Caterpillar, ArcelorMittal, Ford Genk… : ça suffit !

Ataulfo Riera 28 février 2013

Le jour même où les représentants de la FGTB se rassoient sagement à la table de négociation avec le patronat après la promenade du 21 février dernier, la direction de Caterpillar annonce brutalement la suppression de plus de 1.500 emplois sur le site de Gosselies.

On ne saurait imaginer une « coïncidence » et un symbole plus frappants. Symbole, d’abord, de l’arrogance patronale, de l’impunité avec laquelle une multinationale qui a réalisé plus de 4 milliards de bénéfices en 2012 se débarrasse des travailleurs comme des citrons que l’on jette après avoir été pressés jusqu’aux pépins. Symbole, ensuite, de la voie sans issue dans laquelle les organisations syndicales se sont embourbées en s’accrochant envers et contre tout à la « concertation sociale » avec les prétendus « partenaires sociaux ».

Nécessité fait loi

En même temps, la FGTB annonce qu’elle proposera un plan d’action. Enfin ! Mais son communiqué précise que « Même si elle reste à la table des négociations, la FGTB proposera, dans le courant du mois de mars, un plan d’actions sur le court, moyen et long terme, qui pourra être activé si nécessaire. ». On croît rêver.

En quelque sorte, le sommet du syndicat socialiste place son plan d’action bien au chaud derrière une vitre en collant une étiquette dessus : « En cas de nécessité, brisez la glace ». Mais la « nécessité » est là et bien là. Elle est évidente depuis des années. Et avec la réforme du chômage, les budgets d’austérité, les bidouillages de l’index, le gel des salaires, Ford Genk, Arcelor Mittal… elle saute aux yeux tant la situation s’aggrave rapidement depuis plusieurs mois pour la majorité de la population. Le cas de Caterpillar vient encore le rappeler avec force aujourd’hui. Seuls des sourds, des aveugles ou les pires néolibéraux peuvent l’ignorer.

Que faut-il de plus pour que la direction de la FGTB (sans oublier la CSC) ressente enfin la « nécessité » de rompre la concertation sociale avec le patronat et de mettre en oeuvre sans plus attendre un plan d’action digne de ce nom ?

Avec la crise de 2008, les capitalistes ont lancé une offensive de grande ampleur contre la classe ouvrière. Leur mot d’ordre est « pas de quartier ». La « paix sociale » (si tant est qu’elle a jamais existé…), est brisée depuis belle lurette par la seule volonté du patronat. Il s’agit bel et bien d’une guerre de classe totale et seuls les bonzes syndicaux semblent ne pas s’en apercevoir. Or, une guerre totale implique une mobilisation totale et, dans une guerre, on attend généralement la fin des hostilités pour entamer des négociations sur base du rapport de force créé sur le terrain, au travers de la confrontation ouverte entre les adversaires.

Faire unifier et converger les luttes par en bas

Puisque les directions syndicales sont incapables de prendre leur responsabilité minimale (la défense intransigeante des intérêts des travailleurs et des allocataires sociaux), il revient à la base de la FGTB et de la CSC de prendre l’initiative et de commencer à appliquer d’elle-même son propre plan d’action, élaboré, discuté et appliqué d’en bas.

Les travailleurs ne peuvent compter que sur leur propre force et cette force ils la tirent de leur nombre et de leur place dans la production. Elle ne peut donc exprimer tout son potentiel que dans leur unité et leur capacité à s’organiser. Face à une multinationale, les travailleurs de Caterpillar ne pourront compter que sur la solidarité de leurs collègues d’autres entreprises, en Belgique et ailleurs dans le monde.

A l’image de ce qui se fait en France aujourd’hui avec les salariés de Goodyear, de PSA Citroën Aulnay, etc., cette reprise en main de l’outil syndical par la base pourrait commencer par des initiatives favorisant la convergence et la coordination des entreprises en lutte, entre les travailleurs et les délégués de Ford Genk, d’ArcelorMittal et de Caterpillar. Par des rencontres directes et horizontales entre les travailleurs et les militants syndicaux afin de partager leurs expériences, de tracer ensemble des perspectives et d’organiser des mobilisations communes. Paralysées comme ils sont par des structures et des frontières syndicales (ou communautaires) rigides, mais surtout par la peur de perdre le contrôle des affiliés, on ne peut attendre ce type d’initiative des sommets syndicaux. Elles doivent donc partir d’en bas et s’adresser à ceux d’en bas.

L’organisation d’une « Marche nationale contre les licenciements et le chômage » rassemblant toutes les entreprises en lutte et les secteurs concernés pourrait servir de catalyseur dans une telle perspective. Une marche afin d’exiger l’interdiction des licenciements ; l’expropriation sans rachat et sous contrôle des travailleurs des usines qui ferment ; la fin de la « chasse aux chômeurs » ; l’annulation de la dégressivité des allocations de chômage ; sans oublier la défense de l’index et le refus du gel des salaires. De telles revendications permettraient de renforcer les salariés qui luttent aujourd’hui contre les licenciements en faisant converger autour d’eux l’ensemble des travailleurs et de la population de plus en plus durement frappée par une crise dont elle n’est pas responsable, mais qu’elle paie bel et bien depuis trop longtemps.

Une telle marche ne doit évidement pas être une nouvelle promenade, ni un événement ponctuel destiné à « relâcher la pression à la base », comme ce fut largement le cas pour la manifestation du 21 février. Elle devrait au contraire être « active », par exemple par l’organisation du « blocage » physique du sommet de l’UE du 14 mars. Elle devrait surtout servir d’entrée en fanfare, de point de départ pour un plan d’action offensif de grèves et de mobilisations touchant tous les secteurs, privés et publics. Seul un tel plan d’action peut approfondir et élargir sans cesse l’unification et la convergence de toutes les « marées », selon le terme employé dans l’Etat espagnol.

Il n’est pas encore trop tard pour transformer en auto-organisation et en mobilisations déterminées et soutenues les sentiments de colère et de révolte que ressentent de plus en plus de travailleurs face au système et aux pouvoirs en place. Mais il est moins une avant que la démoralisation et la peur ne prennent le pas, faute de perspective et à force de subir les coups sans riposte énergique.