Le gouvernement grec supprime par décret le droit de grève des enseignants

Andreas Sartzekis, Antarsya, Librered 13 mai 2013

Le gouvernement grec a remis ce lundi un ordre de « mobilisation civile » à tous les professeurs de l’enseignement secondaire avec lequel il interdit la grève dans ce secteur. Les enseignants ont demandé le soutien des deux principaux syndicats afin de pouvoir la mener à bien.

Le conflit ouvert entre le gouvernement et les enseignants s’est durci ce week-end avec la décision de l’exécutif d’empêcher à tout prix une grève enseignante prévue pendant les examens nationaux des étudiants de la fin du secondaire pour leur entrée à l’université.

Le Premier ministre Antonis Samaras a signé un décret ce samedi après midi par lequel il ordonne la « mobilisation civile » des enseignants du secondaire, ce qui signifie qu’en cas de désobéissance à leurs obligations professionnelles ils peuvent être emprisonnés et licenciés.

Le syndicat des enseignants (OLME) a critiqué la décision du gouvernement et envoyé une demande aux deux plus grands syndicats, la Confédération générale des travailleurs (GSEE) et la Confédération des employés publics (Adedy), pour les inviter à organiser une journée de grève générale ce vendredi, date à laquelle sont prévus les examens.

L’OLME a également annoncé qu’elle a introduit un recours au Conseil d’Etat contre la mesure prise par l’exécutif, en affirmant que ce décret est inconstitutionnel et qu’il contrevient à la législation nationale et européenne en matière de grève puisque la « mobilisation civile » est conçue pour des périodes de guerre ou après des évènements extrêmes comme des catastrophes naturelles.

En outre, le syndicat organise aujourd’hui une manifestation face au Parlement qui sera renforcée par une appel de soutien lancé par le syndicat communiste, PAME, et par les marques de solidarités d’organisations sectorielles comme, parmi d’autres, les médecins d’hôpitaux, les employés municipaux et les étudiants.

Le principal parti d’opposition, Syriza, a estimé que l’attitude du Premier ministre est irresponsable et dangereuse car « les explosions sociales se produisent quand on use de méthodes dictatoriales ». Il a exigé la dérogation du décret ainsi que la recherche de solutions négociées entre le gouvernement et les enseignants.

Le Parti communiste de Grèce (KKE), pour sa part, a remis en question la légitimité de la décision de Samaras et condamné « l’application de la doctrine préventive de la loi et de l’ordre contre le peuple travailleur ». Il a appelé les citoyens à s’unir contre « les politiques inhumaines dans l’enseignement qui vont de paire avec l’oppression de l’Etat et l’autoritarisme ».

Source :
http://www.librered.net/?p=26677
Traduction française pour Avanti4.be

Grèce : solidarité avec les enseignants

Andreas Sartzekis

La « Troïka intérieure » a décidé de rallonger de 2h hebdomadaire minimum le temps de travail des enseignants du second degré, et d’envoyer des milliers d’enseignants « combler les trous » loin de chez eux.

Motifs de ces mesures anti-pédagogiques : faire travailler plus et gagner moins, mais aussi « dégraisser le mammouth », ce lieu commun du libéralisme, avec comme effet le licenciement de 10 000 profs remplaçants ou à salaire horaire. Et bien entendu attaquer un des syndicats les plus présents dans les mobilisations de rue contre le mémorandum.

Les trois partis du gouvernement ont choisi leur moment pour cette opération : un peu avant les examens de Terminale, sorte de concours dont la préparation coûte et argent aux familles (cours privés généralisés) et stress aux élèves puisqu’il s’agit d’un concours déterminant pour savoir dans quelle fac du pays on pourra rentrer.

Avant même que l’appel de la direction nationale d’OLME ait été approuvé par les structures locales, le gouvernement s’organise pour réquisitionner les enseignants et a déjà transformé les journalistes en petits soldats du discours officiel : samedi 11 mai, sur la chaîne publique, un « débat » opposait 7 journalistes … tous d’accord pour condamner l’action d’OLME ! Et le ministre de l’Éducation ose s’inquiéter des problèmes psychologiques créées chez les élèves par cet appel à la grève... Indécence d’un gouvernement dont la politique pousse des centaines de personnes à des tentatives de suicide.

Du côté d’OLME, le président (tendance parti de la droite) reste ferme sur la grève, pour la dignité des enseignants, ceux qui resteront et ceux qui demain pourraient être licenciés. OLME, qui appelle la confédération du privé GSEE et la fédération du public ADEDY à une grève nationale de soutien le 17 mai, aurait dû préparer cette action plus en lien avec les élèves et les familles. Pour autant il est indispensable de soutenir de toutes nos forces une lutte qui s’annonce dure et aux conséquences très importantes.

