des peuples en faveur du temps des géostratégies et des dilemmes sectaires (le « général moindre mal », aurait dit Bernanos).

Il y a peu de spectacles plus répugnants – mis à part les discours hypocrites et rhétoriques des pays occidentaux et du Golfe qui prétendent soutenir la révolution syrienne – que le soutien de la dictature d’Al Assad aux révolutionnaires de Tahrir. Tandis que nos frères et soeurs en Syrie, les mêmes qui seraient à Taksim ou à la Puerta del Sol, continuent à lutter en même temps contre Al Assad et contre Al Nusra [1] (les manifestations contre celle-ci dans les zones libérées sont systématiquement occultées par nos médias), cette « solidarité » de l’assassin des démocrates syriens vis-à-vis des démocrates égyptiens (dont certains se laissent tenter par l’armée) donne toute la mesure de la complexité de la situation et des nombreux périls qui menacent les mouvements populaires.

Source : http://www.cuartopoder.es/tribuna/fin-prematuro-de-los-hermanos-musulmanes/4786
Traduction française et intertitres pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Notes du traducteur :
[1] Al Nusra est la milice salafiste-djihadiste dont l’influence grandit au sein de la résistance anti-Al Assad