Accident de Wetteren : le lien avec la libéralisation du rail

Lode Vanoost 20 mai 2013

Les informations concernant l’accident de train à Wetteren sont focalisées sur des aspects importants mais secondaires : plan d’urgence, la pollution, les victimes. Un aspect est largement omis : moins de sécurité est la conséquence logique de la libéralisation du transport de marchandises.

Excès de vitesse et un aiguillage déficient, c’est ce qu’on entend le plus souvent comme cause de l’accident. Le chauffeur n’était apparemment pas au courant du contenu de ses wagons. Au lieu de prendre la fuite, il est resté sur place en essayant d’éteindre le feu. Les médias se concentrent sur la fureur et l’incompréhension des victimes qui vivent aux alentours. Ils sont indignés, à juste titre, du manque de communication et des conseils erronés.

Le chauffeur est entretemps décédé, loin des lieux de l’accident et on peut s’attendre à une bataille juridique pour déterminer qui est responsable de sa mort : les autorités provinciales, la SNCB, …

Il est loin d’être sûr que les victimes seront indemnisées. En Belgique, ce type de procédure est extrêmement lent. Les victimes devront attendre des années. Si on ne connaît pas encore les causes de l’accident, ce qui est certain, c’est que le plan d’urgence n’a pas fonctionné.

Les symptômes

Plusieurs membres du Parlement ont fait des propositions de loi : limiter la vitesse des trains de transport de marchandises, des règles spéciales pour des wagons avec des produits toxiques, des horaires spéciaux, des trajets qui évitent les zones habitées…

Ces propositions sont pleines de bonnes intentions, mais des trajets qui évitent les zones habitées, c’est irréalisable dans un pays comme la Belgique. Après l’accident de train de Wetteren, un périmètre de sécurité de 500 mètres a été tracé, mais il a été ensuite élargi à 1000 mètres quand on a constaté qu’un homme été décédé à plus de 1000 mètres suite à l’inhalation de gaz toxiques. Concrètement, établir un périmètre de sécurité d’un kilomètre pour ce type de train signifie que ce type de transport est tout simplement impossible en Belgique.

La sécurité n’est pas une priorité

Aucune de ces propositions ne va en réalité au cœur de la problématique. La logique économique dominante fait en sorte que le transport de marchandises a été libéralisé et que la sécurité n’est donc pas une priorité absolue. Si nous ne sommes pas encore dans l’Union européenne dans un scénario comme au Bangladesh, c’est malgré tout le profit à court terme qui domine et pas la sécurité.

Depuis le 1er janvier 2012, pas moins de12 opérateurs sont actifs avec le fret de marchandises sur les chemins de fer belges. C’est la conséquence de la libéralisation du fret, décidé au niveau de l’Union européenne. Depuis lors, l’accident à Wetteren est le cinquième de cette catégorie.

Après la catastrophe de Buizingen, le système de sécurité TBL1+ a été installé par la SNCB, mais ce système n’est pas obligatoire pour ces entreprises privées, parce qu’il s’agit d’un système purement belge et qu’il ne peut pas être rendu obligatoire pour tous les trains de transport de marchandises. Or, la plupart de ces trains traversent les frontières.

Avant la libéralisation, ces trains étaient toujours conduits par des machinistes du pays qui connaissent très bien le réseau ferroviaire. Le machiniste concerné à Wetteren était un Hollandais qui conduisait une locomotive allemande. La libéralisation a créé une nouvelle situation qui provoque manifestement des problèmes de sécurité.

La concurrence est mortelle pour la sécurité

Dès que la concurrence est admise, les problèmes s’accumulent. En effet, que se passe-t-il si un concurrent propose des transports à moitié prix parce qu’il entretient moins souvent ses locomotives, ou parce qu’il paye moins bien ses machinistes ? La conséquence, c’est moins une spirale de sous investissements dans le personnel et le matériel. Et la première victime : la sécurité.

Un débat fondamental sur la sécurité du transport des marchandises ne peut pas se limiter à des propositions d’amélioration technique dans la marge. On attend de ceux qui collectent les impôts qu’ils s’occupent du financement des plans d’urgence et des frais "externes" pour le transport de marchandises par le rail de plus en plus nombreux.

Entretemps, la SNCB – en particulier Infrabel, le gérant de l’infrastructure – reçoit de moins en moins de moyens pour garantir la sécurité nécessaire de son infrastructure.

Le grand écart intenable

D’un côté, l’opinion publique demande aux autorités de déployer les moyens nécessaires pour préserver la sécurité des citoyens. De l’autre côté, on exige de ces mêmes autorités de faire de la politique avec moins de revenu fiscaux et qu’ils abandonnent l’activité industrielle au profit du « libre » marché.

Si on veut éviter ce genre d’accidents dans le futur, il ne suffira pas de faire des adaptations techniques. Il faudra à nouveau remettre en cause le modèle économique néolibéral, promus par les autorités nationales et européennes et par les médias.

Jadis, des mesures de sécurité sévères ont été imposées quand une entreprise à Seveso, en Italie, a semé la mort avec un nuage de poison. Mais les normes de Seveso sont seulement appliquées pour les entreprises, pas pour les voies de transport. Espérons qu’il ne faudra pas attendre une catastrophe au milieu d’un village avant qu’on se rende compte qu’il faut changer fondamentalement les choses.

Est-ce nécessaire de transporter de plus en plus de produits dangereux d’un point A vers un point B ? Qui en profite ? Telles sont les vraies questions à poser.

Extrait d’un article paru dans « De Wereld Morgen ».
http://www.dewereldmorgen.be/artikels/2013/05/07/wetteren-onderzoek-verband-onveilig-goederenvervoer-en-liberalisering
Traduction française pour Avanti4.be : Chris Den Hond