Brésil : La révolte populaire est légitime !

PSOL, Sean Purdy 18 juin 2013

Depuis une semaine, le Brésil est secoué par un mouvement social d’« indignés » qui ne cesse de s’élargir contre la hausse des tarifs des transports publics décidée dans plus d’une vingtaine de villes du pays. Mais, comme avec le Parc Gezi en Turquie, ce n’est que la pointe de l’iceberg et le détonateur d’un malaise et d’un mécontentement social beaucoup plus profond. Et comme en Turquie ou ailleurs, la répression policière brutale n’a fait que stimuler le mouvement au lieu de l’intimider. Initiées par un mouvement appelé « Movimento Pase Livre » (une organisation étudiante qui revendique la gratuité du transport public), les manifestations jouissent d’un large soutien dans l’opinion et le mouvement prend de plus en plus un caractère de masse, avec des manifestations d’une ampleur jamais vue au Brésil depuis 15 ans. Ainsi, ce lundi, 100.000 personnes ont manifesté à Río de Janeiro, 65.000 à Sao Paulo, et plusieurs dizaines de milliers d’autres à Brasilia, Belo Horizonte, Porto Alegre, Salvador, Belén, Vitoria et Curitiba, entre autres grandes capitales régionales. A Brasilia, les protestations se concentrent surtout contre les dépenses pharaoniques de prestige engagées par les autorités pour organiser des événements sportifs internationaux. Le gouvernement dépense des milliards en stades de football alors que les secteurs publics des transports, de l’éducation et de la santé sont en difficulté. Les « indignés » brésiliens exigent donc principalement pour le moment l’amélioration des services publics et de plus grands investissement dans ces secteurs, ainsi que la lutte contre la corruption et le gaspillage des ressources publiques. Nous reproduisons ci-dessous une déclaration du PSOL, organisation anticapitaliste brésilienne issue d’une scission du PT (Parti des Travailleurs, au pouvoir) ainsi que deux témoignages du mouvement en cours. (Avanti4.be)

Le PSOL (Parti du Socialisme et de la Liberté) exprime son soutien le plus total aux mobilisations qui ont lieu dans tout le Brésil contre l’augmentation des prix des transports publics et dénonce avec force la violence policière qui tente de réprimer le droit légitime d’organisation et d’expression.

L’augmentation de l’intensité des protestations – qui touchent les villes de Porto Alegre, Natal, Maceió, Goiania, Río de Janeiro et São Paulo – a brisé le black-out médiatique des grands médias et elles sont devenues un thème central de l’actualité.

Les autorités qui « frappent et emprisonnent » ne comprennent pas que la révolte est provoquée par le ras-le-bol de passer six heures par jour dans des transports publics de mauvaise qualité et qui engloutissent un tiers du salaire ; là est la raison principale du soutien populaire aux manifestations. La contestation, qui a été initiée par les jeunes, n’est que la pointe de l’iceberg d’une grande insatisfaction collective. Répondre avec intransigeance, violence et brutalité policière c’est jeter de l’huile sur le feu.

Alckmin (gouverneur du PSDB - social-démocrate - dans l’Etat de São Paulo), Haddad (maire du Parti des Travailleurs de la ville de São Paulo), Paes (maire du PMDB - centre-droit - dans la ville de Rio de Janeiro) et Cabral (gouverneur dans l’Etat de Rio de Janeiro) doivent assumer leurs responsabilités dans cette répression répugnante et absurde ainsi que leur inaction. En outre, il ne revient pas au ministre de la justice, Cardozo, de contribuer à stimuler l’agressivité de la Police Fédérale dans la répression des mouvements.

L’augmentation de la violence provoquée par la Police Militaire, surtout lors des récentes protestations dans l’Etat de São Paulo, démontrent que la politique totalitaire des gouvernements locaux et de l’Etat fédéral ne supporte pas la critique et la contestation. Cela les pousse à criminaliser les mouvements sociaux, ce qui est inacceptable dans une société qui se dit démocratique. Nous exigeons la libération immédiate de toutes les personnes emprisonnées. En outre, condamner les activistes à payer des amendes élevées et avec des plaintes pour « conspiration » est inadmissible.