A. Sartzekis, Athènes
Source :
http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article28665

La direction du syndicat trahit les enseignants et décommande la grève

Les fortes pressions exercées par le gouvernement contre la direction de la Fédération des Enseignants du Secondaire (OLME) sont parvenues à éviter au dernier moment que l’assemblée de mercredi des dirigeants syndicaux nationaux et régionaux ne ratifie la grève. Après 12 heures d’une réunion tendue qui s’est terminée à l’aube, la présidence du syndicat a utilisé un stratagème pour ne pas appeler à une grève qui comptait avec le soutien de 92% des enseignants qui se sont exprimés dans des dizaines d’assemblées locales deux jours avant dans tout le pays. Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de la coalition anticapitaliste Antarsya à la suite de cette capitulation honteuse.

Communiqué de presse d’ANTARSYA : Leçons de lutte et de résistance par les enseignants du secondaire

La décision des enseignants en faveur d’une grève durant la période d’examen, émanant de dizaines d’AG à participation massive, alors même que le gouvernement grec avait déjà procédé à la réquisition des enseignants, montre que les travailleurs peuvent, en s’organisant, briser le défaitisme et choisir l’affrontement dans le but de gagner. Ils peuvent affronter la peur, l’automatisme et le cannibalisme social, ils peuvent proposer des revendications qui unissent les travailleurs. C’est ce qui a provoqué la déclaration de guerre de la part du gouvernement, des médias qui soutiennent les plans d’austérité et de l’Aube Dorée fasciste.

Le comportement antidémocratique des syndicalistes de ND, du PASOK et de SYRIZA composant la majorité du conseil d’administration d’OLME avait pour but de briser cette combativité afin de mettre fin à la grève en usant de méthodes sans précédent durant l’assemblé de coordination des présidents des syndicats de base des enseignants du secondaire (ELME) du 15 Mai.

Les enseignants ont montré la nécessité de luttes victorieuses, du droit à l’éducation et ont conduit le gouvernement et ses réquisitions autoritaires vers l’isolement.

Mais la vague de soutien et l’action unitaire ont été compromise par l’attitude de la GSEE et d’ADEDY qui ont laissé tomber les enseignants et ont soutenu le gouvernement. Le débat sur un mouvement syndical de classe, démocratique et combatif, loin des compromis des dirigeants syndicaux est une nécessité en ce moment.

Le rejet de la grève par le KKE, les demi-mots (“oui mais…”) de SYRIZA et surtout leur collaboration avec les syndicats pro-gouvernemental a clairement contribué à un repli. Il est clair que la gauche de la soumission, la gauche qui souhaite soit un gouvernement de gestion de la crise du system (une solution de gestion par le gouvernement) (SYRIZA**), soit “le pouvoir du peuple*” (KKE**) conduit à une impasse et une défaite du peuple tout en laissant intacte le pouvoir des gouvernements représentant le capital. Lutter pour une autre gauche subversive, soutenant et croyant aux luttes victorieuses du monde du travail est nécessaire. C’est ce chemin que la gauche anticapitaliste a suivi en soutenant les enseignants jusqu’à la fin de leur lutte.

Les milliers d’enseignants qui ont participé aux AG et ont voté “oui” à la grève malgré la réquisition, composent la base pour une réorganisation unitaire du mouvement social et le retour d’une vague encore plus puissante et consciente qui va briser le totalitarisme gouvernemental, la bureaucratie syndicale et les hésitations défaitistes. Ni recul ni pessimisme : on a tiré nos conclusions et on avance. La lutte pour la vie, les droits, les besoins et les libertés du peuple vont continuer jusqu’à la victoire.

Source :
http://antarsyafrance.wordpress.com/2013/05/16/communique-de-presse-dantarsya-lecons-de-lutte-et-de-resistance-par-les-enseignants-du-secondaire/

Antarsya, 16/05/2013

Glossaire :

ND : Nouvelle Démocratie, la droite grecque. Le parti majoritaire au sein du gouvernement ;
PASOK : PS grec ;
OLME : le syndicat des enseignants du secondaire ;
ELME : le syndicat de base des enseignants du secondaire, organisé par région géographique ;
GSEE : le syndicat des travailleurs du privée ;
ADEDY : le syndicat des travailleurs dans la fonction publique ;
KKE : PC grec ;
SYRIZA : coalition de la gauche radicale en Grèce et premier parti de l’opposition parlementaire. Le « parti politique frère » français de SYRIZA est le Front de Gauche et particulièrement le PCF.
* “le pouvoir du peuple” : est la phrase utilisée par le KKE pour codifier et décrire la forme du pouvoir politique pour le quel le parti se bat.
** commentaire du traducteur