En accusant la totalité de ce mouvement large et légitime de vandalisme, les gouvernements sans scrupules et l’élite brésilienne tentent de manipuler l’opinion publique. Mais leur tentative est vouée à l’échec comme le montre clairement les résultats des sondages qui démontrent un énorme soutien populaire envers les manifestations et le rejet de la coercition et de la violence policière.

Il convient de signaler que, récemment, les coûts des transports ont été exemptés d’impôts. Il est absurde de constater que les patrons des entreprises publiques annulent cet avantage fiscal en réajustant les prix à la hausse, avec le consentement des maires et des gouverneurs. Cette collusion entre les entreprises et les gouvernants n’est pas étonnante puisque ces entreprises ont subventionné les campagnes électorales de ceux qui, aujourd’hui, leur « renvoient l’ascenseur » de cette manière.

Dans les villes gouvernées par le PSOL - Macapá et Itaocara –, il n’y a pas eu d’augmentation des tarifs des autobus, par décision politique des maires. Notre logique de gouvernement est d’être au service des travailleurs et de la jeunesse et non des patrons qui transforment le droit au transport public en un vulgaire business. Nous pensons qu’il est possible, avec un budget équilibré et la volonté politique nécessaire, d’avancer des mesures telles que la gratuité pour les étudiants et même la gratuité pour tous. La défense de ces propositions n’a donc rien d’irréaliste ou d’absurde car elle garantit le droit constitutionnel des citoyens à la mobilité.

Le PSOL défend le droit à la protestation, le droit au transport public de qualité et dénonce la violence policière. Les mouvements à Goiânia et Porto Alegre ont obtenu des victoires avec la réduction des prix du transport. Il faut poursuivre dans cette voie et arracher d’autres victoires. Et ce n’est qu’en luttant que nous pourrons vaincre.

Brasilia/ Brésil, 14 juin 2013.

Source :
http://psol50.org.br/site/noticias/2060/psol-emite-nota-em-apoio-as-manifestacoes-contra-o-aumento-de-passagens-e-repudia-repressao-da-policia
Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera

Témoignage d’une militante du Nouveau Parti Anticapitaliste français présente au Brésil

Les manifestations d’aujourd’hui au Brésil marquent une massification du mouvement et ce sont les plus importantes des 15 dernières années. Toutes les grandes villes sont touchées. Au moins 65.000 à São Paulo, 100.000 à Rio, 20.000 à Belo Horizonte, 15.000 à Porto Alegre, 10.000 à Belém... A São Paulo des cortèges ont été organisés sur plusieurs universités et lycées. 4000 de l’Université de São Paulo. Les étudiants de la fac de Médecine se préparent a secourir les manifestants en cas de repression. Les mères de plusieurs jeunes ont organisé leur propre cortège. Des manifestations de solidarité de la part d’artistes et intellectuels se multiplient. La police a été contrainte d’accepter que les manifestants définissent le parcours de la manif et le gouverneur "d’interdire" l’usage du flashball A Rio il y a des affrontements avec des voitures brulées et 80 policiers pris en otage à l’intérieur du parlement local. A Brasilia les manifestants sont montés sur le toit de l’Assemblée Nationale et un siège a été mis en place, en empechant les députés de sortir. A BH un manifestant a été poussé d’un pont de 36 mètres et il pourrait y avoir des morts (information non confirmée). Avec la Turquie, on peut dire que les pays "emergents" deviennent le maillon faible de la chaine capitaliste ! Face à la popularité du mouvement, Dilma et Lula ont été contraints de dire qu’il s’agissait de manifestations démocratiques qui faisaient progresser le pays. A suivre...

Source :
http://tendanceclaire.npa.free.fr/breve.php?id=5224

"Si les tarifs augmentent, São Paulo va s’arrêter."

Sean Purdy

São Paulo est devenue une zone de guerre la nuit du 13 Juin lorsque la police anti-émeutes a violemment attaqué une manifestation pacifique du Movimento Passe Libre (MPL - Mouvement Libre Parcours), qui proteste contre les hausses des tarifs des tickets des bus et des métros.

Malgré une répression policière massive et l’intransigeance des autorités de la ville et de l’Etat, le Movimento Passe Libre a organisé quatre grandes manifestations au cours des deux dernières semaines à São Paulo, la plus grande ville d’Amérique du Sud.

Les sondages montrent que la majorité des habitants soutiennent les manifestations. Les protestations se sont étendues à plusieurs autres villes brésiliennes qui font également face à l’augmentation des tarifs des transports en commun, et il y a des manifestations de solidarité organisées ou prévues dans plusieurs dizaines de villes en Europe et en Amérique du Nord. Des messages de solidarité ont également été envoyés par les manifestants de la place Taksim en Turquie.

Des centaines de vidéos et de témoignages, tant des manifestants que des médias, montrent que, pendant la manifestation du 13 Juin, la police a lancé des gaz lacrymogènes et tiré des balles en caoutchouc au hasard sur des manifestants pacifiques, des journalistes et des passants. Des dizaines de manifestants ont été blessés, ainsi qu’au moins huit journalistes, dont l’un a perdu un oeil après avoir été frappé par une balle en caoutchouc. Une vidéo postée sur YouTube montre l’étendue de la violence.

Le Movimento Passe Libre, qui est composé d’étudiants des universités et des hautes écoles, de syndicalistes et de militants d’une grande partie des mouvements sociaux, a organisé sa première manifestation peu après que les tarifs des bus et du métro aient augmenté de 6% le 2 Juin.

Le conseil municipal de la ville, dirigé par Fernando Haddad du Parti des travailleurs (PT), affirme que les augmentations sont en dessous du taux d’inflation, mais de nombreux analystes ont montré qu’au cours des 20 dernières années, le coût du transport en commun a augmenté bien au-delà de l’inflation, ce qui fait de São Paulo la ville la plus chère pour les transports publics dans toute Amérique latine.

Les manifestations surviennent à un moment de mécontentement croissant face aux politiques néolibérales des deux principaux partis du Brésil, les - bien mal nommés ! - Parti social-démocrate brésilien et Parti des Travailleurs. Elles ont mis en évidence à quel point les politiques de ces deux supposés rivaux sont exactement les mêmes : faire du Brésil un paradis pour les grandes entreprises, tout en négligeant les inégalités et les disparités sociales massives dans le pays.

Les politiciens des deux partis ont condamné les actions de protestation du Movimento Passe Libre, et le gouvernement fédéral dirigé par PT a fait de même. Mais de nombreux militants de base du PT ont participé aux manifestations aux côtés des militants du Parti du Socialisme et de la Liberté (une scission de gauche du PT).

En même temps qu’éclataient les protestations contre les hausses de tarif, il y a actuellement des actions et des manifestants dans tout le pays contre les préparatifs de la Coupe du Monde au Brésil l’année prochaine. Des milliards ont été dépensés pour la modernisation des stades et des milliers de personnes ont été déplacées de leurs foyers, dans un effort qui a fait explosé les profits des grandes entreprises mais produit très peu de bénéfices pour la population.

Les images et les informations sur l’assaut de la police contre des manifestants pacifiques ont fait le tour du monde, provoquant immédiatement des actions de solidarité. Ainsi, aux Etats-unis, il y a eu un rassemblement de 800 personnes à New York tandis qu’à San Diego, des dizaines de Brésiliens et de sympathisants se sont réunis pour un rassemblement et une marche le 16 Juin. "Nous sommes ici pour montrer que nous savons ce qui se passe et que nous soutenons les gens qui manifestent", a déclaré Roberta Goulart, l’organisatrice de l’action.

Goulart et d’autres orateurs ont également mis en évidence la façon dont les protestations contre la hausse des tarifs de transport sont connectées à un mécontentement au sujet d’autres questions, telles que la préparation des Jeux Olympiques et la corruption du gouvernement. « Nous payons beaucoup d’impôts, et il va dans les poches des politiciens, pas pour l’éducation et les soins de santé », a ainsi déclaré Felipe Barbiere.

Au Brésil, les organisateurs du mouvement s’attendent à ce que des dizaines de milliers de personnes, dont d’importants contingents de syndicalistes et de militants des mouvements sociaux, participent à la prochaine manifestation du Movimento Passe Libre à São Paulo. Comme le dit le slogan du mouvement : "Si les tarifs augmentent, São Paulo va s’arrêter."

Sean Purdy est membre du Parti du Socialisme et Liberté (PSOL) et est actif dans le Mouvement Passe Livre à São Paulo.

Pour en savoir plus : site officiel du MSl http://saopaulo.mpl.org.br et page Facebook https://www.facebook.com/passelivresp

Article publié sur le site américain socialistworker.org
Traduction française pour avanti4.be : Jean Peltier